‹ La terre avant l'histoireChapitre 6 sur 41 · XII L'ÉVOLUTION DE 1/HUMÀNITÊ · texte numérisé non relu

XII L'ÉVOLUTION DE 1/HUMÀNITÊ

d'Idée — les philosophes de l'histoire, et ce fadeur contingent, auquel les purs historiens se complaisent d'une façon trop exclusive, — autrement dit des principes de changement, de changement fortuit et de changement orienté.

Les contingences modifient la structure des sociétés humaines, retentissent sur les institutions ou agissent directement sur elles. Elles sont en nombre infini dans l'histoire, mais elles peuvent être ramenées à certaines catégories générales : évé~ nemenis fortuits, rôle des individus en tant qu'individualités, dispositions collectives temporaires, conditions ethnique* et géographiques. Or, ni ces diverses catégories, ni, dans chaque catégorie, les diverses contingences ne sont d'égal intérêt pour l'historien qui veut expliquer. Leur importance se mesure à l'ampleur et à la durée de leur action : du point de mie de l'évolution humaine, les milieux, les races, les époques peuvent être classés ; du même point de vue, les individus et les événement peuvent être triés : il y en a d* insignifiants et il g en a de considérables. L'intelligence ne saurait dominer et systématiser le passé qu'à condition de pratiquer des éliminations, — comme le hasard l'a fait, l'a trop fait, pour les époques lointaines. Il faut laisser retomber à l'oubli une partie de ce qui en a été tiré.

En laissant retomber ces contingences négligeables, e*n voit apparaître mieux le rôle de la logique dans l'existence des sociétés. C'est le facteur logique qui est explicatif, au sens le plus profond du mol. C'est lai qui donne à révolution sa continuité réelle, sa loi intérieure ; c'est par rapport à lui, précisément, c'est dans la mesure où elles le servent ou le contrarient, que les contingences prennent leur valeur foncière : celles-ci amènent de /*autre; celui-là seul produit du nouveau, seul il est créateur. — Et le principe d'où procède toute logique, le moteur véritable de l'histoire, — comme de la vie, — on ne saurait le tronver, semble-l-il, que dans la tendance à être, à maintenir et à amplifier l'être. La vie n*esl pas quelque chose de passif

INTRODUCTION GÉNÉRAL» XIIÏ

et, pûfzr ainsi dire, de vide : elle esl tendance et elle est mémoire. Quand elle réussit, elle retient les moyens de sa réussite, La logique, dans le sens étroit du mot, c'est le bon usage de l'esprit; au sens large, c'est l'activité conforme aux tendances fondamentales de l'être, qui use de moyens appropriés. Émanée donc da tréfonds de la vie, l'activité logique aboutit à l'enlr'aide aussi bien qu'à la lutte, s'épanouit dans l'instinct social plus que dans l'égoïsme, — crée, en définitive, la société elle-même.

Une fois la société constituée avec ses lois spécifiques, le principe qui Va fait naître la fait se développer. Cette même logique qui fonde l'organisme social produit en grande partie les phénomènes internes de crise et de réforme, d'évolution politique, juridtco~morale, économique. El elle se manifeste dans l'activité extérieure des groupes humains, dans les rapports intersociaux, par divers phénomènes d'un intérêt historique capital. — C'est le phénomène de <r migration », —zdonl ne suffisent pas à rendre compte les pressions du milieu géographique, mais qui, dans une er volonté de changement », exprime l'inquiétude du mieux-élre, le désir d'un habitat favorable à la vie, sans doute aussi l'ambition d'élargir le cercle du connu el de prendre davantage possession de la terre. C'est le phénomène d' « impérialisme », — qui, dans une <r volonté d'accroissement », tend, pour des fins diverses, à la prise de possession d'une portion plus ou moins grande d'humanité : il y a, d'ailleurs, des modes variés d'impérialisme, les uns plus contraignants, les autres plus assimilatears. Ce sont, enfin, les phénomènes de « réception », de <r renaissance », de <r coopération » internationale, — qui, dans une <r volonté de culture », tendenl à unir les Sociétés, à travers l'espace el le temps, pour la prise de possession de la nature el son adaptation aux fins humaines, qui les rendent de plus en plus solidaires dans la création el la multiplication des « valeurs » de toutes sortes,

A propos des manifestations de celle logique sociale, — qu'il

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s'agisse de la vie interne ou de l'activité extérieure des soctéle*,

— une question se pose, importante et délicate, qui se posait déjà à propos de l'évolution mentale, celle du rôle de l'individu, de ses rapports avec la société. On a vu que le développement de la mentalité introduit dans l'organisation sociale des été-

mernls qui sont d'origine humaine, — c'est-à-dire individuelle,

— et qui revêtent la forme <r institutionnelle », sans que, d'ailleurs, l'individu aliène jamais totalement sa faculté propre de penser. Or, agent de logique mentale, F individu l'est aussi, semble-l-il, de logique sociale. Ces institutions, qui apparaissent comme quelque chose d'objectif ei, dans une large mesure, de contraignant, ces actes du groupe, qui apparaissent comme jaillissant de la volonté collective, n'échappent pas entièrement à la conscience de l'individu. Qu'est-ce que la « conscience sociale », en somme, pour qui ne veut pas être dupe des mots, sinon la représentation de la société dans les consciences individuelles ? Les phénomènes les plus éclatants de la vie sociale, qui naissent de ce qu*on peut appeler des « étals de foule », comportent, si effacée soit-eUe, une participation active de l'individu. Dans ces états, — qui sont essentiellement affectifs, — quoique les représentationeindividaelles s'avivent et s'harmonisent par l'émotion commune et que, jusqu'à un certain point, l'unité de conscience soit momentanément réalisée, il peut se trouver pourtant, il se trouve toujours, sans doute, des individus qui, éprouvant à un degré supérieur les besoins du groupe, en précisent et en orientent la manifestation ; qui, par conséquent, ne sont pas de simphes éléments de ta société, mais de véritables agents sociaux. Et en dehors de ces étals de foule, — qui, pour des raisons multiples, deviennent de moins en moins fréquents au cours ée l'histoire, — la représentation de la société n'esl-elle pas * iagulièremenf„ inégale en intensité et en précision dans le* diverses consciences individuelles P La société, répétons-le, ne pense pas; c'est l'individu qui pense ; aussi peut-il être plus

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