‹ La terre avant l'histoireChapitre 8 sur 41 · XVI LTEVOLUTION DE L'HUMANITE · texte numérisé non relu

XVI LTEVOLUTION DE L'HUMANITE

sera pas une expérience arrangée, — non plus qu une simple expérience «pour voir », selon l'expression de Claude Bernard. S'il ne s'agit pas de résoudre les problèmes à tout prix, il s'agit de les poser el de mettre dans l'histoire universelle comme un levain de science véritable,

Profondément scientifique d'intention, l'œuvre n^en sera pas pour cela moins vivante. On s'imagine à tort que la science, en histoire, est l'opposé de la vie et que la résurrection du passé est un privilège de l'art. C'est l'analyse qui émielle le passé en une poussière de faits : ce que l'érudition recueille est sauvé de l'oubli, non de la mort, La synthèse ressuscite, autrement que l'intuition, el mieux. La lâche ainsi définie par Michelel : <r résurrection de la vie intégrale, non pas dans ses surfaces, mais dans ses organismes intérieurs et profonds », le génie ne suffit pas à la remplir ; la science le peut faire, en approfondissant la théorie de la causalité el en cherchant, dans la synthèse, à reconstituer le jeu des causes.

Cette ambition animera donc notre œuvre, de faire comprendre, par ses causes, el de faire suivre le mouvement progressif — non pas continûment et absolument, mais dans l'ensemble et à certains points de vue progressif — qui donne un sens à la vie de l'humanilé. Les faits de toutes catégories — qu'isolent les histoires spéciales el qui, dans les histoires générales, constituent le plus souvent une mosaïque de chapitres juxtaposés — seront ici considérés dans leur rapport avec l'être intime, avec les besoins permanents el le caractère individuel des sociétés diverses, El ces sociétés, d'autre part, seront considérées non pour elles-mêmes, mais dans leur rapport avec les grandes transformations de l'humanité. Ce n'es? pas que nous fassions de celle-ci une entité ou une idole. Mais Us modalités el le progrès de la vie, sous la forme humaine»

INTRODUCTION GENERALE XVH

dans ho sociales, — voilà l'objet propre de la science historique. On n'entend pas autre chose, en somme, par la * civilisation » ou la « culture », — mots commodes mais vagues. Nous ne nous priverons pas d'employer le terme de civilisation; et comme on ne saurait partir d'une définition précise, nous lui donnerons au cours des volumes son sens large, — complexité croissante de la vie, — en comptant sur l'œuvre même pour faire apparaître ce qui, dans cet ensemble complexe, est essentiel, et pour déterminer le droit fil du progrès.

Par un souci de beauté et d'efficacité pleines, nous nous sommes imposé ici une difficulté pratique. La publication suivra l'ordre même du plan général. Il aurait été bien plus aisé, ce plan une fois conçu, de publier au hasard de leur achèvement les volumes qu'il comporte; mais nous n'aurions pas produit une œuvre : nous aurions seulement formé une collection. Avec le principe adopté, les auteurs — comme le public — prendront un intérêt plus vif à l'entreprise^ Ils seront mis en mesure d'ajuster leur ouvrage aux ouvrages voisins et, si personnelle que puisse être leur contribution, de l'engrener dans l'ensemble. Sans doute, il y a des sujets dont la place ne s'impose pas étroitement ; mais, en dehors d'un nombre très limité de cas, nous ferons tout pour que les volumes paraissent dans l'ordre établi et surioul pour qu'ils ne chevauchent jamais d'une série sur l'autre.

Nous entendons par séries des groupements de volumes, constitués à des points de vue divers — sur lesquels il convient de fournir quelques indications.

C'est un problème très délicat que celui des divisions de l'Histoire Universelle dans leur rapport avec le temps, — Periodisierung der Weltgeschichte, disent les Allemands — : il y a là toutes sortes de défauts et de partis pris à éviter. Les divisions chronologiques sont des cadres commodes et même nécessaires; mais, poussée trop loin, la préoccupation chronologique tend, d'une part, à morceler l'étude des régions et des

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peuples et, d'autre pari, à mettre sur an même pian des phé* nomènès d'inégale importance au point de vue de h culture (Lavisse et Bambaud). Si la chronologie est subordonnée à des préoccupations géographiques ou ethniques, la trame est brisée : on a u tte collection d'histoires, — par parties du monde (Uelmoll) ou par peuples (Duruy ; Oncken; Heeren, Uckerl, Von Ciesebrechl et Lamprecht), — non une histoire universelle. Quand, au contraire, la chronologie est subordonnée à la logique, la trame se noue trop étroitement : on a une synthèse métaphysique el non scientifique de l'histoire Les divisions purement logiques, — soit qu'elles prêtent à l'humanité, par un choix de centres de civilisation ou de races prépondérantes, une succession de périodes pour ainsi dire emboîtées (Philosophie de l'histoire, Hegel), soit qu'elles prêtent à tous les peuples une succession de périodes identiques ( Lamprecht) ; qu'elles aboutissent au progrès continu (Philosophes allemands) ou au retour éternel (Vico) avec ou sans progrès, — ces divisions sont arbitraires, condamnables, condamnées : pourtant on les voit toujours renaître, dans doute parce qu'elles répondent 'à un élément de la réalité historique.

Pour notre part, nous cherchons à concilier les préoccupations diverses. Nous aurons quatre grandes sections chronologiques : introduction (préhistoire el protohistoire), antiquité; origines du christianisme et moyen âge; époque moderne; époque contemporaine. Chacune d'elles comprendra le même nombre de volumes, à peu de chose près, quoiqu'elles doivent embrasser des périodes de plus en plus courtes. Cette économie de l'œuvre se justifie aisément, tant sont inégales el les ressources dont on dispose pour étudier ces périodes, el l'utilité pratique qu'offre leur élude respective.

Dans nos sections, des divisions secondaires el, dans ces divisions, les unités seront agencées de façon à satisfaire, le mieux qu'il sera possible, les intérêts de la géographie, de l'ethnographie — ou de la psychologie des peuples —jet de la

logique. Sans don le, la préoccupation de V ensemble, de l'évolution humaine, sera partout visible; et, par la nature même des choses, elle éclatera de plus en plus, puisque, comme nous l'avons remarqué précédemment, la solidarité humaine est de plus en plus manifeste : mais, au cours de l'histoire, la lumière sera projetée successivement, projetée au moment opportun et dans la mesure voulue, sur les parties de la terre et sur les peuples dont l'influence deviendra sensible ou prépondérante. Quant à la logique, si notre conception de la causalité lai ménage une large place, c'est en lui enlevant tout caractère métaphysique et a priori ; elle n'est pour nous qu'un de ces éléments positifs de l'histoire dont le rôle demande à être déterminé. Aussi bien, le principe de division fondamental, ici, n'est -il pas d'ordre intime ? Ne dérive-t-il pas, précisément, de la nature complexe de la causalité historique? On le sait déjà, notre principal souci sera de faire partout ressortir l'effet des grandes contingences* la pression des nécessité* sociales, l'action profonde du fadeur psychique, — besoins el idées, — el de mettre ainsi en évidence, non pas une continuité de progrès, mais le jeu triple des causes permanentes el les résultats de ce travail continu (1).

Notre œuvre, tout en rendant les services d'une Encyclopédie, sera autre chose, on le voit, qu'une Encyclopédie, Si un peu de science stérilise f histoire, beaucoup de science doit la vivifier. La préoccupation des causes générales, éternelles, qui peut rehausser la recherche la plus humble, donnera ici à la Synthèse non seulement toute sa dignité,

(1) Le plan une fois tramé dan» ses grandes lignes» je l'ai soumis au jarment de quelques amis. Pais, au cours de Vattribaiion des volumes, j*ai rjcuellli les apts des spécialistes. Ainsi, tout en restant fidèle aux préoccupations initiales, j'ai mis à profit l'expérience de savants nombreux, la suggestions d'esprits très divers* Je tiens è citer, parmi ceux qui ont été le plus intimement associés à ce travail d'élaboration, mes amis Paul Lor quel, L. Barrau-Dihigo, Lucien Febore, Abel Rey. A eux et à d'autres le pian devra une partie de ses mérites : de ses défauts j'assume seul lu rasv&nsabilité.

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