XX L'ÉVOLUTION DB L*HUMÀNITE
mais son plein intérêt et comme un attrait dramatique. Il s'agit, en somme, de refaire, derrière l'humanité, le chemin qu'elle a suivi; il s'agit de le refaire, — ce chemin que l'instinct aveugle, que des puissances obscures, que des circonstances multiples lui ont imposé, — en comprenant pourquoi elle l'a parcouru. Sur la roule des temps, parmi les efforts, les ambitions, les luttes, les deslins divers des groupes, malgré les piétinements, les détours et les reculs, l'humanité monte. En montant, elle embrasse de plus haut l'horizon; elle lâche, avec les historiens, à se situer dans l'espace et la durée, à prendre conscience d'elle-même, à savoir pour pouvoir mieux. Ainsi une entreprise comme celle-ci est un acte. El si l'his* lorien a le devoir, comme savant, de recueillir les faits et de rechercher les causes objectivement, impassiblement, il a le droit, comme homme, de se passionner pour son travail et de Vanimer d'une flamme intérieure.
Puisque notre œuvre devait avoir ce caractère vivant, un dernier problème se posait à nous. Fallait-il se contenter d'un texte nu et rejeter absolument l'image, ou fallait-il utiliser l'illustration et procurer au texte ce surcroît d'intérêt et de vie P
L'illustration a ses dangers. Quelques images semées dans un volume lui donnent un aspect plus aimable, ou plus frivole, mais n'en rehaussent pas nécessairement la valeur. Beaucoup d'images finissent par faire la loi au volume, en commandent le formai, les proportions, et risquent de réduire le texte au rôle de commentaire. Cependant l'image a une vertu non douteuse. La résurrection du passé dans ses organismes intérieurs et profonds implique bien la vision, à quelque degré, des êtres et des milieux. Michelet est le « voyant », non pas seulement des âmes mais des formes. Or, s'il convient de remplacer la dangereuse intuition psychologique par la recherche méthodique des causes, peut-être convient-il aussi