‹ La terre avant le déluge (volume 2)Chapitre 10 sur 53 · ÉPOQUE SECONDAIRE · texte numérisé non relu

ÉPOQUE SECONDAIRE

Pendant Vépoque de transition , notre globe appartenait aux êtres qui vivent dans les eaux, mais surtout aux crustacés et aux poissons : pendant Vépoque secondaire, il va appartenir aux reptiles. Les êtres de cette classe revêtiront des dimensions étonnantes et se multiplieront singulièrement : ils seront les rois de la terre. Mais en même temps la végétation perdra beaucoup de sa puissance, et, par un effet d'équilibre que Ton observe toujours dans Thistoire de notre globe, le règne animal se développera considérablement pendant que le règne végétal perdra de son importance.

Les géologues s'accordent à diviser Tépoque secondaire en trois périodes, les périodes triasique , jurassique et crétacée , que nous allons étudier successivement.

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Celte période a reçu le nom de triasique, parce que les terrains qui la représentent étaient autrefois divisés en trois étages : les grès bigarrés, le muschelkalk et les marnes irisées. De ces trois groupes, on peut n'en former que deux : la sous-période conchylienne^ qui embrasse le grès bigarré et le muschelkalk, et la sous-période saliférienne.

Dans cette nouvelle phase de l'évolution du globe, les êtres diffèrent beaucoup de ceux qui appartiennent à V époque de IransUion. Les curieux crustacés que nous avons décrits sous le nom de Trilobiles ont disparu ; les mollusques céphalopodes et brachiopodes y sont peu nombreux , ainsi que les poissons ganoïdes etplacoïdes, dont le règne se termine pendant cette période. Mais celui des Ammonites commence, et il prendra dans la période suivante un développement prodigieux. La végétation a subi des changements analogues. Les cryptogames, qui étaient à leur maximum de développement dans les terrains de transition, sont ici moins nombreux, tandis que les Conifères prennent une certaine extension. Quelques genres d'animaux terrestres ont disparu ; mais ils sont remplacés par des genres aussi nombreux que nouveaux. Nous voyons pour la première fois la Tortue apparaître au sein des mers et sur le bord des lacs. Les reptiles sauriens y prennent de grands développements; ils préparent Tapparilion de ces énormes sauriens qui se montreront dans la période suivante, et dont la charpente offre de telles proportions et une telle étrangelé, qu'elle saisit d'étonnement ceux qui contemplent ces restes gigantesques et pour ainsi dire encore menaçants.

Passons en revue les deux sous-périodes dont la réunion compose l'âge triasi(|ue.

PÉRIODE TlUASIQUE. 151

SOUS-PÉRIODE CONCHYLIENNE.

Les mers de la sous-période conchylienne (ainsi nommée d'après la masse innombrable de coquilles que renferment la plupart des terrains qui la représentent) renfermaient, outre de très-nombreux mollusques, des reptiles sauriens de onze genres différents, des tortues, et six genres nouveaux de poissons revêtus de cuirasse.

Arrêtons- nous d'abord sur les mollusques qui peuplaient alors les mers. Parmi les coquilles caractéristiques de la période conchylienne, nous citerons les Natica Gaillardoti, Rostellaria antiquaj Lima lineata^ CeratUes nodosiLS, Avicula socialis^ Terebrattéla communis^ Mytïlus eduUforfnû, Myophoria Goldfussiij Possidonia minuUi.

Les Ceratites^ dont on voit une espèce représentée ici (fig. 93), forment un genre très-voisin et comme le début des Ammonites , ou Cornes d'Ammon , qui ont joué un si grand rôle dans le monde ancien, et qui n'existent plus aujourd'hui, ni pour les espèces ni même pour le genre. pig. 93.

Les MytUus ou Moules, qui appar- cerautes nodo8us.(i/4 g. n ) tiennent en propre à la période conchylienne, sont des mollusques acéphales, à coquille allongée triangulaire, à crochets pointus et terminaux; on en trouve beaucoup d'espèces dans les mers actuelles. Les Lima myophoria^ Possidqnia et Avicula^ sont des mollusques acéphales appartenant à la même période. Les genres Natica et Rostellaria font partie des mollusques gastéropodes.

Parmi les Échinodermes appartenant à la période conchy* lienne, nous citerons une Encrine, ÏEncrinus moniliformis ou

liliifonnis (fig. 94), dont les débris constituent, dans cerlaines localités, des couches entières du sol.

Citons encore, parmi les mollusques, YAvicula subcostata, le Patella lineatùy le Myophoria pesanseris.

Ajoutons que par la présence de quelques genres propres à Tépoque de transition, qui disparaissent à jamais dans cette période, et par l'apparition de quelques autres animaux propres à la période jurassique , la faune conchylienne paraît être une faune de passage d'une période à l'autre.

Les mers offraient alors quelques reptiles, probablement riverains {Phyiosaums, Capitosaurus), et divers poissons {Sphœrodtis, Picnodus).

Nous ne dirons rien des Tortues terrestres qui, pour la première fois, apparaissent à cette époque de l'histoire du monde; mais nous devons signaler avec quelque soin un reptile gigantesque sur lequel les opinions des géologues ont assez longtemps varié.

Sur les terrains argileux de l'époque conchylienne, on trouve souvent des empreintes de pas d'animaux, telles que les représente la figure 95. Toutes offrent cinq doigts, disposés comme ceux de la main humaine. Ces pistes sont dues à un reptile dont les pieds de devant étaient plus grands que ceux de derrière. On n'a retrouvé que la tête, le bassin et une partie de l'omoplate de cet animal, que Ton considère comme un batracien gigantesque. Il est à croire que sa tête n'était pas nue, mais protégée par un écusson osseux; ses mâchoires étaient armées de dents coniques, très-fortes et d'une structure compliquée. On donne les noms de Chelrolherium ou de Labyrinthodon à ce curieux animal, représenté par la figure 96.

Un autre reptile de grandes dimensions, et qui semble nous préparer ù l'apparition des énormes sauriens qui vont se montrer dans la période jurassique, c'est le Nothosaurus, espèce do

Fig. 94.

Encrinus liliiformis.

Fig. 9^. Labyrinthodon restauré. (1/20 G. N.)

Crocodile mai in que Ton verra représenté plus loin (fig. 102, p. 159J.

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Fig. 97. Empreintes de pas d'aoimal dans le terrain triasique.

D'après d'autres empreintes de pas qui se rencontrent dans

Fig. 98. Empreintes de pas d'animal avec empreintes de gouttes de pluie, (l/i G. N.)

le même terrain, on a cru pendant quelque temps, que les oiseaux ont commencé d'apparailre dès la période qui nous oc-

cupe. La figure 97 représente ces empreintes ; la figure 98 montre les empreintes d'un animal de plus grande taille, accompagnées d'empreintes de gouttes de pluie.

On ne saurait admettre aujourd'hui l'opinion qui attribue à des oiseaux ces vestiges de pas. En effet, aucun débris de squelette d'oiseau n'a jamais été rencontré dans les terrains conchyliens, et les empreintes figurées ici sont tout ce qui peut être invoqué à l'appui de cette hypothèse. On peut attribuer ces pistes à un reptile encore inconnu , et dont les pattes auraient offert la disposition représentée dans ces deux figures.

M. Ad. Brongniart place dans la flore de l'étage conchylien le commencement du règne des plantes dicotylédones gymnospermes. Le caractère de cette flore est d'être composée de Fougères assez nombreuses*, constituant des genres actuellement détruits et qui ne se retrouvent même plus dans les terrains plus récents : tels sont les Anomopteris et le Crematopteris. Les vrais Equisetum y sont rares; les Calamités, ou plutôt les Calamodendron, y sont abondants. Les gymnospermes y sont représentés par les genres de Conifères Vollzia et Haidin géra, dont les espèces et les échantillons sont très-nombreux dans les terrains de cette période.

Parmi les espèces végétales tout à fait caractéristiques de cet étage, nous citerons : le NeuropterU elegans (fig. 99), le

Fig. 99. Neuropteris elei;ans. (G. N)

Calamités aretiaceuSy le Yoltzia heterophylla (fig. 100), ïHaidin" géra speciosa.

Les Haidingera (de la tribu des Abiélinces) étaient des plantes

à feuilles larges, analogues à celles de nos Dammara actuels, rapprochées et presque imbriquées comme celles de nos Araucaria. Leurs frilits, qui sont des cônes à écailles arrondies, imbriquées et ne portant qu'une seule graine, paraissent établir des rapports assez positifs entre ces plantes fossiles et nos Dammara.

Les Yoltzia^ qui formaient la plus grande partie des forêts de cette époque, constituent un genre éteint de la tribu des Cupressinées, très-bien caractérisé parmi les Conifères fossiles. Les feuilles alternes , en spirale, formant cinq à huit rangs, sessiles et décurrents, ont beaucoup d'analogie avec celles des CrypKmieria. Leurs fruits sont des cônes oblongs à écailles lâ-

Fig. 100. Vollzia hetcrophylla. (1/2 G. N.)

cliement imbriquées, cunéiformes et ordinairement à trois ou cinq lobes obtus. Nous représentons dans la figure 101 diverses partie d'un Voltzia restauré.

Dans sa Géographie botanique^ M. Lecoq donne en ces termes une idée de la végétation du monde ancien pendant la première partie de la période triasique :

a Pendant que les grès bigarrés et les marnes irisées déposaient lentement dans les eaux leurs couches régulières, de magnifiques fougères agitaient encore leurs frondes légères et découpées. Divers Proiopteris et de majestueux Neuropteris s'associaient en forêts étendues, où végétaient aussi le Cremaiopteris typica^ Schimper, V Anomopteris Mongeotii^ Brongn., et le joli Trychomanites myriophyllum^ Brongn. Les Conifères

prennent dès cette époque un développement plus considérable et forment de gracieuses forêts d'arbres verts, f D'élégantes Monocotylédones, rappelant les formes des contrées

Fig. 101. Branche et fruit de Voltzia restauré.

équatoriales, semblent se montrer pour la première fois; VYuccites vogtsiacus, Schimp., forme des groupes serrés et étendus. « Une famille jusqu'ici douteuse apparaît sous la forme élégante du

yUsouia Ihgardi , Srlûmp, Cteiiis Uoganli, Bron;-''ii. Klle so moulrt.* encore dans le Zamite^ vogesiacus, Schimp.; et lo groupe des Cycadées, joignant en partit^ l'organisation dos Conifères k Télégance des palmiers, vient onwr la t«^rrp qui r^'vMo dans sns formas nouvelles toute sa fécondité.

t Des plantes In-rbacces s'étondent sihr lo sol des fc»rôls, ou se baignent dans les marais attiédis. La plus romarquablo est VŒth«}pkylkm Kpeciosum, Schimp., dont l'organisation se rapproche à la fois des Lyeopodiacées et des Thyphacéos, VOEthenphyUiim stipti^a-e, Brongn., et le curieux Schizoneum paradoan, Schimp. Ainsi commence, pour se développer par l:i suite, le règne des Dicf>lyl6dones k graines nues, des Angiospermes, composées pnn('i])alement de deux familles encore bien représentées sur la tcrn?, les Conifères et les Cycadécs. Les premières, d'abord très-abondantes, s'associent aux Cryptogames cellulaires, qui abondent encore sur la ten-e el qui paraissent en voie de décroissement ; puis aux Cycadées, qui se montrent avec timidité et qui bientôt prendront u]io lar^e part dans les brillantes harmonies du règne végétal. »

C*est pour réunir dans un tableau idéalisé l'ensemble des plantes et des animaux ])roprcs à la sous-période conchylienne qu'a été composée la page 159.

Cette vue de l'ancien monde nous transporte au bord de l'Océan, au moment où les (lois sont agités par un vent violent ou un orage passager. Le reflux de la mer a laissé à découvert les animaux aquatiques, tels (jue de belles Encrines, à la tige longue et flexucuse, des Mylilus et des Térébratules. L'énorme reptile qui se dresse sur un rocher et se prépare à se jeter sur cette proie, est le Nothosuurus. Non loin do lui courent d'aulrcs reptiles du môme genre, mais d'une plus petite espèce. Sur la dune du rivage s'élèvent les magnifiques arbres propres à la période conchylienne, c'est-i-dire les Ilaidingcra.diU large tronc, aux rameaux et au feuillage inclinés, dont les Gùdres de notre époque peuvent nous donner l'idée. Les élégants Voltzia se voient au second plan de ce rideau de verdure. Les reptiles qui vivaient dans ces forêts primitives, et qui devaient leur donner un si étrange caractère, sont représentes par le Lodyrinthodon, qui descend vers la mer en laissant sur le sable du rivage ces curieuses traces qui se sont conservées jusqu'à nos jours, par suite de la consolidation de ces sables, vestiges étonnants des plus anciens âges du monde, que la science actuelle interroge avec curiosité.

Terrain conchylien. — Indiquons la composition minéralogique et Textension géographique de l'étage qui s'est formé par les dépôts des mers pendant la sous-période conchylienne.

Cet étage se compose :

!• Des grès bigarrés, qui contiennent beaucoup de végétaux, peu de débris animaux, et dans lesquels on trouve presque constamment des empreintes de pas du Labyrinthodon, dont il a été question plus haut;

£• De couches de calcaire compacte, souvent grisâtre ou noirâtre, alternant avec des marnes et des argiles, et qui sont criblées d'une si grande quantité de coquilles, que l'on a donné à ce groupe le nom allemand de muschelkalk (calcaire coquillier).

L'étage conchylien se montre en France, dans les Pyrénées, autour du plateau central, dans le Var, et sur les deux versants des Vosges. Il s'étend du nord au sud dans toute la longueur de la Grande-Bretagne, en Ecosse et en Irlande. Il est représenté dans toute l'Allemagne, en Belgique, en Suisse, dans les États sardes, en Espagne, en Pologne, dans le Tyrol, dans la Bohême, dans la Moravie, en Russie. M. d'Orbigny la vu couvrir de vastes surfaces sur les régions monlueuses de la république de Bolivie, dans rAmérique méridionale. On l'a signalé aux États-Unis, dans la Colombie, les grandes Antilles et au Mexique.

Le terrain conchylien est réduit, en France, à l'étage des grès bigarrés, excepté autour des Vosges, dans le Var et la Forêt Noire, où il est accompagné du muschelkalk.

Les grès bigarrés fournissent à une partie de l'Allemagne des matériaux de construction. Les grands édifices, en particulier les cathédrales que l'on admire en descendant le Rhin, telles, par exemple, que celles de Strasbourg et de Fribourg (en Brisgau), sont construites en pierres énormes de grès bigarré. Les teintes sombres de ces pierres relèvent singulièrement la grandeur etla majesté de l'architecture gothique. Des villes entières de l'Allemagne sont bâties avec les pierres d'un brun rougeâtre que Ton retire des carrières de grès bigarré.

SODS-PERIODE SALIFÉRIENNE.

Le terrain, d une étendue assez médiocre, qui s'est formé pendant cette sous-période, porte le nom de saliférien^ parce qu*il est caractérisé par la présence de gisements considérables de sel marin.

Quelle est l'origine des puissants dépôts de sel marin que Ton trouve dans ce terrain, et qui alternent toujours, par couches minces, avec des argiles ou des marnes? On ne peut l'attribuer qu'à Tévaporation de grandes quantités d'eau de mer fortuitement introduites dans des dépressions, des cavités ou des golfes, que les dunes venaient ensuite séparer de la haute mer.

Li planche 103 met en évidence le fait naturel qui a dû se produire et se répéter sur d'immenses étendues de rivages, pendant la sous-période saliférienne, pour former les masses considérables de sel gemme que Ton trouve aigourd'hui dans le terrain correspondant à cette période. A droite est la mer, qu'une dune considérable sépare d'un bassin tranquille, i fond vaseux et argileux. A certains intervalles , et par des causes diverses, la mer, franchissant cette dune, vient remplir le bassin. On peut supposer encore qu'il existe là un golfe qui communiquait primitivement avec la mer : les vents ayant élevé cette dune de sable, le golfe s'est trouvé transformé en un bassin clos de toutes parts. Quoiqu'il en soit, les eaux de la mer une fois renfermées dans ce bassin sans issue et à fond argileux, s'y évaporent par l'effet de la chaleur solaire, et laissent comme résidu de cette évaporation un lit abondant de sel marin, môle aux autres sels minéraux qui accompagnent le chlorure de sodium dans l'eau de la mer, c'est-à-dire au sulfate de magnésie, au chlorure de potassium, etc. Cette couche de sel laissée par l'évaporation de l'eau est bientôt recouverte par l'argile et la vase qui étaient suspendues dans l'eau bourbeuse du bassin, et il se forme ainsi une première couche alternante de sel marin et de marnes ou d'argiles. La mer venant de nouveau, toujours par la môme cause et en vertu des mêmes dis-

positions locales, remplir ce bassin, ces nouvelles eaux s'évaporent, et une seconde couche de sel marin, bientôt recouverte d'un banc terreux, vient s'ajouter à la première. C'est par la succession régulière et tranquille de ce phénomène pendant de longs siècles que s'est formé cet abondant dépôt de sel gemme que l'on trouve enfoui dans le terrain secondaire, et qui est exploité dans plusieurs de nos départements, dans le département de la Meurlhe, à Vie, Dieuze et Château-Salins, dans le département de la Haute-Saône, comme aussi dans plusieurs parties de TAUemagne.

La planche 103 est à la fois une vue pittoresque de la terre pendant la période saliférienne et une figure de démonstration destinée à expliquer l'origine du sel gemme dans les terrains secondaires. Une coupe théorique du sol faite au premier plan laisse voir les couches de sel formées par le mécanisme géologique qui vient d'être analysé. Ces couches sont inclinées obliquement, par suite d'un mouvement du sol postérieur à leur dépôt.

Nous n'avons rien de particulier à dire sur les animaux qui sont propres à la sous-période saliférienne. Les animaux qui peuplaient alors les rivages des mers étaient les mêmes que ceux de la sous-période conchylienne.

A cette époque, les continents, encore peu montagneux, étaient coupés ci et là par de grands lacs, bordés par des rivages plats et uniformes. Les végétaux qui croissaient sur ces rivages étaient fort abondants, et l'on en possède un assez grand nombre. La flore saliférienne se compose de Fougères, d'Équisétacées, de Cycadées, deTlonifères et de quelques plantes que M. Brongniart range parmi les Monocotylédones douteuses. Parmi les Fougères, nous citerons plusieurs espèces de Sphenopteris ou PtcopteriSj et, entre autres, le Pecopteris StuttgartimsiSy arbre à tronc cannelé, qui s'élève sans pousser de rameaux jusqu'à une certaine hauteur et porte une couronne de feuilles découpées et à long pétiole ; YEquisetites columnariSy grande Ëquisétacée analogue aux Prêles de notre époque, mais de dimensions infiniment plus considérables : sa longue tige en colonne, surmontée d'une fructification en tête ai-

longée, dominait tous les autres végétaux des terrains marécageux.

Les Pterophyllum Jœgeri et Munsteri représentaient les Cycadées, le Taxodiles munsierianus représentait les Conifères; enfin, sur le tronc des Calamités grimpait une plante à feuilles elliptiques, à nervures recourbées, portées sur de longs pétioles, à fruits disposés en grappes : c'est la Presleria antiqua, Monocotylédone douteuse pour M. Brongniart, et que M. Ungei place dans la famille des Smilax, dont elle serait le premier représentant. Le même savant rapporte à la famille des Joncs une plante marécageuse très-commune à cette époque, le PaUeoxyris Munsteri, que M. Brongniart range, avec la Preskria. parmi les Monocotylédones douteuses.

M. Lecoq, dans sa Géographie botanique, caractérise comme il suit la végétation pendant la dernière partie de la période triasique :

t Les Cryptogames cellulaires y dominent comme dans le terrair hpuiller, mais les espèces sont changées et beaucoup de genres soni différents; les Cladephlebis, les Sphenopteris^ les Coniopteris et Pecopterii dominent au milieu des autres fougères par le nombre de leurs espèces Les Équisétacées sont plus développées que dans tous les autres terrains. Une des plus belles espèces est le Calamités arenaceus^ Brongn. qui devait constituer de grandes forêts. Les troncs cannelés simulaieul d'immenses colonnes, au sommet desquelles des branches feuillées, disposées en gracieux verticilles, devaient montrer les formes élégantes de notre Equisetum sylcaticum. Ailleurs naissaient en société de curieus Equisetuin et des Equisetites singuliers, dont une espèce, VE. columnaris Brongn., élevait à une grande hauteur ses tiges herbacées aux articulations stériles.

« Quel aspect singulier présentaient alors ces terres anciennes, si Toi] ajoute à leurs forêts les Pterophyllum et les Zamites de la belle famille des Gycadées, et les Conifères qui venaient en môme temps sur ces terres humectées!

c C'est à cette époque, encore placée sous le règne des Dicotylédones angiospermes, qu'il faut rapporter la première apparition des vraies Monocotylédones. La Presleria antiqua, Sternber., aux longs pétioles, suspendait, en grimpant, sur les vieux troncs, ses grappes de baies colorées, comme le font aujourd'hui les Smilax, à la famille desquelles la Presleria pouvait appartenir. Ailleurs, au milieu des marécages, naissaient les touffes des Palxoxyris Munsteri, Sternb. , graminée enjoncée peut-être, qui égayait les bords des eaux.

« On voit que pendant longtemps la terre a conservé sa végétation primitive, et c'est avec lenteur que des formes nouvelles s'y introdui-

sent et peuvent s'y multiplier. Mais si nos types actuels font défaut à ces époques reculées, nous devons reconnaître aussi que les plantes qui, parmi nous, représentent la végétation du monde primitif, sont souvent déchues de leur grandeur. Nos Proies et nos Lycopodiacées sont de faibles images des Lépidodendrons et des Calamités, et les Âstérophyllitées avaient déjà quitté le monde avant Pépoque que nous décrivons. »

Les principaux végétaux qui appartiennent à cette époque se voient représentés sur la falaise qui termine à gauche la Vue idéale de la terre pendant la sous-péri-ode salifèrienne (fig. 103, p. 163). Les arbres élégants et de haute taille sont les Calamités arenaceus; au-dessous se voient les grandes Prêles de cette époque, les Equisetites columnaris^ espèce de cierges élancés, de consistance molle et parenchymateuse, qui, se dressant sur les rivages, devaient donner une étrange physionomie à ces plages solitaires.

Terrain saliféiien. — Ce terrain se compose d'un grand nombre de couches argileuses et marneuses, irrégulièrement colorées en rouge, en jaune bleuâtre ou verdûtre. Ce sont ces colorations diverses qui ont fait donner autrefois à cet étage géologique le nom de marnes irisées. Ces couches alternent souvent avec des grès, qui sont aussi diversement colorés. Comme roches subordonnées, on trouve dans ce terrain quelques gîtes de combustible (houille maigre, pyriteuse) et du gypse. Mais ce qui le caractérise avant tout, ce sont les puissantes couches de sel gemme qu'il renferme. Ces couches salifères, souvent de 7 et jusqu'à 10 mètres d'épaisseur, alternent avec des couches d'argile; l'ensemble de cette alternance atteint quelquefois une épaisseur de 150 mètres.

En Allemagne, dans le Wurtemberg, en France, comme à Vie et à Dieuze (Meurthe), le sel gemme du terrain saliférien est soumis à une exploitation salifèrienne. Dans le Jura, on extrait le sel d'eaux très-chlorurées qui sortent de cet étage.

Appartenant à des terrains situés assez profondément, ces gisements de sel gemme ne peuvent être exploités avec autant de facilité que ceux qui existent dans des terrains plus récents, c'est-à-dire dans les terrains tertiaires. Les assises de sel gemme de Yielizka en Pologne, par exemple, peuvent être débitées à

ciel ouvert ou par des galeries peu profondes, parce qu'elles se trouvent dans des terrains tertiaires situés à peu de profondeur; mais les gisements de sel des terrains triasiques sont placés trop bas pour qu'on puisse les atteindre par des galeries. On se contente donc de forer des puits, que Ton remplit ensuite d'eau. Cette eau se charge de sel marin; on retire cette dissolution au moyen de pompes, et on la fait évaporer pour obtenir le sel cristallisé.

Le terrain saliférien se montre, en Europe, sur beaucoup de points divers, et il n'est pas difficile d'en suivre les affleurements. En France, il apparaît dans les départements de l'Indre, du Cher, de l'Allier, de la Nièvre, de Saône-et-Loire. Sur le versant occidental du Jura, on en voit poindre un lambeau auprès de Poligny et de Salins. Sur le versant occidental des Vosges, il se montre dans le Doubs ; puis il forme partout une lisière sur Tétage conchylien, dans la Haute-Saône, dans la Haute-Marne, dans les Vosges; il s'élargit beaucoup dans la Meurthe (Lunéville, Dieuze), dans la Moselle; il s'étend au nord à Bouzonville et dans le grand-duché du Rhin ; à l'est du Luxembourg jusqu'à Dockendorf. Quelques affleurements se voient sur le versant oriental des Vosges, dans le Bas-Rhin.

Le môme étage se retrouve en Suisse et en Allemagne, dans le canton de Bûle, dans TArgovie, dans le grand-duché de Bade, dans le Wurtemberg, dans le Tyrol, dans le Salzbourg. L'étage commence à l'orient du Devonshire, en Angleterre, et forme une bande plus ou moins régulière qui passe dans le Somersetshire, le Glocestershire, le Worcestershire, le Warwick, le Leicestershire, le Nottingham, et va s'achever dans le Yorkshire, à la rivière de Tees. Un lambeau indépendant se voit dans le Chestershire.

Si Tétage saliférien est pauvre en débris organiques, en France, il n'en est plus de même de l'autre côté des Alpes; citons en paifliciilier le Tyrol et les couches si remarquables de Saint -Cassian, Aussec et Hallstadt, où la roche est pétrie d'un nombre immense de fossiles marins. Parmi les céphalopodes se voient des Gératites et surtout des Ammonites de forme toute particulière et dont les lobes sont indéfiniment découpés comme la plus fine dentelle. Le genre Orthoceras que

nous avons vu abonder pendant la période silurienne, et se continuer pendant le dépôt des terrains devonien et carbonifère, apparatt ici pour la dernière fois. On y trouve encore une grande quantité de gastéropodes et de lamellibranches aux formes les plus variées, les derniers représentants de la famille des Productus. Des Oursins, des Polypiers de structure fort élégante, peuplaient, de l'autre côté des Alpes, les mers qui en France et en Allemagne étaient presque entièrement privées d'animaux. Certaines couches sont littéralement formées d'une immense accumulation de coquilles appartenant au genre Avicula.

En suivant la grande arête montagneuse des Alpes et des

Fig. 104.

Myophoria lineaU (G. N.)

CFartie grossie.)

Fig. 106.

Stellispongia variabilis. (G. N.)

Karpathes, on retrouve partout le terrain saliférien remarquable par cette grande accumulation d'Avicules. Ce même faciès se présente dans des conditions identiques en.Syyie, dans rinde, à la Nouvelle-Calédonie, à la Nouvelle-Zélande, en Australie, etc. Ce n'est pas le caractère le moins curieux de cette période, d'offrir, d'un côté de l'emplacement des Alpes (qui n'étaient pas encore soulevées), une immense accumulation de sédiments chargés de gypse, de sel gemme, etc., sans débris

organiques, tandis que la ligne de séparation que marque cette région nous offre une série remarquable par l'accumulation extraordinaire des débris de mollusques marins.

Parmi ces espèces nous représentons (fig. 104, 105 et 106) la Myophoria lineata qu'on a souvent confondue avec les Trigonies, la PaUlla lineaia et le SuUispongia variabilis.

Nous avons représenté, sur une première carte, l'état de la France future après les dépôts formés par les mers primitives. Les terrains déposés par les mers depuis cette époque, dans les lieux qui devaient former la France, sont assez nombreux pour que nous en donnions une représentation géographique. C'est ce que l'on a fait sur la carte placée en regard de cette page, qui retrace l'état de nos continents après les dépôts laissés par les mers triasiques. Les sédiments déposés à cette époque, par les mers, dans les lieux qui devaient former la France, appartiennent aux terrains primitif, permien, houiller et triasique.

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Cette période, Tune des plus importantes dans l'histoire de notre globe, a reçu le nom de jurassiqucy parce que les montagnes du Jura, en France, sont en grande partie composées de terrains que les mers ont déposés pendant cette période.

La période jurassique offre un ensemble de caractères fort tranchés, tant pour les animaux que pour les plantes. Un grand nombre de genres d'animaux appartenant aux périodes précédentes ne se montrent plus; beaucoup d'autres viennent les remplacer, et composent un groupe organique très-spécial, qui ne compte pas moins de quatre mille espèces.

Nous subdiviserons la période jurassique on deux sous-périodes : celle du Lias et celle de VOolUhe, Après avoir fait l'histoire de ces deux âges du globe, nous décrirons les terrains sédimentaîres qui se sont déposés à cette époque, et qui constituent la partie moyenne du terrain secondaire.

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