‹ La terre avant le déluge (volume 2)Chapitre 13 sur 53 · Traduction de Delille · texte numérisé non relu

Traduction de Delille

modernes. Quel rôle ne joue pas le fabuleux Dragon dans les vers du Tasse et de rAriostel Consacré par la religion des premiers peuples, introduit de la mythologie païenne, dans la poésie grecque et latine, enfin dans les fictions poétiques des modernes, le Dragon, selon une pensée fort juste de Lacépède, « a été tout> et s'est trouvé partout, hors dans la nature. »

Le Ptérodactyle est le seul animal qui pourrait répondre au type fameux de la religion et de la poésie anciennes; mais on voit que ce type est bien amoindri dans le pauvre reptile grimpeur et sauteur qui vivait dans les temps jurassiques.

Parmi les animaux de notre époque on ne trouve qu'un seul reptile pourvu d'ailes, ou d'appendices digitaires analogues à l'aile membraneuse de la chauve-souris : c'est celui que les naturalistes modernes désignent, pour les motifs précédents, sous le nom même de Dragon, Ce reptile vit dans les forêts des contrées les plus brûlantes de l'Afrique et dans quelques îles de l'océan Indien, surtout à Sumatra et à Java. Il poursuit les insectes, en sautant de branche en branche, à l'aide de l'espèce de parachute qui résulte du prolongement de ses côtes, qui sont revêtues d'une membrane comme les doigts de la chauvesouris.

Quelle étrange population que celle de notre globe à cette période de son enfance où les eaux étaient remplies de créatures aussi extraordinaires que celles dont nous venons de retracer l'histoire ; où des reptiles monstrueux, comme l'Ichthyosaure et le Plésiosaure, remplissaient l'Océan, sur les flots duquel voguaient, comme de légers esquifs, d'innombrables Ammonites dont quelques-unes avaient la dimension d'une roue de voiture, tandis que des Tortues gigantesques et des Crocodiles rampaient aux bords des rivières et des lacs! Aucun mammifère, aucun oiseau n'avaient encore apparu; rien n'interrompait le silence des airs, sinon le sifflement des reptiles terrestres et le vol de quelques insectes ailés.

La terre s'était un peu refroidie pendant la période jurassique, les pluies avaient perdu de leur continuité et de leur abon-

dance, la pression atmosphérique avait sensiblement diminué. Toutes ces circonstances secondaient l'apparition et la multiplication de ces innombrables espèces animales dont les formes singulières se montrèrent alors à la surface du globe. On ne peut se faire une idée de la quantité prodigieuse de mol- ^lusques et de zoophytes dont les débris sont ensevelis dans les terrains jurassiques, et y forment à eux seuls des couches entières d'une immense hauteur et d'une immense étendue.

Les mêmes circonstances concouraient à favoriser la multiplication des plantes. Si les rivages et les mers de cette période recevaient des redoutables êtres qui viennent d'être décrits une physionomie grandiose et terrible, la végétation qui couvrait les continents avait aussi son aspect et son caractère particuliers. Rien dans la période actuelle ne peut rappeler la riche végétation qui décorait les rares continents de cette époque. Une température encore très-élevée, une atmosphère constamment humide, et sans doute aussi une brillante illumination solaire, provoquaient une végétation luxuriante, dont quelques îles tropicales du monde actuel, avec leur température brûlante et leur climat maritime, peuvent seules nous donner l'idée, et même nous rappeler les types botaniques. Les élégants Voltzia de la période triasique avaient disparu ; mais il restait les Prêles, dont les troncs déliés se dressaient dans les airs en panaches élégants ; il restait encore les roseaux gigantesques, et les fougères, qui avaient perdu, il est vrai, les énormes dimensions qu'elles présentaient dans les périodes antérieures, mais non le^ fines et délicates découpures de leur feuillage aérien.

A côté de ces familles végétales, héritage transmis par les siècles antérieurs, une famille tout entière, celle des Cycadées, se montre ici pour la première fois au jour. Les Cycadées comptent tout de suite des genres nombreux. Tels sont les Zamites, les Pterophyllum, les Nilsonia.

Parmi les nombreuses espèces végétales qui sont caractéristiques de l'époque du lias, nous citerons les suivantes, en les rangeant par familles :

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