‹ La terre avant le déluge (volume 2)Chapitre 14 sur 53 · CONIFÈRES · texte numérisé non relu

CONIFÈRES

Les Zamites f arbres d'un port élégant, semblent annoncer la naissance prochaine des Palmiers, qui apparaîtront dans la période suivante. Très-voisins de nos Zamias actuels, arbustes de TAmérique tropicale, et surtout des îles de Tlnde occidentale, ils étaient si nombreux en individus et en espèces, qu'ils formaient à eux seuls la moitié des forêts pendant la période qui nous occupe. Le nombre de leurs espèces fossiles est plus grand que celui des espèces actuellement vivantes. Le tronc des Zamites, simple et couvert de cicatrices laissées par les anciennes feuilles, supportait une épaisse couronne de feuilles longues de plus de 6 pieds, et disposées en éventails en partant d'un centre commun.

Les Pterophyllum, grands arbres couverts de bas en haut de larges feuilles pennées, s'élevaient à une hauteur de plusieurs mètres. Leurs feuilles, minces et membraneuses, étaient munies de folioles tronquées au sommet, parcourues par de fines nervures, non convergentes, mais aboutissant au bord terminal tronqué.

Enfin, les Nilsoiiia étaient des Cycadées voisines des Pterophyllum, mais à feuilles épaisses et coriaces et dont les folioles courtes, coniigues ou môme en partie soudées à la base, étaient obtuses ou presque tronquées au sommet, et présentaient des nervures arquées ou confluentes vers le haut.

Les caractères essentiels de la végétation pendant la période du lias sont : 1° la grande prédominance des Cycadées, qui continuent leur développement commencé pendant l'âge précédent et l'extension des genres nombreux appartenant à cette famille et surtout des Zamites et des Nilsonia; 2*» l'existence, parmi les Fougères, de beaucoup de genres à nervure réticu-

lée qui se montraient à peine et sous des formes peu variées dans les terrains plus anciens.

La planche 132 représente un paysage continental de la période du lias. Les arbres et arbustes caractéristiques de cette période sont : l'élégant Pterophyllum, qui se voit à Textrémité gauche du tableau; les Zamites^ reconnaissables à leur tronc large et très-bas, d'où rayonnent des feuilles inclinées en forme d'éventail. Les grandes Prèles de cette époque s'unissent aux Fougères arborescentes. On y voit encore des Cyprès, Conifères tout à fait voisins de ceux de notre époque. Parmi les animaux, le Ptérodactyle est surtout représenté. L'un de ces reptiles se voit à l'état de repos, porté sur ses pattes de derrière; l'autre est représenté, non pas volant à la manière d'un oiseau, mais se précipitant du haut d'un rocher, pour saisir au vol un insecte ailé, l'élégante Libellule (Demoiselle).

Lias. — Les terrains qui représentent actuellement la période liasiqué, forment la base du terrain jurassique, et ont une épaisseur moyenne d'environ 100 mètres.

A la partie inférieure du lias, on trouve des sables, des grès quartzeux, qui portent le nom de grès du lias et comprennent la plus grande partie du quadersandslein (pierre à bâtir des Allemands). Au-dessus viennent des calcaires compactes, argilifères, bleuâtres ou jaunâtres. Enfin l'étage est terminé par des marnes, quelquefois sablonneuses, d'autres fois bitumineuses.

On divise le lias en quatre étages :

!• V infra-lias, qui est très-développé dans les Alpes de la Lombardieetdu Tyrol, dans le Luxembourg, et en France, dans la Dordogne et le Midi : il est caractérisé par VAvicula conterta.

2* Le lias inférieur à gryphées arquées, avec quelques bancs sableux à la base. Indépendamment de la Gryphea arcuata, on y trouve Y Ammonites Bticklandi.

3* Le lias moyen, formé par des bancs nombreux renfermant, entire autres fossiles, des PerUacriniles, Belemnites paxillosus, Gryphxa obliqua, Sauriens, etc.

4^ Le lias supérieur {marnes supra-liasiques, Toarcien), surmonté par une couche de fer oolithique généralement exploité. Ces marnes sont puissantes. Les fossiles sont Y Ammonites

bifrons, Brachyphyllum^ Belemnites tripartitus. La couche de fer est, comme d'habitude, remarquablement riche en fossiles.

En France, le lias affleure dans le Calvados, la Bourgogne, la Lorraine, la Normandie, le Lyonnais, etc.

SOUS-PÉRIODE OOLITHIQOE.

Cette sous-période a reçu le nom d'oolilhique, parce que plusieurs des calcaires entrant dans la composition des terrains qui la représentent aujourd'hui, résultent presque entièrement de Tagrégation de petits grains, ronds, concrétionnés, dont l'aspect est fort singulier : il rappelle les œufs de poissons; de là son nom (wov, œuf; Xi8oç, pierre). La sous-période oolithique se subdivise en trois sections, que nous passerons successirementen revue, et qui portent les noms d'oolithe infèrimre, moyenne et supérieure,

OolUhe inférieure. — Le trait le plus saillant et le plus caractéristique de cette époque est certainement l'apparition sur le globe, d'animaux appartenant à la classe des mammifères. Mais l'organisation toute spéciale de ces premiers mammifères va être pour le lecteur un sujet d'étonnement, et prouver d'une manière indubitable que la nature a procédé, dans la création des animaux, par des degrés successifs, par des transitions qui relient d'une façon presque insensible les êtres et d'autres plus compliqués dans leur organisation. Les premiers mammifères qui apparurent sur la terre ne jouissaient pas de tous les attributs organiques propres aux mammifères parfaits. Dans cette grande classe, les animaux viennentau monde tout vivants, et non par des œufs, comme les oiseaux, les reptiles et les poissons. Ce n'est pas ainsi qu'étaient organisés les premiers mammifères que Dieu jetasur notre globe : ils appartenaient à cet ordre tout spécial d'animaux, rares d'ailleurs, qui ne mettent pas au monde des petits vivants, maîsseulement unemasse gélatineuse, tenant à la fois de l'œuf et du jeune animal. Cette masse membraneuse, la mère la conserve pendant un certain temps

dans une sorte de poche creusée dans les parois de son abdomen ; ce n'est qu'après un séjour plus ou moins prolongé dans cette poche, et sous l'influence de la chaleur maternelle, que l'animal parfait déchire ses langes et apparaît au jour. C'est là un mode de génération qui semble tenir le milieu entre la génération ovipare et vivipare, entre la génération des oiseaux ou des reptiles et celle des mammifères ; et c'est un trait bien frappant pour l'histoire de la création animale, que de voir ces animaux apparaître dans la chronologie du globe, pour former, pour ainsi dire, le trait d'union entre les reptiles et les mammifères. Les naturalistes ont toujours été fort embarrassés pour classer les animaux pourvus de cette curieuse organisation. On voit avecquelle facilité on trouve leur place zoologique quand on consulte l'histoire du monde primitif. Le lecteur comprendra aussi combien les diflerentes branches des sciences naturelles servent à s'éclairer mutuellement, combien la paléontologie, par exemple, peut venir, comme dans le cas actuel, efficacement au secours de la zoologie.

On nomme, dans la classification zoologique actuelle, mammifères didelphes les animaux qui sont pourvusdumode d'organisation qui vient d'être décrit. Les mammifères didelphes naissentdans un étatd'imperfection extrême, et, durantleurvie embryonnaire, ils ne tirent pas leur existence d'un placenta, comme les mammifères ordinaires : les parois de leur cavité viscérale sont soutenues par des os dits marsupiaux, qui sont fixés par leur extrémité postérieure au-devant du bassin; au8sileurdonnait-on autrefoislenomde mamm77èr65mar5upiaux.

Les Sarigues, les Kangurous, les Ornithorhynques sont les représentants actuels de ce groupe.

On a donné le nom de Thylacotherium ou d^Amphilherium, et de Phascolotherium, aux premiers mammifères didelphes, ou marsupiaux, qui ont apparu sur le globe, et que Ton a découverts dans Toolithe inférieure, dans l'étage le plus récent, qui porte le nom de grande ooUthe. La figure 133 représente (de grandeur naturelle) la mâchoire inférieure du premier de ces animaux; la figure 134 représente celle du second. Les mâchoires inférieures sont d'ailleurs tout ce que V(m a pu recueillir jusqu'ici de ces animaux fossiles.

Les animaux qui vivaient sur les continents pendant la souspériode oolithique inférieure, étaient à peu près lesmémes que ceux du lias. Les insectes y étaient peut-être plus nombreux.

Pig. 133.

Mâchoire de Thylacotherium Prevosti. (G. N.)

Pig. 134.

Mâchoire de Phascolotheriam. (0. N.)

La faune marine comptait des reptiles, des poissons, des mollusques, des zoophytes. Parmi les premiers, nous citerons les Ptérodactyles et un grand saurien, le Teleosaurus^ appartenant à une famille qui commence d'apparattre ici et que nous retrouverons dans la période suivante ; parmi les poissons, les genres Ganodus et Ophiopsis.

U Ammonites Humphrysianus {ûg. 135), Y Ammonites buUatus (fig. 136), V Ammonites Brongniarti (Gg. I31)yle NaulUus lineaiiUf

Wik

ipl'f %^

f/rjîï^

Fig. 135. Ammonites Humphrysianus.

Fig. 136. Ammonites bullatus.

et beaucoup d'autres représentaient les mollusques céphalopodes ; les Terebratula digona (flg. 138) et spinosa^ les mollusques brachiopodes.

Le Pleurotomaria conoidea (ûg. 139), parmi les gastéropodes,

YOstrea Marshii (fig. 140) et le Lima proboscidea, qui appartiennent aux Acéphales, sont des mollusques fossiles caractéristiques de cette époque, à laquelle vivaient encore VEntalophora

Fig. 137.

Fig. 138.

Fig. 130.

Anunonites Brongniarti.

Terebratula digona.

Pleurotomaria conoidea.

Fig. 140.

ManhU (l/S O. N.'<

(Grossie.) (G. N.)

Fig. 141. Entalophora cellarioTdes.

(G. N.) KPu>tie grossie.)

Fig. 143.

Eschara Ranviliana.

(G. N.) (Partie grossie.)

Fig. i%3. Bidiastopora cervicornis.

cellarioides {ûg. lki),Y Eschara Ranviliana {ûg. 142), les Bidiastopora cemcomw (fig. 143), élégants et caractéristiques Mollusques bryozoaires.

Les Échinodermes et les Polypiers croissaient en grand nom-

bre dans les mers de Toolithe inférieure : ÏÀpiocrinus elegans

Fig. 144. Apiocrinos elegans. (1/2 G. N.)

(fig. 144), VHyboclypus gibberulus (fig. 145), le Dysaster Eudisii

(Dessus.) (Profil.)

Fig. 145. Hyboclypus gibberalus. (G. N.)

(Desiottt.)

(fig. 146), représentaient les premiers; le Monllivaltia eary(h

(Dessus.) (Profil.)

Fig. 140. Dysaster Eudesii. (G. N.)

(Dessous.)

Fig. 147. Montlivaltia caryophyilata. (G. N.)

p/ujîlata (fig. 147), V Anabacia orbulites (Gg. 148), le Cryptocœnia bacciformis (fig. 149), VEunomia radiata (fig. 150), représentaient les seconds.

Cette dernière et remarquable espèce de zoophytes (Eunomia radiata) se présente à nous en masses de plusieurs mètres de circonférence, accumulation d'animaux qui a sans douie nécessité une longue suite de siècles. Cette réunion de petits êtres vivant sous les eaux, mais à une faible distance au-dessous de leur niveau, a fini par constituer des bancs, ou plutôt des Ilots,

d'une étendue considérable, qui formaient à la surface de la merde véritables récifs. Ces récifs ont été principalement construis à l'époque jurassique, et l'extrême abondance de ces

(Profil.)

(Desious.) (Dessus.)

Fig. 148. Anjibacia orbulites. (G. N.)

(Partie grossifl.)

Fig. 149. Cryptocœnia bacciformii.

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mmmmmmm^i^^

(a, coopc en tnfers des tubes; 6, coupe verticale; c, portioa inférieure,

grossie, d'un tube.)

Fig. ISO. Eumonia radiata.

masses au sein de la mer est même un des caractères de cette période géologique. Le même phénomène continue d'ailleurs

de nos jours, mais par d'autres zoophytes. On appelle attoUs les bancs de rochers qui se produisent aujourd'hui, par suite de cette cause, dans les mers de TOcéanie.

La flore continentale de cette époque était fort riche. Les Fougères continuaient d'y figurer ; mais la taille et le port de ces plantes étaient sensiblement inférieurs à ce qu'ils avaient été dans les périqdes précédentes. Nous citerons, parmi les Fougères, les espèces suivantes, comme propres à la période oolithique : le Coniopteris Murrayana (fig. 151), le Pecopteris Desnoyersii (fig. 152), le Pachypteris lanccolata (fig. 153), le

Fig. 151. Coniopteris Murrayaoa.

Fig. 152. Pecopteris Desnoyersii.

Phlebopteris Phillipsii (fig. 154); parmi les Lycopodiacées, le Lycopodites falcatus.

La végétation de cette époque devait prendre une physionomie toute spéciale par la présence de quelques arbres de la famille des Pandanées, si remarquables par la disposition de leurs racines aériennes et par la magnificence des couronnes feuillées qui terminent leurs rameaux. Ni les feuilles, ni les racines de ces plantes n'ont été retrouvées à Tétat fossile ; mais on possède leurs fruits, volumineux et sphériques, qui ne laissent aucun doute sur la nature du végétal tout entier.

Les Cycadées étaient représentées par les genres Zamites et OtozamiteSy par plusieurs espèces de Pterophyllum ((ig. 155).

Fig. 1S3. Paehypteris lanceolata. (Partie ^roisie.)

Les Conifères, cette grande famille de l'époque moderne à

Fig. 15%. Phlebopteris Pbillipsii.

laquelle appartiennent les Pins, Sapins, etc., de nos forêts du

Nord, existaient dès cette époque. Ces premiers Conifères comptaient les genres Thuites^ Taxilcs, Drachypiiyllum.

Fig. 1S5. Pteropbyllum Wilii<unsonis.

Fig. fS6. Brachyphyllom.

Les Thuites étaient de vrais thuyas, arbres de l'époque actuelle, (jui sont toujours verts, à rameaux comprimés, à feuilles petites, imbriquées, serrées, offrant à peu près l'aspect du Cyprès, mais s'en distinguant par plusieurs points de leur organisation ; les Taxites ont été rapprochés, avec (luelques doutes, des Ifs; enfin les DrachyphyUwn {i\g. 156) étaient des arbres qui, par les caractères de leur végéta lion, paraissent se rapprocher de deux genres actuellement existants : les Avihrotaxis de la Terre de Diémenetles iri(/(in?i//^07ua de l'Afrique australe. Les feuilles des Brachypiiyllum sont courtes, charnues, insérées par une base large et rhomboïdale.

Élage oolithique inférieur. — Les terrains qui représentent actuellement la période oolithique inférieure, et qui atteignent en Angleterre jusqu'à 180 mètres de puissance, forment un étage très-complexe contenant les deux étages bajocien et bathonien de M. dOrbigny.

La première assise du terrain oolithique inférieur se rencontre en Normandie, dans les Basses-Alpes, aux environs de Lyon, etc. Remarquable près de Bayeux par la variété et la beauté de ses fossiles, ce terrain se compose principalement de calcaires jau-

nâtres, brunâtres ou rougeâtres, chargés d'hydrate de fer, souvent oolithique, et reposant sur des sables calcaires. Ces dépôts sont surmontés d'alternances d'argile et de marne, bleuâtre ou jaunâtre, auxquelles on a donné le nom de terre à foulony parce qu'elles servent à dégraisser les draps qui sortent des fabriques.

La seconde assise de l'oolithe inférieure, qui atteint une puissance de 50 à 60 mètres sur les côtes de la Normandie, et se développe aux environs de Caen et dans le Jura, a été divisée en quatre étages, que nous allons signaler successivement, en allant de bas en haut.

1** La grande ooliihe. Elle consiste principalement en un calcaire oolitbique très-caractérisé , mais à très-petits grains, blanc, tendre, Irès-développé et exploité à Balh, en Angleterre. A ce groupe appartient Yaolitfie milliairej ainsi nommée parce que toute la masse est formée d'oolithes blanches dont l'aspect rappelle les graines du millet. C'est au niveau de la grande oolithe qu'il faut rapporter les couches de Stonesfield, célèbres par la découverte qu'on y a faite des Mammifères marsupiaux Amphitherium et Pl<iscolotherium^ de plusieurs sortes de reptiles, principalement des PtérodactyleSj de plantes et d'insectes admirablement conservés.

2« Vargile de Bradford^ qui n'est qu'une marne bleuâtre contenant souvent beaucoup d'Encrines, mais qui parait n'avoir qu'une existence locale.

3* Le marbre de forêt {forest marble), qui se compose de calcaire coquillier, exploité dans la forêt de Wichwood, tt de sable marneux et quartzeux.

4» Enfin, le cornbrash (terre à blé), formé de pierrailles calcaires ou de grès calcarifères qui encombrent les champs cultivés en céréales : de là son nom.

Nous représentons, sur la planche 157, une Vue idéale de la terre pendant la période oolUhique inférieure. La partie continentale nous présente les types des arbres propres à cette période : les Zamites avec leur tronc large et bas, d'où partent des feuilles en éventail;. ils rappellent, par leur port et leur forme, nos

Zamîas actuels des contrées tropicales ; un PterophyUumuyec sa tige couverte, du bas jusqu'au sommet, de ses branches finement découpées; des Conifères assez semblables à nos cyprès actuels, et des Fougères arborescentes.

Ce qui différencie ce paysage de celui de la sous-période précédente, c'est un groupe de magnifiques arbres, les Pandanées^ qui sont remarquables par leurs racines aériennes, leurs longues feuilles et leurs fruits globuleux.

Sur l'un de ces derniers arbres s'aperçoit le PhascoloUierium^ assez semblable à nos Sarigues : c'est le premier mammifère qui ait animé les parages de l'ancien monde. Le dessinateur a dû agrandir ici les dimensionb de la Sarigue fossile, pour faire saisir les formes de cet animal. U faut donc réduire, par la pensée, cinq à six fois le volume de ce mammifère, qui n'était guère plus gros qu'un chat.

Un Crocodile, un squelette d'ichthyosaure, rappellent que les reptiles tenaient encore une grande place dans la création animale de cette époque. Enfin quelques insectes, en particulier les Libellules (Demoiselles), volent dans ce paysage primitif. Sur la mer, nagent quelques Ammomites, et, comme un Cygne gigantesque, le terrible Plésionaure. Un îlot de Polypiers, avec la forme circulaire qui est propre à cette sorte de construction naturelle, se remarque à la surface de la mer, pour rappeler que c'est surtout pendant la période jurassique que se sont produits avec abondance les ilôts à Polypiers des temps géologiques.

Oolithe moyenne. — La flore continentale de cette époque se composait de Fougères, de Cycadées et de (iOnifères. Les premières étaient représentées parle Pachyptem microphyUa^ les secondes par le Zamites Morcani ; les Brachyphyllum Marecmum et majus paraissent avoir été des Conifères caractéristiques de cette époque. On a trouvé dans les terrains correspondant i cette période, des fruits fossiles qui pourraient appartenir à des Palmiers, mais ce point est encore obscur.

Les continents appartenant à cette époque renlerment, en outre , de nombreux vestiges de la faune qui les animait. Les Insectes y apparaissent pour la première fois ; les Punaises

parmi les Hémiptères, les Abeilles parmi les Hyménoptères, les Papillons parmi les Lépidoptères, les Libellules (flg. 158) parmi les Névroptères.

Au sein des mers ou sur les rivages vivaient encore des

Fjg. 158. Libellule.

Ichthyosaures, le Plerodactylus crassirostris^ les Pleurosaurus et les Geosaurus, êtres imparfaitement connus.

Un reptile voisin du Ptérodactyle vivait à cette époque : c'est le Ramphorhynchus. Il se distingue du Ptérodactyle par une longue queue. Les empreintes que ce curieux animal a laissées sur les grès de cette époque, retracent à la fois la marque des pieds et des moignons du membre antérieur, et le sillon linéaire laissé par sa queue. Comme le Ptérodactyle, le Ramphorhynchus^ qui avait à peu près la taille d'un corbeau, pouvait, non pas précisément voler, mais, à Taide du parachute naturel qui formait la membrane reliant au corps Tun de ses doigts, se précipiter du haut d'un lieu élevé.

La figure 159 représente ce reptile restauré. On remarque sur cette figure les empreintes qui accompagnent toujours les restes du Ramphorhynchus dans le terrain oolithique. Ces empreintes proviennent à la fois du moignon de la patte antérieure, de la patte postérieure et de la queue.

Pendant la période oolithique moyenne vivait une famille

de reptiles connue sous le nom de TiUosauriens, qui se trouve même déjà dans la grande oolithe. Les travaux récents de M. Eudes Deslongchamps, doyen de la Faculté des sciences de Gaen, sur la famille fossile des TéliosauriênSf vont nous permettre de reconstituer les êtres de cette dernière famille.

Fig. 159. RamphorhyachQS restauré. (1/4 O. N.)

Les Téléosauriens nous donneront une idée exacte de ces Crocodiles êks mers anciennes, ces reptiles cuirassés, que le géologue allemand Cotta appelle «les hauts barons du royaume de Neptune, armés jusqu'aux dents et recouverts d'une impénétrable cuirasse, vrais flibustiers des mers primitives. »

LesTéléosauresressemblentanatomiquementauxCrocodiles, ou Gavials actuels de Tlnde ; ils habitaient les rivages de la mer, et la mer elle-même. Ils étaient plus élancés, plus agiles et plus longs que les Crocodiles actuels ; leur taille allait jusqu'à 10 mètres de longueur, dont 1 ou 2 pour la tête. Avec leur énorme gueule, fendue bien au delà des oreilles, et qui avait 2 mètres d'ouverture, ils pouvaient engloutir dans les profondeurs de leur monstrueux palais des animaux de la taille du bœuf.

Sur la planche placée en regard de cotte page (fig. 160), on a représenté, d'après un croquis de M. Eudes Deslongchamps, le Tekosaurus cadomensis, qui rapporte de la mer un GeotheuiiSy sorte de Calmar de l'époque oolithique. Ce téléosaurien offrait la curieuse particularité d'être cuirassé sur ses deux faces dorsale et ventrale. C'est pour montrer cette disposition anato-

mique que l'on a placé, à côté du Teleosaurm cadomensis vivant, un autre individu mort, dont le corps, flottant sur Teau, laisse voir la cuirasse ventrale.

En même temps que le Téléosaure, on voit sur la même planche un autre reptile saurien beaucoup moins connu jusqu'à ce jour, VHyîéosaure, que nous retrouverons dans la période géologique suivante, c'est-à-dire pendant la période crétacée. Nous avons adopté la restauration de ce saurien fossile qui a été essayée par M. Hawkins pour le jardin du palais de Sydenham.

Outre de nombreux Poissons, les mers renfermaient encore

Fig. 161. Eryon apctiformii. (1/2 O. N.)

des crustacés, des cirrhipèdes et divers genres de mollusques, ainsi que des zoophytes.

V Eryon arctiformis (figure 161) appartenait à la classe des crustacés, dont la Langouste est le type. VAptychus sublœvis (fig. 162) est un simple débris osseux de quelque Céphalopode sur la nature duquel les paléontologistes ne sont pas d'accord. Parmi les mollusques étaient des Ammonites, des Bélemnites, des Huîtres, etc. Nous citerons, comme caractéristiques, les

espèces suivantes : Belemnites hastatus (flg. 163), AmmonUesrt'

Fig. 163. Belemnites hisUtas. (i/S O. N.)

Aptychus sublaevis. (G. N.)

Fig. 164. Ammonites réfractas.

(Grossie deux fois.)

fractus{iig. 164), Ammonites Jason (fig. 165), Ammonites corda-

Fig. 1()5. Ammonites Jason. 1/3 G. N.)

Fig. ICG. Ammonites corJatus. (1/4 G. X.

tus (lig. 166), Ostrca dilatata (fig. 167), le Tcrebratula diphya (lig. 168), Diceras ariclina (fig. 169), Nerinea hieroglyphicà.

Fig. k;?. Ostrea dilutata. (r/4 G. N.

Fig. 168. Terebratuia diphya.

Parmi les Échinodermes : le Cidaris glandiferus (fig. 170), l'élégant Apiocrinus lioissyftnus (fig. 171), le gracieux Sacco-

Fig. 170.

Baguette dn Cidaris glandiferus.

Fig. 171.

nos Roisayanus.

Fig. 172. Saccocoma pectinata. (G. N.)

coma pcctimta (fig. 172), le Milkricrinus Nodotianus (fig. 173),

Fig. 173. Calice de Millcricriuus Nodotianus.

Cl/3 G. N.)

Fig. 174. Calice de Comatula (G. N.)

le Comatula costala (lig. 174), VHemicidaris crenularis (fig. 175).

Fig. 17:.. liemicidaris crenularis. (G. N.)

Parmi les Spongiaires : le Cribruajjoufjia reticulala (lig. 176).

Fig. 17G. Cribrospongiii relie mata. "(1/3 G. N.)

Les polypiers étaient à cette époque d'une extrême abondance. C'est principaiemenljjendant la période oolithique que se sont formés, comme nous l'avons déjà fait remarquer, ces agrégations de polypiers ([ue Ton rencontre assez souvent dans les profondeurs de la terre, et ({ue nous avons signalés plus haut, à propos de leur présence dans le terrain oolithique in-

férieur. Ces petites constructions calcaires ont été formées dans les mers anciennes, par Tagrégation continue des habitations de divers polypiers. Le môme phénomène, comme on le sait, se produit encore de nos jours. C'est surtout dans les mers de TOcéanie que Ton rencontre aujourd'hui ces récifs de coraux, ou madrépores, qui affleurent le niveau de l'eau, et qui sont le résultat de la vie d'une masse de polypiers. La formation de ces bancs calcaires pendant les temps géologiques a dû exiger une série de siècles. Us sont juste à la hauteur du niveau de l'eau, car les polypiers vivent dans l'eau et périraient dans l'air. Dans les terrains oolithiques, on trouve assez fréquemment des bancs de ces zoophytes, qui ont 4 à 5 mètres d'épaisseur, sur des longueurs de plusieurs lieues. Ces bancs conservent encore pour la plupart la position relative qu'ils occupaient dans la mer lorsqu'ils étaient en voie de formation.

Voici les figures de quelques-uns des polypiers appartenant à l'époque oolithique moyenne :

Thecosmilia annularis (fig. 177); Thamiiùstrœa, Phylogijra ma-

Fig. 177. Thecosmilia anoularis.

Fig. i78. Phylogyra magnifica.

m^l^ (fig- 178); Dendrastrœa ramosa (fig. 179). Ce dernier polypier est à peu près notre corail.

Étage oolithique moyen. — Les terrains qui représentent actuellement la sous-période oolithique moyenne peuvent se

diviser en trois assises : Ysissisecallovicnne, l'assise oxfordiennt et l'assise corallienne.

Vassise callovienne (dont l'argile de Kelloway est le type en Angleterre), d'une épaisseur de 150 mètres environ, se compose surtout de puissantes couches de marne, d'un bleu noirâtre. On trouve cette assise très-développée dans le déparlement du Calvados, en France. C'est la base de ïargile de Dives qui forme le sol de la vallée d'Age, renommée par ses gras pâturages et ses magnifiques bestiaux; elle est comme pétrie de mollusques fossiles. La même couche est aussi la base de ces magnifiques rochers, bizarrement découpés sur les côtes de la Manche, et qu'on nomme les Vaches noires. Cette dernière

Fig. 179. Dendrastrsa ramosa. Partie grossie.)

localité est célèbre par ses belles Ammonites transformées en pyrite.

L'assise oxfordienne constitue aux environs d'Oxford, en Angleterre, la base des collines. On la trouve très-développée en France, à Trouvillc (département du Calvados), et à Neuvisy (département des Ardennes). Son épaisseur est d'environ 100 mètres. Elle se compose d'un calcaire bleuâtre ou blanchâtre, souvent argileux, rarement oolithique, et de marne argileuse, souvent bleuâtre.

Vassise corallienne ou coral-rag^ tire son nom de ce fait, que le calcaire qui en constitue la principale partie se compose spécialement de l'agrégation de nombreux débris de coraux et

piers entiers ou roulés, et quelque rois de masses énormes ■piersen place. On la trouve surtout en France, dans les îments de la Meuse, de T Yonne, de TAin, de la Cliarenteure.

he supérieure, — Des mammifères marsupiaux vivaient Jtte dernière section de la sous-période oolilhique, comme 1 première. Ils appartiennent au genre SpJialacoilieHwn, les Plésiosaures et les Téléosaures, vivaient encore sur iges maritimes, un Crocodilien, le Macrorhynchxis^ le •ueux Pœcllopleuron aux griffes énormes, aux dents trans et acérées, lun des animaux les plus redoutables de époque; les genres Hyleosaurus, CetiosauruSy Stenosaurus ptosponclijlu^y et parmi les Tortues, les Emys et Platemys. me encore qu'à Tépoque deToolithe inférieure, vivaient es Insectes dont quelques-uns volent encore aujourd'hui os prairies ou à la surface des eaux.

$ ces animaux sont trop peu connus pour que nous puislonner, au sujet de leur organisation, des indications ?s.

ait le plus remarquable que présente celle période au de vue paléontologique, c*est l'apparition du premier .Jusqu'ici les mammifères, et des mammifères imparfaits, it le dire, puisque ce sont des marsupiaux, avaient seuls 1. Il est bien intéressant devoir le premier oiseau se er à leur suite. Dans les carrières de calcaire lithograî de Solenhofen on a trouvé les débris d'un oiseau, avec tes et les plumes, mais non la tête. Nous représentons iflgure 180 ce curieux animal tel qu'il a été découvert : lésigne sous le nom d'oiseau de Solenhofen. mers, pendant la sous-période oolithique supérieure, maient quelques poissons appartenant aux genres Aslero- 5, StroplwduSy Lepidolus, Microdon, Les mollusques céphaîs y étaient peu nombreux ; les genres dominants apparut aux lamellibranches et aux gastéropodes; ils se nt près des côtes de la mer. Plus de récifs madréporiques •alliens ; à peine quelques zoophy tes à l'état fossile vien- Is témoigner de l'existence de ce groupe d'animaux.

Voici quelques fossiles caractéristiques de la faune marine de la même époque :

Ammonites decipiens, Ammonites giganteus^ Natica elegansy

Fig. 180. Oiseau de Solenhofen (Archaeopterjx).

Natica hcmispherica, Ostrea delloidea (lig. 181), {Ostrca virgida

lig 181. Ostrea deltoidea. (1/4 G. N.) Fig. l»'i. Obtrea virgula. (G. N.)

(lig. 182), Trigonîa (jibbosa {ùg. 183), Plioladomya multicostata.

Pholadomya acuticostata (tîg. 184), Terehratuia subsella (tig. 185), Hemiciduris purbeckensis.

Des Poissons, des Tortues, des Paludines, des Pliyses, des

Fig. 183.

Fig. 18i.

Fig. Ib5.

Trigonia gibbosa.

Pholudomya acuticoslata.

Terebratala subsella.

Unios, des Planorbes, des Cypris (petits crustacés bivalves), composaient la faune d'eau douce.

La végétation de cette époque était représentée sur les continents par des Fougères, des Cycadées, des Conifères ; dans les étangs, par des Zostera.

Les zostères sont des plantes monocotylédones, de la famille des Naïadées, qui vivent dans les sables vaseux des plages maritimes et y forment, par leurs feuilles longues, étroites et rubanées,de vastes prairies du plus beau vert ; à la marée basse, ces masses de verdure apparaissent quelquefois à découvert. Elles servent de retraite à un grand nombre d'animaux marins et de nourriture à quelques-uns.

La planche 186, qui représente une vue de la te) re pendant la période aolithique supérieure , a principalement pour objet de mettre en évidence le caractère de la végétation pendant les temps jurassiques. Les Sphenophyllum, les Fougères, dominent dans cette végétation ; quelques Pandanées, quelques Zamites, beaucoup de Conifères, viennent s'y joindre; mais on n'aperçoit aucun Palmier. Sur la mer on voit un îlot de corail, pour rappeler l'importance de cette formation minéro-animale pendant toute la période jurassique. Les animaux représentés sont le CrocodUeimus (Jourdan), le Ramphorhynchus^ avec les em-

preintes caractéristiques qu'il laisse sur son passage, et divers invertébrés de cette période : les Astéries, Comatules, Hemicîdaris, Ptérocère, etc. Dans les airs vole Voùeau de Solenhofen {Archxopteryx)j que nous rétablissons tel qu'il pouvait exister dans l'état de vie, sauf sa télé, qui n'a pas été trouvée avec les autres débris de Tanimal.

Étage ooîithique supérieur. — Les terrains qui représentent actuellement la sous-période oolilliique supérieure, se divisent en deux assises : Tassisc kimmcridgienne, et l'assise porUan' dienne.^

La première est spécialement composée de nombreuses couches d'argile, bleuûtre ou jaunâtre, qui passent à Fétal de marne et de schiste bitumineux. Très-développée près de Kimmeridge, en Angleterre, d'où elle tire son nom, elle existe en France : à Tonnerre (Yonne), au Havre, à Honfleur, à Mauvage (Meuse). Elle est riche en fossiles ; c'est là le niveau des Ostrea delloidea et virgula.

La seconde assise est composée d'un calcaire sub-oolithiqife que Ton exploite dans Tile de Porlland, pour les constructions de Londres. Elle existe en France, pr6s de Boulogne (Pas-dc- ('alais), à Cirey-lo-fMiateau (Haute-Marne), à Auxerre (Yonne), à Gray (Haute-Saône). Ces localités sont les types de cet étage. On y a découvert un certain nombre d'espèces de mollusques.

On a récemment réuni à cette assise un ensemble de couches qui se montrent exceptionnellement à Portland et dans les falaises de la péninsule de Purbeck (Dorsetshire). Ces couches sont alternativement des formations marines et d'eau douce, et ce sont les débris fossiles qu'on y a retrouvés qui ont servi à reconstituer surtout la faune et la flore d'eau douce que nous avons signalées plus haut. Les dépôts lacustres sont principalement composés de calcaires pétris de Cypris.

Le trait le plus important de ce terrain, qui est comme la tête de cette longue et multiple série de couches constituant la formation jurassique, c'est la présence d'une terre végétale très-bien conservée. L'épaisseur de cet humus, tout à fait analogue à notre terre végétale actuelle, est de 30 à 45 centi-

mètres. De couleur noirâtre, il contient une forte portion de lignite terreux. On y trouve enfouis des troncs silicifiés de Conifères et des débris de plantes analogues aux Zamias et aux Cycas. Ces pl&ntes ont dû être fossilisées sur remplacement mime où elles ont végété. Les troncs d'arbres sont en position verticale, et leurs racines, fixées au sol, sont aussi espa* cées les unes des autres que celles des arbres de nos forêts. Autour des débris, on trouve une grande quantité de matière charbonneuse. Ce sol, connu sous le nom de couche de bom {dirt'bed)y est horizontal dans l'Ile de Portland; mais on le retrouve non loin de là, dans certaines falaises, avec une inclinaison de 45% et les troncs n'en restent pas moins parallèles entre eux. C'est là un bel exemple d'un changement de position de couches primitivement horizontales. La figure 187 représente cette espèce à* humus géologique.

c Chaque lit de boue^ dit M. Lyell, rappelle sans doute

bien des milliers d'années, car c'est à peine si les plus vieilles forêts des tropiques laissent sur le sol qui les a portées quelques centimètres de terre végétale comme monument de leur existence. »

Cette couche de terre végétale, ces débris encore entiers de végétaux, rappellent complètement la houille et ne sont qu'un état moins avancé de cette fossilisation végétale qui, accomplie pendant la période houillère sur des amas immenses de plantes, et durant un temps infiniment long, nous a laissé les précieux dépôts hoùillers.

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