‹ La terre avant le déluge (volume 2)Chapitre 16 sur 53 · Géographie botaniqwj lome IV · texte numérisé non relu

Géographie botaniqwj lome IV

et les rameaux de ces végétaux dans les terrains correspondant à celte période.

Fig. i 92. Palmiers fossiles restaurés.

Mais si la végétation de la période crétacée se rapprochait sensiblement de celle de nos jours, on ne saurait en dire autant de sa population animale. Le moment n'est pas encore venu où

nous verrons des mammifères analogues à ceux de notre époque animer les forêts et les plages de l'ancien monde. Les premiers et imparfaits mammifères, c'est-à-dire les marsupiaux, qui s'étaient montrés pendant la période précédente , n'existent même plus, et aucun autre mammifère n'est venu les remplacer. Plus de sarrigue grimpant, avec ses petits, aux feuilles des zamilesl La terre appartient encore aux reptiles, qui réveillent seuls, par leurs sifilements sinistres, la solitude des bois et le silence des vallées. Les reptiles qui remplissaient les mers pendant Il période jurassique tenaient des Crocodiles par leur organisation; les reptiles de cette période ressemblent aux Sauriens, c'est-à-dire à nos lézards : voilà le seul perfectionnement. Ils sont portés sur des pattes plus hautes, ils ne rampent plus sur le sol : tel est le seul progrès qui semble les rapprocher des mammifères.

Ce n'est pas sans surprise que Ton constate l'immense développement, les dimensions extraordinaires que présentait à cette époque la famille des lézards. Ces animaux, qui de nos jours ne dépassent pas 1 mètre de longueur, pouvaient atteindre, pendant la période crétacée, une longueur de 20 mètres. Inoffensifs aujourd'hui, ils étaient à cette époque voraces et destructeurs. Le lézard marin, que nous étudierons sous le nom ie Mosasaure^ était alors le fléau des mers : il jouait le rôle de richthyosaure de la période jurassique. Depuis la période du lias jusqu'à la période crétacée, les Ichthyosaures, les Plésiosaures et les Téléosaures furent les tyrans des eaux. Ils terminent leur existence dans le période crétacée , et cèdent la place au Mosasaure^k qui échoit la redoutable fonction de maintenir dans de justes limites l'exubérante production des tribus de poissons et de crustacés qui peuplaient les mers Nous verrons plus tard les énormes lézards marins de cette période disparaître à leur tour, et être remplacés, dans les mers de l'époque tertiaire, par les cétacés, par nos baleines. A partir de ce moment, on ne trouvera pas de reptiles habitant les mers ; ils prendront le rôle très-secondaire que nous leur voyons jouer dans la création actuelle.

Vu l'étendue considérable des mers, les poissons étaient nécessairement nombreux pendant la période crétacée. Des Bro-

chets, des Saumons, des Diodons et des Zées, analogues aux espèces de nos jours, vivaient dans les mers de cette époque. Ils fuyaient devant des Requins et des Squales voraces, qui apparurent alors en grand nombre , après s'être montrés dans la période oolithique.

Ces mers étaient encore remplies d'un grand nombre de polypiers, d'oursins, de crustacés divers et de genres de mollusques différents de ceux qui eiiâtaient à Tépoque jurassique* A côté des gigantesques lézards, pullulaient des animalcules: ces foraminifèreSj dont les restes minéraux sont répandus aujourd'hui en infinie profusion dans la craie, sur une surface et une épaisseur immenses. Les débris calcaires de ces petits êtres, par leur nonibr<3 incalculable, ont couvert un moment une grande partie delà surface terrestre.

Pour donner une idée de Timportance de la période crétacée sous le rapport des êtres organisés, il nous suffira de dire qu'on a trouvé dans les terrains qui la représentent actuellement, 268 genres d'animaux jusqu'alors ir connus, et plus de 5000 espèces d'êtres vivants spéciaux. La puissance ou l'épaisseur des terrains formés pendant cette période est de 4000 mètres environ.

Nous diviserons la période crétacée en deux sous-périodes, inférieure et supérieure), d'après leur ordre d'ancienneté et les espèces animales qui leur sont propres.

PÉRIODE CRÉTACÉE INFERIEORE.

De nombreux reptiles, quelques oiseaux, parmi lesquels de grands échassiers appartenant aux genres Palxomis ou Cinuh liomis, des mollusques nouveaux en quantités considérables, et des zoophytes extrêmement variés, composaient la riche faune terrestre de la craie inférieure. Jetons un coup d'œil sur les plus importants de ces animaux, qui ne subsistent aujourd'hui pour nous que par quelques fragments mutilés, véritables médailles de l'histoire de notre globe, médailles à demi effacées

PÉRIODE CRETACEE. 245

par les siècles, et qui conservent seules le souvenir des âgss disparus.

Découvert en 1832 dans la forôt fossile de Tilgate, VHyléosaure (CXt), aoupoç, lézard des bois) paraît avoir eu environ 8 mètres de longueur. On a déjà vu cet énorme saurien représenté, avec le Téléosaure, sur la planche 160, page 21 7.

Ce qu'on a trouvé de THyléosaure se réduit à une série d'os longs et pointus, qui devaient former sur son échine une frange dure et à demi ossifiée, semblable aux épines cornées qui surmontent le dos de ces reptiles des temps actuels qui ont reçu le nom d'Iguanes, Des fragments de grandes plaques osseuses, que Ton a trouvés mêlés aux mêmes débris, étaient probablement logés dans la peau de cet animal, et lui formaient une espèce de cuirasse.

Le Mêgalosaiire^ dont la première apparition se rapporte aux plus anciennes couches de la série jurassique, se retrouve en-

Fig. 193. Mâchoire du ^Mégalosaure. (1/3.10. N.)

core à la base des terrains crétacés. C'était un énorme lézarJ, porté sur des pattes un peu élevées. Sa longueur allait jusqu'à 15 mètres. Cuvier le considérait comme tenant tout à la fois, par sa structure, de l'Iguane et du Monitor, reptile actuel propre aux régions de l'Inde. Le Mégalosaure était un saurien probablement terrestre. La structure compliquée et merveilleusement agencée de ses dents prouve qu'il était essentiellement Carnivore. Il se nourrissait de reptiles de taille médiocre, tels que les Crocodiles, les Tortues, que l'on trouve à l'état fossile dans les mêmes couches.

La Ggure 193 représente la pièce osseuse h\ plus importante

que Ton possède du M^galosaure : c'est un fragment de m/ichoire inférieure, qui supporte plusieurs dénis* La forme de cette mâchoire montre que la tète se terminait en avant par un museau droit, mince et aplati sur les côtés, comme celui du Gavial ou Crocodile de Unde.

Les dents du Mégalosaure étaient parraitement en rapport avec la fonction de destruction dévolue à cette béte redoutable; elles paraissent tenir à la fois du couteau, du sabre et de li scie. Verticales d'abord^ elles prenaient, avec l'âge de ranimai, une courbure en arrière, qui leur donnait la forme d'une ser« pette. Après avoir insisté sur quelques autres particularités des robustes dents du Mégalosaure, fiuckland ajoute :

c Avec des dents ainsi coiiï^truites, de fâçan à couper de toute la lon^ geur de leur bord concave, chaque mouvement àe% mâchoires produit l'efTet combiné d'un couteau et d'une scie, en môme temps que le sommet opère une première incision comme le ferait ta pointe d*un sabre à double tranchant. La courbure en arrière q\w prennent les dents à leur entier accroissement rend toute fuite impossible à la proie une fois saisie, de la même manière que les barbes d^tne flèche rendent son retour impraticable. Nous retrouvons donc ici les mêmes arrangements que Tba* bileté humaine a mis en cenvre dans la fabrication de plusieurs des irï* struments qu*elle emploie. >

V Iguanodon était un lézard plus gigantesque encore que le Mégalosaure; c'est le plus colossal de tous les sauriens qui aient vécu dans l'ancien monde : il avait jusqu'à 16 mètres de long. La forme et la disposition de ses dents, jointes à l'existence d'une corne osseuse surmontant l'extrémité de son museau, le rapprochent, ou pour mieux dire l'identifient, comme espèce, avec notre Iguane actuel, le seul reptile qui soit pourvu d'une corne sur le nez. Il n'y a donc aucun doute sur l'entière ressemblance de ces deux êtres. Mais, tandis que notre Iguane actuel est à peine long d'un mètre, son congénère fossile avait seize fois cette dimension. On ne peut se défendre d'un sentiment d'étonnement quand on voit, par un exemple si frappant et si net, la disproportion de taille qui existe entre les énormes reptiles des créations anciennes et ceux de l'époque actuelle.

L'Iguanodon portait, avons-nous dit, une corne sur son mu-

seau. L'os de sa cuisse dépassait en grosseur celui des plus grands éléphants : il avait 1 mètre et demi de long et 8 centimètres de circonférence. La forme des os de ses pieds démontre qu'il était organisé pour une locomotion terrestre ; et son système dentaire, qu'il était herbivore.

Les dents (6g. 194), qui sont les organes les plus importants et les plus caractéristiques de Tanimal tout entier, ne sont point logées, chez l'Iguanodon, dans des alvéoles distincts, comme chez les Crocodiles, mais Gxées à la face interne de l'os dentaire, c'est-à-dire à l'intérieur du palais, comme cela a lieu chez les Lézards. La place qu'occupent les bords de ces dents, tranchants et en forme de scie, leur mode de courbure, les points où elles deviennent plus larges ou plus étroites, en font des espèces de pinces ou de cisailles, tout à fait propres à couper et à déchirer les plantes coriaces et résistantes dont on a retrouvé les débris ensevelis avec les restes de ce reptile*.

Le mot Iguanodon, du mot grec ôSouç, dent, signifle animal aiÂX dents d^Jguane,

Dent de l'Iguanodon. (G. N. )

Passons à la faune marine de la période crétacée inférieure.

Dans les mers crétacées vivaient de nombreux poissons, parmi lesquels on peut citer pour Tétrangeté de leurs formes, le Beryx Lewesiensis et VOsmeroides MantellL La figure 195 représente ces deux poissons restaurés, c'est-à-dire rétablis tels qu'ils devaient être dans l'état de vie.

VOdontaspis est un genre nouveau de poissen qui mérite aussi d'être cité.

Les mers crétacées inférieures étaient remarquables, au

• point de vue zoologique, par le grand nombre d'espèces et la

multiplicité des formes génériques qu'affectent les mollusques

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