‹ La terre avant le déluge (volume 2)Chapitre 37 sur 53 · Voyage de BillinÇf traduit par Castera, tom. I, p · texte numérisé non relu

Voyage de BillinÇf traduit par Castera, tom. I, p

puis cinq cents ans pour Timportalion de l'ivoire en Chine, et depuis cent ans pour Timportation en Europe. On ne voit pas néanmoins que le rendement de ces mines étranges ait jamais diminué. Quel nombre de générations accumulées ne suppose pas une telle profusion de défenses et d'ossements !

L'abondance des débris d'Éléphants fossiles dans les steppes de la Russie a fait naître, chez les peuples de celte contrée, une légende d'origine fort ancienne. Les Russes du Nord croient que ces ossements proviennent d'un énorme animal qui vivait, comme la taupe, dans des trous creusés sous terre. Cet animal, disent les Russes, ne peut supporter la lumière ; il meurt dès qu'il aperçoit le jour.

C'est en Russie que l'Éléphant fossile a reçu le nom de Mammoût ou de Mammouth, et ses défenses celui de cornes de Mammoût. Pallas avance que ce nom est tiré du mot mamma, qui signifie terre dans quelque idiome tartare. Selon d'autres auteurs, ce nom proviendrait du mot arabe behemot, qui, dans le livre de Job, désigne un grand animal inconnu ; ou de l'épithète maliemot, que les Arabes ont coutume d'ajouter au nom de l'Éléphant quand il est de très-grande taille.

Une circonstance assez curieuse, c'est que cette même légende d'un animal vivant exclusivement sous terre existe chez les Chinois, qui désignent sous le nom de tien-schu le prétendu animal souterrain. On lit le passage suivant dans la grande Histoire naturelle qui fut composée en Chine au seizième siècle :

« L'animal nommé tien-schu, dont il est déjà parlé dans rancien ouvrage sur le cérémonial intitulé Ly-ki (ouvrage du cinquième siècle avant Jésus-Christ), s'appelle aussi tyn schu ou yn-schu, c'est-à-dire la souris qui se cache. II se tient continuellement dans des cavernes souterraines ; il ressemble à une souris, mais égale en grandeur un buffle ou un bœuf. Il n'a point de queue, sa couleur est obscure. Il est très-fort et se creuse des cavernes dans les lieux pleins de rochers et de forêts. »

Un autre écrivain, cité dans le même passage, s'exprime ainsi :

c Le tyn-schu ne se tient que dans des endroits obscurs et non fréquentés. Il meurt sitôt qu'il voit les rayons du soleil ou de la lune ; ses pieds sont courts à proportion de sa taille, ce qui fait qu'il marche mal. Sa queue est longue d'une aune chinoise. Ses yeux sont petits et son

COQ courbe. Il est fort stupide et paresseux. Lors d'une inondation lUï environs du iîeuve Tam-seituann-ltty (en l'année 1571) il se montra beaucoup de tyn'Schu dans ta pkine ; ils se nourrissaient des racines de II plante fu*kia, »

L'existence, en Chine, des os et des défenses du Mammouth est suffisamment confirmée par le récit d'un ancien voyageur russe, Isbrant Ides^ qui, en 1692 , parcourut l'empire chinois. DansTextrait que nous allons rapporter, du récit de ce voyageur, on remarquera le fait, bien surprenant, de la découverte d*une tête et d'un pied de Mammouth qui s'étaient conservés dans la glace avec toutes leurs chairs.

0 C*est dans les montagnes qui sont au nord-est de cette rivière (le Kata) qu*cin troiivei dit ce voyageur, tes dents et les os de Mammouth; on en trouve aussi sur les rivages du fleu've lenizea, des rivières de Trugan, Mungasea^ Lena, aui environs de la ville de lakutskoi, et jusipi^à îa mer Glaciale. Toutes ces rivières passent au travers des meef agnes dont nous venons de parler et , dans le temps du dégel, eUes ont des cours de glaces si irapétueui , qu^ elles arrachent des montagnes, et roulent avec leui-a eaux des masses de terre d'une grandeur prodigieuse, L^inondation finie» ces masses de terre restent sur leurs bords, et l* sécheresse les faisant fendre, on trouve, au milieu, des dénis de Mainmou th et quelquefois an Mammouths tout entieTS. Un voyageur qui venBXi à la Chine avec moî et qui allait tous les ans h la recherche des dents de Mammouth, m'assura avoir trouvé une fois, dans une pièce de terre gelée, la tête entière d'un de ces animaux dont la chair était corrompue ; que les dents sortaient du museau comme celles des Éléphants, et que ses compagnons et lui eurent beaucoup de peine à les arracher, aussi bien que quelques os de la tête, et entre autres celui du cou, lequel était encore comme teint de sang ; qu'enfin, ayant cherché plus avant dans la même pièce de terre, il y trouva un pied gelé d'une grosseur monstrueuse qu'il porta à la ville de Tragan. Ce pied avait, à ce que le voyageur m'a dit, autant de circonférence qu'un gros homme au milieu du corps.

« Les gens du pays ont diverses opinions au sujet de ces animaux. Les idolâtres , comme les Iakoutes, les Tunguses et les Ostiakes, disent que les Mammouths se tiennent dans des souterrains fort spacieux dont ils ne sortent jamais ; qu'ils peuvent aller çà et là dans ces souterrains, mais que, dès qu'ils ont passé dans un lieu, le dessus de la caverne s'élève et ensuite s'abîme, formant en cet endroit un précipice profond; ils sont aussi persuadés qu'un Mammouth meurt aussitôt qu'il voit la lumière, et soutiennent que c'est ainsi que périssent ceux qu'on trouve morts sur les rivages des rivières voisines de leurs souterrains, où ces animaux s'avancent inconsidérément.

c Les vieux Russes de Sibérie croient que les Mammouths ne sont

autre chose que des Éléphants, quoique les dents que l'on trouve soient un peu plus recourbées et plus serrées dam la mâchoire que celles de ces derniers animaux. Avant le déluge, disent-ils, le pays était fort chaud, et il y avait quantité d'Éléphants, lesquels flottèrent sur les eaux jusqu'à Técoulement et s'enterrèrent ensuite dans le limon. Le climat était devenu très-froid après cette grande catastrophe, le limon gela et avec lui les corps d'Eléphants^ lesquels se conservent dans la terre sans corruption jusqu'à ce que le dégel les découvre, »

Ce récit pourra sembler suspect à quelques lecteurs. On a quelque peine à croire à cette tête et à cette jambe retirées des glaces avec les chairs et la peau, quand on songe qu'il s'agit d'un animal dont l'espèce a disparu de notre globe depuis plus de dix mille ans. L'assertion d'Isbrant ides, qui voyageait en 1692, a donc besoin d'être confirmée par des témoignages d'une date plus récente. Ces témoignages ne manquent point.

En 1800, un naturaliste russe, Gabriel Sarytschew, voyageait dans le nord de la Sibérie. Étant parvenu non loin de la mer Glaciale, il trouva sur les bords de l'Alasœia, rivière qui se jette dans cette mer, le cadavre entier d'un Mammouth environné de glace. Le corps était dans un état complet de conservation, car le contact permanent des glaces l'avait préservé de toute putréfaction. On sait qu'à la température de G degré et au-dessous, les substances animales ne se putréfient point; si bien que, dans nos ménages, on pourrait conserver indéfiniment la viande des animaux de boucherie, le gibier ou le poisson, en les maintenant sous une couche de glace. C'est ce qui était arrivé pour le Mammouth que Gabriel Sarytschew découvrit sur la rivière glacée de l'Alasœia, et qui avait été mis à nu par l'action du courant de ce fleuve. Le flot, creusant la berge, avait dégagé de la glace, où était emprisonné depuis des milliers d'années le monstrueux Pachyderme, qui se trouvait presque debout sur ses quatre pieds. Le corps, dans un état complet de conservation, renfermait encore ses chairs , ainsi que toute la peau, à laquelle de longs poils adhéraient en certaines places.

Le naturaliste russe Adams fit, en 1806, une découverte tout aussi extraordinaire que la précédente. Nous emprun-

teroDs le récit de ce fait à un passage des Mémoires {Cornmentarii) de l'Académie de Pétersbourg^ qui a été traduit par Cuvier en ces termes :

• En 1799 , un pécheur tongouse remarqua sur les bords de la mer Glaciale, près de Tembouchure de la Lena, au milieu des glaçons, un bloc informe qu'il ne put reconnaître. L'année diaprés, il aperçut qœ cette masse était un peu dégagée, mais il ne devinait point encore ce que ce pouvait être. Vers la fin de Pété suivant , le flanc tout entier de ranimai et une de ses défenses étaient distinctement sortis des glaçons. Ce ne fut que la cinquième année que, les t;laces ayant fondu plus vite que de coutume, cette masse énorme vint échouer à la cdte sur un banc de sable. Au mois de mars 1804, le pécheur enleva les défenses, dont il se défît pour une valeur de cinquante roubles. On exécuta, à cette occasion, un dessin grossier de Tanimal.

« Ce ne fut que deux ans après et la septième année de la découverte, que M. Adams, adjoint de l'Académie de Pétersboorg, et professeur à Moscou, qui voyageait avec le comte Golovkln, envoyé par la Russie en anibassade à la Chine, ayant été informé à Iakoutsk de cette découverte, se rendit sur les lieux. Il y trouva Panimal déjà fort mutilé. Les lakoutes du voisinage en avaient dépecé les chairs pour nourrir leurs chiens. Des bétes féroces en avaient aussi mangé ; cependant le squelette se trouvait encore entier, à Texception du pied de devant. L'épine da dos, une omoplate, le bassin et les restes des trois extrémités étaient encore réunis par les ligaments et par une portion de la peau. L'omoplate manquante se retrouva à quelque distance. La tête était couverte d'une peau sèche. Une des oreilles, bien conservée , était garnie d'une touffe de crins : on distinguait encore la prunelle de l'œil. Le cerveau se trouvait dans le crAne, mais desséché; la lèvre inférieure avait été rongée, et la lèvre supérieure détruite laissait voir les mâchelières. Le cou était garni d'une longue crinière. La peau était couverte de crins noirs et d'un poil ou hiine rougeàtre ; ce qui en restait était si lourd, que dix personnes eurent beaucoup de peine à le transporter. On retira, selon M. Adams, plus de trente livres de poils et de crins, que les ours blancs avaient enfoncés dans le sol humide, en dévorant les chairs. L'animal était mâle ; ses défenses étaient longues de plus de neuf pieds en suivant les coHrbures, et sa tête, sans les défenses , pesait plus de quatre cents livres.

« M. Adams mit le plus grand soin à recueillir ce qui restait de cet échantillon unique d'une ancienne création; il racheta ensuite les défenses k Iakoutsk. L'empereur de Russie, qui a acquis de lui ce précieux monument moyennant la somme de huit mille roubles , l'a fait déposer à l'Académie de Pétersbourg.

« On a encore connaissance, ajoute Cuvier, d'individus pareils.

€ M. Tilesius avait reçu, en 1805, et envoyé à M. Blumenbach, un faisceau de poils arrachés par un nommé Patapof, d'un cadavre de Mammouth, près des bords de la mer Glaciale. *

IJ

Les chiens et autres animaux voraces avaient dévoré les chairs du Mammouth trouvé aux bords de la mer Glaciale. Adams transporta ses os à Pétersbourg et en forma le plus beau squelette d*Elephas primigenius qui existe aujourd'hui. Ce squelette flgure au Musée de Pétersbourg. A côté du squelette de ce Mammouth fameux, on a placé celui d'un Éléphant actuel des Indes, puis le corps d'un autre Éléphant actuel revêtu de sa peau , pour faire apprécier aux visiteurs les rapports de grandeur entre le Mammouth et l'Éléphant de nos jours. La figure 306 représente la salle du Musée de Pétersbourg qui contient ces trois pièces intéressantes *.

On ne saurait douter, après de tels témoignages, de l'existence , dans les glaces du Nord, de restes encore entiers de Mammouth. Ces animaux auront péri subitement; saisi par la glace au moment de leur mort, leur cadavre aura élé préservé de la putréfaction par la persistance et l'action continue du froid. Si Ton suppose qu'un de ces animaux soit tombé accidentellement dans les crevasses du glacier, on s'expliquera que son corps, enseveli tout aussitôt sous une glace éternelle, ait pu s'y maintenir intact pendant des milliers d'années.

Dans l'ouvrage de Guvier sur les Ossements fossiles, on trouve une longue et minutieuse énumération des régions diverses de TAUemagne, de la France, de l'Italie, etc., qui, de nos jours, ont fourni des os ou des défenses de Mammouth. Nous nous bornerons à citer comme spécimen deux de ces observations :

« En octobre 1816, dit Guvier, il fut trouvé à Canstadt"* un dépôt trèsremarquable, que le roi Frédéric I®"" fit déblayer et recueillir avec le plus grand soin. On assure môme que la visite qu'y fit ce prince, si ardent pour tout ce qui avait quelque grandeur, contribua à la maladie dont il mourut peu de jours après. Un officier, M. Natter, avait commencé quelques recherches. En vingt-quatre heures on mit à découvert vingt

1. Les curieux pourront aller voir, au Muséum d'histoire naturelle de Paris, un morceau de peau, de la laine et quelques poils du Mammouth trouvé par Adams aux bords do la Lena. Ce fragment de peau ressemble à un carré de caoutchouc ou de cuir; les poils et la laine sont fauves ou noirs, rudes et longs. Les deux bocaux qui renferment ces curieuses reliques se trouvent dans la galerie haute du bâtiment affecté aux collections de géologie, armoire VUI, n- 1501 et 1502.

2. C'est la même ville où l'on avait déjà découvert, en 1700, des ossements de Mammouth, comme nous Pavons rapporté page 360.

et une dents oa pirtiet de dents et un grand nombre û*m. Le roi hjul ordonné de oontîniierks rouitte^, dè^ le deuxième Jour on ImuT^un groupe de treiie défenaes f4acée& les unes près d^s autres et avec quelques mâchelières, oomne si on le^ j avait tntâsaées ^eiprès. C'est dûn que le roi s'y trtnqMrta^ et ordonna d^nlever le tout avec Taj^gile giii l'enTeloppiit, et en eontenant à chaque objet sa position. La plu^ grande des défenses, quoiqu'elic eût perdu hSL pointe et s^ raoîne^ était encore longue de huit pieds sur un {ibd de dinintïtre. On trouva aussi plusieun défenses isolées ; une quantité de mAchelîèrcs depuis df'ux pouces jusque un pied de longueur; qudques^uiit*:! adhéraient eiu^orf* h des portions de mâchoires. Tous oes mon^ejiui ^taii'nt micui consenés que ceuî de 1700, ce qu'on attribue h. h profondeur de leur gisement , et peut-èire à une autre nature du soL Les défenses étaient en général fort œurbées. Il se trouvait dans le même dépôt, comme en 1700, des os de clieval^ de cerf, une quantité de dents de rhinocéros, des dents que Poti jugea d'ours, et un ^<4i^»*'^^*w^ que Ton crut i^uvotr attribuer au tapir, VtLdroit où s'est faite cette déùciuverle he nomme SeeU>erg et est à envirati six cents pas de la ville de Can^tadt^ mais de raiitre côté du Neeker. à « Tous les bassins des irrandes rivières d'Allemagne ont donné des m d'éléphant comme les endroits que nous venons de nommer ; et d'abord pour continuer le dénçmbremenl de ceux qu'ont fournis les vallées qw aboutissent au Rhin, Gaiistadt n*est pas le seul lieu de celle du NeckgT et des vallons qui s*y rondent où Ton ait fait de pareilles découvertes, i^

Cuvier rappelle ensuile les différentes parties de rAllemape où Ton a fait, après cette époque , des découvertes du même genre.

De toutes les parties de l'Europe, celles où Ton a rencontré le plus d'ossements d'Éléphants fossiles, c*estla vallée derAmo supérieur, dans le Piémont. On trouva là un véritable cimetière d'Éléphants. Leurs ossements étaient autrefois si communs dans cette vallée, que les paysans les employaient pële-mële avec les pierres, pour construire les murs et Jes maisons. Depuis qu'ils en connaissent le prix, ils les mettent en réserve pour les vendre aux vo}ageurs.

Les ossements et défenses de Mammouth se rencontrent en Amérique, aussi bien que dans notre hémisphère. Cuvier énumère les différentes parties de l'Amérique où les débris du Mammouth ont été trouvés, seuls ou mêlés à ceux du Mastodonte. Nous ne le suivrons pas dans cet exposé. Nous ajouterons seulement un fait postérieur à ceux qui ont été fournis par l'illustre naturaliste.

Le capitaine russe Kotzebue a trouvé des ossements de Mam-

mouth sur la cdte nord de rAmérique. Ces ossements y sont tellement communs, que ses matelots en brûlèrent plusieurs morceaux à leurs feux. Adalbert de Chamisso, naturaliste, qui accompagnait Rotzebue, apporta en Europe une défense longue de 4 pieds et large de 5 pouces dans son plus grand diamètre.

Il est assez étrange que les Indes orientales, c'est-à-dire l'un des deux pays qui sont aujourd'hui, avec l'Afrique, les seuls asiles de la race des Éléphants, soient la seule contrée du globe oùFon n'ait pas découvert d'ossements fossiles de ces animaux.

En résumé, et d'après la longue énumération qui précède, on voit que, pendant la dernière période géologique dont nous esquissons l'histoire, le gigantesque Mammouth habitait toutes

Pig. 307* Tête d^Unus spelKus.

les régions du globe terrestre. Or, les contrées qui conviennent à la race actuelle de nos Éléphants sont l'Afrique et l'Inde, c'est-à-dire des régions au climat brûlant. Il faut conclure de là que la température terrestre était, à l'époque où ces animaux ont vécu, singulièrement plus élevée que de nos jours. Parmi les carnivores antédiluviens, l'un des plus redoutables était certainement YUrsus spelxus (Ours des cavernes). Cette espèce était d'un cinquième, ou même d'un quart, plus grande que celle de nos Ours bruns. Elle était aussi plus trapue. On en possède beaucoup de squelettes longs de 3 mètres et hauts de 2 mètres. VUrsus spelxus abondait en France , en Belgique, en Allemagne, etc. 11 y était si répandu, que les dents d'Ours

antédiluviens ont fait longtemps partie, comme nous Yavùm dit plus haut, de la matière médicale, sous le nom de Lkorm fossile,

La figure 307 représente la tête de YUrsm spel^us.

En même temps que VUrsus spelœus^ vivait en Europe un carnassier, le Fdis $pel3ïa ou Tigre giganusque. Double de taille du tigre actuel j cet animal réunissait les caractères du lion et ceux du tigre. Ses restes, [qu'on ne rencontre que rarement, assignent à l'animal vivant une longueur de plus de 4 mètres et une taille qui dépasse celle des plus grands de nos taureaui.

Les Hyènes aujourd'hui vivantes appartiennent à deui espèces : VHyène rayée eiVHifène tûchtiée. Cette dernière présente une si grande conformité de structure avecTHyène de l'époque quaternaire, que Cuviera cru pouvoir désigner celte dernière sous le nom &Hyène lacfieîéê fossile. Elle est seulement un peu plus grande que celle qui vit de nos jours.

La figure 308 représente la tète de VHyxna speJêea,

Fig. SOS. Tète dHyciui spelsa.

Le Cheval remonte à l'époque quaternaire ou aux derniers temps de Tépoque tertiaire. On trouve ses débris fossiles dans les mêmes terrains que ceux du Mammouth et du Rhinocéros. Il ne se distingue de nos Chevaux actuels que par sa taille, qui était plus petite. Les débris du Cheval fossile sont excessivement abondants dans les terrains quaternaires, non-seulement en Europe, mais encore en Amérique. Le Cheval sauvage a donc existé dans le Nouveau-Monde. On sait pourtant qu'à l'arrivée des Espagnols, les chevaux étaient inconnus en Amérique. Cette

espèce s'y était éteinte, et sa disparition ne saurait, en aucune manière, être attribuée à l'action de l'homme.

Les Bœufs de l'époque quaternaire étaient sinon identiques, au moins très-voisins de nos espèces actuellement vivantes : c'étaient les Bos priscus, primigenius et Pallasii. Le premier, à jambes grêles, à front bombé plus large que haut, différait peu de l'Aurochy dont il se distinguait pourtant par une taille plus élevée et par des cornes plus grandes. On trouve les débris du Bospriscus en France, en Italie, en Allemagne, en Russie, en Amérique.

Le Bos primigenius serait, selon Cuvier, la souche de nos Bœufs domestiques.

Le Bos Pallasii^ trouvé en Sibérie et en Amérique, ressemble beaucoup au Buffle musqué du Canada.

Dans les mêmes lieux où se trouvent les os des Bœufs fossiles, on a trouvé les restes de diverses espèces de Cerfs. La question paléontologiquedes Cerfs est fort obscure; il est souvent difficile de déterminer si les restes d'un Cerf appartiennent à une espèce éteinte ou actuelle. Ce doute ne peut exister toutefois pour le Ctrf à bois gigantesque {Cervus megaceros)^ un des plus magnifiques animaux antédiluviens.

Les débris du Cervus megaceros (fig. 309) se trouvent fréquemment en Irlande, dans les environs de Dublin, plus rarement en France, en Allemagne, en Pologne, en Italie. Intermédiaire entre le Cerf et l'Élan, le Cervus megaceros tenait deTÉlan par ses proportions 'générales et par la forme de son crâne, mais se rapprochait du Cerf par sa taille et la disposition de ses bois.

Si les magnifiques bois qui décoraient sa tête donnaient à cet animal un aspect imposant, ils devaient, d'un autre côté, le gêner beaucoup dans sa marche à travers les épaisses forêts de l'ancien monde. La longueur de ces bois est d'au moins 3 mètres; ils sont tellement divergents que, mesurés d'une extrémité à l'autre, ils laissent un écartement de 3 à 4 mètres.

Les squelettes du Cervus megaceros se trouvent en Irlande, dans les dépôts et turfs calcaires qui s'étendent sous les immenses tourbières, ou dans la tourbe même, près de Gurragh.

Ils se présentent en monceaux accumulés dans un pelîtespac*, presque tous dans la même attitude, la tête haute, le cou lendu, les bois renversés et rabattus sur le dos, comme m ranimil, subitement enfoui dans un terrain marécageux, se fût efforcé, jusqu'au moment de sa mort, de chercher de Tair respirable.

Fig. S09. Gerrut megaeeroB.

Il existe au cabinet de géologie de la Sorbonne un magnifique squelette complet de Cervus megaceros. Deux autres squelettes, aussi complets, se trouvent à Londres et à Vienne.

Passons maintenant aux grands édentés propres^ à l'Amérique. Le Glyptodon, le Mégathérium, le Hylodon et le Hégalonyx, n'ont jamais eu d'autre patrie que l'Amérique. Ilsap-

partiennent à l'ordre des édentés , ordre caractérisé surtout par l'absence de dents sur le devant de la bouche. L'appareil masticateur des édentés ne se compose que des molaires et des canines ; quelquefois même les dents manquent complètement. Aussi ces animaux se nourrissent-ils principalement d'insectes ou de feuilles tendres. Les Tatous, les Pangolins et les Fourmiliers sont des exemples de cet ordre d'animaux. On peut ajouter, pour les mieux caractériser encore, que leurs ongles prennent un grand développement, et entourent, en grande partie, l'extrémité des doigts. Les édentés semblent ainsi établir le passage zoologique entre les mammifères onguiculés et les mammifères ongulés, dont l'extrémité du doigt est entourée par un sabot, comme on le voit chez les pachydermes et les ruminants.

Le Glyptodon, qui apparut pendant la période quaternaire, appartient, parmi les édentés, à la famille des Tatous. Les animaux de cette famille offrent, comme caractère particulier et bien remarquable, un test écailleux et dur, composé de compartiments semblables à de petits pavés, recouvrant leur tête, leur corps et souvent leur queue. Ce sont des mammifères qui semblent enfermés dans une écaille de tortue.

Le Glyptodon (Ug. 310) se rapprochait beaucoup des Dasypus ou Tatous. Il avait seize dents à chaque mâchoire. Ces dents sont creusées latéralement de deux sillons larges et profonds, qui en divisent la surface molaire en trois portions : de là le nom de Glyptodon. Le pied de derrière était massif et présentait des phalanges unguéales courtes et déprimées. L'animal était enveloppé et protégé par une cuirasse, ou carapace solide, composée de plaques. Ces plaques, vues en dessous, paraissent hexagonales et .sont unies par des sutures dentées; en dessus elles représentent des sortes de doubles rosettes.

Le Glyptodon clavipes vivait dans les pampas de Buenos- Ayres. Il n'avait pas moins de 2 mètres de longueur.

Le Schistopleuron ne diffère pas assez du Glyptodon pour que l'on puisse en faire un genre à part; ce n'est sans doute qu'une espèce du genre Glyptodon. La différence entre ces deux animaux ne repose que dans la structure de la queue : massive chez le premier, elle est composée chez le second d'une dizaine d'an-

neaux. Pour le reste, organisation et habitudes, tout est identique. Le Schistopleuron était, comme le Glyptodon^ un animal lierbivore, se nourrissant de racines et de débris végétaux.

Fig. 310. Olyptodon cUvipes. (1/90 G. N.)

La figure 310 représente le Glyptodon clavipes à l'état de squelette; la figure 311 représente le Schistopleuron typus restauré, c'est-à-dire à l'état de vie.

Fi g. 311. Schistopleuron typus. (i/20 G. N.)

C'était, au premier abord, un être bizarre, extraordinaire que le Megatherium ou Animal du Paraguay, Si l'on jette les yeux sur son squelette, qui fut retrouvé dans le Paraguay, à Buenos-Ayres,

en 1788, et qui existe aujourd'hui dans un ëtat parfait de conservation au Muséum de Madrid, on sera frappé de sa structure lourde, insolite, gauche et bizarre dans son ensemble et dans toutes ses parties. Cet animal appartient à Tordre actuel des paresseux. Tout le monde a lu, dans BufTon^ la description du Paresseux, et, d'après le grand écrivain, on se représente ce quadrupède comme étant, de tous les animaux, celui qui a reçu en partage l'organisation la plus vicieuse, comme un être auquel la nature a interdit toute jouissance, et qui n'a vu le jour que pour la fatigue et la misère.

L'idée exprimée par Bufifon manquait pourtant de justesse. L'examen attentif de l'Amma/ du Paraguay prouve que l'organisation de cet être antédikivien ne saurait être considérée comme gauche ni bizarre, eu égard au genre de vie de son individu. Les particularités d'organisation qui rendent les mouvements du Paresseux si lourds et si pénibles à la surface du sol, lui viennent, au contraire, merveilleusement en aide pour vivre sur les arbres, dont les feuilles lui servent exclusivement de nourriture. De même, si Ton considère le Megathcrittm comme ayant été créé pour fouiller la terre et se nourrir de racines des arbres et des arbustes, chacun des organes de sa lourde charpente paraîtra parfaitement approprié à son genre de vie et bien adapté à l'objet spécial qui lui a été assigné par la nature.

On doit placer le Megatherium entre notre Paresseux et notre Tatou actuel. Gomme le premier, il se nourrissait exclusivement de feuilles d'arbres; comme le second, il fouillait profondément le sol, pour y trouver à la fois sa nourriture et son abri.

Le Megatherium était aussi gros qu'un Éléphant ou qu'un Rhinocéros de la plus grande espèce. Son corps avait 4 mètres de longueur et 2 mètres et demi de hauteur. Jetons un coup d'oeil sur chacun des organes principaux de son squelette (fig. 312).

Sa tête ressemble beaucoup à celle du Paresseux. L'os trèslarge qui descend de l'arcade zygomatique, le long de la joue, devait fournir une puissante insertion aux muscles moteurs de la mâchoire. La partie antérieure du museau est tellement dé-

3Î8 LA TERRE AVANT LEj DÉLUGE.

veloppée, tellement criblée de trous pour le passage des nerfs et des TaisseauXy qu'il devait exister 1^, non pas une trompe, qui aurait été inutile à un animal muni d*an cou assez long, mais un groin analogue à celui du Tapir.

Sa mâchoire étant dépourvue de dents incisives, le Megatherium devait se nourrir d'herbes et de racines; la structure de ses dents molaires prouve qu'il n'était point camivore. Chacane

Fig. 312. Squelette du Mégathérium. (1/30 G. N.)

de ses dents ressemble à Tune des nombreuses denticules qui constituent la molaire composée de l'Éléphant.

Les vertèbres du cou, bien que puissantes, ont peu de volume en comparaison de celles de l'extrémité opposée du corps, car la tête est relativement légère et dépourvue de défenses. Les vertèbres lombaires prennent un accroissement correspondant à l'agrandissement énorme du bassin et des membres inférieurs. Les vertèbres de la queue sont énormes. Si on ajoute à ces organes osseux les muscles, les tendons et le tégument qui

les recouvraient, on est conduit à admettre que la queue du Mcgatherium n'avait pas moins de 60 centimètres de diamètre. Il est probable que, comme les Tatous, le Megalherium se servait de sa queue pour supporter le poids énorme de son corps. Ce même organe devait aussi jouer un rôle formidable comme arme de défense, ainsi que cela a lieu chez les Pangolins et chez les Crocodiles.

Les pattes antérieures devaient avoir environ 1 mètre de long et le tiers de large. Elles formaient un instrument puissant pour fouiller la terre jusqu'aux plus grandes profondeurs où s'enfoncent les racines des végétaux. Les pieds antérieurs posaient sur le sol dans toute leur étendue. Solidement appuyé en arrière sur ses deux pieds postéfleurs et sur sa queue, placé en avant sur l'un des pieds antérieurs, l'animal employait le pied antérieur libre à creuser la terre, pour déraciner les arbres. Les doigts des pieds antérieurs étaient, à cet effet, munis d'ongles gros et puissants, qui prenaient une position oblique par rapport au sol, de la même façon que les ongles fouisseurs de la taupe.

La solidité et l'étendue du bassin étaient énormes chez V Animal du Paraguay. Ses immenses os iliaques sont presque à angle droit avec la colonne vertébrale. Leurs bords externes sont éloignés l'un de l'autre de plus d'un mètre et demi, disposition en rapport avec le mode de station de l'animal. Le fémur est trois fois plus épais que chez l'Éléphant, et les diverses particularités que présente la structure de cet os paraissent avoir eu pour but de fournir à toute sa charpente une solidité extrême par des proportions courtes et massives. Les deux os de la jambe sont, comme le fémur, courts, épais et solides; ils présentent de plus cette circonstance, qu'on ne rencontre que chez les Tatous et les Chlamyphores, animaux fouilleurs, d'être soudés entre eux par leurs extrémités.

L'organisation anatomique de ces membres dénote une locomotion lourde, lente et difficile, mais offre le support le plus solide et le plus admirablement combiné pour le poids d'une créature énorme et sédentaire, sorte de machine fouilleuse vivante, presque immobile et d'une puissance incalculable.

Fig. 313. Mégathérium restauré.

Un animal bâti dans d'aussi massives proportions ne pouvait évidemment ni grimper ni courir; sa démarche devait être d'une lenteur excessive. Mais fallait-il des mouvements rapides à un être uniquement occupé à creuser la terre, pour y chercher des racines, et qui, par conséquent, changeait rarement de place ? Avait-il besoin d'agilité pour fuir ses ennemis, puisqu'il pouvait renverser le Crocodile d'un seul coup de sa queue? A l'abri des atteintes des autres animaux, ce robuste herbivore

devait vivre paisible et respecté dans les parages solitaires de FAmérique.

Comme le Megatherium^ le Myîodon (fig. 314) tenait de trèsprès aux Paresseux. Il habitait aussi exclusivement le Nouveau- Monde. Plus petit que le MegaUieriurriy il n'en ^différait guère que par la forme de ses dents. Ces organes n'étaient pas similaires et ne présentaient que des molaires à surface usée, plane, indiquant que l'animal se nourrissait de végétaux, pro-

Fig. 314. Myîodon robustus.

bablement de feuilles et de tendres bourgeons. Conmie le Mylodon présente à la fois des sabots et des griffes à chaque pied, on a pensé qu'il formait un lien entre les animaux onguiculés et les animaux ongulés. On en connaît trois espèces, qui vivaient toutes trois dans les pampas de Buenos-Ayres.

Sur les indications de l'illustre Washington, Tun des premiers et des plus honorables présidents de la république des États-Unis, H. Jefferson, signala, dans une caverne de l'État de Virginie, les restes d'une espèce de Paresseux gigantesque,

dont un squelette complet fut plus tard découvert au Mississipi, dans un état si complet de conservation que les cartilâgeSi encore adhérents aux os, n'étaient point putréfiés. Jeffenon appela certe espèce Megalonyx. Cet animal avait de grands rap»;; ports avec le Paresseux. Sa taille dépassait celle du plus j Bœuf. Le museau pointu, les mâchoires armées de dents cfiborr} driques, les membres antérieurs beaucoup plus longs quête" postérieurs, Tarticulation du pied oblique sur la jambe, deux doigts gros, courts, armés d'ongles longs très-forts, le doigt index plus giéle, armé d un ongle moins puissant, la queue forte et solide, tels sont les traits saillants de l'organisation da Megalonyx^ dont les formes étaient un peu moins lourdes que celles du Megathcrium.

Nous avons réuni dans la planche 315 les grands édentés qui habitaient exclusivement l'Amérique pendant l'époque quaternaire. Le Glyptodon, le Mégathérium, le Mylodon, auxquels se joint le Mastodonte. Un petit singe macaque, VOrtopi^ thecus, qui avait commencé d'apparattre dès la période mio» cène, se suspend aux arbres de ce paysage, dont la végétation est semblable à celle des régions actuelles de l'Amérique équiiloriaic.

Telles sont les espèces de grands mammifères les plus communes et les i)lus caracléristiques de l'époque quaternaire que nous avions à sijinaler. Nous mentionnerons maintenant parmi les oiseaux le gigantesque Dinornis de la Nouvelle-Zélande. Si Ion en juge par le tibia, qui a 1 mètre de long, et par ses œufs, qui sont beaucoup plus grands que ceux de l'Autruche, sa taille devait être extraordinaire pour un oiseau.

La ligure :H6 représente le Dinornis restauré.

Uuant à VKpivrnin, on n'a trouvé à l'état fossile que son œuf.

Nous avons essayé de représenter, dans la figure 317» l'aspect ck* la terre en Europe pendant l'époque que nous venons de décrire. L'Ours est placé à l'entrée de sa caverne, jiour rappeler à la fois et son ^enre de vie et l'origine de son nom paléontologi(|ue (/Va'i/.v spcLtus, Ours des ca\ênies); il achève de ronger les us d'un Éléphant. Au-dessus de la caverne, l'Hyène

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