‹ La terre avant le déluge (volume 2)Chapitre 38 sur 53 · ^^:yVî|,^J · texte numérisé non relu

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(Hyxna spelxa) guette, d'un œil farouche, le moment de disputer ces restes à son redoutable rival. Des Cerfs aux grands boiSy mêlés à d'autres animaux de cette époque, courent dans le vallon, que remplissent des arbres et arbustes, formant une végétation identique à celle de nos jours. Des montagnes, récemment soulevées, se voient à Thorizon ; elles sont recouvertes d'un manteau de neige glacée, pour rappeler l'arrivée

Fig. 316. Dinornis.

prochaine de cette période glaciaire qui va bientôt se manifester, et qui, en refroidissant d'une manière inopinée une partie de la terre, doit provoquer le rapide anéantissement des Mammouths et des Rhinocéros tichorhinusy et effacer leur race de la surface du globe.

Tous les ossements fossiles appartenant aux grands mammi-

fères que nous venons de décrire, se rencontrent dans les terrains de Tépoque quaternaire ; nuiisles plus abondants de tous sont ceux de l'Éléphant et du Cheval. L'eitréme profusion d'os de Mammouth enfouis dans les couches supérieures de notre glohe n*est surpassée que par la prodigieuse quantité d'ossements de Cheval que recèlent ces mômes couches. La singulière abondance des restes de ces deux animaux prouve que pendant i\'po(iue quaternaire la terre donnait asile à d'immenses troupeaux d'Ëléphants et de Chevaux. II est probable que d'un pôle à Tautre, de Téquateur aux deux extrémités de Taxe du globe, la terre formait une sorte de prairie sans limites, et qu'un immense lapis de verdure recouvrait partout sa surface. Des pâturages aussi abondants étaient nécessaires ])Our suffire à l'entretien de cette prodigieuse quantité d herbivores dt* grande taille et à leur incessante reproduction.

L'esprit peut à |.eine se représenter ces plaines immenses et t'erdoyantes du monde primitif, animées par la présence du nombre infini de leurs habitants. Par une température brûlante, des pach} dermes aux formes monstrueuses, mais aux allures péiisibles, se promenaient dans les hautes herbes, composéi'S (le irraminéos de toutes sortes; des Cerfs de la plus granile taille, la tète ornée de bois ^'igantesques, escortaient la louiile phaltiniîe des Mainmoutlis. tandis (jue des Chevaux, aux fnrines j^elites et ramassées, ^alopiient ou gambadiient dans ces nia,i5^ni tiques horizons de verdure, dont nul œil humain ne contemplait encore l'agreste sérénité.

Cependant tout n'était i as joie et tranquillité dans ces tableaux chanipétn.'s de l'ancien monde : do voraces et redoutables carnassi-rs faisaient une guene iicliarnée à ces troupeaux in():len^ifs. Le Tigre et le Lion, rilyène larouclie, l'Ours tt le tlliacal y clioisi>saient leur facile \n\\j.

LES DÉLUGES FEUROPE.

Les terrains tertiaires, en plusieurs parties plus ou moins étendues de l'Europe, sont recouverts d'une couche de débris hétérogènes qui remplit les vallées. Cette couche est composée d'éléments très-divers, mais provenant toujours de fragments détachés des roches environnantes. Les érosions qui se remarquent au bas des collines, et qui ont agrandi les vallées déjà existantes, la masse de remblais accumulés en un même point, et qui sont formés de matériaux roulés^ c'est-à-dire usés par la continuité du frottement pendant un long transport, tout indique que ces dénudations du sol, ces déplacements des corps les plus lourds à de grandes distances, sont dus à laction violente et subite d'un large courant d'eau. Un flot immense a été lancé soudainement à la surface des terres; il a tout ravagé sur son passage, il a raviné profondément le sol, entraînant et poussant devant lui les débris de toutes sortes qu'il emportait dans sa course désordonnée. On donne le nom scientifique de diluvium au terrain remué et bouleversé qui, par son hétérogénéité, accuse à nos yeux le rapide passage de l'impétueux courant des eaux, et l'on désigne par le nom vulgaire de déliige le phénomène en lui-même.

A quelle cause attribuer ce subit et temporaire envahissement des continents par un courant d'eau rapide, mais passager? Au soulèvement d'une vaste étendue de terrain, à la formation d'une montagne dans le voisinage ou dans le bassin même des mers. Le terrain, subitement élevé par un mouvement de bas en haut de l'écorce terrestre, ou par un plissement, une ride formés à sa surface, a, par contre-coup, violemment agité les eaux, c'est-à-dire les parties mobiles de notre globe. Par cette brusque impulsion, ces eaux ont été lancées dans l'intérieur des terres; elles ont produit dans les plaines de terribles inon-

dations; elles ont, pour on moment, couvert le sol de lem^ ondes furieuses, mêlées aux débris des terrâîus dérasiès p^t leur envahissement subit. Le phénomène a été brusque, mais court, comme le phénomène de plissement de Fécore^ terrestre, comme le soulèTementde la montagne ou de la chaîne de montagnes qui l'avait provoqué; mais il s'est renouvelé à plusletin reprises, témoins les vallées à* étages des environs de L^on et aussi celle de la Durance. Ces étages indiquent atitant de lames successives. En outre, les déplacements des blocs minérattxite leur situation normale sont le témoignage^ aujounl*l]yt ptr* fkitement reconnaissable, de ce grand phénomène.

Il y a eu, sans doute, pendant les épr ques antérieures i l'époque quaternaire, des déluges tels que nous venons de les décrire. Les montagnes et chaînes de montagnes qui se sont formées par suite de plissements ou de fractures de ta croate solide du globe, effet de son refroidissement et de raction in* cessante des feux souterrains, ont dû provoquer de sejiibkMes irruptions momentanées des eaux. Le Toit est démontré pour les terrains houillers. On trouve quelquefois dans ces terrains des conglomérats^ empâtés de blocs énormes. On en voit de beaux spécimens dans la vallée de Gier.

Cependant les témoignages visibles de ce phénomène, les preuves de cette dénudation, de ce ravinement du sol, les JN»^ dingues ou conglomérats, ne sont nulle part aussi accusés qw dans les couches superposées, de loin en loin, aux terrains tertiaires, qui portent le nom géologique de diluvium et que Ton voit représentés sur le tableau colorié du frontispice de est ouvrage. Le phénomène complet des déluges, tel que-noos l'avons considéré, peut donc être regardé comme spécialement propre à l'époque quatemaire.

Comme nous le disions au début de ce chapitre, deux déluges fort distincts se sont succédé dans notre hémisphère pendant l'époque quaternaire. On peut distinguer les deux déluges de C Europe et celui de VAsie. Les deux déluges européens

1. On nomme ainsi les fragments de roches ou cailloux arrondis ou usés par l'action des eaux et réunis par un ciment minéral.

sont antérieurs à l'apparition de Thomme; le déluge asiatique a été postérieur à l'homme, et la race humaine, alors aux premiers temps de son existence, a eu certainement à souffrir de ce cataclysme.

Nous n'avons à parler, dans ce chapitre, que des deux déluges européens.

Le premier a sévi dans le nord de l'Europe. Il fut provoqué par le soulèvement des montagnes de la Norvège. Partant de la Scandinavie, le flot s'étendit et porta ses ravages dans les régions qui forment aujourd'hui la Suède et la Norvège, la Russie d'Europe et le nord de l'Allemagne. Le déluge Scandinave a couvert d'un manteau de terrain meuble toutes les plaines et toutes les dépressions de l'Europe septentrionale.

Gomme les régions au milieu desquelles s'opéra le soulèvement montagneux, comme les mers qui environnaient ces grands espaces, étaient en partie gelées et couvertes de glaces, vu leur élévation et leur voisinage du pôle, le flot liquide qui traversa subitement ces contrées entraînait dans ses ondes une masse énorme de glaçons. Le choc de ses blocs solides d'eau congelée dut contribuer à accroître l'étendue et l'intensité des ravages occasionnés par ce violent cataclysme, que nous représentons dans la planche 318.

Les preuves physiques de ce déluge du nord de V Europe résultent pour nous de l'immense manteau de terrain meuble qui couvre aujourd'hui toutes les plaines et toutes les dépressions de l'Europe septentrionale. On a trouvé sur ce dépôt et dans son intérieur une foule de blocs que l'on désigne sous le nom caractéristique et significatif de bloc$ erratiques ^ et qui sont souvent d'un volume considérable. Tel est; par exemple, le bloc de granit que l'on a trouvé en Russie et qui a servi à former le piédestal de la statue de Pierre le Grand à Pétersbourg. Dans l'intérieur de la Russie, dont le sol est formé par le terrain de transition (terrain permien)*, la présence de ce bloc de granit ne peut s'expliquer que par son transport sur les glaces, entraînées elles-mêmes par un courant diluvien. Tel est encore un autre bloc de granit du poids de 300 000 kilogrammes, qui fut

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