‹ La terre avant le déluge (volume 3)Chapitre 41 sur 49 · In-S*- NeuchKtel · texte numérisé non relu

In-S*- NeuchKtel

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382 £l»OÛUE QUATERNAIRE.

Suisse et de la Savoie n'ont pas toujours été circonscrits dans leurs limites actuelles ; qu'ils ne sont, pour ainsi dire, que les miniatures des gigantesques glaciers des temps passés, et qu'ils s'étendaient jadis dans toutes les grandes plaines qui partent du pied de la chatne des Alpes.

Pour établir ces preuves, nous sommes obligé d'entrer dans quelques considérations sur les glaciers actuels, sur leur mode de formation et les phénomènes qui leur sont propres.

Les neiges qui, pendant tout le cours de l'année, tombent sur les montagnes, ne fondent point, mais se maintiennent à l'étatsolide quand ces montagnes dépassent la hauteur d'environ 3000 mètres. Lorsque ces neiges sont accumulées, par grandes épaisseurs, dans des vallées ou dans de profondes anfractuosités du sol, elles durcissent, et sous l'influence de la pression résultant de leur poids, par suite de l'iniroduction, à travers leur substance, d'une certaine quantité d'eau provenant de la fusion momentanée des couches superûcielles, elles se transforment en une masse cristalline, à structure grenue, que les naturalistes suisses désignent sous le nom de névé. Des fusions et des congélations successives, provoquées par la chaleur du Jour et le froid de la nuit, l'inûltration de l'air et de l'eau dans ses interstices, transforment plus tard ce névé en une glace homogène et azurée, remplie d'une inSnilé de petites bulles d'air : c'est ce t[ae l'on nommait autrefois glace buUeusc. Enfin, ces masses se congelant d'une manière plus complète, l'eau vient remplacer les bulles d'air. Alors la transforma lion est achevée : la glace est homogène, et elle présente ces belles teintes d'azur que ne se lasse pas d'admirer le touriste qui parcourt les magnifiques glaciers de la Suisse et de la Savoie.

Telle est l'origine, tel est le mode de formation des glaciers des Alpes, dont le pied descend quelquefois jusqu'à de grands villages, comme ceui de Chamonix en Savoie, de Cormayeur en Piémont, de Grindeiwald en Suisse.

Une importante propriété des glaciers, c'est d'avoir, dans le sens de leur pente générale, un mouvement de translation qui leur fait parcourir annuellement une certaine distance. Le glacier de l'Aar, en Suisse, par exemple, avance de 71 mètres chaque année.

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Sous l'influence de la pente, du poids de la masse de glace, et de la fusion de la partie qui touche le sol, le glacier tend toujours à avancer; mais par l'effet de la température ambiante, son eitrémité antérieure fondant rapidement, 11 tend à reculer. C'est la différence entre ces deux actions qui constitue le mouvement progressif réel du glacier.

Le frottement que le glacier exerce sur son fond et sur ses parois, doit nécessairement laisser des traces sur les roches avec lesquelles il se trouve en contact. Sur tout le passage d'un glacier, on remarque, en effet, que les roches sont polies, nivelées, arrondies et, comme on dit, moutonnées. Ces roches présentent, en outre, des stries dirigées dans le sens de la marche du glacier, etqui résultent d'un véritable burinage produit sur leurs parois précédemment polies, par des fragments anguleux et durs enchâssés dans la glace, à peu près comme le diamant du vitrier est fixé au bout de l'instrument qui sert à rayer le verre.

Dans un travail que nous aurons à citer plusieurs fois, H. Ch. Martins explique comme il suit le mécanisme physique par lequel les roches granitiques, entraînées dans le mouvement de progression d'un glacier, ont rayé, strié, moutonné les roches moins dures que ce glacier a rencontrées pendant sa marche;œmment, enfin, elles ont dénudé le terrain que leur masse a longtemps pressé sous .son poids.

• Le frottement que le glacier exerce sur son fond et sur ses parois est trop considérable, dit M. Ch. MarLins, pour ne pas laisser de traces sur les roches avec lesquelles il se trouve en contact; mais son action est différente suivant la nature minéralogique de ces roches et la conflgoratloQ du lit qu'il occupe. Si l'on pénètre entre le sol et la surface inférieure du glacier, en profitant des cavernes de glace qui s'ouvrent quelquefois sur ses bords ou à son extrémité, on rampe sur une couche de caillou.f et de sable fin imprégné d'eau. Si Ton enlève cette couche^ on reconnaît que la roche sous-jacerte est nivelée, polie, usée par le 'frottement et recouverte de stries rectilignes ressemblant tantflt & de petits sillons, plus souvent h des rayures parfaitement droites qui auraient été gravées à l'aide d'un burin ou mâme d'une aiguille trës-fîne- Le mécanisme par lequel ces stries ont été gravées est celui que l'industrie emploie pour polir les pierres ou les métaux. A. l'aide d'une poudre fine appelée émtri, on frotte la surface métallique et on lui donne un éclat qui provient de la réflexion de la lumière par une infinité de

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petites stries extrêmement ténues. La couche de cailloux et de boue interposée entre le glacier et le roc subjacent, voilà l'émari. Le roc est la surface métallique, et la masse du glacier, qui presse et déplace la coucne de boue en descendant continuellement vers la plaine, représente l'action de la main du polisseur. Aussi les stries dont nous parlons sontelles toujours dirigées dans le sens de la marche du glacier ; mais comme celui-ci est sujet à de petites déviations latérales, les stries se croisent quelquefois en formant entre elles des angles très-petits. Si l'on examine les roches qui bordent le glacier, on retrouve les mémos stries burinées sur les parties qui ont été en contact avec la masse congelée. Souvent j'ai pris plaisir à briser la glace qui pressait le rocher, et sous cette glace je trouvais des surfaces polies et couvertes de stries. Les cdlloux et tes grains de sable qui les avaient gravées étaient encore enchissés dans le glacier comme le diamant du vitrier est fixé au bout de l'instrument qui lui sert h rayer le verre.

■ La netteté et la profondeur des stries dépendent de plusieurs circonstances \ si la roche en place est calcaire, et que l'émeri se compose de cailloux et de sable provenant de roches plus dures, telles que le gneiss, le granit ou la protogine, les stries seront très-marquées. C'est ce que l'on peut vérifier au pied des glaciers de Rosenlaui et de Grindelwald, dans le canton de Berne. Au contraire, si la roche estgneissiqus, granitique ou serpentineuse , c'est-à-dire très-dure , les stries seront moins profondes et moins marquées, comme on peut s'en assurer aux glaciers de l'Aar, de Zermatt et de Ghamoniz. Le poli sera le même dans les deux cas, et il est souvent aussi parfait que celui des marbres qui ornent nos édifices.

f Les stries gravées sur les rochers qui contiennent ces glaciers sont, en général, horizontales ou parallèles i la surface. Toutefois, aux rétrédssements des vallées, ces stries se redressent et se rapprochent de la verticale. Il ne faut point s'en étonner. Forcé de franchir un détroit, le glacier se relève sur ses bords et remonte le long des flancs de la montagne qui lui barre le passage. C'est ce qu'on voit admirablement près des chdets de la Stieregg, étroit défilé qne le glacier inférieur de Griudelwald est obligé de franchir avant de s'épancher dans la vallée de même nom. Sur. la rive droite du glacier, les stries sont inclinées de 45* à l'horizon : sur la rive gauche, celui-ci s'élève quelquefois usqu'aux forêts voisines, et entraîne de grosses mottes de terre chargées de touffes de rhododendrons et de bouquets d'aunes, de bouleaux et de sapins. Les roches tendres ou feuilletées sont brisées et démolies par la force prodigieuse du glacier. Les roches dures lui résistent; mais la surface de ces roches, aplanie, usée, polie et striée, témoigne assez de l'énorme pression qu'elles ont eu k supporter. C'est ainsi qu'au glacier de l'Aar, le pied du promontoire sur lequel s'élève le pavUlon de M. Agassiz est poli sur une grande hauteur, et sur la face tournée vers le haut de la vallée j'ai observé des stries inclinées de 64". La glace redressée contre cet escarpement semblait vouloir l'escalader; mais le roc de granit tenait bon, et le glacier était obligé de la contourner lentement. ( En résumé, la pression considérable d'un glacier, jointe & son mou-

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vement de progression, agit à la fois sur le tond et sur lés flancs de la vallée qu'il parcourt. Il polit tous les rochers assez résistants pour n'être pas démolis par lui, et leur imprime souvent une forme particulière et caractéristique. En détruisant toutes les aspérités de ces rochers, il en nivelle la surface et les arrondit en amont, tandis qu'en aval ils conservent quelquefois leurs formes abruptes, inégales et raboteuses. On comprend, en effet, que l'effort du glacier porte principalement sur le côté tourné vers le cirque d'oii il descend, de même que les piles d'un pont sont plus fortement endommagées en amont qu'en aval par les glaçons que le fleuve charrie pendant l'hiver. Vu de loin, un groupe de rochers ainsi arrondis rappelle l'aspect d'un troupeau de moutons ; de là le nom de roches moutonnées que de Saussure leur a donné et qui leur est resté', i

Il est un autre phénomène qui joue un grand rôle dans l'histoire des glaciers actuels, et de ceux qui couvraient autrefois la Suisse : nous voulons parler des fragments, souvent énormes, de rochers que les glaciers transportent et entraînent dans leur mouvement de progression.

Les cimes des Alpes sont exposées à des dégradations continuelles. Formées de roches granitiques, roches éminemment altérables par l'action de l'air et de l'eau, elles se désagrègent, et tombent souvent en morceaux puis ou moins volumineui.

1 Les masses de neige, dit M. Ch. Martins, qui pèsent sur les Alpes pendant l'iiiver, la pluie qui s'infiltre entre leurs couches pendant l'été, l'action subite des eaux torrentielles, celle plus lente, mais plus puissante encore, des affinités chimiques, dégradent, désagrègent et décomposent les roches les plus dures. Leurs débris tombent des sommets dans les cirques occupés par les glaciers, sous forme d'éboulements considérables accompagnés d'un bruit efl'rayant et de grands nuages de poussière. Même au cœur de l'été, j'ai vu ces avalanches de pierre se précipiter du haut des cimes du Schreckhom, et former sur la neige immaculée une longue traînée noire composée de blocs énormes et d'un nombre immense de fragments plus petits. Au printemps, une fonte rapide de neiges de l'hiver engendre souvent des torrents accidentels d'une violence extrême. Si la fusion est lente, l'eau s'insinue dans les moindres fissures des rochers, s'y congèle et fend les masses les plus réfractaires. Les blocs détachés des montagnes ont quelquefois des dimensions gigantesques ; on en trouve dont la longueur atteint 20 mètres, et ceux qui mesurent 10 mètres dans tous les sens ne sont pas rare's dans les Alpes *, ■

■s 1847, p. 925 et suiv-

Ainsi, l'action des infiltrations aqueuses, suivies de la gelée, la décomposition chimique que subit le granit sous l'influence de l'air humide, dégradent, désagrègent les roches qui constituent les montagnes encaissantes deS glaciers. Des blocs, de dimensions quelquefois considérables, tombent souvent au pied de ces montagnes, à la surface du glacier. S'il était immobile, ces débris s'accumuleraient à sa base, et y formeraient un amas de ruines amoncelées sans ordre; mais la progression lente, le déplacement continuel du glacier, amènent dans la distribution de ces blocs un certain arrangement. Les blocs tombés sur ses bords participent à son mouvement et marchent avec lui. Mais d'autres éboulements arrivent, pour ainsi dire, chaque jour; dès lors ces nouveaux débris se mettent à la suite des premiers, et tous, réunis, forment une file de matériaux qui longent le bord du glacier. Ces traînées régulières de rochers portent le nom de moraines. Quand les rochers tombent sur les deux bords du glacier, provenant alors de deux montagnes qui encaisssent ce glacier, il y a deux traînées ou deux files parallèles de débris : on nomme cette double traînée moraines latérales. l\ y a aussi des moraines médianes qui se forment lorsque deux glaciers viennent à confluer de manière que la moraine latérale droite de l'un s'adosse à la moraine latérale gauche de l'autre. Enfin, il y a des moraines frontaksoa terminales qui ne reposent pas sur les glaciers, mais à leur point de terminaison dans les vallées, et qui sont dues à l'accumulation des blocs tombés de l'escarpement terminal du glacier et arrêtés par un obstacle.

La figure 318 représente un glacier de la Suisse actuelle. On y voit réunies les particularités physiques et géologiques propres à ces masses énormes d'eaux congelées; les moraines y sont latérales, c'est-à-dire formées d'une double file de matériaux.

Transportés lentement à la surface du glacier, tous les blocs de rochers des moraines conservent sans altération leurs formes originelles; le tranchant de leurs arrêtes n'est jamais altéré par ce transport doux et presque insensible. Les agents atmosphériques pourraient seuls entamer ou détruire ces roches. Les blocs formés de roches dures et résistantes conservent donc, à peu de chose près, la forme et le volume qu'ils

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avaient après leur chute à la surrace du glacier. Mais il n'en est pas de même des blocs et des débris enclavés entre la roche et le glacier, soit sur son fond, soit sur ses parois latérales. Quelques-uns, sous l'action puissante et continue de ce gigantesque laminoir, se réduisent en un impalpable limon; d'autres sont taillés à facettes; d'autres sont arrondis et présentent une foule de stries entre- croisées dans tous les sens. Ces cailloux striés ont une grande importance pour l'étude de l'ancienne extension des glaciers : ils témoignent, là où on les rencontre, de l'existence de glaciers antérieurs; car le glacier façonne, use, strie les cailloux, tandis que l'eau ne les strie pas : elle les polit, elle les arrondit, elle en elTace même les stries naturelles.

Ainsi, les blocs volumineux transportés à de grandes distances de leur véritable gisement géologique, c'est-à-dire les blocs erratiques selon le terme consacré, les surfaces polies et striées, les éminences moutonnées, les moraines, enfin les cailloux usés, polis, taillés à facettes, sont des traces physiques des glaciers en mouvement, et leur présence seule donne au naturaliste la preuve suffisante qu'un glacier a autrefois existé dans les lieux où on les rencontre.

Le lecteur comprendra maintenant comment on peut, de nos jours, reconnaître l'existence d'anciens glaciers dans les différents lieux du monde. Partout où l'on trouvera à la fois des blocs erratiques et des moraines, partout OÙ l'on observera en même temps des traces consistant en roches polies et striées dans le môme sens, on pourra prononcer avec certitude sur l'existence d'un glacier pendant les temps géologiques. Prenons quelques exemples.

Dans les Alpes, à Pravolta, en se dirigeant vers le mont Santo- Prime, on trouve, sur un terrain calcaire, le bloc granitique que nous représentons dans la figure 319. Ce bloc erratique existe, avec des milliers d'autres, sur les pentes de la montagne. II a environ 18 mètres de long, IS de large et 8 de hauteur. Ses arêtes ne sont nullement endommagées. Des stries parallèles se remarquent le long des roches environnantes. Tout cela démontre avec évidence qu'un glacier se prolongeait autrefois dans cette partie des Alpes, où l'on n'en voit

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plus aujourdhui. C'est donc un glacier qui, dans son mouvement de progression, a porléel déposé là cette énorme fardeau. Dans les montagnes du Jura, sur la. colline de Fourvières, à Lyon, éminence calcaire, on trouve des blocs de granit, évi-

Fig. 31V' Bloc erralique des Alpes.

demment détachés des Alpes, et qui ont été charriés jusque-là par les glaciers de la Suisse.

La figure théorique 320 met en évidence le mode de transport et de dépôt de ces blocs. ■ A représente, par exemple, le sommet des Alpes ; B, les montagnes du Jura, ou la colline de Fourvières, à Lyon. Aux temps géologiques, le glacier ABC s'étendait depuis les Alpes jusqu'à la montagne B. Les débris granitiques qui se détachaient des montagnes alpines tombaient à la surface du glacier. Le mouvement de progression de ce glacier transporta ces blocs jusqu'à la sommité B. Plus tard, quand

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la température du globe s'est relevée, et que les glaces se sont fondues, les blocs DE ont été iranquillemenl déposés dans les lieux où on les trouve, sans qu'ils aient eu à souffrir la moindre atteinte, le moindre choc, dans ce singulier transport.

On trouve aujourd'hui les traces très-reconnaissables des anciens glaciers des Alpes fort loin de leurs limites actuelles. Des amas de débris de toules grosseurs, comprenant des blocs à angles tranchants, se trouvent dans les plaines de la Suisse. On voit souvent des blocs percliés sur des points des Alpes situés bien au-dessus des glaciers actuels, ou dispersés dans toute la plaine qui sépare les Alpes du Jura, ou même repo-

Fjg. 3iQ. Traniport et dépdl des bloca granitiques par les glaciers.

sant, dans un équilibre incroyable, vu leur grande masse, à une hauteur considérable sur le flanc oriental de cette chaîne de montagnes, (i'est à l'aide de ses indices que le géologue a pu retrouver , jusqu'àdes distances extrêmement éloignées, les traces des anciens glaciers des Alpes, les suivre dans tout leur parcours, fixer leur point d'origine et leur point d'arrêt. C'est ainsi qu'on a constaté que l'humble mont de Sion, renflement mollassique situé au nord de Genève, était le point où venaient converger trois grands glaciers antédiluviens : celui du RhAne, qui remplissait tout le bassin du Léman, ou lac de Genève; celui de l'Isère, qui débouchait par les lacs d'Annecy et du Bourget; et celui de l'Arve, qui avait pour berceau la vallée de Chamonix.

Voici, d'après M. G. de Mortillet, qui a étudié avec grand soin cette question géologique, quelles' étaient l'étendue et la situation des anciens glaciers des Alpes.

Sur le versant septentrional existait le glacier du Rhin, qui occupait tout le bassin du lac de Constance et s'étendait jusque

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sur les parties limitrophes de l'Alleinagne ; — celui de la Linih, qui s'arrêtait à l'extrémité du lac de Zurich : cette ville est bâtie sur sa moraine terminale ; — celui de la Reuss, qui a couvert le lac des Qualre-Gantons des blocs arrachés aux cimes du Saint-Gothard ; — celui de l'Âar, dont les dernières moraines couronnent les collines des environs de Berne ; — celui de VArve et celui de l'Isère, qui débouchaient par les lacs d'Annecy et du Bourget; — celui du Rhône, le plus important de tous. C'est ce dernier glacier qui a porté sur les flancs du Jura, à la hauteur de 1040 mètres au-dessus du niveau de la mer, les blocs erratiques. Le glacier du Rhône prenait naissance dans toutes les vallées latérales formées par les deui chaînes parallèles du Valais. Il remplissait le Valais et s'étendait dans la plaine comprise entre les Alpes et le Jura, depuis le fort de l'Écluse, près de la perte du Rhône, jusque dans les environs d'Aarau-

Les débris de roches transportés par la mer de glace qui occupait toute la plaine suisse, prenaient, vers le nord, la direction de la vallée du Rhin. Du côté opposé, le glacier du Rhône, après avoir atteint la plaine suisse, obliquait vers le . sud, recevait le glacier de l'Arve, puis celui de l'Isère, passait entre le Jura et les montagnes de la Grande-Chartreuse, recouvrait la Bresse, presque tout le Dauphiné, et venait se terminer aux environs de Lyon.

Sur le versant méridional des Alpes, les anciens glaciers, d'après la carte qui en a été dressée par M. G. de Mortillet, occupaient toutes les grandes vallées, à partir de celle de la Doire, à l'ouest, jusqu'à celle du Tagliaraento, à l'est.

«Le glacier de la Doire, dit M. de MortiUel, dont nous abrégeons beaucoup le texte, débouchait dans la vallée du Pd, tout près de Turin. Celui de !a Dûiri-ballée débouchait dans la plaine d'Ivrée, où il a laissé un magnifique hémicycle de cflUines ijui formaient sa moraine terminale. Celui de la Toce venait se heurter, dans le bassin du lac Majeur, contre le glacier du Tessin, et se jetait dans la vallée du lac d'Orta , h l'extrémité méridionale duquel se trouvent ses moraines terminales. Celui du Tessin remplissait le bassin du lac Majeur et s'étalait entre Lugano et Varèse. Celui de VAdda remplissait le bassin du lac de Cûme et venait s'étaler entre Mendrizio et Lecco, en décrivant un vaste demi-cercle. Celui de VOgtio se terminait un peu au delà du lac d'Iseo. Celui de VAdige, ne pouvant continuer son trajet par Roveredo, où la vallée devient trèsétroite , allait remplir l'immense bassin du lac de Garde : à Novi, il a

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laissé une magnifique moraine dont le Dante a parlé dans son Infemo. Celui de la Brenta s'étendait sur le plateau de cette commune. La Drave et le Tagliamettta avaient aussi leurs glaciers. Enân, les glaciers occupaient toutes les vallées des Alpes autrichiennes et bavaroises'. ■

On trouve dans plusieurs autres contrées de l'Europe des traces de l'existence d'anciens glaciers. Les Pyrénées, la Corse, le Jura, les Vosges, etc., ont été positivement occupés, pendant les temps géologiques, par ces vastes plaines de glace. Le glacier de la Moselle était le plus considérable des Vosges : recevant de nombreux affluents, ii avait 36 kilomètres de long et 2 kilomètres de lai^e ; sa moraine frontale la plus inférieure, qui est située un peu au-dessous de Remiremont, n'a pas moins de S kilomètres de longueur.

Mais le phénomène d'extension des glaciers, que nous venons d'étudier dans les Alpes, ne s'est pas produit seulement dans le centre de l'Europe. Les mêmes traces de leur ancienne existence s'observent dans tout le nord de l'Europe, dans la Russie, l'Islande, la Prusse, l'Angleterre, l'Irlande, une partie de l'Allemagne, le nord et même quelques points du midi de l'Espagne, etc. On trouve en Angleterre des blocs granitiques qui proviennent des montagnes de la Norvège. Évidemment, ces blocs sont descendus le long d'un glacier qui s'étendait du pôle nord del'Europe jusqu'à l'Angleterre. Ils ont, de cette manière, franchi la mer Baltique et la mer du Nord, et sont venus se joindre aux débris analogues apportés par le premier déluge, le déluge du Nord, dont il a été question plus haut, et dont il est difficile de distinguer avec exactitude dans ce cas particulier les origines respectives. En Prusse, les mêmes traces sont appréciables. 11 faut les rapporter aux deux phénomènes de l'extension des anciens glaciers et du déluge du Nord.

Ainsi, pendant l'époque quaternaire, les glaciers, aujourd'hu limités aux régions polaires, ou aux lieux montagneux d'une altitude considérable, descendaient fort loin de leurs limites actuelles ; leurs nappes immenses et uniformes, vaste linceul de la vie organique, couvraient alors une partie de l'Europe.

M. Edouard Collomb, à qui l'on doit de nombreuses re-

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