ÉPOQUE SECONDAIRE
Nous allons entrer dans une époque nouvelle de Thistoire de notre globe, dans celle qui a reçu des géologues le nom de secondaire y et qui comprend les périodes triasii^ue, jurassique et crétacée. Mais avant d'aborder Tétude de cette époque, il sera bon de jeter un coup d œil en arrière, pour résumer les faits dont le lecteur vient d*ac(iuérir la connaissance.
Plusieurs géologues donnent le nom d'dge paléozoïque (de icoXco;, ancien, et Co^k, animal, pour rappeler que les plus anciens animaux ont alors apparu) à Tépoque de transition que nous venons d'étudier. Cetle époque constitue, en effet, un ensemble parfaitement tranché au point de vue géologique, et très-nettement caractérisé sous le rapport des êtres vivants.
C'est dans Tépoque de transition, ou dge paUozotque^ que les plantes et les animaux apparurent pour la première fois sur notre globe un peu refroidi; et dès la fin de cette époque, toutes les classes d'animaux, marins ou terrestres, avaient des représentants sur la terre, à l'exception des mammifères et des oiseaux. C'est alors que dominaient dans la faune du monde, que régnaienty pour nous servir de lexprcssion consacrée, ces poissons connus sous le nom de ganoïdes (de y^^^i écorce), h cause des écailles qui couvraient leur corps, et qui étaient souvent enveloppés d'une carapace aussi compliquée que bizarre; — ces trilobiles, curieux crustacés qui naissent et disparaissent a jamais avec l'époque de transition; — une quantité immense de mollusques céphalopodes et brachiopodes; — ces encrines^
\\k,. LA TERRL AVANT LE DÉLUGE.
animaux rayonnes di^ 1 organisjlion lu plus curieuse, sortes de fleurs minérales qui forment un des plus gracieux ornements de nos collections paléonlologiques.
La végétation, pendant 1 époque de transition, était surtout composée de plantes appartenant aux ordres inférieurs. Bien qu'elle comptât quelques végétaux élevés dans l'organisation, c'est-à-dire des dicotylédones, c'étaient des végétaux inférieurs, les fougères, les lycopodeset leséquisétiicées, parvenus alors à leur maximum de développement, qui dominaient toute la végétation de cette époque.
Rappelons dans ce court résumé que, pendant l'époque dont nous venons de tracer le tableau, ce que Ton nomme aujourd'hui les cUniaU n'existait pas. Les mêmes plantes et les mômes animaux vivaient alors aux pâles conune dans la zone torride. Puis(]u*on trouve aujourd'hui dans les terrains de transition des régions glaciales du Spitzherg et de Tlle Melville les mêmes fossiles que Ton rencontre dans ces terrains sous les brûlantes latitudes de l'équateur, il faut en conclure (|ue la tem])érature était, à cette époque, uniforme sur tout le globe, et que la chaleur propre de la terre annulait et rendait inuppréchible l'hifluence calorilique du soleil.
Pendant cette première épocpie du monde animé, h) refroidissement progressif du globe occasionna de fréquentes ruptures et dislocations du sol; la croûte terrestre, en s'entr'ouvrant, livra passage aux roches dites ignées, au granit et ensuite au porphyre, qui surgirent lentement à travers ces immenses tissures, et formèrent des montagnes granitiques et porphyriques , ou simplement des filons, plus tard remplis d'oxydes et de sulfures métalliques. Hes commotions géologiques qui durent provo(juer, non sur l'étendue entière du globe, mais seulement en certains lieux particuliers, de véritables cataclysmes, et anéantir une partie des êtres qui vivaient en ers points du monde, paraissent avoir été plus fréquentes à la fin de l'époque de transition, dans le moment qui forme le passage entre cette épo(jue et 1 epo<|ue secondaire, c'est-à-dire entre la période permienne et la période triasique.
Il entre dans notre plan de considérer à part les phénomènes éruptifs, et de n'étudier qu'à la lin de cet ouvrage les forma-
ÉPOQUE SECONDAIRE. llb
lions dites cruiUives, qu'il ( si avantu^cux, pour la clarlé de rcx|)osilic)n, dr rc^unir on un s-ul ol môriK» groupe.
Les convulsions, les bouleversenicnls qui agilaient la surface de la terre ne s'élendaient pas néanmoins h sa circonférence entière; ers effets étaient restreints et locaux. C'est donc à tort que Ion admettrait, avec plusieurs g«''oIogues modernes, que les dislocations du sol, que les agitations de la surface du globe se s )nt propagées dans les deux hémisphère s, et ont eu pour résultat d'y détruire tous les êtres vivants. I^a faune et la flore de la période permienne, par^îxemple, ne ditrùrent pas beaucoup de la flore et de la faune de la période houillère; ce qui montre bien qu'aucune révolution générale n'a séparé ces deux périodes. Ici, comme dans tous les cas analogues, il est inutile de recourir k aucun cataclysme pour expliquer le passage d'une période à l'autre. N a-t-on pas vu de nos jours des espèces animales s'éteinchx et disparaître sans la moindre révolution géologique? Sans -parler des castors, si abondants il y a deux siècles sur les bords du Rhône et dans les Cévennes, et dont l'existence est maintenant inconnue dans ces contrées, on peut citer beaucoup d'exemples d'animaux perdus depuis des temps peu éloignés des nôtres. Tels sont les dinomis et Vépiornis, oiseaux colossaux de Madagascar, (;l le dronte {di us), qui vivait encore à l'île de France en 1626. Uuvsus spelœusy le cervus mctjaloceros^ le bas prhnigeniuSj sont des variétés d'oui s, de cerf et de bœuf contemporains de l'homme, et qui sont éteintes aujourd'hui. Nous ne connaissons plus le cerf à bois gigantesque que les Romains ont figuré sur leurs monuments* et qu'ils faisaient venir d'Angleterre à cause des qualités de sa chair. Le sanglier d'Èi-ymanthe, si répandu dans l'antiquité, ne figure point parmi nos races actuelles, pas plus que les crocodiles lacwwsus et laciniatus, reptiles trouvés par Geoffroy Saintllilaire dans Ic»s catacombes de l'ancienne lîgypte. Plusieurs races animales figurées sur ks mosaïques de Palestine, gravées et peintes avec des espèces actuellement vivantes, ne se retrouvent nulle part de nos jours, fra-t-on supposer des révolutions géologiques pour expliquer toutes ces disparitions, qui ne sont évidimmrnt que des extinctions nat relies? De ce qui se passe de nos jours, il faut évidemment conclure i i e qui s'est
passé aux temps antérieurs à l'apparition de Thomine, et restreindre dans une juste mesure cette idée des cataclysmes successifs du globe, dont on a tant abusé après Cuvier, et d'après ce naturaliste, qui s'est montré admirable de génie dans Tanatomie comparée, mais bien inférieur à lui-même comme géologue.
Cette période a reçu le nom de triasique parce que les terrains qui la représentent étaient autrefois divisés par les géologues en trois étages : les grès bigarrés , le muschelkalk et les viames irisées. De ces trois groupes on n'en forme aujourd'hui que deux : la période conchylienne et la période saliférienne^ qui sont parfaitement tranchées par la nature des couches superposées et les caractères paléontologiques.
Dans cette nouvelle phase de l'évolution du globe les êtres diffèrent beaucoup de c( ux qui appartenaient aux époques primitives, à rage palêozotquej comme l'appellent beaucoup de naturalistes. Les curieux crustacés que nous avons décrits sous le nom de irilobUes ont disparu ; les mollusques céplialopodes et brachiopodcs y sont peu nombreux, ainsi que les poissons ganoïdes et placoïdes, dont le règne est fini. Mais celui des ammonites commence. La végétation a subi des changements analogues. Les plantes acrogènes, qui étaient à leur maximum de développement dans les terrains paléozolques , sont ici moins nombreuses, tandis que les conifères et les cycadées prennent une grande extension. Quelques genres d'animaux terrestres ont disparu, mais ils sont remplacés par des genres aussi nombreux que nouveaux. Nous voyons pour la première fois la tortue apparaître au sein des mers et sur le bord des fleuves. Les reptiles sauriens y prennent de grands dévelop^ pements; ils semblent préparer l'apparition de ces énormes sauriens qui se montreront dans la période suivante, et dont la charpente offre de telles proportions et une telle étrangeté, qu'elle saisit d'étonnement ceux qui contemplent ces restes gigantesques, et pour ainsi dire encore menaçants.
Passons en revue les deux sous-périodes dont la réunion compose l'âge triasique.
LA TERRE AVANT LE DtLDGE.
SOUS-PÉRIOUE CONCIIÏiJEKNF.
lAya mors de la pi^i-iodc conchylienne (ainsi nomiTK^i! d'après la masse innombrable de coquilles que ronfermenl la plupart des terrains qui représentent cette période) renrermaient, outre de très-nombreux mollusques et zoophytes, des reptiles sauriens de onze genres différents, des tortues, et six genres nouveaux de poissons revêtus de cuirasses.
Arrélons-nous d'abord sur les mollusques et zoopbytes qui peuplaient alors les mers. Parmi les coquilles caractéristiques de la période concbylienno nous citerons les natica Gaillanloti, rosUltaria, aniiqwi, lima lineala, cei-atUes nodosiis (fig. 86), avicula socialis, terebraluta communis, mylilus edtilifurmù , Irigonta Goldfussii et gibbosa (lig. 87), possidonia minuta.
Trlgonia glbbou.
Les ceraiiUi, dont on voit une espèce représentée ici (%. 86), forment un genre très-voisin et comme le début des ammonittx, ou cornes d'Amman, qui ont joué un si grand rAle dans le monde primitif, et qui n'existent plus aujourd'hui, ni pour les espèces ni même pour le genre. C'est dans la période triasique qu'apparaissent les premières ammonites. La ligure 88 en représente une espèce, Vanimonitei iioilonis.
Les ammonites élnienl des mollusques céphalopodes à coquille circulaire, enroulée en spirale dans un plan mulliloculaire,
PÉRIODE THIASIQUR. 119
présentant nii-dessus de la dernière loge aérienne une cavité assez grande, dans l'inférieur de laquelle était logé le corps de l'animal'. I<(;iirs cloisons intérUuirrs étaient ramifiées ù l'inlini, et elles présonlaienl un Iiilic, ou siphon, pirtanl de la première cloison et se continuant jus(|u'à la cii'rnière, sans communiquer avec l'intérieur des loges aériennes. Cette partie de l'ammonite avait pour circt Ce rendre l'animal plus léger ou plus lourd par la condensation intérieure de l'air, el p;ir conséi|Hcnl de lui donner le moyen de s'élever au-dessus de l'eau ou de descendi'e dans ses profondeurs.
Les co()uilles étant le seul débris qui nous reste des ammonites, on n'a pas toujours une idée exacte de l'animal qui vivait à son intérieur ou qui s'y trouvait superposé. 11 sera donc utile de mettre ici sous les yeux du lecteur l'image restaurée de l'ammonile telle qu'elle était quand la cliair du mollusque occupait ses cavités teslaci'es. I-i figure 89 représente l'ammonite
vivante. On voit que ce curieux mollusque ressemblait au nautile de nos jours, et que le corps charnu de cet animal difTérail seulement par sa forme de celui du nautile actuel. Comme le
(. Le nom d'ammontlt est Urt île !■ rei^sembhnce de ce* coquille* avec le* «!p'ce<i lie cornes de Mlier qui omienl le TronlUpice des temples de Jupiter Ammnn, et tes ku-reliaFs des ttAiiiesde ce dieu du paE^oiis""-
naiilile, l'ammonite flottait k la surface des eaux, semblable & une petite nacelle : c'i^tait un esquif animé. Quel curieux aspect devaient présenicr 1rs mers primilivrs couvertes d'imc masse innombralilc de ces mollusques de toute grandeur, qui voguaient avec prestesse à la poursuite de leur proie, sur la surface des flots ! Le genre terebratuta est l'un des genres de moUusques bra-
r>' FIg. Bi. TsrtbraluU lolla.
cliiopodes les plus importants pour le géologue ; il a des représentants dans la nature actuelle. Sa valve supérieure porte un crochet plus ou moins recourbé, sous lequel est une i>elitc ouverture ronde qui est séjKirée de la charnière par une ou deux petites pièces. On voit ici h's levebraiula tliphya (lig. 90) et stUa^Rg. 91).
Les myliltis, ou moules, qui appartiennent en propre à la période conchylienne , sont des mollusques acéphales, à coquille allongée triangulaire, à crochets poinliis et Icruiinnux; on en trouve beaucoup d'esi>èces dans les mers actuelles. Les lima, trigonia, possidonia et avtcula sont des mollusques acéphales appartenant il la même période. I«s genres nnlica et rosutlaria font partie de )a classe des mollusques gastéropodes.
Parmi les zoophytes échinodermes appartenant il la période conchylienne, nous citerons deux encrines, Vencrinus enlroclta (jig. 93) et l'encrimis moniliformis ou liliif'orviis , dont les débris constituent dans certaines localités des couches entières de terrain.
Citons encore parmi les mollusques, le genre ceriikium (fig. 93); l'avicula subcoit^ta, l'hetciûH Utuaia (lig. 9k), le myopkoria lintala (fig. 95).
Parmi les échinodermes, citons, outre les encrines signalées plus haut, les premières hemicidaris (lig. 96); des spongiaires, comme le suUispongia variabilU (fig. 97),
Ajoutons que par la présence de quelques genres propres il
PÉRIODE TRIASIQUE. lîl
l'époque paléozoïque, qui disparaissent h jamais dans celle période, cl par l'apparirion de quelques autres espèces propres
àranimalisalionde l'époque jurMsique, la faune conchylienne paiJill êlre une faune de lossage ou de ininsilion dune période à l'autre.
Us mer» offraient alors quelques reptiles, probablement ri-
ve'rains iphylosaurtit , cnpilosaurvs), et divers poissons {sphrrodus, pienoiltis).
Nous ne dirons rinn dos lorliiiss icrresircs '\a\, pour ta première fois, apparaissent à ci-lle époque de l'Iiistoirc du inonde, mais nous di^vons signaler avec quelque soin un reptile gigantesque sur lequel les opinions des géologues ont assez longtemps varié.
Sur les terrains argileux de l'époque con'cliylienne on trouve souvent des empreintes de pas d'animaux, telles que les représente la figure 98. Toutes présentent cinq doigts, disposés
PIg. M. EDipreinlet fouilci ât ChsiroMriani ou J« Laliyrinlhoilon
comme ceux de la main humaine, t^es pistes sont ducs à un quadrupède dont les pieds de devant étaient plus grands ipie ceux de derrière. On n'a retrouvé que la tète, le t)assin et une partie de l'omoplate de cet anima), que l'on considère comme un gigantesque batracien. 11 est à croire que sa télé n'était pas nue, mais protégée par un écusson osseux; ses m.1choires étaient
PÉniODE TRIASIQUE. 123
armées de dents coniques, très-forlea el d'une siruclure compliquée.
On donne les noms de cheiroUrium ou de Idbyriiitliodon a ce curieux animnl repr<<senlé dans h ligure 99.
Vît autre reptile de grandes dimensions, et qui semble nous préparer à l'apparition des énormes sauriens qui vont se montrer dans la période jurassi<|ue, c'est le noihosaurus, espèce de crocodile marin que l'on verra représenté plus loin (fig. 104).
U'aprës d'autres empreintes de |>as qui se rencontrent dans les mêmes terrains, In plupart des géologues admettent que les oiseaux ont commencé d'apparaître pendant la période qui nous occupe. La figure tOO représenle ces empreintes; la figure 101 montre les empreintes d'un animal de plus grande taille, accompagnées d'empreintes physiques de pluie.
Nous ne partageons jtas t'oprninn qui atliibue à des oiseaux ces vestiges de pas. En efTcf, aucun déliris de squelette d'oiseau n'a jamais été rencontré dans les terrains nmchylirns, cl les
empreintes ligurées ici sont toiil ce qui pont Otre invoqué à l'apitiii lit! cullf! Iiypntln'iso. .Iiisqu'iiii iiionicnt lu'i l'im aiirii(l<^-
iet
FIg. 101. Empreinte* ïtiribuùl i d« pua
couvert dans les terrains concliyliens [os restes osseux d'un oiseau, il sera permis d'attribuer ces phies li un reptile encore inconnu, et dont les pattes auraient oITert la disposition représentée dans les deux Tigures pnicédenles.
PÉRIODK THIASIQUE. 125
M. Ad. Brongniurt place dans la llore de l'élage concliylicn le commencement du règne des planles dicolylédones gymnospermes. Le caractère de celte Hère est d'être composée de Tougères assez nombreuses, constituant des genres actuellement détruits et qui ne se rctrouvenl même plus dans les terrains
ng. im. NeiiroFt«ri**lcguu.
plus récents : tels sont les anomopUris et les cnmatopterit. Les vrais eguisetum y sont rares; les calamités ou plulAl tes calamo-
(Iciitfron y sont abondanls. Les gymnospermes y sont représentés par les gcMircs de coniffîres voUzia vX liaidingrra, dont les espr-ccs et les échantillons sont Irès-nomhreux dans les terrains de cette période.
Les haidinyera (dt; la tribu des ubiétinéos) étaient des plantes à feuilles larges, analogues à celles de nos dammara actuels, rapprochées et presque imbriquées comme celles de nos araucana. Leurs Truils, qui sont des cônes à écailles arrondies, imbriquées et ne portant qu'une seule graine, paraissent établir des rapports assez positifs enln? ces plantes fossiles et nos dammara.
Les volizia constituent un genre éteint de la tribu des cupressinécs, très-bien caractérisé parmi les conifères fossiles. Les feuilles alternes, en spirale, formant cinq à huit rangs, sessiles et décurrentes , ont beaucoup d analogie avec celles des cryplomeria. Leurs fruits sont des cônes oblongs à écailles lâchement imbriquées, cunéiformes et ordinairement à trois ou cinq lobes obtus.
l'^rmi les espèces végétales tout à fait caractérisli(|ues de cet étage, nous citerons : \c neuropteris detjans (fig. 102), le calamilcs arenaceus, le voUzia hetevoplujlla (tig. 103), Yhaid'nujeva speciosa.
C'est pour réunir dans un tableau idéalisé l'ensemble des plantes et des animaux propres à la sous-période conchylicnne qu'a été composée la planche 104.
Cette vue d'une période ancienne du globe nous transporte au bord de l'Océan, au moment où les flots sont agités par un vent violent, ou un orage passager. Le reflux de la mer a laissé à découvert les animaux aquatiques, tels que de belles encrines, à la tige longue et flexueuse, les mytilus et les térébratules. L'énorme reptile qui se dresse sur un rocher et se prépare à se jeter sur cette proie, est lenolhosaurns. Non loin de lui courent d'autres reptiles du même genre;, mais d'une plus petite espèce. Sur la dune du rivage, s'élèvent les magnili(|ues arbres propres à la période conch)li<inne, c'est-à-dire les fuiidingera^ au large tronc, aux rameaux et au feuillage inclinés, dont les cèdres de notre époque peuvent nous donner l'idée, f^s élégants volizia^ groupe de conifères qui formaient les forêts de cette époque, se voient au second plan de ce rideau de verdure. Les grands amphibies qui vivaient dansées forêts pri-
mitiveSy et qui devaient leur donner un si étranpo caractère, sont ropréscnlés par le labyrhulwihn, qui descend vers la mer en laissant sur le sable du rivage ces curieuses traces qui se sont conservées jusqu'à nos jours, par suite de la consolidation de ces sables, vestiges des plus anciens âges du monde, que la science actuelle interroge avec curiosité.
Terrain coiichylien. — Indiquons la composition minéralogique et Textension géographique de Tétage qui s'est formé par les dépôts des mers pendant la sous-période conchy* lienne.
Cet étage se compose :
P Des grès bigarrés qui contiennent beaucoup de végétaux , peu de débris animaux, et dans lesquels on trouve très-fréquemment les empreintes de pas du Labyrintliodon dont il a été question plus haut;
2* De couches de calcaire compacte, souvent grisâtre ou noirâtre, alternant avec des marnes et des argiles, et qui sont criblées d'une si grande quantité de coquilles que l'on a donné à ce groupe le nom allemand de muschelkalk (calcaire coquillier).
L'étage conchylien se montre aujourd'hui, en France, dans les Pyrénées, autour du plateau central, dans le Var, sur les deux versants des A'osges et en Normandie. 11 s'étend du nord au sud dans toute la longueur de la Grande-Bretagne, en Ecosse et en Irlande. Il est représenté dans toute TAllemagne, en Belgique, en Suisse, dans les États sarJes, en Espagne, en Pologne, dans le Tyrol, dans la Bohême, dans la Moravie, en Russie. M. d'Orbigny l'a vu couvrir de vastes surfaces sur les régions montueuses de la république de Bolivie, dans l'Amérique méridionale. On l'a signalé aux États-Unis, dans la Colombie, les grandes Antilles et au Mexique.
îi
SOUS-PÉRIODE SALIFËKIENNK.
Le terrain, d'une étendue assez médiocre, qui s*est formé pendant celte sous-période, porte le nom de scUifèrien^ parce qu'il est caractérisé par des gisements considérables de sel marin. Quelle est l'origine de ces puissants dépôts de sel marin que Ton trouve dans ces terrains, alternant toujours, par couches minces, avec des argiles ou des marnes? On ne peut l'attribuer qu'à l'évaporation de grandes quantités d'eaux de mer fortuitement introduites dans des dépressions, des cavités ou des golfes, que des dunes venaient ensuite séparer de la haute mer. La planche 105 met parfaitement en évidence le fait naturel qui a dû se produire et se répéter sur d'immenses étendues de rivages, pendant la sous-période saliférienne, pour former les masses considérables de sel gemme que l'on trouve dans les terrains correspondant à celte période. A droite, est la haute mer, qu'une dune considérable sépare d'un bassin tranquille, à fond vaseux et argileux. A certains intervalles, et par des causes diverses, la mer, franchissant crtte dune, vient remplir le bassin. On peut supposer encore qu'il existe là un golfe qi** communiquait primitivement avec la mer : les vents ayant élevé cette dune de sables, le golfe s'est trouvé transformé en un bassin clos de toutes parts. Quoi qu'il en soit, les eaux de la mer une fois renfermées dans ce bassin sans issue et à fond argileux, s'y évaporent par l'effet de la chaleur solaire, et laissent, comme résidu de cette évaporation, un lit abondant de sel marin, mêlé aux autres sels minéraux qui accompagnent le chlorure de sodium dans l'eau de la mer, c'est-à-dire au sulfate de magnésie, au chlorure de potassium, etc. Cette couche de sel laissée par l'évaporation de l'eau, est bientôt recouverte par l'argile et la vase qui étaient suspendues dans l'eau bourbeuse du bassin, et il se forme ainsi une première couche alternante de sel marin et de marnes ou d'argiles. La mer venant de nouveau, toujours par la même cause et en vertu des mêmes dispositions locales, remplir ce bassin, ces nouvelles eaux s'évaporent, et une seconde couche de sel marin, bientôt recouverte
d'un banc terreux, vient s'ajouter à la première. C'est par la succession régulière et tranquille de ce phénomène pendant de longs siècles, que s'est formé ce riche et abondant dépôt de sel gemme que Ton trouve enfoui dans les terrains secondaires, et qui est exploité dans divers de nos départements, dans le Doubs, dans les Vosges, dans la Haute-Saône , et dans plusieurs parties de rAllcmagne.
La planche 105 est à la fois une vue pitloresque de la terre pendant la période saliférienne, et une figure de démonstration destinée à expliquer l'origine du sel gemme dans les terrains secondaires. Une coupe théorique du sol faite au premier plan, laisse voir les couches de sel formées par le mécanisme géologique qui vient d'être analysé. Ces couches sont inclinées obliquement, par suite d'un mouvement du sol, postérieur à leur dépôt.
Nous n'avons rien de particulier à dire sur les animaux qui sont propres à la sous-période saliférienne. On ne trouve aucuns débris d'animaux fossiles mêlés aux couches de sel gemme et de marnes qui composent le terrain saliférien. Les animaux qui peuplaient les rivages des mers pendant la période saliférienne, étaient les mêmes que ceux de la période conchyliennè, mais les animaux qui peuplaient ces mers, nous le répétons, ne se retrouvent pas dans les couches salines et minérales appartenant à cette époque. Aussi, dans la planche 105 qui représente cette époque, avons-nous placé seulement le labyrinlhodon^ dont les restes se rencontrent h la base de celle assise.
Les continents, encore peu montagneux, étaient coupés çà et là par de grands lacs, bordés par des rivages plats et uniformes. Les végétaux qui croissaient sur les bords de ces rivages, étaient assez abondants, et l'on en possède un assez grand nombre. La flore saliférienne se compose de fougères, d'équisétacées, de cycadées, de conifères, et de quelques plantes que H. Brongniart range parmi les monocotylédones douteuses. Parmi les fougères, nous citerons plusieurs espèces de sphenopteris et de pecopteris^ et, entre autres, le pecopteris stuttgartiensis^ arbre à tronc cannelé, qui s'élève sans pousser de rameaux jusf|u'à une certaine hauteur, et porte une coupole de feuilles disposées gracieusement sur des verticilles de branches légères ; Yequisetites columnariSy
grande équisétacée analogue aux prêles de notre époque, mais de dimensions inflniment plus considérables. Sa longue tige en colonne, surmontée de fruits en tête allongée, dominait tous les autres végétaux des terrains marécageux.
Les plerophyllum Jœgeri et Munsleri représentaient les cycadées, le taxonites munsierianus représentait les conifères; enfin, sur le tronc des calamités, grimpait une plante h feuilles elliptiques, à nervures recourbées, portées sur de longs pétioles, à fruits disposés en grappes : c'est le presleria antiqua, monocotylédone douteuse pour M. Brongniart, et que M. Unger range dans la famille des smilax, dont elle serait le premier représentant. Le même savant rapporte à la famille des joncs une plante marécageuse très-commune à cette époque , le palxooDyris Munsleri^ que M. Brongniart range, avec le presleria, parmi les monocotylédones douteuses.
Les principaux végétaux qui appartiennent à cette époque se voient représentés sur la falaise qui termine à gauche la vue idéale de la sous-période saliférienne (fig. 105). Les arbres élégants et de haute taille sont les calamités arenaceus : au-dessous se voient les grands prèles de cette époque, les eqvisetites colum^ naris, espèces de cierges élancés, de consistance molle et parenchymateuse, qui, se dressant solitairement sur les rivages, devaient donner une étrange physionomie h ces plages inhabitées.
Ten^ain saliférien. — Ce terrain se compose d'un grand nombre de couches argileuses et marneuses , irrégulièrement colorées en rouge , en jaune bleuâtre ou verdâtre. Ce sont ces colorations diverses qui ont fait donner autrefois à cet étage géologique le nom de marnes irisées. Ces couches alternent souvent avec des gi*ès, qui sont aussi diversement colorés. Comme roches subordonnées, on trouve dans ce terrain quelques gîtes de combustible (houille maigre, pyrileuse) et du gypse. Mais ce qui le caractérise avant tout, ce sont les puissantes couches de sel gemme qu'il renferme. Ces couches salifères, souvent de 7 et jusqu'à 10 mètres d'épaisseur, alternent avec des couches d'argile; l'ensemble de cette alternance atteint quelquefois ' une épaisseur de 150 mètres.
En Allemagne, dans le Wurtemberg, en France, comme à Vie et à Dieuzc (Mcurtlie), le sel gemme du terrain saliférien est soumis h une exploiLition industrielle. Dans le Jura, on extrait le sel d*eaux très-clilorurées qui sortent de cet étage.
Appartenant à des terrains situés assez profondément, ces gisements de sel gemme ne peuvent être exploités avec autant de facilité que ceux qui existent dans des terrains plus récents, c'est-à'-dire dans les terrains tertiaires. Les assises de sel gemme de A'ieclizka, en Pologne par exemple, peuvent être débitées à ciol ouvert ou par des galeries peu profondes, parce qu'elles se trouvent dans des terrains tertiaires situés à peu de profondeur; mais les gisements de sel des terrains salifériens sont placés trop bas pour qu'on puisse les atteindre par des galeries. On se contente presque toujours de forer de longs conduits, que Ton remplit ensuite d'eau; cette eau se charge de sel marin. On retire cette dissolution au moyen de pompes, et on la fait évaporer pour obtenir le sel cristallisé. Mais les longueurs et les frais d'une telle opération la rendent, en général, peu fructueuse.
Le terrain saliférien se montre, en Europe, sur beaucoup de points divers, et il n'est pas difficile d'en suivre les affleurements. En France, il apparaît dans les départements de l'Indre, du Cher, de l'Allier, de la Nièvre, de Saône-et-Loire. Sur le versant occidental du Jura, on en voit poindre un lambeau auprès de Poligny et de Salins. Sur le versant occidental des Vosges, il se montre dans le Doubs; puis il forme partout une lisière sur l'étage conchylien, dans la Haute-Saône, dans la Haute-Marne, dans les Vosges; il s'élargit beaucoup dans la Meurthe (Lunéville, Dieuze}, dans la Moselle ; il s'étend au nord à Bouzonville et dans le grand-duché du Rhin; à l'est, du Luxembourg jusqu'à Dockendorf. Quelques affleurements se voient sur le versant oriental des Vosges, dans le Bas-Rhin.
Le même étage se retrouve en Suisse et en AUemagne, dans le canton de BAle, dans l'Argovie, dans le grand-duché de Bade, dans le Wurtemberg, dans le Tyrol, dans le Salzboui^. L'étage commence h Torienl du Devonshire, en Angleterre, et forme une bande plus ou moins régulière qui passe dans le Somersetshire, le Glomcstershire, le Worcestershirc, le Warwick, le
Leicestershire, le Nottingham et va s'achever dans le Yorkshire, à la rivière de Tees. (Jn lambeau indépendant se voit dans le Chestershire.
Nofis avons rcpréscnlé, sur une première carie, Tétai de la France après les d'^pôts formés par les mers primitives. I^s terrains déposés par les mers depuis cette époque, dans les lieux qui devaient former la France, sont assez nombreux pour que nous en donnions une représentation géographique. C'est ce que Ton a fait sur la carie placée en regard de cette page, et qui retrace l'état de nos continents après les dépôts laissés par les mers triasiques. Les terrains qui forment les continents alors émergés, en France, appartiennent aux terrains primitifs, permien, houillcr et triasique.
PÉKIODE JURASSIQUE. 137
Cette période, l'une des plus importantes dans l'histoire de notre globe, a reçu le nom de jurassique^ parce que les montagnes du Jura, en France, sont en grande partie composées de terrains que les mers ont alors déposés.
La période jurassique oflre un ensemble de caractères fort tranchés, tant pour les animaux que pour les plantes. Un grand nombre de genres d'animaux appartenant aux périodes précédentes ne se montrent plus; beaucoup d autres viennent les remplacer, et composent un groupe organique très-spécial, qui ne compte pas moins de quatre mille espèces.
Nous subdiviserons la période jurassique en deux souspériodes : celle du Uas et celle du calcaire oolithique. Après avoir fait l'histoire de ces deux Ages du globe, nous décrirons les terrains sédimentaires qui se sont déposés à cette époque, et qui constituent. la partie moyenne des terrains secondaires.