SOUS-PÉRIODR DU LIAS
Des zoophytes, des mollusques, des poissons d'une organisation particulière, mais surtout des reptiles d'une grandeur et d'une structure extraordinaires, donnent aux mers de l'époque liasique un intérêt et des traits tout particuliers.
Parmi les zoophytes ou animaux rayonnes, nous citerons 1*^^teria lombricalis (fig. 106), et le pnlxacoma Fusiembergii (fig. 107), qui constitue un genre peu éloigné de celui de nos étoiles de
I. Lias est le nom que les carriers anglais donnent à un calcaire argileui particulier au terrain jurassique.
mer, dont il rappelle les formes radiées. 1^ pfnlaerinus fasdculoms est un autre Eoophyte de cette é|K>que, qui décore avec élégance les collections de paléontologie. Il appartient au grnre des crilundes, qui est représenté dans l'époque actuelle par la penlacrine icle de Màluse, rare et délicat zoophylede nos mers. I>i ligure 108 rcpinisunle ce beau zoopliyte fossile.
I«s huîtres qui avaient vu le jour, mais par un très-petit nombre d'espèces, dans la période précédente, augmentent en nombre dans les mers liasiques. Citons comme caractéristique de celle sous-période Voslrea arcuata (fig. t09). Lts ammonites, genre si curieux de mollusques, tout Jt fait
spécial air monde primitif et complètement disparu de nos jours, s'étaient montrés, pour la première fois, dans la période du trias. C'est dans lu période jurassique que ces animaux
l'fiRlODE JUUASSigUK. 139
abondent, et présentent une variété infinie de dimensions et de formi's, ))arini lesquelles beaucoup sont d'une (.■xtrfine dlé-
Fig. la(. PenUcrïr
gance. Nous représentons ici quelques-unes des aramonites caractéristiques du lias : Vammonites bifrons (lîg. 1)0}, l'ammonitet nodotianus (lig. tll), Yamnionila bisulcatus (llg. 1(2), l'aninumtfet margaritalus (fig. 113), et ïammonUes Bticktandi (fig. 114).
Les bélemnites, mollusques céphalopodes d'une organisation très-curieuse, apparaissent en grand nombre et pour la pre-
mière fois dans la période jurassique, (tn ne possède de ce mollusque qu'un ossclel analo(fue ii celui des stiichcs ul dL's cal-
mars, et que l'on pourmii, au premier abord, prendre pour une lagtifîlltt pélrifii'n. Ce simple et muet d(';liris est bien loin de nous donner l'idfc exacte du ce igu'élaii l'animal des Icmps primitir» qui a reçu le nom de bélemnile. Ce petit os allongé, le seul débris qui nous reste, n'éiait quel» partie terminale enveloppée de chairs, du corps de la bélemnite. DifTérent en cela de l'ammonite, qui flottait h la surface de la mer, la bélemnite nageait au fond des eaux. On voit sur la figure 115 la bélemnite vivante, c'csl-.Wirc restaurée, selon le langage Aes paléontologistes.
On se forme une idée assez exacte de ce mollusque en se représentant notre seiclie actuelle. I>a bélemnite, comme ta seicbe, sécrétait une matière noire, liquide, une sorte d'encre ou de sipia. On a retrouvé à l'élat fossile, la poche contenant l'encre dessécliée de la bélemnite, et un géologue a pu se donner la juio d'exécuter nu dessin avec cette sépia, .Igée de plus de dix millions d'années!
Parmi les bélemntles caractéristiques de la période du lias, nous citerons les belemniles acttius, pislitliformis (fig. 1 16) et sut catus{tig. 117).
Citons encore, parmi les mollusques, le plagiostotna giganieum
(rig. 118), mollusque acéphalu dont la coquille, de grande iliiii I i II l'i lit rmi I 'Is considérable.
PJifllDilaD» glganltun
Les mers liusjquos conlenaicnl un grand nombre de poissons dits ganoules, c'es!-à-dîre à écailles duii^s el brillantes. Le lepidotui gigas est un poisson de grande taille propre aux mers de cette époque. Un poisson plus petit, que nous représentons dans la figure 119, avec les écailles qui recouvraient son corps, était le tetra(/Qtuilepi3 ou œclimodus bucliU.
L'acrodjis nobilii {Cig. 120), dont on reirouve aujourd'hui les dénis, vulguiremcnl appelées en Angleterre samjsues fossiles, est un poisson dont on ne connaît pas le squelette entier. On ne connaît pas non plus exactement i'hybodus reiiculatus. Les épines osseuses qui forment la partie antérieure de la nageoire dorsale de ce poisson, et que nous n^présenlons dans la ligure 121, ont longtemps piqué la curiosité des géologues, qui
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avaient donné h ces débris le nom A'ichthyodorvJiiUSy avant qu*il fût bien **labli que ce n'élait là ciu'un fragment de la nageoire de Vhybodvs.
Kig. f?l- Portion de nageoire de l'hybodus, ou iekthyodorulHe.
Toutefois, liâtons-nous de le dire, ce ne sont pas les êtres que nous venons de passer en revue qui fournissent les traits les plus saiUants de la faune liasique. Il faut chercher ces traits dans d*énormes reptiles dont nous considérons aujourd'hui les formes étranges et les restes gigantesques avec une curiosité mêlée, en quelque sorte, de stupeur.
A aucune époque de Thistoii^e de la terre, les reptiles n ont tenu une plus grande place et n'ont joué un rôle aussi important que dans la période jurassi(|ue. La nature semble avoir voulu, alors, porter cette classe d animaux au dernier degré de perfection et lui accorder une oj'ganisation achevée. Les grands reptiles du lias sont des animaux aussi parfaits, aussi compliqués dans leur structure anatomiquc que les mammifères qui apparaîtront plus tard. Ces étranges et gigantesques sauriens disparaîtront pendant les périodes géologiques suivantes ; aussi nos reptiles, nos sauriens actuels ne sont-ils que Tombre, la descendance abâtardie de ces puissantes races de lancien monde.
Pour n avancer que des faits bien établis, nous ne considérerons ici que les reptiles fossiles les mieux connus, et qui ont été l'objet d*études répétées de la part des naturalistes : nous voulons parler des iciithyosaures , des plésiosaures et des ptéro^ dactyles.
Les créatures extraordinaires qui portent le nom d'ichthyosaure' présentent des dispositions et arrangements ethniques qui se renconti'ent dispersés dans certains ordres ou dans certaines classes de nos animaux actuels, mais qui ne se voient jamais réunis dans aucun. En effet, les iciithyosaures possédaient h peu près le museau d*un marsouin actuel, la tête d'un
1. Ix^ioç oaûpoc {poissofi'léiard), pour rappeler que cet animal a les vertèbres d'un poisson et la tète d'un saurien ou lézard.
lézard, les dénis d'un crocodile, les vertèbres d'un poisson, le sternum de l'ornithorinque et les nageoires de la baleine.
M. Bayle a donné l'idée la plus complète de l'ichlhyosaure, en disant que c'était la baleine des sauriens, ou le cétacé des iiict-s {irimitivcs. L'iclitliyosuure était, en elTet, un animul i:zclusivement marin, qui, sur le rivage, serait resté immobile comme une masse inerte : ses nageoires, semblables à celles de la baleine, le prouvent sufTisammenl. Comme la baleine, l'ichlhyosaure respirait l'air atmosphérique, ce qui le forçait à s'élever à la surrace de l'eau. Selon U. Bayle, il était même pourvu d'^at», par lesquels il rejetait en l'air des colonnes d'eau avalée.
]x5 dimensions de l'ichthyosaure variaient selon l'espèce. La plus grande espèce n'avait pas moins de 10 mètres de long '.
C'est surtout d'après la structure de sa tète que l'on a vu dans Viclilkyosaure une sorte de lézard marin. La ligure 122 repré-
Flg- m. TJIB da l'iGbthJc
sente la tête de Yicliiliyosaurus plalyodon. Comme cliez les sauriens, ses narines sont très -rapprochées de l'œil; mais, d'un autre côté, la forme et l'arrangement des dénis le rapprochent du crocodile. Ces dents sont, en effet, coniques, muis non enchâssées dans des alvéoles profonds et séparés ; elles sont seulement rangées dans une rigole longue et continue, creusée dans les os des mâchoires. Ces mâchoires avaient une ouverture énorme, car, chez certains individus, on lésa trouvées
armées de cent quatre-vingls dents. Ajoutons que de nouvelles dents pouvaient plusieurs fois remplacer celles que la voracité de l'anima) lui avait fait prrdre, car au-drssous de chaque denl se trouve toujours la dent de lait, c est-à-dire le germe osseux d'une dent nouvelle.
Les yeux de ce colosse marin étaient beaucoup plus volumineux que ceux de tout animal qui vit de nos jours : leur volume excédait souvent celui de la tête d'un homme. Leur structure toute particulière constitue une des particularités les plus remarquables de l'organisation de Tichtliyosaure. Comme on le voit sur la figure 123, il existe à la partie externe de la cavité de l'orbite de l'œil de Tichthyosaure une série circulaire de minces plaques osseuses entourant l'ouverture de la pupille. Ce système d'appareil qui se rencontre dans les yeux de plusieurs oiseaux, dans ceux des tortues et des lézards, sert à repousser en avant la cornée transparente, ou à la ramener en arrière, de façon à diminuer ou à augmenter sa courbure, et à permettre ainsi la perception successive des objets à de petites et h de grandes distances : c'est-à-dire à faire alternativement, et selon les besoins de l'animal, oflice de microscope ou de télescope. Les yeux de l'ichthyosaure étaient donc des appareils d'optique d'une prodigieuse puissance et d'une perfection singulière, ils donnaient à l'animal le moyen de voir sa proie de près et de loin, comme aussi de la poursuivre au s(;in des ténèbres et des profondeurs des mers. Le curieux appareil de lames osseuses que nous venons de signaler dans l'orbite de l'ichthyosaure, donnait, en outre, à son vaste globe oculaire la force nécessaire pour supporter la pression considérable des liauls fonds des mers, et pour résister à l'assaut des vagues, lorsque l'animal, pour respirer, élevait sa tête au-dessus des flots.
Chez l'ichthyosaure, un cou gros et court supportait, à partir des yeux, un crâne volumineux, et se continuait en une colonne vertébrale, composée de plus de cent vertèbres. L'animal étant créé comme la baleine de nos jours, pour une locomotion rapide à travers les eaux, ses vertèbres n avaient point la solide invariabilité des vertèbres du lézard et du crocodile, mais bien la structure et la légèreté de celles des poissons ; la section de ces
vertèbres présentait deux canes creux, réunis seulement par leur sommet au centre des vertèbres, ce qui permettait des mouvements très-multipliés de flexion.
Les câtes, minces, s'étendaient dans toute la longueur de la colonne vertébrale, depuis la tôle jusqu'au bassin.
Les os du sternum, ou de cette partie de la poitrine qui supportait les rames ou nageoires de riclilhyosaure, oflraient les mêmes combinaisons que ceux de ce même sternum dans Vornithojinqm^ de la Nouvelle-Hollande, cet autre phénomène de la nature vivante qui plonge au fond des eaux pour chercher sa nourriture et revient à leur surface respirer l'air atmosphérique, et pour lequel le Créateur semble avoir répété de nos jours les dispositions organiques qu'il avait créées une première fois pour Tichthyosaure.
Afm que l'animal pût se mouvoir avec rapidité au sein des eaux, ses membres antérieurs et postérieurs étaient transformés en nageoires, ou rames. Les rames antérieures étaient de moitié plus grandes que les postérieures. I^ main pouvait contenir jusqu'à cent os, de forme polygonale, disposés en série représentant les phalanges des doigts. Cette main, jointe au bras, ressemble extrêmement aux nageoires sans doigts distincts du marsouin et de la baleine.
La queue, composée de 80 à 85 vertèbres, était munie de larges et fortes nageoires, placées verticalement comme chez toiis nos poissons, et non horizontalement comme chez la baleine.
La figure 123, qui représente Vichthyosain^s communiSf met sous les yeux du lecteur toutes les particularités anatomiques du squelette de ce grand cétacé qui devait terriblement dépeupler les mers primitives.
La figure 124 représente Y icluhyosaiints platyodon.
Telles sont en définitive les parties constitutives du corps de Tichthyosaure ; telle est son architecture interne, énorme et compliquée. Onne saurait dire avec certitude si la peau de cet
1. L*ornilboriiique offre le singulier amalgame d'un mammifûro quadrupède à fourrure, doul la bouche esl armée d'un liée comme celui du canard, et dont Ifss quaire pied» sont palmés
PÉBIODK JURASSIQUE. 147
animal était nue, comme celle de la baleine et du lézard, ou
recouverte d'écaillés, comme celle des grands reptiles de celle
époque. Comme les écailles des poissons, les cuirasses et armures cornées des rcplîli'S du lias se sont conservées, et que l'on n'a jamais trouvé ni écailles, ni armures défensives pourl'iclitliyosaure, il est prolmhlc que sa peau était nue.
Il est curieux de voir à quel degré de perfection a été portée de nos jours la connaissance des animaux antédiluviens. On sait maintenant quelle était lu notirrilure ordinaire des ichthyosaures, et comment leur tube intestinal était construit. La figure 125 représente le squelette d'un iclitliyosaure trouvé dans le terrain de lias de Lymo-Regts, en Angleterre. 11 contient encore dans sa cavité abdominale , les coproUtha, c'est-à-
oiilviiiuit doi ccailles al dus oi
dire le résidu de la digestion. Les parties molles du tube intestinal ont disparu, mais les fecès se sont conservées, et leur examen nous renseigne sur le régime alimentaire do cet animal, qui a péri il y a plus de dix millions d'années.
On comprendra que ces coprolillies se soient si bien conservés, si l'on réflécbit qu'une substance minérale indestructible par sa nature, le ptiospbale de cliaux, compose ces résidus, comme il compose le résidu de la digestion de tonte nourriture animale. Ces coprolitlies sont tellement abondants sur lu cale de Lyme- Regis, dans le liTrain liaslque où ont été trouvés les premiers ichthyosaures, qu'ils forment, dans celte couclic de terrain, des amas entiers disséminés sur plusieurs kilomètres de longueur. Les coprolUhes de l'iclitliyosaure contiennent des os et écailles
de poissons et de reptiles divers, assez bien conservés pour que l'on en détermine sans peine 1rs rspîxres.
Il importe d'ajoiiler que parmi ces ossements on rencontre souvent des os d'iclilliyosaure même. Dans des coprolithes de grands icliliiyosaures on trouve dos ossements de jeunes individus du même genre : c'est ce que montre la ligure 126.
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La présence de ces débris d'animaux de la même espèce dans le canal digestif de l'icbthyosnure, prouve, comme nous avons eu déjà l'occasion de le faire remarquer, que ce grand saurien était l'un des êtres les plus voraces qui aient jamais existé, puisqu'il dévorait liabituellemeni des individus de sa propre race.
La structure de ta mâchoire de l'icblbyosaure porte à croire que, comme le crocodile, cet animal devait engloutir sa proie sans la diviser. .Son estomac et son tube intestinal devaient donc former une poclie d'un ^r:iiid volume remplissant en entier la
cavité abdominale, et répondant par son étendue au grand développement des dents et des mâcboirrs.
La perfection avec laquelle le contenu des intestins grêles s'est conservé à Tétat fossile dans les coprolithes, fournit des preuves indirectes que le tube intestinal de l'ichthyosaure ressemblait complètement h celui du requin ou du siiualo de nos jours, poissons essentiellement voraccs et vigoureux. L'intestin grêle de ces poissons est contourné en spirale ; or, cette disposition se retrouve exactement indiquée sur les coprolithes de richthyosaure, par les impressions qu'y ont laissées les replis de cet intestin (fig. 127).
Certains lecteurs seront surpris peut-être que nous ayons attiré leur attention sur un objet aussi infime en apparence que la structure des intestins d'une race éteinte de reptiles. Justifions-nous de ce reproche. Retrouver chez des êtres aussi antérieurs à l'apparition de nos races actuelles, le même système d'organes qui est propre à nos animaux modernes, et cela jusque dans des organes aussi périssables qu'un tube intestinal, entièrement composé de parties molles, non adhérentes au squelette, n'est-ce pas rapprocher d'une manière bien inattendue la création actuelle des créations éteintes? N'est-ce pas rétablir, par la similitude des appareils organiques, la continuité d'une chaîne, en apparence brisée? N'est-ce pas constater l'unité et la continuité visibles du plan dans l'œuvre de In création, à travers tant de révolutions accomplies et de siècles écoulés? Privilège admirable de la science, qui par l'examen des parties les plus infimes de l'organisation, chez des êtres qui vivaient il y a des millions et des millions d'années, donne à notre esprit des enseignements solides, et h notre ûme de véritables jouissances.
M Quand nous retrouvons, dit Buckland, dans le corps d^un ichthyosaure la nourriture qu'il venait d'engloutir un instant avant sa mort; quand Tintervalle entre ses eûtes nous apparaît encore rempli des débris de poissons qu'il a avalés il y a dix mille ans, ou un temps deux fois plus grand , tous ces intervalles immenses s'évanouissent en quelque sorte ; les temps disparaissent et nous nous trouvons pour ainsi dire mis en contact immédiat avec tous les événements qui se sont passés à ces époques incommensurablement éloignées, comme s'il s'agissait de nos affaires de la veille *. »
1. La géologie et la minéralogie dans Uurt rapport t avec la théologie nalurelie, traduction française. Paris, 1838, tome I, p. 176.
Le nom de plésiosaure (du mot grec -km^Io^^ voisin; voupo;, lézard) rappelle que cet animal est voisin^ par son organisation, des sauriens, et par conséquent de Tichtliyosaure dont nous venons de donner la description. Le plésiosaure offre la structure et Tensemblc d'organes les plus curieux que l'on ait rencontrés parmi les vestiges de l'ancien monde. Un auteur Ta comparé à un serpent caclié dans la carapace d*une tortue. Remarquons loutefois qu'il n'y a pas ici de carapace. Le plésiosaure a la télc du lézard, les dents du crocodile, un cou d'une longueur démesurée, qui ressemble au corps d'un serpent, les côtes du caméléon, un tronc et une queue dont les proportions sont celles d'un quadrupède ordinaire , enGn les nageoires de la baleine. Jetons les yeux sur les restes de cet animal étrange que la terre nous a rendu et que la science fait revivre.
La tête du plésiosaure offre la réunion des caractères propres à celle de richthyosaure, au crocodile et au lézard. Son long cou renferme un plus grand nombre de vertèbres que le cou du chameau, de la girafe, et même du cygne, celui de tous les oiseaux chez lequel le cou atteint, comparativement au reste du corps, la plus grande longueur.
f^e tronc est cylindrique et arrondi, comme celui des grandes tortues marines; il n'était recouvert ni d'écaillés ni de carapace, car on n'en a trouvé aucuns vestiges auprès de son squelette. Les vertèbres dorsales s appliquaient les unes sur les autres par des surfaces plates, comme chez les quadrupèdes terrestres, ce qui ôtait à l'ensemble de sa colonne vertébrale presque toute flexibilité.
Chaque paire de côtes entourait le corps d'une ceinture complète, formée de cinq pièces comme chez le caméléon et l'iguane; de là sans doute, comme chez le caméléon, une grande facilité de contraction et de dilatation des poumons.
La poitrine, le bassin et les os des extrémités antérieure» et postérieures concouraient à former un appareil qui permettait au plésiosaure de descendre et de s'élever dans les eaux à la façon des ichthyosaures et de nos cétacés. Aussi ses pattes étaient-elles converties en rames, plus grandes et plus puissantes que celles de l'ichthyosaure, et propres à compenser le
faible secours que )'anim<il pouvait tirer de sa queue, r^tte queue courte, comparativement à lu longueur du reste du corps, ne pouvait être un orgnije puissant d'impulsion, mais plutôt une sorte de gouveniiiil susccplililc de diriger la miirclie de l'animal au sein des eaux.
La figure 128 représente l'espèce la plus connue <)u plésiosaure, le plfshstunts ilolicltoilehim.
C'est en étudiant l'ensemble des caractères que nous venons de passer en revue, qu'on est arrivé aux conséquences suivantes relativement aux habitudes du plésiosaure. C'était un animal essentiellement marin. Cependant la longueur de son cou était un obstacle h la rapidité de sa progression à travers les eaux, et sa struclure i^lait, sous ce rnpporl, bien inréneure à celle de l'ichtliyosaure, si admirablement organisé pour fendre les vagiics avec promptitude et vigucnr. t^ ressemblance de ses extrémités avec celles des tortues conduit k penser que, comme ces derniers animaux, le plésiosaure descendait de temps à autre sur le rivage; mais ses mouvements sur la terre ferme ne pouvaient être que lents et difTiciies. En raison de sa respiration aérienne, il devait nager, non dans la profondeur, mais à la surface des eaux, comme le cygne et les oiseaux aquatiques. Itecourbant en arrière son cou long et flexible, il dardait, de temps h autre, sa tête robuste et armée de dents tranchantes, pour saisir les poissons qui s'approchaient de lut. Peut-élre aussi se tenait-il d'Iiabitude sur le rivage, dans les
eaux peu profondes de la mer et des étangs, caciié au milieu des lierbages, et maintenant, à l'aide tie soir long cou, sa téle à la surface de leau, pour £;ueller et s;ustr sa proie. Sa tête repliée en arrière pouvait, au commandement de la volonté, et grâce à la flexibilité du cou, partir subitement, comme le trait d'une arbalète, cl s'abattre instanlanément sur sa victime.
C'est dans le terrain de lias de Lyme-ltegis que l'on a découvert, vers 1823, les premiers débris du plesiosaurus dolichodeirtu. Depuis, on a rencontré d'autres individus dans les mêmes formations géologiques sur divers points de l'Angleterre, de l'Irlande, de la France et de l'Allemagne. On a signalé aussi dans le lias de LymtvRegis une autre espèce de plésiosaure, le plesiosaurux marrocepbalus ifig. 129),
Le plésiosaure était presque aussi énorme que l'iclitbyosaure.
On a trouvé des individus dont le squelette avait 10 mètres de longueur.
On a réuni dans la figure 131 les deux grands reptiles marins du lias, richthyosaure et le plésiosaure.
Cuvier a dit du plésiosaure qu'il oirrait « TiMisemblc des caractères les plus monstrueux que Ton ait rencontrés parmi les races de l'ancien monde. » Il ne faudrait pas prendre cette expression au pied de la lettre. II n*y a pas de monstre dans la nature; dans aucune espèce animale vivante, les lois générales de l'organisation ne sont positivement enfreintes. C'est donc par une vue mal justifiée que l'on qualifierait de monstres les reptiles de grande taille qui habitaient les mers jurassiques. Ce qu'il faut plutôt voir dans cette organisation si spéciale, dans cette structure qui diffère si notablement de celle des animaux de nos jours, c'est le simple agrandissement d'un type, et quelquefois aussi le début et le perfectionnement successif des êtres. On verra, en parcourant la curieuse série des animaux des anciens ciges, l'organisation et les fonctions physiologiques aller se perfectionnant sans cesse, et les genres éteints qui ont précédé l'apparition de l'homme, présenter, pour chaque organe, une modifiaition toujours ascendante vers le progrès. Ija nageoire du poisson des mers devoniennes devient la rame natatoire de l'ichthyosaure et du plésiosaure; celle-ci devient bientôt la patte membraneuse du ptérodactyle et l'aile de l'oiseau. Vient ensuite la patte antérieure articulée du mammifère terrestre, qui, après avoir atteint un perfectionnement remarquable dans la main du singe, devient enfin le bras et la main de l'homme, instrument admirable de délicatesse et de puissance, appartenant à l'être éclairé et transfiguré par l'attribut divin de la raison.
En conséquence, écartons avec soin cette idée de monstruosité qui ne pourrait qu'égarer notre esprit. Ne considérons pas les êtres antédiluviens comme des erreurs ou des écarts de la nature; n'en détournons pas nos yeux avec dégoût; mais apprenons, au contraire, à y lire avec admiration le plan que s'est tracé dans l'œuvre de l'organisation, le sublime Créateur de toutes choses.
Ces réflexions vont nous servir à apprécier sous son vrai
PKRIODE .TUBASSIQUE. \hb
juur l'un des plus singuliers habilanls de r.-incien monde : nous voulons parler du ptérodactyle*.
La bizarre siruclure de cet animal a fail émellre par les naturalistes des opinions fort contradictoires. Les uns en ont fait un oiseau, les antres une chauve-souris, les derniers un repti!e volant. Voilà de bien grandes divergences pour un animal dont on possède le squelefle parrailcment conservé dans toutes ses parties. C'est que cet animal se rapproche, en effet, de l'oiseau par la forme do sa tétc et la longueur de son cuu, de la chauvesouris par la structure et la proportion de ses ailes, enfm des reptiles par la petitesse du crâne et par Teiislence d'un bec armé d'au moins soixante dénis poiatues.
Le pUrodactijlus macronyx appartient au lias de Lyme-Regis. Le pterodacliilm crassirosirù (fîg. 130), que nous représentons ici, appartient à la sous-période géologique suivante.
ÏA longue rangée de dents qui arme la mâchoire, le petit nombre de vertèbres cervïGiles, l'étroilesse des cdtes, la Forme du bassin, éloignent le ptérodactyle des oiseaux. Une courte comparaison entre la structure de la tête et de l'aile des chauves-souris, et celh' des mêmes parties dans le ptérodactyle, empêche de le rapprocher des chauves-souris, c'est-i-dire des
c>xl-i-<lire nnimal tu ilnipl trins-
mammifères volants. Sa mâchoire, pourvue de dents coniques analogues à celles des sauriens, ses côtes étroites, la forme de son bassin, le nombre et les proportions des os de ses doigts, le rapprochent complètement des reptiles. Le ptérodactyle était donc un reptile pourvu d'uiu3 aile assez semblable à celle de la chauve-souris, et formée, comme chez ce mammifère, par une membrane qui reliait des doigts excessivement allongés.
Le ptérodactyle était un animal d'assez petit volume; les plus grands exemplaires ne dépassent pas la taille du cygne, les plus petits celle de la bécassine. D'un autre côté, sa tète était énorme, comparée au reste du corps. On ne saurait donc admettre que cet animal pût réellement voler, et, comme un oiseau, fendre les airs. L'appendice membraneux qui reliait ses doigts était plutôt un parachute qu'une aile. Il lui servait à modérer la rapidité de sa descente, quand il se précipitait sur sa proie, en tombant d'un lieu élevé. Essentiellement grimpeur, le ptérodactyle devait s'élever en grimpant <i la manière d'un lézard, au haut des arbres ou des rochers, (;t s'abattre, de là, sur le sol ou sur les branches inférieures, en déployant son parachute naturel.
Li station ordinaire du ptérodactyle se faisait sur ses deux pieds de derrière. Il se tenait debout, avec fermeté, les ailes pliées, et marchant sur ses deux pattes de derrière. Habituellement, il se perchait sur les arbres. Il grimpait le long des rochers et des falaises, en s'aidant des pieds et des mains, comme le font aujourd'hui les chauves-souris et les lézards. 11 est probable que ce curieux animal possédait enfin la faculté de nager, si commune chez les reptiles. Milton a dit du démon, qu'il
Va guéant ou nageant, couii, gravit, rampe ou vole*.
Ce mauvais vers du traducteur pourrait s'appliquer aussi au ptérodactyle.
On croit que les petites espèces de cet animal se nourrissaient d'insectes, mais que les grandes faisaient leur proie des poissons, sur lesquels le ptérodactyle pouvait se précipiter à la manière des hirondelles de mer.
Ce qui frappe surtout dans l'orgapisation de cet animal