‹ La terre avant le déluge (volume 5)Chapitre 23 sur 42 · Traduction «le Deiille · texte numérisé non relu

Traduction «le Deiille

étrange, c'est le bizarre assemblage de deux ailes vigoureuses implantées sur le corps d'un reptile. L'imagination des poètes avait seule conçu jusqu'ici une telle association, en créant ce fameux dragon qui a joué un si grand rdle dans la Table et la mythologie païennes. Le dragon, ou le reptile volant de la Table, avait disputé à Tliomme la possession de la terre; les dieux et demi-dieux comptaient parmi leurs plus Tameux exploits leur victoire contre ce monstre puissant et redoutable. Des fictions païennes, le dragon passa dans la poésie grecque et latine, et, plus tard, dans celle de la Renaissance et des temps modernes. Quel rôle ne joue pas le Tabuleux dragon dans les vers du Tasse et de TArioste 1 Consacré par la religion des premiers peuples, introduit de la mythologie païenne, dans la poésie grecque et latine, enfln dans les fictions poétiques des modernes, le dragon, selon une pensée fort juste de Lacépède, « a été tout, et s'est trouvé partout, hors dans la nature. »

Le ptérodactyle est le seul animal qui pourrait répondre au type fameux de la religion et de la poésie ancienne; mais on voit que ce type est bien amoindri dans le pauvre reptile grimpeur et sauteur de la période jurassique.

Parmi les animaux de notre époque on ne trouve qu'un seul reptile pourvu d'ailes, ou d'appendices digitaires analogues à l'aile membraneuse de la chauve-souris : c'est celui que les naturalistes modernes désignent, pour les motifs précédents, sous le nom même de dragon^ qui vit dans les forêts des contrées les plus brûlantes de l'Afrique et dans quelques lies de l'océan Indien, surtout à Sumatra et à Java. Il poursuit avec adresse les insectes, en s^iutant de branche en branche, à l'aide de l'espèce de parachute qui résulte du prolongement de l'un de ses doigts revêtu d'une membrane.

Quelle étrange population que celle de notre globe à cette période de son enfance où les eaux étaient remplies de créatures aussi extraordinaires que celles, dont nous venons de retracer l'histoire ; où des reptiles monstrueux, coDune l'ichthyosaure et le plésiosaure, remplissaient l'Océan, sur les flots duquel voguaient, conmie de légers esquifs, d'innombrables ammonites dont quelques-unes avaient la dimension d'une roue de voiture, tandis que des tortues gigantesques et des crocodiles rampaient

aux bords des rivières et des lacs! Aucun mammifère ne troublait encore de ses cris la tranquillité des vallons ou des forêts; rien n'interrompait le silence des airs, sinon le siiTlement des reptiles terrestres et le vol de quelques insectes ailés.

La terre s'étiiit un peu refroidie pendant la période jurassique, les pluies avaient perdu de leur continuité et de leur abondance, la pression atmosphérique avait sensiblement diminué. Toutes ces circonstances secondaient Tapparition et la multiplication de ces innombrables espèces animales dont les formes singulières se montrèrent alors à la surface du globe. On ne peut se faire une idée de la quantité prodigieuse de niollusques et de zoophytes dont les débris sont ensevelis dans les terrains jurassiques, et y forment à eux seuls des couches entières d'une grande étendue.

Les mêmes circonstances concouraient à favoriser la multiplication des plantes. Si les rivages et les mers de cette période recevaient des redoutables êtres qui viennent d'être décrits, une physionomie grandiose et terrible, la végétation qui couvrait les continents avait aussi son aspect et son caractère particuliers. lUen dans la période actuelle ne peut rappeler la riche végétation qui décorait les rares continents de cette époque. Une température encore très-élevée, une atmosphère constamment humide, et sans doute aussi une brillante illumination solaire, provoquaient une végétation luxuriante, dont quelques ties tropicales du monde actuel, avec leur température brûlante et leur climat maritime, peuvent seules nous donner l'idée, et même nous rappeler les types botaniques. Les élégants voitzia de la période houillère avaient disparu ; mais il restait les prêles, dont les troncs déliés se dressaient dans les airs en panaches élégants; il restait encore des roseaux gigantesques, et des fougères, qui avaient perdu, il est vrai, les énormes dimensions qu'elles présentaient dans les périodes antérieures, mais non les fines et délicates découpures de leur feuillage aérien.

A côté de ces Hunilles végétales, héritage transmis par les siècles antérieurs, une famille tout entière, celle des cycadées, se montre ici pour la première fois au jour. Les cycadées comptent tout de suite des genres nombreux. Tels sont les zamites, les pterophyllum, les nilsonia.

Parmi les nombreuses espèces végéUiles qui sont caractéristiques de Tépoque du lias, nous citerons les suivantes , en les rangeant par familles :

/ Odontopteris cycadea.

FOUGÈRES I Thaumaiopieri* Munsteri,

\ Camptopteris crenala,

Zamites diêians,

Zamites heterophyllus,

Zamites gracilis,

! Plerophyilum mmus.

CYCADÉES ; „. '^. ,, . /.

\ PterophyUum dwnum,

I NiUonia corUigua,

\ Nihonia elegantissima,

\ NHsonia Stembergii,

, f Taxodites.

«*^^^ I Pinites.

" Les zamUeSy arbres d'un port élégant, semblent annoncer la naissance prochaine des palmiers, qui apparaîtront dans la période suivante.

Les zamites étaient des plantes très-voisines de nos zamias actuels, arbustes de l'Amérique tropicale, et surtout des lies de rinde occidentale. Ils étaient si nombreux en individus et en espèces, qu'ils formaient à eux seuls la moitié de la végétation pendant la période qui nous occupe. Le nombre de leurs espèces fossiles est plus grand que celui des espèces actuellement vivantes. Le tronc des zamites, simple et couvert de cicatrices laissées par les anciennes feuilles, supportait une épaisse couronne de feuilles, longues de plus de six pieds, et disposées en éventails en partant d'un centre commun.

Les pterophyllum^ grands arbres couverts de bas en haut de larges feuilles pinnées, s'élevaient à une hauteur de plusieurs mètres. Leurs feuilles, minces et membraneuses, étaient munies de folioles tronquées au sommet, parcourues par de flnes nervures, non convergentes, mais aboutissant au bord terminal tronqué.

Enfin, les nilsonia étaient des cycadées voisines des pterophyllum, mais à feuilles épaisses et coriaces et dont les folioles courtes, contigués ou même en partie soudées à la base, étaient obtuses ou presque tronquées au sonmiet, et présentaient des nervures arquées ou confluentes vers le haut.

La planche 132 représente un paysage continental de la période du lias. Les arbres et arbustes caractéristiques de cette période sont l'élégant pterophyllum, qui se dresse à l'extrémité gauche du tableau; les zamites, qui se reconnaissent à leur tronc large et très-bas y d'où rayonnent des feuilles inclinées en forme d'éventail. Les grandes prèles de cette époque s'unissent aux fougères arborescentes. On y voit encore des cypr's, conifères tout à fait voisins de ceux de notre époque. Parmi les animaux, le ptérodactyle est surtout représenté. L'un de ces reptiles se voit à l'état de repos, porté sur ses pattes de derrière ; l'autre est représenté, non pas volant à la manière d'un oiseau, mais se précipitant du haut d'un rocher, pour saisir au vol un insecte ailé, l'élégante libeUule (demoiselle).

Terrain du lias. — Les terrains qui représentent actuellement la période liasique, forment la base du terrain jurassique et ont une épaisseur moyenne d'environ 100 mètres.

A la partie inférieure , on trouve des sables, des grès quartzeux, qui portent le nom de Qrès du lias et comprennent la plus grande partie du quadersandstein (pierre à bâtir des Allemands). Au-dessus, viennent des calcaires compactes, argilifères, bleuâtres ou jaunâtres. Enfîn l'étage est terminé par des marnes, quelquefois arénifères, d'autres fois bitumineuses.

En France, le terrain du lias affleure dans le Calvados, la Bourgogne, la Lorraine, la Normandie, le Lyonnais, etc.

SOUS-PÉRIODE OOUTHIQUE.

Cette sous-période a reçu le nom d'ooUthique parce que plusieurs des calcaires entrant dans la composition des terrains qui la représentent aujourd'hui, résultent presque entièrement de l'agrégation de petits grains ronds, concrétionnés, dont l'aspect rappelle les œufs de poissons (oov, œuf; XiOoç, pierre). Elle se subdivise en trois sous-périodes, que nous passerons successivement en revue, et qui portent les noms de périodes oo/tthigue inférieure^ moyenne et supérieure.

Oolithe inférieure.— Le trait le plus saillant et le plus caracté ristique de cette époque est certainement Tapparition, sur le globe, d'animaux appartenant à la classe des mammifères. Mais l'organisation toute spéciale de ces premiers mammifères va être pour le lecteur un siyet d'étonnement, et prouver d'une manière indubitable que la nature a procédé, dans la création des animaux, par des degrés successifs, par des transitions qui relient d'une façon presque insensible les êtres à d'autres plus perfectionnés. Les premiers mammifères qui apparurent sur la terre ne jouissaient pas de tous les attributs organiques propres aux mammifères parfaits. Dans cette grande classe, les animaux viennent au monde tout vivants, et non par des œufs, comme les oiseaux, les reptiles et les poissons. Ce n'est pas ainsi qu'étaient organisés les premiers mammifères que Dieu jeta sur notre globe : ils appartenaient à cet ordre tout spécial d'ani maux, rares d'ailleurs, qui ne font pas leurs petits vivants, mais qui accouchent d'une masse gélatineuse, laquelle tient à la fois de l'œuf et du jeune animal. Cette masse membraneuse, la mère la conserve pendant un certain temps dans une sorte ae poche creusée dans les parois de son abdomen; ce n'est qu'après un séjour plus ou moins prolongé dans cette poche, et sous l'influence de la chaleur maternelle, que l'animal parfait déchire ses langes et apparaît au jour. C'est là un mode de génération qui semble tenir le milieu entre la génération ovipare et vivipare , entre la génération des oiseaux ou des reptiles et celle des mammifères ; et c'est un trait bien frappant pour l'histoire de la création animale, que de voir ces animaux apparaître dans la chronologie du globe, pour former, pour ainsi dire, le trait d'union entre les reptiles et les mammifères. Les naturalistes ont toujours été fort embarrassés pour classer les animaux pourvus de cette curieuse organisation. On voit avec quelle facilité on trouve leur place zoologique quand on consulte l'histoire du monde primitif. Le lecteur comprendra ainsi combien les différentes branches des sciences naturelles servent à s'éclairer mutuellement, combien la pa* léontologic, par exemple, peut venir, comme dans le cas actuel, efficacement au secours de la zoologie.

On nomme, dans la classification zoologique actuelle, niam-

mifères didelphes les animaux qui sonl pourvus du mode d'organisation qui vient d'être décrit. Les mammifôres didelplies naissent dans un état d'imperfection extrême, et, durant leur vie embryonnaire, ne tirent pas leur existence d'un placenta, comme cela a lieu chez les mammifères ordinaires : les parois de leur cavité viscérale sont soutenues par des os dits marsupiaux, qui sont fixés par leur extrémité postérieure au devant du bassin. Les sarigues, les kanguroos, les ornithorinques sont les représentants actuels de ce groupe.

On a donné le nom de thylacolfierium ou d*amphUeriumy et de phascolotherium, aux premiers mammifères didelphes, ou marsupiaiuDy qui ont apparu sur le globe, et que l'on a découverts dans le terrain oolithique inférieur. La figure 133 représente (de grandeur naturelle) la mâchoire inférieure du premier de ces animaux ; la figure 134 représente le second. Les mâchoires in-

Fig. ISS. Tbylacolherium PreyosU. Fig. tS4. Phascolotherium

férieures sont d'ailleurs tout ce que l'on a pu recueillir jusqu'ici de ces animaux fossiles.

Les animaux qui vivaient sur les continents pendant la souspériode oolithique étaient à peu près les mêmes que ceux de la sous-période du lias. Les insectes y étaient peut-être plus nombreux.

La faune marine comptait des reptiles, des poissons, des mollusques, des zoophytes. Parmi les premiers, nous citerons les ptérodactyles et un grand saurien, le teleosaurus, animal encore imparfaitement connu; parmi les poissons, les genres ganodus et ophiopsis.

Vammonites Humphrysianus (fig. 135), V ammonites hullatus (fig. 136), Vammonites Brongniarti (fig. 137), le nautilus lineatus, représentaient les mollusques céphalopodes ; les tei^ebratula digona (fig. 138) et spinosa, les mollusques brachiopodes.

Le pleurotomaria conoidea (fig. 139), parmi les gastéropodes, et le lima pivbosciilea y qui appartiennent aux mollusques acé-

PÉRIODE JTJBASSIQUE. 167

phales, sonl des fossiles caractéristiques de cette époque, k

laquelle vivaient encore l'erUaloi)lwra cellarioides (fig. 140), Va-

chara Ramyitiana (fîg. 141), les bidiaslopora cervicomis (Gg. 142 , élégants et caractéristiques mollusques bryozoaires.

Plg. Mi. Dyiuur Cnduli.

Les échlnodermes et les polypiers croissaient en grand nombre dans les mers de l'oolitlie inférieure : Vapiocrimis tleganx {Gg. 143), Vhyboclipus yibbtmlw (lig. 144), le dysasur Euilcsii

(Rg. 145), représentaient les premiers; le monUivaltia earyophyUata (fig. 146), Vanabacia orbuUla (fif;. Ikl), le cryplocœmta bacciformis {fig. UA), Veunomia railiala(ti^. 149), reprisse niaient les seconds.

lÉ

Fig. Ht. Cijptacomla baccironnit.

Cette dernière el remarquable espèce de zoopliytes {ICunomia radiataj se présente à nous en masses de plusieurs mètres de circonférence, accumulation d'animaux qui a sans doute nécessité une longue suite de siècles. Colle réunion de zoophyles vivant sous les eaui, mais à une Taible distance de leur niveau, a fini par constituer des bancs, ou plulflt des Ilots, d'une étendue considérable, qui formaient à la surface de la mer de véri-

tables rédrs. Ces récifs se sont principalement formés à l'époque jurassique, et l'extrême abondance de ces masses au sein de la mer est même un des caractères de celle période géologique. Ce même phénomène continue d'ailleurs de nos jours, mais par d'autres zoopliyles. On appelle aU(^6S les bancs du rochei's qui se produisent aujourd'hui, par suite de celte cause, dans les mers de l'Océanie.

La flore continentale de cette époque était fort riche. Les fougères continuaient d'y figurer, mais la taille et le port de ces plantes étaient sensiblement inférieurs à ce qu'ils avaient été dans les périodes antérieures. Nous citerons, parmi les fougères, les espèces suivantes, propres à la période oolithique:

Le coniopleris Murrayana (fig. 150), le pecopteris Desnoytrsi

(Hg. 151), le pachypleris lanceolMa (Gg. Ihi), le phlebopierù PhiUipsii (tig. )&3); parmi les lycopodiacécs , le lycopodiles falcalus.

La physionomie végétale de cette époque devait recevoir un caractère tout spécial de la présence de quelques arbres de la famille des pandanies, si remarquables par la disposition de leurs racines aériennes et par la magnificence des couronnes

l'fiRIODE JURASSigUE. 171

Teuillées qui terminent leurs nimeaux Ni les ftuillcs ni les racines de ces plant<>s n'ont élé retrouve) s k l'état fossile, mais on

Phlcl»|)lf rii Ptaillipii.

possède leurs fruits, volumineux et sphériqucs, qui ne laissent aucun doute sur la nature du v^tat tout entier.'

Les cycadées étaient représentées par les genres zamiles el olozamiia, pur plusieurs espèces de pterophyllum {fig. Ibk).

Les conirùres, cette grande famille de l'époque moderne à laquelle appartiennent les pins, sapins, etc., de nos foréis du Nord, existaient dès cette époque. Ces premiei's conifères comptaient tes genres thuiles, laxitts, hrnchyphythtfn.

Flg. (st. Bnchyphyllum.

Les Ihuius étaient de vrais thuyas, arbres de l'époque actuelle, qui sont toujours verts, à rameaux comprimés, à feuilles petites, imbriquées, serrées, olfrant ;i peu près l'aspect du cyprès, mais s'en distinguant par plusieurs points de leur organisation ; tes laxites ont été rapprochés, avec quelques doutes, des ifs; enfin les brochypkyltum (fig. 155) étaient des aritres qui, par leurs Ciiractères de végélation, paraissent se rapprocher de deux genres actuellement existants ; les arttiwiaxis de la Terre de Diémen et tes widdrmijlonia de l'Afrique australe. Les feuilles des brachyphylhim sont courtes, charnues, insérées par une base large et rhnmlioidale.

Terrain oolitliiiiue inférieur. — Les terrains qui représentent actuellement la période .oolilliique inférieure, el qui alieignent en Angleterre jusqu'à 180 mètres de puissance, forment un étage très-complexe.

La première assise du terrain oolithi<iue inférinir se rencontre

en Normandie, dans les Basses-Alpes, aux environs de Lyon, etc. Remarquable près de Ifiayeux par la variété et la beauté de ses fossiles, ce terrain se compose princi])alement de calaiires jaunâtres, brunâtres ou rougeâtres, chargés d'hydrate de fer, souvent oolithique, et reposant sur des sables calcaires. Ces dépdts sont surmontés d^tdternances d'argile et de marne, bleuâtre ou jaunâtre, auxquelles on a donné le nom de terre à foulon^ parce qu'elles servent à dégraisser les draps qui sortent des fabriques.

La seconde assise de l'oolilhe inférieure, qui atteint une puissance de 50 à 60 mètres sur les côtes de la Normandie, et se développe aux environs de Caen et dans le Jura, a été divisée en quatre étages, que nous allons signaler successivement, en allant de bas en haut.

1* La grande oolithe. Elle consiste principalement en un calcaire oolithique très-caractérisé, mais à très-petits grains, blanc, tendre, très-développé et exploité à Bath, en Angleterre. Le calcaire de Caen^ qui appartient au même groupe, est une pierre blanche assez tendre , imparfaitement oolithique en certaines parties, très-propre à la taille, et recherchée même en Angleterre pour les belles constructions. C'est au niveau de la grande oolithe qu'il faut rapporter les couches de Stonesfield, célèbres par la découverte qu on y a faite des mammifères marsupiaux amphiteriuin et phascololheriumj de plusieurs sortes de reptiles, principalement des ptérodactyles y de plantes et d'insectes admirablement conservés.

%• V argile de Bradfort^ qui n'est qu'une marne bleuâtre contenant souvent beaucoup d'encrines, mais qui parait n'avoir qu'une existence locale.

3» Le marbre de forêt {forest fnarhle\ qui se compose de calcaire coquillier, exploité dans la forêt de Wichwood, et de sable marneux et quartzeux.

4* EnGn, le combrash (terre à blé), formé de pierrailles calcaires ou de grès calcarifères qui encombrent les champs cultivés en céréales : de là son nom.

Oolithe moyenne. ^ La flore continentale de cette époque se composait de fougères , de cycadées , de conifères et même de

palmiers. I.es premières élaient représentées par le pachypUris microphijlla , les secondes par le zamilts Morearâ; icsbrachy' phyllum iforeanum cl majw paraissent avoir été des conifères caractéristiques de celte époque. Quant aux palmiers, on a retrouvé sculcincnL leurs fiuilsfl l'élut rossili!,cit i|iii laisse planer une certaine incerliludc sur leur existence à cette période.

Les continents de cette époque renferment en outre de nombreux vestiges de la faune qui les animait. Les insectes y apparaissent pour la première fois : les punaises parmi les hémiptères, les abeilles parmi les hyménoptères, les papillons parmi les lépidoptères, les libellules (fig. 156) parmi les névroptères.

Fit- lt«. LUielluli.

Au sein des ineis ou sur le» rivages, vivaient encore les ichthyosaiires qu'on ne retrouvera plus aux époques suivantes; le pterodactybvi cramrostiis, les pleuro$au>-us et les geosauTus , êtres impiirfailement connus.

Outre de nombreux poissons, les mers renfermaient encore des crustacés, des ciiHiipèdes, des mollusques, des zoophyles.

l'armi les crustacés, l'eryon arcliformis (iig. )&7] appartenait à la famille des crustacés, dont la langouste est le type. L'aply-

chiu siMxvit ((îg. t&8) représentait des cirrhipëdes ayant de grands rapports avec les mollusques et les articulés, et dont font partie nos anatifes et nos balanes actuels : les apnjchvt de

loolithe moyenne étaient des anatifes à deui valves seuirmeni, tandis que les anatifes modernes en ont cinq, l'armi lis mol-

lusques étaienl dos ammonites, des bélemnites, des huîtres, etc.

Nous citerons comme caractéristiques les espèces suivantes :

BiguatM du ChIuI* gludilïrai.

btlemniUs hastatus (fig. 159), ammonius nfractxa (fig. 160} ammonitts Jason (lig. 161), amnumiles cordalus (lig. 16S), ostrea

l'ÉHIODE JURASSIQUE. 177

Marshii (lig. 163), ostrea diUilaia {(ig. 164). itictras arielvta (fig. 165), nerinea liiero'jlijpluca.

Parmi les zoopliyles écliinotlcrmcs : le cidaris glandifervs (fip. 166), l'éléganl apiocrimis Itoissijanus {%• 167), le gra-

cieux saccocoiiia pecUnatn ((ig. 168), li; inillrricrinus nodolia-

1MS (lig. 169), \c comaluia costala (Irg. 170), l'Iiemicidaris cre-

nularis (lig. 171).

l*armi les spongiaires : le cribnisiiougia rcliculala (fig. 173^

Les polypiers étaicntàcelte époque (l'une abondance exlrémc.

178 LA TERItE AVANT LK DÉLUGE.

C'est prjncipalemenl pendant la pdriode oolillii(|uc que se sont formés ces pelils Ilols de polypiers que l'on rencontre assez souvent dans les profondeurs de la terre et que nous signalons

plus haut, k propos de leur pr6>ence dans le terrain uolitliique inférieur. C'étaient de petites constructions calcaires formées dans les mers anciennes par l'agrégation continue des habitations de divers polypiers. Le même phénomène, comme nous l'avons déjà dit, se produit encore de nos jours. C'est surtout dans les mers de l'Océanie que l'on rencontre aujourd'hui ces récifs de coraux ou de madrépores ipit afllcurent le niveau de l'eau, et qui sont le résultat de la vie d'une niasse de polypiers. La formation de ces bancs madi'époriques ou coralliens

a ilù exiger un lumps Irùs- considérable. Ils sont jusie à la liniileiii- (lu niveau <Ic IVnu, eut- les uutmaux qui habttaienl et rréquenlaient ces roclies calcaires vivaient dans les eaux el auraient péri dans l'air atmosphérique. Dans les terrains ooli- Ihiques, on trouve assez fréquemment des bancs de ces zoophy tes qui ont 4 à 5 mètres d'épaisseur, sur des longueurs de plusieurs

lieues. Os bancs conserv* nt encore pour la )>luparl la position relative qu ils occupaient dins la mer lorsqu'ils étaient en voie de formation.

Voici les ligures de quelques-uns des zoopbyles appartenant à l'époque oolilhique :

Thecosmilia annularûs (fig. 1 73) ; Ihamnastrxa^ phylogyra t/wignifica (iig. 174); dendraslnea ramosa (fig. 175).

Tei^ain oolilhiqtie moyen, — Les terrains qui représentent actuellement la sous-période oolithiquc moyenne peuvent se diviser en trois assises : l'assise callovienne, l'assise oxfordienne et l'assise corallienne.

V assise callovienne (dont Kalloway est le type anglais), d'une épaisseur de 150 mètres environ, se compose surtout de puissantes couches de marne d'un bleu noirâtre. On trouve cette assise très-développée dans le département du Calvados, en France. C'est Y argile de Dives qui forme le sol de la vallée d'Auge, renommée par ses gras pâturages et ses magnifiques bestiaux; elle est comme pétrie de mollusques fossiles. La même couche est aussi la hase de ces magnifiques rochers, bizarrement découpés sur les côtes de la Manche, et qu'on nomme les vaches noires. Cette dernière localité est célèbre par ses belles ammonites transformées en pyrite.

V assise oxfordienne constitue aux environs d'Oxford , en Angleterre, la base des collines. On la trouve très-développée en France, à Trou ville (département du Calvados) et à Neuvisy (département des Ardennes). Son épaisseur est d'environ 100 mètres. Elle se compose d'un calcaire bleuâtre ou blanchâtre, souvent argileux, rarement oolithique, et de marne argileuse, souvent bleuâtre.

Vassise corallienne ou coral-rag tire son nom de ce fait que le calcaire qui en constitue la principale partie, se compose spécialement de l'agrégation de nombreux débris de coraux et de polypiers entiers ou roulés, et quelquefois de masses énormes de polypiers en place. On la trouve surtout en France, dans les départements de la Meuse, de l'Yonne, de l'Ain, de la Charente-Inférieure.

Ooliihe supérieure. — Des mammifères marsupiaux vivaient à cette dernière section de la sous-période oolithique, comme dans la première. Ils appartiennent au genre spalacolherium. Outre les plésiosaures et les téléosaures, vivaient encore sur les plages maritimes, un crocodilien, le macrorhxjnchus^ les genres celiosaurits, stenosaurus et slreptospondylus^ et parmi les

tortues, des emys et platemys. De même encore qu'à l'époque de Toolithe inférieure, vivaient alors des insectes dont quelquesuns volent aujourd*liui dans nos prairies ou ù la surface des eaux.

Les mers renfermaient quelques poissons appartenant aux genres asteracanthus ^ strophodus, lepidottiXy microdon. Les mollusques céphalopodes y étaient peu nombreux; les genres dominants appartenaient aux lamellibranches et aux gastéropodes; ils se tenaient près des côtes de la mer. Plus de récifs madréporiques ou coralliens; à peine quelques zoophytes à rétat fossile viennent-ils témoigner do lexistence de ce groupe d'animaux.

Voici quelques fossiles caractéristiques de la faune marine et de la même époque : •

Ammonites decipiens^ ammonites gigatUeus ^ natica elegans^ natica hemisphericay ostrea deltoidea (fig. 176), ostrea virgula (Hg. 177), trigonin gii)hosa (fig. 178), pholatlonma multicosUUa^ ptioladomya actUicostata (fig. 179), terehratula selta (fig. 180), liemicidaris purbeckensis.

Ues tortues, des poissons, des paludines, des physes, des unios, des planorbes, descypris, petits crustacés bivalves, composaient la faune d'eau douce.

La végétation de cette époque était représentée, sur le continent, par des fougères, des cycadées, des conifères ; dans les étangs, par des zostera et par des chara, dont on a retrouvé les sporanges ou gyrogonites.

Les chara sont des plantes cryptogames aquatiques submergées, qui se fixent dans la vase par des radicelles très-fines; leurs tiges sont cylindriques, dépourvues de feuilles, rameuses, articulées, à rameaux disposés par verticilles au niveau des articulations et portant les appareils de la fructification. Leurs fruits (sporanges)^ ovoïdes ou globuleux, sont entourés de cinq bandes disposées en spirale qui forment à leur sommet une petite couronne. Chaque fruit ne renferme qu'une graine ou spore. \jps zosth'es sont des plantes monocotylédones de la famille des naïades, qui vivent dans les sables vaseux des plages maritimes et y forment, par leurs feuilles longues, étroites et rubanées, de vastes prairies du plus beau vert; à la marée basse, ces masses de verdure apparaissent quelquefois à découvert. Elles

servent de reiraite à un ^rand nombre d'animaux mnrins el de nourrilure à quelques-uns.

Terrain oolilhique mpérieur. — U-s lerrains qui représentent actuellement la sous-période ooli(hi()iic supérieure se divisiiut en deux assises: Y assise kimmeriitgîei}ne et l'assise }>ort/atidi>nfie.

La première est spécialement composite de nombreuses couches d'argile bleuâtre ou jaunâtre, qui passent à l'étal de marne et de scbîsie bitumineux, Très-développée près de Kimmeridge, en Angleterre, ce qui lui a valu son nom , elle existe en France : à Tonnerre (Yonne), au Havre, ;'■ llonlletn-, ii Mun-

vage (Meuse). Elle est riche en fossiles; c'est là le niveau des oxirea lUIloiika et virg^ita.

1x1 seconde ossîse est composée d'un calcaire sub-oolithique que l'on exploite dans l'Ile de Portiand, pour les constructions de Londres. Elle existe en France, près de Boulogne (Pas-de- Calais), à Cirpy-le-Cliâteau (llaute-Harne), à Auxerre (Yonne). Ces localités sont les types de cet élaRe. On y a découvert cînquanle-neuT cspôcos de mollnsqnes.

On a récriminent réuni ù cette assise un ensemble de couches qui se montreut cxccplionnellemenl à Portiand et dans les faltiises de la (K-ninsule de Pnriierk (Dorselshirc). Ces couches sont alternaiivemont des formations marines et d'eau douce, et ce sont les débris fossiles qu'on y a retrouvés qui ont scrvr à reconstituer surtout la faune et la llore d'eau douce que nous avons signalées plus haut. IjCs dépôts lacustres sont principalement composés di' calcaires pétris de cypris.

Ije Irait le plus important de ce terrain, qui est comme la lélc de celte longue et multiple série de couches constituant la formation jurassique, c'est la présence d'une terre végétale très-bien conservée, l/épaisscur de cet humus, tout à fait analogue il notre (erre végétale aciuellc , est de 30 à 4& centimiHres. De couleur noinllre, il contient une forte portion de lignite terreux. On y trouve enfouis des troncs siliciliés de conilêi'es et des débris de plantes analogues auxznniiitelauxc!f<^'- Ces plantes onl dû élre fossilisées sur l'emplacement même où elles ont végi-té. Les troncs d'arbres siml en position verticale, et leurs racines, Oxées au sol, sont aussi espacées les unes des autres que celles des arbres de nos fnréls. Autour des débris on trouveune grande quantité de matière charbonneuse. Ce sol, connu sous le nom de courhe de boue (diit-bed), est horizontal dans l'Ile de Portiand ; mais on le retrouve non loin de là, dans certaines falaises, avec une inclinaison de kb", '*" ' """* *" ""'

et les troncs nen restent pas moins parallèles entre eux

C/e^ là un bel exemple d'un changement de position de couches primitivement horizontales. La figure 181 rcprésenle cette espi^ce d*humus gèologiqut. « Chaque l'U de bouc, dit W. Lyell, rappelle sans doute bien des milliers d'années, car c'est à peine si les plus vieilles forêts des tropiques laissent sur le sol qui les n portées quelques centimètres de tcrnî végt»lale connue monument de leur existence. »

Cette couche do terre végétale, ces débris encore entiers de végétaux rappellent complètement la houille et ne sont qu'un état moins avancé de cette fossilisation végétale qui, accomplie pendant la période houillère sur des amas immenses de plantes et durant un temps infiniment long, nous a laissé les précieux dépôts houillers.

Nous avons représenté, sur la planche 182, une vue idéale de la terre pendant la période oolithique. l^n partie continentale nous présente les types réunis des arbres propres à cette période, les zamites avec leur tronc large et bas, d'où partent des feuilles en éventail; ils rappellent, par leur port ci leur forme, nos zamias actuels des contrées tropicales; un pterophyllum avec sa tige couverte, du bas jusqu'au sommet, de ses branches finement découpées; des conifères assez semblables a nos cyprès actuels, et des fougères arborescentes. Sur l'un de ces arbres s aperçoit le pliascoloth^rium, assez semblable h nos sarigues : c'est le premier mammifère qui ait animé les parages de l'ancien monde. Le dessinateur a dû agrandir ici les dimensions de la sarigue fossile, pour faire saisir les formes de cet animal. Il faut donc réduire, par la pensée, cinq à six fois le volume de ce mammifère, qui n'était guère plus gros qu'un chat.

Un ptérodactyle (le pterodactylus crassirostris), un squelette d'ichthyosaure, rappellent que les reptiles tenaient encore une grande place dans la création animale de cette époque. Knfin quelques insectes, en particulier les libellules (demoisell<;s), volent dans ce paysage primitif. Sur la mer, nage, comme un cygne gigantesque, le terrible plésiosaure.

Ce qui diflérencie ce paysage dcî ctdui de la sous-période précédente, c'est un groupe de magnifiques arbres, les pandanées, qui sont remarquables par leurs racines aériennes, leurs longues feuilles et leurs fruits globuleux.

Nous représentons sur la carte placée en regard de cette page rétendue des continents qui existaient en France après les dépôts que laissèrent les mers jurassiques. Nous ajouterons seulement quelques indications sur la distribution actuelle du terrain jurassique à la surface du globe.

En France, les montagnes du Jura sont presque entièrement formées de ce terrain, dont les divers étages y sont complètement représentés. C'est même cette circonstance qui a fait donner, par AI. de Ilumboldt, le nom de jurassique k la partie de récorce terrestre dont nous venons d'esquisser Thistoire. Le lias supérieur domine surtout dans les l^yrénées et dans les Alpes.

Le terrains jurassique existe en Espagne, dans plusieurs parties de l'Italie septentrionale, en Russie, notamment dans le gouvernement de Moscou, et en Crimée. C'est en Allemagne qu'il occupe la plus grande place. Une assez faible assise de calcaire oolitliique nous offre, à Solen-Hofen, un gisement géologique célèbre contenant des plantes , des poissons , des insectes, des crustacés, avec quelques ptérodactyles, admirablement conservés. Les belles carrières de pierres lithographiques de Papenheim, si renommées en Europe, appartiennent au terrain jurassique. On a récemment signalé Texistence de ce terrain dans l'Inde. Il contribue à la formation du massif de l'Himalaya et entre dans la constitution de la chaîne des Andes, en Amérique.

PÉRIODE GRÉTAfiÉE

On donne le nom de crétacée h cette nouvelle période de Thistoire du globe parce que les terrains que la mer a déposés k cette époque sont presque entièrement composés de craie (carbonate de chaux).

Ce n'est pas pour la première fois que la chaux apparaît dans la constitution de notre planète. On a vu, dès la période devonienne, la chaux intervenir parmi les matériaux terrestres; le terrain jurassique est formé de chaux dans la plupart de ses assises, et ces assises sont énormes autant que nombreuses. Par conséquent, lors de la période appelée crétacée par les géologues, la chaux n'était pas une matière nouvellrm«'nt venue sur le globe. Si Ton a été conduit à accorder ce nom à cette période, c'est simplement peut-être parce que les géologues français ont été plus particulièrement frappés de l'abondance de la chaux dans le bassin parisien.

Nous avons déjà, à propos du terrain devonien, cherché a établir l'origine de la chaux, qui forme aujourd'hui une masse énorme de terrains, et entre pour une part très-considérable dans la formation de l'écorce terrestre. Il nous parait utile, à propos de la période crétacée, de reproduire, pour la développer davantage, cette mémo explication.

Nous avons déjà dit que la chaux a été introduite sur le globe par des eaux thermales qui jaillirent en grande abondance par les fissures, dislocations et fractures du sol, déterminées elles-mêmes par le refroidissement progressif du globe. Le centre de la terre est le grand réservoir et le lieu d'origine de tous les matériaux qui forment aujourd'hui son écorce. De même que l'intérieur du globe nous a fourni les matières solides éruptives très-diverses, telles que les granits, les porphyres, les trachytes, les basaltes, les laves, il a éga-

iement lancé h la surrace du sol des eaux bouillantes chargées de blcarbonalc de chaux, souvent m^mc accompagnées de silice. Les geysers de l'Irlande, qui lancent à une hauteur considérable des jets d'eau bouillante, tenant de la silice en dissolution, nous offrent un exemple, encore en action de nos jours, de ces eaux thermales qui autrefois apportaient des masses énormes de silice de l'intérieur du globe. Les eaux minérales actuelles, comme celles du mont Dore, de A'ichy, etc., nous donnent l'exemple d'eaux thermales empruntante chaux au même centre commun. Agrandissez ce phénomène, aujourd'hui réduit à des proportions insignifiantes, et vous aurez l'explication de l'origine des masses de chaux qui existent sur notre globe. Si le terrain calcaire sur lequel s'élève la ville de Yichy, par exemple, a été formé par les sources minérales qui sourdent aux alentours de cette ville, on n'aura pas de peine à admettre que ce même phénomène s'étant produit aux époques primitives de notre globe, sur une étendue immense, les eaux bouillantes chargées de bicarbonate de chaux dissous, et qui s'échappaient par les fractures provenant des dislocations du sol, aient fourni à la terre la chaux qui existe dans son écorce solide.

Mais comment cette chaux dissoute, à l'état de bicarbonate, dans les eaux thermales venues de l'intérieur de la terre, a-t-elle fini par composer des terrains? C'est ce qu'il resfeà faire comprendre.

Aux époques primitives, la mer couvrant la surface presque entière du globe, les sources thermales chargées de sels calcaires se déchargeaient nécessairement au milieu de ses eaux. Ces sources thermales venant sourdre dans le bassin des mers, se réunissaient aux flots de l'immense Océan primordial. Les eaux de la mer devinrent ainsi sensiblement calcaires; elles contenaient, on peut le croire, 1 ou 2 pour 100 de chaux. Les innombrables animaux qui vivaient dans les mers primitives, en particulier les zoophytes, ainsi que les mollusques au test solide, s'emparèrent de cette chaux pour former leur enveloppe minérale. Dans ce milieu liquide, essentiellement calcaire, les foraminiieres, les coraux, les polypiers, les rudisles pullulaient, et formaient des populations innombrables. Que devenait, après leur mort, le corps de ces animaux grands et petits, mais ordinairement d'une petitesse microscopique? La matière ani-

maie destructible disparaissait, au sein de Teau, par la putré- Taction ; il ne restait que la matière inorganique indestructible, c'est-à-dire le carbonate de chaux, qui formait le test de leur enveloppe. Ces dépôts calcaires s'accumulaient en épaisses couches sur le bassin des mers; ils s'agglutinaient bientôt en une masse unique, et formaient au fond un lit continu. Ces couches se superposant, s'augmentant par la suite des siècles, ont constitué nos terrains calcaires actuels.

Ce que Ton vient de lire n'est pas, comme plus d'un lecteur pourrait en concevoir la crainte, une conception faite à plaisir par l'imagination en quête d'un système. Le temps est passé où la géologie pouvait être considérée comme le roman de la nature. Tout ce qu'elle avance n'a plus aucun caractère de conception arbitraire, mais est la seule expression des faits observés. Sans doute on est frappé de surprise en apprenant que toutes les roches, tous les terrains, toutes les roches calcaires, toutes les pierres employées à la construction de nos maisons et de nos villes, sont des dépôts des mers de l'ancien monde, et ne consistent qu'en une aggrégation de coquilles, de mollusques ou de débris de test de foraminifères et autres zoophytes. Mais que l'on prenne la peine de regarder, que l'on ait recours à l'observation, et tous les doutes ne tarderont pas à disparaître. Examinez la craie au microscope, vous la trouverez composée de la réunion de nombreux débris de spongiaires, de zoophytes, de petites ammonites, de coquilles, et surtout de foraminifères tellement petits que leur petitesse a même dû les rendre indestructibles. Cent cinquante de ces petits êtres étant placés bout à bout, ne formeraient pas la longueur d'un millimètre.

Les figures suivantes (fig. 183, 184, 185, 186) représentent les formes multipliées et élégantes que l'on découvre dans la craie soumise à l'inspection microscopique. Ces figures, empruntées à l'ouvrage du savant micrographe Ehrenberg (Microgéologie), reproduisent l'aspect que présente au microscope la craie réduite en poudre et étalée sur le porte-objet du microscope. Les échantillons de craie, soumis à l'inspection microscopique, sont ici au nombre de quatre : les craies de Meudon, de Gravesend, en Angleterre, de l'Ile Moën (Danemark), et de Cattolica, en Sicile. Dans ces divers calcaires on discerne des ce-

quilles d'ammonites, de foraminifères et autres zoopliytes. Sur deux de œs figures on a représenté l'aspect d'une même tranclie de craie vue par transparence ou rétlexion, et vue dans son épaisseur par l'éclairage superficiel.

Le seul recours à l'observation suflit donc pour établir la réalité de Texpiication qui précède concernant la formation des terrains crayeux, ou crélacés. Ajoutons, pour lever les derniers doutes, qu'au sein d'une mer do l'Europe moderne, dans la mer Baltique, on voit se passer l'ensemble du curieux pliénomène que nous venons de décrire. Depuis des siècles, le fond de la mer Baltique ne cesse de s'élever, par suite du dépôt constant qui s'y fait, d'un amas de test et de coquilles calcaires. 1^ mer Baltique sera un jour comblée par ces dépôts, et ce phénomène moderne, que nous prenons pour ainsi dire sur le fait, met sous nos yeux l'explication positive de la manière dont les terrains crétacés se sont formés dans l'ancien monde.

Après celte explication du mode de formation des terrains crétacés, examinons l'état de la nature vivante durant cette importante période de l'histoire de la terre.

L'état de la végétation pendant la période crétacée est comme le vestibule de la végétation des temps actuels. On y trouve, avec beaucoup d esi)èces propres aux périodes anciennes, un certain nombre d'espèces appartenant aux temps modernes. Placée à la fin de l'époque secondaire, cette végétation prépare et sert comme de transition à celle de l'époque tertiaire, qui, comme on le verra, tend à se confondre avec celle de nos jours.

Les paysages du monde primitif nous ont montré jusqu'ici des formes végétales à jamais éteintes ; elles offraient à nos regards quelque chose d'étrange et d'inconnu. Mais pendant la période dont nous allons tracer Thistoii'e, le règne végétal commence il se façonner sous un aspect moins mystérieux : des formes familières à nos yeux, des cimes arrondies, des ombrages aimés, se montrent à nos regai*ds. Les palmiers apparaissent, et dans leurs divei*ses espèces nous en reconnaissons qui différent peu des palmiers de nos contrées tropicales. Les dicotylédones augmentent en nombre ; parmi eux se montrent des espèces identiques à celles de nos jours. Au milieu des fougères, des cycadées, qui ont considérablement perdu en

nombre et en importance, nous voyons, à n'en pas douter, croître les arbres dicotylédones de nos climats tempérés : ce sont des aunes, des charmes, des érables et des noyers. Arbres de nos pays, nous vous saluons avec joie 1

Mais si la végétation de la période crétacée se rapprochait sensiblement de celle de nos jours, on ne saurait en dire autant de sa population animale. Le moment n'est pas encore venu où nous verrons des mammifères analogues à ceux de notre époque animer les forêts et les plages de l'ancien monde. Les premiers et imparfaits mammifères, c'est-à-dire les marsupiaux, qui s'étaient montrés pendant la période précédente, n'existent même plus, et aucun autre mammifère n'est venu les remplacer. Plus de sarigue grimpant, avec ses petits, aux branches des zamitcs 1 La terre appartient encore aux reptiles, qui réveillent seuls, par leurs sifflements sinistres, la solitude des bois et le silence des vallées. î^s reptiles qui remplissaient les mers pendant la période jurassique tenaient des crocodiles par leur organisation ; les reptiles de cette période ressemblent aux lézards : voilà le seul perfectionnement, lis sont portés sur des pattes plus hautes, ils ne rampent plus sur le sol : tel est le seul progrès qui semble les rapprocher des mammifères.

Ce n'est pas sans surprise que l'on constate l'immense développement, les dimensions extraordinaires que présentait à cette époque l'espèce des lézards. Ces animaux, qui, de nos jours, ne dépassent pas un mètre de longueur, pouvaient atteindre, pendant la période crétacée, une longueur de 20 mètres. Inoffensifs aujourd'hui, ils étaient à cette époque voraces et destructeurs. Le lézard marin, que nous étudierons sous le nom de mosasaurôf était alors le fléau des mers : il avait remplacé l'ichthyosaure de la période jurassique. Depuis la période du lias jusqu'à celle de la craie, les ichthyosaures et les plésiosaures- furent les tyrans des eaux. Ils terminent leur existence .au commencement de la période crétacée, et sont remplacés par le mosasaure^ à qui échoit la redoutable fonction de maintenir dans de justes limites l'exubérante production des tribus de poissons et de crustacés qui peuplaient les mers. Nous verrons les énormes lézards marins de celte période disparaître à leur tour, et être remplacés, dans les mers de l'époque

tertiaire, par les cétacés, par nos baleines. A partir de ce moment, on ne trouvera plus de reptiles habitant les mers ; ils prendront le rôle très-secondaire que nous leur voyons jouer dans la création actuelle.

Vu l'étendue considérable des mers, les poissons étaient nécessairement nombreux à cette époque. Des brochets, des saumons, des diodons et des zées, analogues aux espèces de nos jours, vivaient dans les mers crétacées. Ils fuyaient devant des requins et des squales voraces, qui apparurent alors pour la première fois.

Ces mômes mers étaient encore remplies d'un grand nombre de polypiers, d oursins, de mollusques, de crustacés différents de ceux qui existaient à Tépoque jurassique. A côté des gigantesques lézards, pullulaient des animalcules, les foraminifî^res, dont les restes minéraux sont répandus aujourdluii h profusion dans la craie, sur une surface et une épaisseur immenses. Les débris calcaires de ces animalcules, parleur nombre incalculable, ont couvert une partie de la surface terrestre.

Pour donner une idée de l'importance de la période crétacée sous le rapport dos êtres organisés, il nous suffira de dire qu'on a trouvé dans les terrains qui la représentent actuellement, 268 genres d'animaux jusqu'alors inconnus, et plus de 5000 espèces d'êtres vivants spéciaux. La puissance ou l'épaisseur des terrains formés pendant cette période est de 4000 mètres environ.

Nous diviserons la période crétacée en deux sous-périodes, d'après leur ordre d'ancienneté et les espèces animales qui leur sont propres : les périodes crétacées inférieure et supérieure.

PERIODE CHCTACEE liNFERlEURE.

De nombreux reptiles, quelques oiseaux, parmi lesquels de grands échassiers appartenant aux genres pcJcpomis et cimoliorniSy des mollusques nouveaux en quantités considérables, et des;zoophytes extrêmement variés, composaient la riche faune

terrestre de la craie inrérieiire. Jetons un coup d'oeil sur les plus importants de ces animaux, qui ne subsistent aujourd'hui pour nous que par quelques fragments mulilés, véritables médailles de l'histoire de notro globe, médailles à demi eflacées par les siècles, et qui consacrent seules le souvenir des âges disparus.

Découvert en 1832 dans la forêt fossile de Tilgate, l'hyliosaurf (lézard des bois) parait avoir eu environ 8 mètres de longueur. Ce qu'on a trouvé de cet énorme saurien se réduit k une série d'os longs et pointus, qui devaient former sur son échine une frange dure et ii demi ossifiée, semblable aux épines cornées qui surmontent le dos do ces reptiles des temps actuels qui ont reçu le nom û'iguanes. Des fragments de grandes plaques osseuses que l'on a trouvées mêlées aux mêmes débris, étaient probablement logés dans la peau de cet animal, et donnaient une certaine résistance à son enveloppe extérieure.

Le méijalosaure éloit un énorme lézard, porti^ sur des pailcs un peu élevées; su longueur allait jusqu'il Ik k 16 mètres. Cuvier considérait ce reptile comme tenant tout;i la fois, par sa structure, de l'iguane et du momior, reptile actuel propre aux régions de l'Inde. Le mégalosaïue élail un saurien terrestre, La structure compliquée et merveilleusement agencée de ses dents prouve qu'il était essentiellement Carnivore. II se nourrissait de reptiles de taille médiocre, tels que les crocodiles, les loriues, que l'on trouve h l'état fossile dans les mêmes couches.

La figure 187 représente la pièce osseuse lu plus imporlanlc

l'Ig. 111. Mlcboln do Hcgilauure.

que l'on possède de ce reptile : c'est un fragment de mâchoire inférieure qui supi>orte plusieurs dents. I«i forme de cette mil-

choire montre que la tête se terminait en avant par un muâeau droit, mince et aplati sur les côtés, comme celui du gavial ou crocodile de Tlnde.

Les dents du mégalosaure étaient admirablement en rapport avec la fonction de destruction dévolue à cetle béte redoutable; elles paraissent tenir à la fois du couteau, du sabre et de la scie. Verticales d'abord, elles prenaient, avec Tâgc de Tanimal, une courbure en arrière qui leur donnait la forme d'une serpette. Api-ès avoir insisté sur quelques autres particularités des robustes dents du mégtdosaure , Uuckland nous dit :

« Avec des dents ainsi construites, de façon à couper de toute la longueur de leur bord concave, chaque mouvement des mâchoires produit TefTet combiné d'un couteau et d'une scie, en même temps que le sommet opère une première incision comme le ferait la pointe d'un sabre à double tranchant. La courbure en arrière que prennent les dents à leur entier accroissement rend toute fuite impossible à la proie une fois saisie, de la même manière que les barbes d'une flèche rendent son retour impraticable. Nous retrouvons donc ici les mêmes arrangements que rhabileté humaine a mis en œuvre dans la fabrication de plusieurs des instruments qu'elle emploie. »

Viguanodon était un lézard plus gigantesrjue encore que le mégalosaure; c'est le plus coloss<il de tous les sauriens qui aient vécu à la surface du globe primitif : il avait jusqu'à 16 mètres de long. î^ forme et la disposition de ses dents, jointes à l'existence d'une corne osseuse surmontant l'extrémité de son museau, le rappi*oclient, ou pour mieux dire TidentiGent, conune espèce, avec notre iguane actuel, le seul reptile qui soit pourvu d'une corne sur le nez. Il n'y a donc aucun doute sur l'entière ressemblance de ces deux êtres. Mais, tandis que notre iguane actuel est long d'un mètre, son congénère fossile avait seize fois cette dimension. On ne peut se défendre d'un sentiment d'étonnement quand on voit, par un exemple si frappant et si net, la disproportion de taille qui existe entre les énormes reptiles des créations anciennes et ceux de l'époque actuelle.

L'iguanodon portait, avons-nous dit, une corne sur son museau. L'os de sa cuisse dépassait en grosseur celui des plus grands éléphants : il avait un mètre et demi de long et 8 centimètres de circonférence. Fia forme des os de ses pieds démontre

qu'il était organisé pour une locomotion terrestre ; enfin, celle

de son système dentaire, qu'il était herbivore. Les dents (Tig. 188), qui sont les organes les plus importants et les plus caraclérisliques île l'animal luul i.-iilii:r, ne sont point logées, clicz l'iguanoilon, dans «les alvéoles disliiicls, comme chez les ci-ucodiles, mais fixées à la face inicrne <(c l'os dentaire, c'est-i-dire à l'intérieur du palais, comme cela a lieu chez les lézards.

1^ place qu'occu|wiit h-s bords Iranclmiils et en lurnie de scie de ces dents, leur mode de couibnrc, les poinis où elles deviennent plus larges ou plus étroites, en font des cs|Ml'ces de pinces ou de cisailles tout à luit propi'es k cou- Kie- iM. per et à déchirer les plantes coriaces

w«. d. iiBui.«»j««. ^, ,.^3jji(a,„ys jo„t ou ^ retrouvé les

débris ensevelis avec les restes de l'animal'.

Passons ù la faune marine de la péiioile crétacée inférieure.

Outre de nombreux poissons, parmi lesquels on peut citer, comme nouveau, le genre wloiUaspis, les mers crétacées inférieures étaient remarquables, au point de vue zoologique, par le grand nombre d'espèces et la multiplicité de formes gi-nériques qu'aflecteni les mollustiues céphalopodes. Les ammonites y prennent des dimensions gigantesques, et l'on y remarque des espèces nouvelles du ces animaux, distinguées par leurs si) Ions transverses espacés; des ancyloceras de î mètres de développement, et des genres singulieis, comme les scaphilas, les loxiceran, les crioceras. D'autivs mollusques Jns<|u'alors inconnus, beaucoup ^récliinoderiiies nouveaux, de zoopliyles et d'àmorphozoaires, donnaient à ces mei-s une richesse animale et un faciès d'ensemble tout )>arliculiers. Il faut y signaler encore l'apparition de mollusques brachiopodcs cirrliidés, connus sous le nom de nidisus, et qui jouent un r6le très-important pendant la période crétacée.

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