SOB
LA TERRE AVANT hF. DÉLUGE.
para, plerodonta, mlula, chama; une très-grande qiinntilé de mollusques biachiopodes foiinnnt des bancs sous-marins trèsdéveloppés; des ^clunodermes inconnus jusqu'alors, el surtout un grand nombre de zoophylcs.
A'oici un cei-iain nombre d'espèces ciu'actéristirfues :
MOLLUSQUES CépUALOPODES.
Conoleuthis Dupinianus; — Hhynckoleutliis Astteriaiia (tig. SOI);
— Ammoitilcs iiistts; — Ammoimiles Dcluci; — Ainmoiiilcs liiolomagensis; — Ancylocenis SlalheroiiUiiius (lig. 20J); — Turrililes catenalux (tig. 203).
I*f;il!ODE GllKTACKE. 207
GASTÉRCfFODES.
RosUltaria carhiata; — Solarium nrnofum ((ig. 204); —Purodonla inflala (Gg. 205); — Aveilana cniais (iig. 206).
Thetis laoigata; — Osirea <tquUa (fîg. 207); — Ostrea carittaux;
— Oslrea cotitmba ((ig. 20B) ; — Nuctila bioirgala ; — Inoceramiu stUcattis (Rg. a09); — Cardium hillanum.
Terebralella aslieriana {fig. 210); — Ttrebralula biplicata; — SphxnUiUs agariciformis.
Discoidai cylindrica H'ig. 211); — ÙitiviiUu aiilincitlus; — PijijasUr liuiicatui; — Coiiioin/ijtis major (lig. 212).
PÉHIODK UHÉTAtîlÎE. 809
POLIPIKRS.
TetmcaHUiUupmana{t\$.2}3};—CyriaiinaBoweiba>ikU(tig.ilk).
KiR. ai*. CjaUiiiiii BoKcrlMi
FOKlKintPiEtlS.
ChrysaMina >jradala (lig. 215); — Cuneolina pavonia (Gg. 216).
>. Cbrjmlidiiu smUli.
AHOBPBOZOAIBES.
Siphoma pyriformis (fig. 21 7).
L'étage glauconieux est formé de trois assises :
L'attise infèyUwt se rencontre purticulièi-ement en France,
dans les déparlemcnls de Vauciusc, à Ap(; de la Haute-Marne,
de l'Yonne, des Basses-Alpes. Rlle se compose, ici, d'argiles
grises, que l'on exploite pour la fabrication des tuiles; là, de
calcaires at^ileiix, bleuâU-GS, feuilletés, qui se délitent ù l'air;
ailleurs, d'ai^iles noires, Teuillelées noires ou noirâtres. Ikins
l'Ile de Wight, elle ofTre des grès fins, gris, un peu argileux;
dans certaines parties du pays de Bray, des grès fertnigineux
rougeàlres.
Vassise moyenne est spécialement développée dans les déparlemenls du l'as-dc-Calais, des Ardennes, de la Meuse, de l'Autie, de l'Yonne, de l'Ain. Elle se montre sous plusieurs l'ormes minéralogiques distinctes, parmi lesquelles deux sonl dominantes : les grès verdAlres et les argiles noirâtres ou grises.
IJttssise supi-rkiire, rciirésentée lypiqueinenl dans lus départements de la Sartlie, de la Seine- Inférieure, de laCharenlivInférieuru, de l'Yonne et du Var, est Irès-vuriahie sous le rapport minéralogique. Klle se com[iose de sables quarlzeux, d'argiles, de grès, de calcaires. On a trouvé dans celte assise, k l'emboucliure de la Charente, une couche bien remarquable qui a été décrite depuis longtemps sous le titre de forêt sous-marine. On y voit, avec des ai'bres énor- ' ""'wrifOTnîiV"* nies, pourvus de leurs branches mais couchés
horizontalement, beaucoup de matières végétales et de rognons
de succin ou de résine fossile.
■ Avec ces produits évidemment terrestres, dit Alcide d'Orbigny, OD a trouva des algues mariaes. D'un autre cdté, tous les arbres sont percés de nombreux tarels et de pholades, et ils se trouveot dans les mêmes couches que diverses huîtres marines. On doit donc croire que les arbres ODt été flottés longtemps dans les eaux et qu'ils se sont déposés ensuite avec d'autres débris terrestres, simultanément avec des débris marins côtiers, au niveau supérieur des marées, sur une cdie maritime. >
80U8-PÉRI0DK CRÉTACÉE SUPÉRIEUUB.
Pendant cette phase de l'évolution terrestre, les continents, h en juger par les bois fossiles qu'on rencontre dans les ter-
rains qui la représentent aujourd'hui, devaient avoir une v^étalion très-riche, identique d ailleurs avec celle (]ue nous avons Tait connaître pour la sous-période précédente.
f^ faune terrestre, composée de quelques nouveaux reptiles riverains et d'oiseaux du genre des bécasses, n*est certes point arrivée dans son ensemble jusqu'à nous. Les restes de la faune marine sont, au contraire, assez nombreux et assez bien conservés pour nous donner une grande idée de sa richesse et lui assigner un faciès caractéristique.
La mer crétacée supérieure était hérissée de nombreux récifs sous-marins qui occupaient de vastes étendues, récifs formés de rudistes et d'une immense quantité de coraux variés, qui accompagnent partout ces derniers. Les polypiers sont, en effet, ici à l'une des époques principales de leur existence, et présentent un remarquable développement de formes, de même que les bryozoîiii'cs i»t les aniorpliozoaircs, tandis qu'au contraire le règne des céphalopodes se termine.
On retrouve aujourd'hui de beaux types de ces récifs anciens encore en place, et tels qu'ils se sont formés sous l'influence des courants sous-marins qui accumulaient, en certains points, les amas de ces animaux divers. Rien n'est plus curieux que cet assemblage de rudistes encore perpendiculaires, isolés ou en groupes, que l'on aperçoit, par exemple, au sommet de la montagne des Cornes dans les Corbières^ sur les bords de l'étang de Bère, en Provence. On en voit d'autres aux environs de Martigue, à la Cadière, à Figuières, et surtout au-dessus de Beausset, près de Toulon.
c 11 semble, dit Alcide d'Orbigny, qae la mer vient de se retirer et de montrer encore intacte la faune sous-marine de cette époque telle qu'elle a vécu. En effet, ce sont des groupes énormes d'hippurites en place, entourés des polypiers, des échinodermes , des mollusques, qui vivaient réunis dans ces colonies animales, analogues à celles qui vivent sur les récifs de coraux des Antilles et de rOcéanie. Pour que cet ensemble nous ait été conservé, il faut qu'il ait été d'abord recouvert subitement de sédiments qui, en se détruisant aujourd'hui par suite des agents atmosphériques, nous découvrent cette nature des temps passés dans les plus secrets détails. »
Dans la période jurassique, nous avons déjà rencontré ces
LA TERRE AVANT LE DÉLUdE.
Iles, ou récifs conslilnés )mr l'accumululion de coraux cl autres zoopliyles : ils y forment même tout un terrain, le terrain corallien. Le même piiénomène se reproduisant dans les mers crétacées, donna nuissance aux mêmes formations calcaires. Nous n'avons pas tiesoJn de revenir sur ce que nous avons déjà dit k ce sujet en décrivant la période jurassique. Les Iles coralliennes ou madréporiques de l'époque jurassique, et les récifs de rudistes, d'hippuritea, etc., de l'époque crétacée, ont la même origine , et les aiiotls de l'Océanie reproduisent de nos jours un phénomène tout semblable.
Jetons un coup d'œil sur les espèces animales qui caractérisent la sous-période crétacée supérieure. Nous nous bornerons à en donner le tableau, accompagné de quelques figures.
MOLLUSOUES CiPBALOPOOES :
NautUus sablievigaUts ; — Nautilus Dankus ; — Ammofùlcs luslictts; — Betemnilella mucronala (fig. 218); — Votuta elon-
-«rt»<l?f(!m'^teMv .
- >.s>«S«SSKw,ws,*w\>'«^
gâta (fig. SI 9) ; — l'Itorus muatiimlatus {fig. 220) ;— Nerinea bout-
l'ÉRIODK tlHKTACfiF.. 213
cala (lig. 221); — Ptairniomaria Fleuriatua; — Plntrolomaria ,Sanlo)im.w (lig. 222); — Nfitiai mprarrnacra.
iiiii¥^TMIiMi
ACËPEULES :
Tri^onin scabra Ifii^. 223); — fnoceramus probtemalicus ; — Inoceramua Latnarkii; — Ciavagella craacea; — Pkaladamya xqvi valvis{&%. 234); — Spondyim spinosiis (Gg. 235); — Osirea atlniix ; — Oxlrrn larra; — Janiraquadrinnilniii i — Ai en Gravait
V\%. m. Spondrlui ipliioi
BRACBIOPODKS , RUDISTI3 :
Cranirt !gnabngenm {f\%. 226); — Tarbralvla obatn; — Hip-
814 LA TEllRE AVANT LE DÉLUGE.
puriies Toueasianm (fig. 227) ; — Hipjniriles ortianisom; — Ca-
Fig. m. lllppuritai Tooeaiiinui.
Kig. l'JI. Caprinii AKullloni.
prina AguilUmi (lig. 228); — BadioHies rndiosns; — Radiolilrs aeutUoslw.
PÉRIODK CRï;TACf:K.
BRTOZOArRES :
fiflicidiimra obliqua (Cig. 889).
Anaïuiiyies ovaia; — Hia-asUr cor anguinxim; — IlemiaiUr
hiUarUium, — Galenles albogaUrus (IIr, 230); — HemUmtfr Foumeli ; — Cidarh Forckammeri ; — PaUoeonxa Futlembergii (fig. 231.)
Palcwoma Fuitembergii.
Fig. 333. Hevulriiu E^nnatca.
Cyr^Hles tiliplîca; — Thectaunlùi ruiiii; — KtmHoc4enh
PlÎBIOnE CRfiTACÉE
— Ktandrina Pyrenaka (fig. 232); (fig- 233).
Synlulia Sharpeamt
Vlg, 113. Synbelia shviieaiia.
POniHINIFiHES :
Fig. na. rUbclHna nigDu.
Orbùoides média (lîg. S34) ; — Liliiola nauiihidra (lig. S35) : ' FlaMtimt rugosa ((ig. S36).
AMORFHOZOAIRES :
■ Coscinopora ctipuUformii{rig. 237); — Cameroxpongia funiiîformis (liR. 238).
P»g. m. Coicinopora cupuliforpda- Flg. 31B. Cuniraipangla funi^rii
Pnrmi les êlrcs nombreux qui peuplaient la mer créracée supérieure, il en est un qui, par son organisation, ses proportions et l'empire despotique qu'il devait exercer au sein des eaux, est certainement le plus digne de notre attention. Nous voûtons parler du mosasaure, qui a été longtemps connu sous le nom de ttratid animai de Waëstriehl, parce qu'on a trouvé ses débris près de cette ville , dans les dépôts les plus modernes du terrain crétacé.
C'est en 1780 que l'on découvrit dans les carrières de Uaës- Irichl la léte du grand saurien que chacun peut voir aujourd'hui au Muséum d'histoire naturelle de Paris. Cette pièce célèbre dérouta toute la science des naturalistes à une époque oîi la connaissance des êtres anciens était encore dans son enfance. Les uns y voyaient la tête d'un crocodile, d'autres celle d'une baleine; les mémoires et les brochures pleuvaient sans faire jaillir la lumière. Il fallut tous les efforts d'Adrien Camper, joints à: ceux de notre immorte) Cuvier, pour assigner sa véritable place zoologicgue à l'anima/ de Maêsirichl.
La controverse sur ce beau fossile a trop occupé les savants de la Tm du dernier siècle et du commencement du nAtre pour que nous ne la rappelions pas ici.
Maastricht est une ville de la Hollande, bâtie aux bords de la Meuse. Aux portes de cette ville, dans les collines qui bordent le côté gauche, ou occidental de la Meuse, au milieu d'un massif calcaire qui correspond à Tétage de notre craie de Meudon et renferme les mêmes fossiles, il existe une carrière de pierre à bâtir qui s'étend jusqu'à la ville de Liège. Cette carrière est remplie de produits marins fossiles, souvent d'un grand volume.
De tous ces débris fossiles, ceux qui durent attirer le plus les yeux des ouvriers occupés à l'extraction de la pierre, et mériter l'attention des étrangers, ce furent assurément les os du gigantesque animal dont il va être question. L'un des curieux qu'attiraient habituellement dans cette carrière la vue et la découverte de ces étranges vestiges, était un ofGcier de la garnison de Maëstricht, nommé Drouin. Il achetait aux ouvriers les ossements, à mesure que la pioche les dégageait de la carrière, et il finit par se former ainsi une collection que l'on citait avec admiration dans Maëstricht. En 1766, le Musée In-Uannique^ ayant eu vent de celte curiosité, l'acheta, et la fit transportera Londres.
Excité par la bonne fortune de Drouin, le chirui^ien de la garnison, nommé Hoflmann, se mit en devoir de recueillir à son tour un musée semblable, et il eut bientôt formé une collée* tlon beaucoup plus riche encore que celle de Drouin. C'est en 1780 que notre officier acheta aux ouvriers la magnifique tête fossile, longue à elle seule de 2 mètres, qui devait tant exercer la sagacité des naturalistes.
Hoflmann, toutefois, ne jouit pas longtemps de sa précieuse trouvaille : le chapitre de l'église de Maëstricht fit valoir, avec plus ou moins de fondement, certains droits de propriété, et, en dépit de toute réclamation, la tête du grand crocodile de Maisti-idUj comme on l'appelait déjà, passa aux mains du doyen du chapitre, nommé Goddin.
Ce dernier jouissait en paix de son trophée antédiluvien lorsqu'un incident imprévu vint bientôt changer les choses.
Cet incident n'était rien moins que le bombardement de Maëstricht, en 1793, suivi, en 1794, delà prise de celle ville par Kléber, à la tête de l'armée du Nord.
L'armée du Nord ne s'était pas mise en campagne pour conquérir des crânes de crocodile, mais il y avait, dans son état* major, un savant qui s'était réservé cette pacifique conquête. Ce savant, c'était Faujas de Saint-Fond, qui fut le prédécesseur de Cordier dans la chaire de géologie au Jardin des plantes. Faujas de Saint-Fond s'était fait attacher à l'armée du Nord en qualité de commissaire des sciences^ et nous soupçonnons qu'en sollicitant cette mission, notre naturaliste couchait quelque peu en joue la fameuse tétc du crocodile de la Meuse.
Quoiqu'il en soit, Maëstricht étant tombé aux mains des Français, Faujas n'eut rien de plus pressé que de réclamer pour la France le précieux fossile , qui Ait emballé avec tous les soins dus à une relique âgée de plusieurs milliers de siècles, et expédié à notre Muséum d'histoire naturelle.
Dès l'arrivée du fossile, Faujas s'en empara, et entreprit sur le crocodile de Maëstricht un travail qui, dans sa pensée, devait le couvrir de gloire. Il commença la publication d'un ouvrage intitulé : la Moiilaffiie de Saint-Pierre de Mnêslrichl, contenant la description de tous les objets fossiles trouvés dans la carrière flamande, et surtout celle du grand animal de Maëstricht. 11 voulait à toute force prouver que cet animal était bien un crocodile.
Malheureusement pour la gloire de Faujas, un savant de la Hollande avait pris les devants dans la même étude. C'était Adrien Camper, fils du grand anatomiste de Leyde, Pierre Ciamper, mort en 1789. Avant la prise de Maëstricht et l'enlèvement du fossile par le commissaire français, Pierre Camper avait acheté, aux héritiers du chirurgien Hoffmann, diverses parties du squelette de l'animal retiré de la montagne Saint- Pierre. Il avait même publié, en 1786, dans les Transactions philosophiqxus de Londres^ un mémoire dans lequel il classait cet animal parmi les baleines ; mais comme on le rangeait alors, d'un avis unanime, parmi les crocodiles, et qu'aucun doute ne s'était encore élevé sur cette origine, l'assertion du célèbre anatomiste parut une étrangeté, et ne convainquit personne.
A la mort de son père, Adrien Camper reprit l'examen du squelette de l'anima/ de Maëstricht, et dans un travail que Cuvier cite avec admiration, il fixa les idées restées jusque-lfi si
flottantes. Adrien Camper prouva que ces pièces ne provenaient ni d'un poisson, ni d*une baleine, ni d'un crocodile, mais bien d'un genre particulier de reptiles sauriens qui avait de grands rapports avec l'iguane, d'une part, et le monitor, de l'autre. Si bien qu'avant que Faujas de Saint-Fond eût achevé la publication de son ouvrage sur la Montagne de Saint-Pierre^ le travail d'Adrien Camper avait pai*u et changé toutes les idées à cet égard.
Ce qui n'empêcha pas Faujas de continuer d'appeler son animal le crocodile de Maéstricht^ et même d'annoncer, quelque temps après, que < M. Adrien Camper s'était rangé à cette opinion. • — « Cependant, ajoute Cuvier, il y a aussi loin du crocodile à l'iguane, et ces deux animaux diflèrent autant l'un de l'autre par les dents, les os et les viscères, qu'il y a loin du singe au chat ou de l'éléphant au cheval. »
Ce travail de Faujas de Saint-Fond est d'ailleurs rempli de vues inexactes et de fausses analogies. Cuvier, dans son beau mémoire sur l'animal qui nous occupe, traite fort mal ce naturaliste, qu'il affecte de nommer avec ironie « cet habile homme. » Cuvier, dont le génie ne répugnait pas, à ce qu'il parait, aux jeux de mots, appelait souvent, dans ses entretiens familiers, le prédécesseur de Cordier < M. Faujas sans fond. >
Le beau mémoire de Cuvier sur le gratid animal de Maestricht^ en confirmant toutes les vues d'Adrien Camper, a restitué d'une manière invariable l'individualité de cet être surprenant, qui a reçu plus tard le nom de mosasaurCy c'est-à-dire saurien ou lézard de la Meuse. 11 résulte des études de Camper et de Cuvier, que ce reptile de l'ancien monde formait un genre intermédiaire entre la tribu des sauriens à langue extensible et fourchue, qui comprend le monitor et les lézards ordinaires, et les sauriens à langue courte et dont le palais est armé de dents, tribu qui embrasse les iguanes et les anolis. 11 ne tenait aux crocodiles que par les liens généraux qui réunissent entre elles toutes les familles des sauriens.
La longueur totale de cet animal était de 8 mètres; sa mâchoire seule avait 1 mètre. L'ensemUle de son squelette est celui d'un monitor, mais les caracU^res ostéologiques se sont modifiés pour constituer celui d'un animal marin.
On se Tait liiFlîcilemeiit l'idée d'un lézard or^nbé pour vivre et se mouvoir avec énergie et rapidité au sein des eaux ; mais l'étude du s(|uelelte de cet animal va nous révéler ce mécanisme anatomique.
Les vertèbres dii mosasaure sont concaves en avant et convexes en arrière; elles s'adaptent au moyen d'une articulation orbiculaire, qui leur permet d'exécuter aisément des mouvements de flexion dans tous les sens. Depuis le milieu du dos jusqu'à l'extrémité de la queue, ces vertèbres sont dépourvues de ces apophyses articulaires qui sont indispensables pour assurer la solidité du tronc chez lus animaux terrestres : elles ressemblent, sous ce rapport, aux vertèbres des dauphins. Cette organisation était tout à Tait projire ii rendre la natation facile. I^qiteue, comprimée dans le sens latéral, en même temps qu'épaisse dans le sens vertical, conslihiait un aviron droit, court et solide, d'une grande puissance. Un os en chevron était solidement fixé au corps de chaque vertèbre caudale, de la même manière que dans les poissons, ce qui avait pour but de donner une pins grande vigueur k la queue. Enfin les extrémités de l'animal n'étaient pus conformées en façon de pattes, mais en rames pareilles à celles de l'ichtliyosaiire, du plésiosaure et de la baleine.
Fig. n*. TiUdu Hosuiunii Cuniwri.
Si le lecteur jette les yeux sur la ligure 239, il y verra que les mAclioires du mosasaure sont armées de dents nombreuses,
entièrement pleines et soudées à leurs alvéoles par une base osseuse, large et solide; et, de plus, qu'un appareil dentaire particulier, quoique de môme organisation, occupe la voûte palatine, comme cela a lieu chez certains serpents et certains poissons où ces dents, dirigées en arrière comme les barbes d'une flèche, s'opposent à ce que la proie puisse leur échapper. Cette disposition prouve la destination destructive de ce saurien vorace.
Sans doute les dimensions de ce lézard aquatique ont de quoi nous surprendre ; sa taille était bien monstrueuse pour un reptile. Mais nous avons déjà vu l'ichthyosaure avoir les dimensions de notre baleine, l'iguanodon et le mégalosaure agrandissant dans des proportions décuples les formes de notre iguane actuel. Nous trouverons, dans l'époque tertiaire, un cerf (le sivatherium) grand comme un éléphant, et un paresseux (le mégatherium) grand comme un rhinocéros. Dans toutes ces formes colossales, nous ne devons voir autre chose que l'agrandissement d'un type, qu'une différence dans les dimensions. Mais les lois qui président à l'organisation chez tous ces êtres restent les mêmes. Ces animaux gigantesques n'étaient point des erreurs de la nature, des monstruosUés ^ comme on est trop souvent tenté de les appeler, mais bien des types uniformes par leur structure, et accommodés par leurs dimensions, au milieu dans lequel Dieu les avait jetés.
La planche 24Ô représente une vue idéale de la terre pendant la période crétacée supérieure. Dans la mer, nage le mosasaure; des mollusques et autres animaux propres à cette période se voient sur la plage, couverte d'une végétation maritime.
Nous avons dit que la flore terrestre de la sous-période crétacée supérieure était identique à celle de la craie inrérieure. La flore marine de ces deux époques comprenait quelques végétaux d'organisation inférieure, c'est-^-dire des algues, des conferves, des naîadées. Signalons, parmi les algues, les espèces suivantes : ConfetvUes fasciculala^ chandritts ManUUi^ sargasisUs Hynghiantis. Et parmi les naîadées : ZosUrUes Orbigniana^ xosUriles lineatay etc.
Les conferviUs sont des fossiles rapportés, mais avec quelque doute, aux algues filamenteuses qui comprennent le grand
groupe des conrerves. Ces plantes étaient formées de filaments simples ou rumeux , diversement entre-croisés ou subdivisés ^ et offrant des traces de cloisons transversales.
L' s chûndrites étaient des algues fossiles à fronde épaisse , rameuse, pinnatifide ou dichotome, à divisions cylindroïdcs lisses, voisines des chondruns , Dumoniia et Halymmia^ parmi les genres vivants.
Enfin les sargassites ont été vaguement rapportés au genre sargassum, si abondant dans les mers équatoriales. Ces algues se distinguent par une tige filiforme, rameuse, portant des appendices foliacés, réguliers, souvent pétioles et tout à fait semblables à des feuilles et des vésicules globuleuses pédicellécs.
Terrain crélacé supéiienr. — Les terrains qui représentent actuellement la période crétacée supérieure se divisent assez naturellement en trois assises.
La première, ou l'assise turonienne, tire son nom de Turonia^ Touraine, parce que celte province' possède le plus beau type de ce terrain, depuis Saumur jusqu'à iMontrichard. La composition minéralogique de cette assise nous présente des craies marneuses, grises et fines (à Vitry-le-Français); de la craie entièrement blanche, à grains très-fins, un peu argileuse et pauvre en fossiles (dans TYonne, l'Aube, la Seine-Inférieure); des craies tufau grenues, blanches ou jaunâtres, remplies de paillettes de mica et renfermant des ammonites (dans la Touraine et une partie de la Sarthe) ; des calcaires blancs, gris, jaunes ou bleuâtres, renfermant des hippurites et des radiolites.
La deuxième asisse, ou assise sénaniennCy tire son nom de l'antique Senones. La ville de Sens est, en effet, située précisément au milieu de la partie de cet étage la mieux caractérisée. Épernay, Meudon, Sens, Vendôme, Royan, Cognac, Saintes, Maëstricht, sont des types de cet étage sénonien dont la puissance, dans le bassin de Paris, s'élève à près de 500 mètres, comme l'ont prouvé les débris rapportés par la sonde pendant le forage du puits artésien de Grenelle. L'étage sénonien forme, sur beaucoup de nos pays, l'horizon crétacé le plus vulgaire par sa nature minéralogique : on le trouve, en effet, sous la forme de craie blanche, fine, marneuse ou non, souvent rem-
plie par des bancs de rognons siliceux dans tout le nord et Test du bassin anglo-parisien, en France, en Angleterre , au sud de la Russie. Mais à la partie occidentale du bassin anglo-parisien (à Tours, à Saint-Christophe, département de Loir-et-Cher), cet étage est formé de craie jaune ou diloritée^ remplie de polypiers et de débris de coquilles; dans les Basses-Pyrénées et les tiasses-AIpes, d*une craie marneuse grise; dans les Corbières, soit d'argile noirâtre, soit de grès ferrugineux, etc. On voit que sa structure minéralogique ne laisse pas que d'être assez variable.
La troisième assise, ou assise danietiney qui occupe le sommet de réclielle des formations crétacées, est particulièrement développée dans nie de Seeland (Danemark), où elle est représentée par un calcaire compacte, légèrement jaunâtre, exploité pour 1rs constructions de la ville de Taxoé. Elle est à peine représrnléc dans le bassin de Paris, à Meudon et à Lavcrsines (Oise), pur un calcaire blanc, souvent grumelé, connu sous le nom de calcaire pisolithique . C'est dans cet étage qu'on a trouvé, outre d'autres espèces de mollusques et de polypiers, le nautUus Danicus,
On est disposé à rapporter au type danien le calcaire sableux jaunâtre de Maestricht. Outre des mollusques, des polypiers, des bryozoaires, il renferme des débris de poissons, de tortues et de crocodiles. Mais ce qui a rendu cette roche à jamais célèbre, c'est la présence du grand animal de Ètaèslrichty de ce mosasaure dont nous avons fait plus haut l'histoire.
• Après la période géologique dont nous venons de tracer la physionomie naturelle, l'Europe était loin d'offrir la configuration qu'elle présente maintenant.
La carte placée en regard de cette page représente les continents qui existaient en France après les dépôts laissés par les mers crétacées, c'est-à-dire pendant les mers tertiaires. On voit que la France consistait alors en une presqu'île formée par la Bretagne, la basse Normandie, le Maine et la Vendée, et réunie par le Poitou au plateau central qui, depuis les Cévennes, s étendait jusqu'aux Ardennes et s'adossait aux Vosges. L'emplacement de la Flandre, de la Picardie, de la Champagne, des
environs de Paris, de la haute Normandie et de laTouraine étaient encore sous les eaux. La mer s'étendait aussi sur la région qui forme aujourd'hui le midi de la France. Une bande de terrain jurassique réunissait, au nord, la France à TAngleterre. On a représenté sur la carte cette relation de territoire par une ligne ponctuée. Nous verrons plus tard cette ligne de jonction disparaître, et la France s'isoler de Ttle anglaise par la submersion de cette langue de terre. ^*^
Une création organique nouvelle va se montrer à l'époque tertiaire; presque tous les animaux vont changer. Ce qu*il y a de plus remarquable dans cette génération renouvelée, c'est lapparition de la grande classe des mammifères. Ils n'arrivent pas en petit nombre , ni à intervalles éloignés : dans le même moment, on voit vivre sur le globe une grande quantité de ces êtres, encore inédits. Une partie des mammifères qui virent le jour pour la première fois à l'époque tertiaire appartiennent à des races maintenant disparues, et qui étaient aussi curieuses par leurs proportions énormes que par la singularité de leurs formes; mais plusieurs sont encore vivantes : ce sont des races contemporaines de l'homme, races qu'il redoute ou qu'il utilise. Des reptiles nouveaux, et parmi ces êtres des salamandres grandes comme des crocodiles, s'ajoutent à la classe deslnammifères. Apparurent ensuite les oiseaux, mais bien moins nombreux que les mammifères: ceux-ci chanteurs, ceux-là rapaces, d'autres domestiques, ou plutôt qui paraissent attendre le joug et la domestication de l'hôte suprême de la terre. Les mers étaient peuplées d'un nombre considérable d'êtres de toutes classes, presque aussi variés que de nos jours. Une flore diversiflée, et dont la plupart des formes rappellent celles de la végétation actuelle , complétait la physionomie continentale du globe.
Pendant l'époque tertiaire l'influence de la chaleur centrale du globe cessa de se faire sentir, par suite de l'épaisseur toujours croissante de sa croûte solide. T/?s climats purent ainsi
se dessiner sur les diverses latitudes par l'influence de la chaleur solaire. La température de la terre était alors à peu près celle de notre zone torride actuelle. Des pluies abondantes versaient sur le continent d'énormes quantités d'eaux qui se rassemblèrent en grands fleuves. Ce fut alors que des dépôts des eaux douces commencèrent à se former en grand nombre, et que les fleuves, par leurs atterrissements, purent déposer de nouveaux terrains. C'est, en efl*et, à partir de cette époque que l'on voit se succéder des couches alternantes contenant des êtres organiques marins et des êtres propres aux eaux douces. C'est alors que le continent et les eaux prirent les places respectives que nous leur voyons, et que la surface de la terre reçut sa forme actuelle.
L'époque tertiaire embrasse trois périodes bien distinctes. Les noms d*éocène, miocène et pliocène ont prévalu pour la désignation de ces périodes. Voici l'étymologie de ces trois noms : éocène (cco, aurore; xaivo;, récent); miocène (ueiov, moins; xaivoç, récent) ; pliocène (irXtcoç, plus; xatvoc, récent); ce qui veut dire, à peu près, que ces trois périodes sont plus ou moins éloignées de l*aurore des temps actuels. En grec, comme en français, ces dénominations, d'un sens forcé et incorrect, sont ridicules, mais l'usage les a consacrées.
PÉRIODE ÉOGÊNE. 233
Pendant cette période, la terre ferme a gagné en étendue sur le domaine des mers. Sillonnés de fleuves et de rivières, les continents offrent, çà et là, de grands lacs. Les paysages de cette époque ofl'raient le curieux mélange que nous avons signalé dans la période précédente, c'est-à-dire la végétation des temps primitifs unie à celle de nos jours. A côté des bouleaux , drs aimeSy des cliênes, des charmes^ des ottiies et des noyers^ se dressaient de hauts palmiers, d'espèces aujourd'hui disparues, comme les flaheliaria et les palmarites. Il existait beaucoup d*arbres verts (conifères) qui appartenaient la plupart à des genres aujourd'hui subsistants, comme les sapins, les phis, les 1/5, et surtout des cyprès, des thuyas, des genévriers, elc.
Les cupanioides, parmi les sapindacées; les cucumlies, parmi les cucurbitacées, espèces analogues à nos bryonespour le port, grimpaient le long du tronc des arbres, et formaient autour de leurs rameaux des guirlandes aériennes.
Les fougères étaient représentées par les genres pecopteris, Ueniopteris, asplenium, polypodite^s.
Des mousses, des hépatiques formaient une humble mais élégante et vivace végétation, à côté des plantes terrestres, souvent ligneuses, que nous venons de signaler.
Des priles et des chara croissaient dans les marais, les rivières et les étangs.
Ce n'est pas sans quelque surprise que l'on voit apparaître ici un certain nombre de plantes de notre époque, qui semblent avoir le privilège de servir d'ornement et de décors aux tranquilles cours d'eau. Citons, parmi ces gracieuses contemporaines, la macre ou châtaigne d'eau (irapa natans), qui étale sur l'eau ses belles rosettes de feuilles vertes et dentelées, et dont les pétioles se renflent dans leur milieu, comme de petits bal-
Ions, pour soutenir et faire flotter les feuilles ; son fruit rst une noix dure, coriace, à quatre cornes épineuses, et qui renferme une graine farineuse bonne à manger; — \espolamois{poiamofje' ton), dont les feuilles plus ou moins larges, souvent linéaires ou capillaires, Ibrment (Kupaissi^s loutles de vtM'dnn* qui offrent aux poissons une nourriture et un abri ; — les nymphéacéeSy qui épanouissent à côté de feuilles larges, arrondies, échancrées à leur base et appliquées à la surface de leau, tantiM les fleurs jaunes du nénufar, tantôt les fleurs blanches du nymphœa.
Voici les noms de quelques espèces végétales caractéristiques de la période éocène :
CRYPTOGAMRS .
Champignons : pezizites candidus.
Hépatiques : marchantites Sezannensis; — jungermannites contortus.
Mousses : musettes serratus ; — mmcites confertus. Fougères : pecopteris Humboldtiana; — asplenium Wegmanni;
— polypodites thelyptcroides, Équisétacées : equisetiim stellare.
Characées : chara helicteres; — chara tubercttlosn .