I. DufrM «oxv;, épaU; Iip|u, cuir
curieux de retrouver ainsi dans les animaux du monde ancien , les anneaux, aujourd'hui brisés, de la chaîne de ces ôlres.
Arrêtons-nous un instant sur ces pachydermes, qui ont eu pour tombeau les lieux qui forment aujourd'hui les carrières à plâtre des environs de Paris. Montmartre et Pantin furent leur dernier refuge. Chaque bloc qui sort des carrières de Montmartre ou de Pantin renferme quelque fragment d'un os de ces mammifères, et combien de millions d'ossements n'ont-ils pas été détruits avant que l'attenlion se soit portée sur cet objet 1 C'est l'étude des débris organiques qui remplissaient les plâtres de Montmartre qui a le plus contribué à la création de la science des êtres fossiles. C'est là, en effet, que s'est exercé surtout le génie de Cuvier. I^s cabinets d'histoire naturelle de Paris s'étaient peu cl peu remplis d'innombrables fragments d'animaux inconnus, extraits des carrières h plâtre. Cuvier se décida à aborder leur étude. Mais comment, sur la grande quantité d'os dont se com[)ose un squelette, venir à bout de choisir avec certitude ceux c]ui appartiennent à chaque genre et à chaque espèce? C'est pourtant ce que fit Cuvier, qui parvint à reconstruire leurs squelettes entiers avec tant de sûreté et de précision, que les découvertes postérieures d'autres fragments de ces mêmes animaux n'ont fait que confirmer ce qu'avait deviné son génie. Les palœothériums et les anoplothériums sont les premiers mammifères fossiles qui furent restaurés par notre immortel naturaliste. Les études de Cuvier sur les mammifères fossiles contenus dans les carrières à plâtre de Montmartre ont donné le signal, en même temps que le modèle, des recherches innombrables qui furent bientôt entreprises dans toute l'Europe pour la restauration des animaux de l'ancien monde, recherches qui, dans notre siècle, ont tiré la géologie de l'état d'enfance où elle languissait depuis si longtemps, malgré les magnifiques et persévérants travaux des Sténon, des Werner, des Hutton et des Saussure.
Les pachydermes fossiles les mieux connus de la période éocène sont les palxothei^ium^ les anoplotfurium et les xipliodun.
Les paliBotheritim et les xipliodon étaient des herbivores qui vivaient par grands troupeaux dans les vallées. Ils paraissent
PERIODE ftuCÈNE. 239
avoir élé intermédiaires, par leur orgiinisation, entre le rhinocéros, le cheval cl le la|>ir. Il en existait de idusieins espèces et de (aille très- variable.
Itien de plus uisé que de se représenter le paixollierium inafiiium (lig, tkb) dans l'élat de vie. Le nez terminé par une Irompo
musculeuse cl charnue, assez courle el qui ressemble k celle du tapir; l'œil petit el peu intelligent ; la léle énorme ; le corps trapu; les jambes courles et massives ; le pied porté sur trois doigts encroûtés dans des sabots; la taille d'un grand cheval : tel était le grand pairothcrium, dont les )viisibtes troupeaux ont dû peupler pendant de longues années les vallées basses des entrons de l'aris.
he petil pnl^olhriiiun ressemblai! a un tapir. Plus petit qu'un chevreuil, à jambes grêles el légères, il était très-commun ù l'aris, où il broutait l'herbe des prairies sauvages.
L'ne autre espèce de pnlxoihcriuin encore plus petite ne dé-
paâsiiit pas la grandeur d'un lièvre et avait la légèreté de cet animal. Le patxoiheriuin miitwium hiibitnit les buissons roiirréK des environs de Paris et de l'Auvergne '.
Tous ces animaux se nourrissaient de graines, de fruits, de tigea vertes ou souterraines, de racines charnues, fisse tenaient ordinairement dans le voisinage des euuz douces.
Les anop/ofAeilUKt * (tig. 246) avaient les dents molaii-es pos-
Fkg JM AnnpDiheriuncon n
térieures analogues h celles du rhinocéros, les pieds terminés par deux grands doigts comme ceux des ruminants, et le tarse des doigts h peu près comme chez les chameaux.
L'anophtherium commune avait la laille d'un Ane ; sa létc étui) légère; mais, ce qui le distinguait le plus, c'était une énorme queue, longue au moins d'un mèlre et très-grosse, surtout ù l'origine. Cette queue hii servait de gouvernail et de rame lorsqu'il passait k la nage un lac ou une rivière, non pour y saisir le poisson, car il était herbivore, mais pour y chercher les racines et les liges succulentes des plantes aquatiques.
< D'après sea habitudes de nageur et de plongeur, dit Cuvier, l'aaoplothérium devait avoir le poil lisse comme la loutre; peut-ôtre même
1. On coniiïtl les pakeolherism mofnnm, mrdium, CHrlvm, lalum, minut, 1. De avouXoc, *au) dtlenfi; 6if.i«v, itniinal.
PÉRIODE ËOCÈNE. 241
sa peau était-«l]fi demi-nue. H n'est pas vraisemblable non plus qu'il ait eu de longues oreilles, iiui l'auraient génË dans son genre de vie aquatique, et je penserais volonlicrs qu'il ressemblait à cet égard k l'hippopotame et aui autres quadrupèdes qui fréquentent beaucoup les eaux. >
Il existait des anoplolhériums de petile (aille : Yanoploiherium feponnum ou lièvre, dont les pâlies étaient disposées pour une course rapide ; ïanoplolh^yium minimum et obliquât», de taille plus petite encore, et dont le dernier ne dépassait pas celle du rat. Comme les rais d'eau, ces peliles espèces liabilaient les bords des ruisseaux et des petites riviùrcs.
LexiFhodongrocihlfig. 247) avait un peu]moinsd'un mètre de
Fig. H7. Xiphodon grui
hauteur au garrot ; il avait la taille d'un chamois, mais plus de légèreté dans les formes. Sa tête était moins grosse que celle de ce dernier animal. Aulant les allures de l'anoplothérium commun étaient lourdes et traînantes, autant le xiphodon était gracieux et agile. Léger comme la gazelle et le chevreuil, il courait rapidement autour des marais et des étangs. Il y paissait les herbes aromatiques des terrains secs, ou broutait les pousses des jeunes arbrisseaux.
• Sa course, dit Cuvier, n'était point embarrassée par uos longue queue; mais, comme tous les herbivores agiles, il était probablement un animal craintif, et de grandes oreilles Irès-moUles, comme celles du
cerf, ^avertissaient du moindre danger. Nul doute enfin que son corps ne fût couvert d*un poil ras ; et par conséquent il ne manque que sa couleur pour le peindre tel qu*il animait jadis celte contrée, où il a fallu en déterrer, après tant de siècles, de si faibles vestiges. »
Les plâlrières des environs de Paris renferment encore des débris d*uulres espèces de pachydermes : le chœropotamus où cochon de fleuve (/etpoç Ttoxauoc), qui a de l'analogie avec le pécari actuel, quoique beaucoup plus grand; — VadapiSf qui rappelle, par sa forme, le hérisson, dont il a trois fois la taille, et qui semble établir une certaine liaison entre les pachydermes et les carnassiers insectivores; — le lophiodofi, encore plus voisin des tapirs que Tanoplolliérium, et dont la taille variait suivant les espèces, depuis celle du lapin jusqu'à celle du rhinocéros; etc. Les restes connus de ces derniers animaux sont trop incomplets pour que Ton puisse avancer quelque chose de certain sur leur organisation et loui^ mttnn^.
Il est intéressant de se représenter les vastes pâturages de laucien monde (kcu|h^s par cette quantité d'herbivores de toute taille. Dans les lieux mêmes où s'élève aujourd'hui Paris, et qui appartiennent aux terrains tertiaires, les plaines et les bois étaient remplis de ces animaux, gibier sur leqiu'l nos chasseiu^s parisiens n'ont plus & compter, mais q\ii devait singulièrement animer la terre à cette époque lointaine. Labsence des grands carnivores exphque la prompte auiltiplication de ces agiles et gracieux habitants des bois, dont la race pullulait alors, mais qui dut promptement s'aut^antlr sous la tient des carnassiers voraces qui virent bientôt le jour.
Jetons maintenant un coup d'œil sur la faune marine de la pi^'ioile éocène.
C'est à cette époi|ue que les mers se sont peuplées pour la prou)ière fois, de cétacés, ou mammifères marins. Les genres dauphin et bidamodon appartiennent h la période qui nous occupe.
La science est très-peu avancée dans la connaissance des espèces ossiles appartenant au genre des dauphins et des baleines.
PÉRIODE ROCÉNE. 243
Quelques ossements de dauphins trouvés en difTérents lieux de la France, ont appris seulement que les espèces anciennes diffèrent de celles de nos jours.
La même remarque peut être faite pour le narval, ce cétacé si remarquable \ysir sa longue dent en forme de corne, animal qui fut de tout temps un objet de curiosité.
Les baleines que Ton trouve dans les terrains correspondant à la période éocène, difléraient peu des baleines actuelles; mais les observations que Ion a pu faire sur ces gigantesques débris des animaux deTancien monde sont trop peu nombreuses pour que Ton ait pu en tirer une conclusion précise. Il est certain, toutefois, que les baleines fossiles diffèrent de la baleine actuelle par certains caractères tirés des os du crâne.
La découverte d un énorme fragment de baleine fossile, faite à Paris, en 1779, dans la cave d*un marchand de vin de la rue Dauphine, Gt une certaine sensation. La science prononça sans trop d'hésitation, sur la véritable origine de ces ossements, mais le public avait quelque peine à comprendre l'existence d'une baleine dans la rue Dauphine.
C'est en faisant pratiquer des fouilles dans sa cave que le marchand de vin fit la découverte dont il s'agit. On rencontra sous la pioche, enfouie dans une argile jaunAtre, une énorme pièce osseuse. L'extraction complète de ce morceau eût présenté de grandes difficultés. Peu désireux de pousser plus loin ses recherches, notre homme se contenta de faire enlever, à l'aide du ciseau, une portion de cet os monstrueux. La pièce ainsi détachée pesait à elle seule 227 livres. Elle fut exposée chez le marchand de vin , où un grand nombre de curieux vinrent la voir.
Un naturaliste de cette époque, Lamanon, qui l'examina, conjectura qu'elle appartenait à la tête d'un cétacé. Quant à la pièce elle-même, elle fut achetée pour le musée de Teyler, à Harlem, où elle est encore.
Il n'existe au Muséum dliistoire naturelle de Paris qu'une copie de l'os du cétacé de la rue Dauphine, qui a reçu le nom scientifique de balœnodon Lumanoni. L'examen de cette copie conduisit Cuvier à reconnaître que cet os a appartenu à une espèce de baleine antédiluvienne, qui différait non-seulement
des espèces vivantes, mais encore de toutes les espèces connues jusqu'ici.
Depuis l'observation de Lamanon, d'autres ossements de baleine ont été découverts dans le sol de différents pays, mais les études de ces fossiles ont toujours laissé à désirer. En 1806, une baleine fossile fut déterrée à Monle-Pulgnasco par M. Cortesi ; une autre fut trouvée en Ecosse. En 1816, on découvrit également de nombreux os du même animal dans une petite vallée formée par un ruisseau se rendant à la Chiavana, l'un des affluents du Pô. Mais aucune étude rigoureuse ne fut entreprise au sujet de ces ossements.
Cuvier a établi parmi les cétacés fossiles, un genre particulier qu'il désigne sous le nom de Zipinus. Les animaux qui portent ce nom ne peuvent s'identifier ni aux baleines, ni aux cachalots, ni aux hyperoodons. Ils tiennent dans Tordre des cétacés la place que les palœotliériums et anoplothériums occupent dans l'ordre des pachydermes, ou celle que le megathérium et le megalonyx occupent dans l'ordre des édentés. Gomme ces derniers animaux, les Ziphius sont des restes d'une nature détruite, et dont on chercherait vainement aujourd'hui les originaux.
La nouveauté, la richesse et la variété que présentait la création animale à l'époque tertiaire, et qui ressort manifestement de la rapide revue que nous venons de faire de la classe des mammifères, se remarquent aussi dans les autres classes d'animaux : la classe des poissons nous offre, à cette époque, les ]>rem\ers pleurmiecies (poissons plats) ; les crustacés, les premiei*s crabes. On voit en même temps apparaître une multitude de mollusques nouveaux (olivuy triton, cassis, harpa, crepidula, etc.). Les formes inconnues des schlzaster se font remarquer parmi les échinodermes ; les zoophytcs abondent, surtout les foraminifères, qui semblent compenser par leur nombre l'infériorité de leurs dimensions. C'est alors que vivaient, au sein des mers et loin des rivages, les nummuliics, êtres inférieurs dont les enveloppes calcaires jouent un rôle considérable comme élément de quelques terrains tertiaires. Les coquilles agglomérées des nummuhtes composent aujourd'hui des roches très-importantes. Les calcaires à nummulites forment dans la chatno
PERIODE fiOGÈNE. 245
des l'yrt^iii'i's des monlagnes cnlières; en Kgyple, ils constrluent des bancs l'orl étendus, el oVst avec ci's roches que furent construrles les anciennes pyramides. Que de temps n'a-(-il pas fallu pour que les dépouilles de ces petites coquilles aient fini par former des couches di; plusieurs centaines de mètres d'épaisseur ! Les rs|iîccsdr iiiilliotiies (^-laicnt aussi tellement abon-
dantes dans les mers éocènes, qu'on doit à leur agglomération la plupart des roches calcaires qui ont servi à bdiir Paris. Ces
Ue • LA TERRE AVANT LE DftLUOE.
PÈRIODK KORÈNE.
coquilles, aggliilinées de manière k former des roches continues, forment autour de Paris, à Gentilly, à Vaugirard et k Cliâlillon, des couches trôs-étendnes, (jiii sont exploitées comme carrières de pierre à 14tir.
Voici l'éniiméi'iition du quelipics cspjces animales airucléristiques de l'époque éocènc, oiilre cellci que nous avons déjà signalées parmi les mammifjres, les oiseaux el les reptiles.
Poissons : Plalux (illissiium (lig, 2<i8); — llliomhus minimm {(ig. 249).
Mollusques : Cmdila planicosta (fig. 250); — Cnittila pcctunciihm; — iVerila Schviideltiaiia {lig. 251); — Cyclomonui Ariioulili (lig. 252); — ilelix hemisi-lifrica (lig. 2b;i); — l'injsa columxarU (fig. 254); — Cyiirœa elei/ans {ii'^. 255); — CiussaielUi iiojuhrora ; ^ Typhis tubifer {lig. 256); — Lymiiœa pyniMidatis (flg. 257); — Cassis caiictUaia (fig. 258); — CerUhiuvi hfxagonum (fig. 259); — Ceritliium aculitm, — mutabile, — lapiilum.
Échinodermes : Laganum reflexam (lig. 260).
Foraminifèi'cs : Nwnmiililes mwimviaria (fig. 261 ); — .Vunimulitts piimuliiln (fig. 262); — NummuUUi scabia.
Fig. -J<iï. Miiiimulitci [.JaiiuliU.
On a repi-ésenté sui' la planche 263 une vue idiuile de la Une prndanl la périudt éocine. On y remarque, en ce qui concei-ne la végétation, le mélange des espèces fossiles avec celles des arbres de notre époque. I-es annes, les chai'nies, les cyprès, etc., se mêlent aux pahellana, palmiers d'une espèce disparue. Un oiseau échassier, le lanlalus, se tient à la pointe d'un rocher; des tortues irhwjx nagent diins les eaux d'une rivière, a» milieu des nymphéa, des nénnfars et d'autres plantes aquatiques, tandis qu'un truupeau de paI)i;othériums, d'ano-
PÉRIODE ÉOCÊNE. 251
plotliériums et de xiphodon broute paisiblement Therbe des pi*és sauvages de cette tranquille oasis.
Terrain éocène. — Les terrains qui représentent actuellement Vépoque éocène sont parfaitement développés dans le bassin de Paris; aussi cet étage est-il souvent désigné sous le nom de terrain parisien. On le divise en trois assises principales : 1*» Yargile plastique et les sablas inférieurs; 2" le calcaire grossier; 3* la formation gypseuse.
Vargile plastique constitue à Paris l'élément dominant de Tassise. Habituellement bigarrée, quelquefois grise ou blanche, elle est employée comme terre à poterie et à faïence. Ce dépôt semble avoir été formé principalement par des eaux douces. On trouve à sa base un conglomérat de craie et calcaire divers, dans lequel on a trouvé, au Bas-Meudon, des débris de reptiles (tortues, crocodiles), de mammifères, et plus récemment ceux d'un oiseau gigantesque, le qastomiSy dont les proportions devaient surpasser celles de l'autruche.
Les sables inférieurs constituent une puissante assise, principalement sableuse , qui renferme des couches d'argile calcariftre et des bancs de grès coquilliers. Ces roches, très-riches en coquilles, renferment beaucoup de nummulites.
On désigne sous le nom de calcaire grossiei- une puissante assise marine, composée de calcaires de diverses sortes, en général d'un grain grossier, quelquefois compactes, qui sont propres à faire des pierres de taille et des moellons. Cette assise, qui forme le membre le plus caractéristique du bassin parisien, peut se subdiviser en trois groupes de couches, caractérisées, le premier par des nummulites, le second par des milliolites, le troisième par des ccrithes. Aussi leur donne-t-on les noms de calcaire à numinutites, calcaire à milliolites et calcaire à cerithes. Dans certaines parties du .bassin de Paris, le calcaire grossier est séparé de la formation gypseuse, par des sables, mêlés de grès, qu'on appelle sables moyens ou grrs de Beauchamp; ils sont très-riches en coquilles.
Ija formation gypseuse consiste en une longue série de couches marneuses et argileuses, de couleur grisâtre, verte ou blanche, dans TinteiTalle desquelles se trouve intercalée une
jiiiàâL-!te couclie de gypse (sulfate de chaux). Sa plus grande "lii.rriHrur se iFOUve à Monlmarlre el à Pantin. I^ rormation de :^ iT'^:^. OU sulfate de chaux, est due probablement à l'action n* iLilie sulfurique libre sur le carbonate de chaux des ter- -...isw *!i t a\:itie sulfurique provenait lui-même de la transforuuiii n ^n acido sulfurique, par l'action de l'air et de l'eau, des na:<^$ ^LKiises d'hydrogène sulfuré émanées de bouches vol-
PÉRIODE MIOCENE.
C*est sur le continent que nous trouverons les caractères les plus frappants de la période qui va nous occuper. Jetons d abord un regard sur la physionomie de sa végétation. Ce qui la distingue, c'est le mélange des formes végétales propres au climat brûlant de l'Afrique actuelle, avec des végétaux qui croissent aujourd'hui dans TËurope tempérée, tels que les palmiers, les bambous, divei^es [^urinées {dtiphnotjene, laurus)^ des Combrétacées (terminaWi), de grandes Légumineuses propres aux pays chauds (phaseolUes, eryUiriiia^ hauhinia^ mimosiles, acacia), des Apocynées analogues aux genres des régions équatoriales, une Rubiacée tout à fait tropicale (steinhauera)^ se mêlant à des érables, des noyers, des bouleaux, des ormes, des chênes, des charmes, genres propres aux régions tempérées ou froides.
Outre les plantes que nous venons de citer, il y avait encore, pendant la période miocène, des mousses, des champignons, des chara, des arbres verts, des liguiei*s, des platanes, des peupliers.
Les animaux qui habitaient les continents pendant cette période, étaient des mammifères, des oiseaux et des reptiles. Des merles, des moineaux, des cigognes, des corbeaux représentent la classe des oiseaux. Parmi les reptiles apparaissent les premières couleuvres, des grenouilles; des salamandi'es. Les eaux douces étaient habitées par les perches, aloses, lebias, etc. La figure 264 représente, comme spécimen de ces poissons fossiles d'eau douce, une espèce de Lebias.
Mais c'est parmi les mammifères qu'il faut cliercher les espèces animales les plus intéressantes de cette période. Elles sont nombreuses et remarquables par leui*s dimensions ou
2bk LA TERRK AVANT I,K DKLUGK.
\e»vs Tormes. C'est pendant la période miocène qu'apparaissent plusieurs genres de mammifères aujourd'hui loutàJait per-
dus, les palœoinys, les macr-othériums, les loxodon, les dinolhériums aux défenses gigantesques, les mastodontes aux formes massives. C'est aussi la ilaie de la naissance des premiers représentants des genres Plioqne, Ours, Chat, Rat, Castor, RhinocéroSjTapir, etc., qui vivent encore aujourd'hui. II y avait aussi des Quadrumanes (singes), tels que le pilhecus antiquus et le driopilhecus, qui appartenaient au groupe des orangs-outangs et avaient presque la taille do l'iiomme.
Nous no piU'lerons ici, comme nous le faisons, d'ailleurs, dans tout le cours de cet ouvrage, que des espèces animales qui ont été bien étudiées )>ar les paléonlologisles , et sur lesquelles on possède des renseignements certains. Oe sont, parmi les espèces aujourd'hui éteintes, les diuoihériums, les mastodontes et les >iii>iocéros.
Le dhwlhéritim est le plus grand di^s mammifères terrestres qui aient jamais vtku. l.onglemps on nu posséda de cet animal que d'incomplets débris, qui conduisirent Cuvier à le ranger, à lort, parmi les tapirs. La découverte d'une mâchoire inférieure, presque complète, armée d'une défense dirigée en bas, vint plus tard démontrer que cet éire mystérieux était réellement le type d'un genre nouveau et des plus singuliers.
Fie- W- Tile
l'ÉRlODE MIOCÈNE. 355
Toûlefots, comme l'on connaissait des animaux de l'ancien monde dont les mâchoires supérieure et inrérieiire étaient toutes les deux garnies de défenses, on crut pendant quelque temps qu'il pourrait en être de même pour le dinothérium. Mais, en 1836, on découvrit dans le gîte, déjà célèbre, d'Eppelshcin (grand-duché de llessc- Dannsladl) une tête presque entière de dinothérium, qui ne portait que les deux défenses de la mâchoire inférieure. En 1837, cette belle pièce (lig. 265) fut apportée à Paris, et exposée, rue Vivienne, à la curiosité du puMic. Elle avait l-,30 de longueur sur I mètre de lai^ur. Ses défen.ses, énormes, étaient (lortécs h l'extrémité antérieure du maxillaire inférieur, et recouri>ées en bas, comme celles du morse. Ses dents molaires avaient beaucoup d'analogie avec celles des tapirs. De grands trous sous-orbitaires, joints à la forme du nez , rendent probable l'existence d'une trompe . L'os le plus remarquable qu'on ail encore trouvé du dinothérium, est un omoplate qui, par sa forme, rappelle celui de la taupe.
Ce colosse du monde primitif, sur lequel on a beaucoup discuté, n'était en réalité qu'un éléphant: c'est la première espèce d'élépliant qui ait vu le jour. Ses dimensions étaient beaucoup plus grandes que celles des éléphants actuels, et supérieures même à celles du mastodonte et du mammouth, éléphants fossiles dont nous aurons plus loin à évoc|uer tes restes.
Par son genre de vie et son frugal régime, ce pachyderme ne méritait pas le nom redoutable que les naturalistes lui ont imposé (Stivo«, terrible; Onpov, animal). Sa taille était sans doute elTrayanle, mais ses Imbitudes étaient paisibles. U luibitait de préférence les eaux douces, les embouchures des grands fleuves et les lagunes avoisinant leurs rives. Herbivore, comme les éléphants, il ne se servait de sa trompe que pour saisir les herbes qui pendaient au-dessus des eaux, ou Hottalent à leur surface. On sait que les éléphants sont très-friands
256 LA TERRE AVANT LE DflLUGt:.
de? racines des végélaux herbacés qui croissent dans les plaines inondées. I^e dinotliérium pnnilt avoir été organisé pour satisfaire aux mêmes goftts. Avec la puissante pioche naturelle formée par ses défenses, dirigées vers le sol, il arrachait du fond de l'eau des racines féculentes, comme celles des nymphéa, ou des racines beaucoup plus thirns <|iic le; mode d'articulation
de ses mâchoireii et la puissance des muscles destinés à les mouvoir, jointe h la large sm'facc de IcHi's dents, lui permettaient Je broyer avec facilité.
Le mastodonte avait à peu de chose |)rès la lailie et la forme de noire éléphant actuel ; seulement son corps devait être plus allongé et ses membres au contniire ui\ peu plus épais. Il avait des défenses, et tr^s-probablcinent une trompe. Il se distingue de l'éléphant par la forme de ses molaires, qui sont le caractère le plus dislinclif de son organisiition. Ces dents sont A peu près rectangulaires, et présentent sur la surface de leur couronne de grosses tubérosités conitpies, h pointes arrondies,
PERIODE MIOCENE. 257
disposées par paires au nombre de quatre ov cinq suivant les espèces. La Tonne de ces dénis est très-distinclr et Irès-reconnaJssable. Ellei ne ressemblent pas k celles des carnassiers, mais & celles des lierbivores et particulièrement à celles des hippopotames (fig. 267).
Fif. MI. twnl da UMiadtnte.
Ce n'est que vers le milieu du siècle dernier que l'on eul, en France, les premières notions sur l'existence du maslodonle- Dès l'année 1706, on avait trouvé, il est irai, à Allany (aujourd'hui dans l'État de New-York) quelques os de cet animal; mais cette découverte n'avait aucunement attiré l'attention. Kr 1739, un orCder français, M. de Longueil, traversait, pour se rendre dans le Mississipi, les forêts vierges qui bordent le grand fleuve de l'Ohio. Les sau\-ages qui l'escortaient trouvèrent, par hasard, au bord d'un mnrais, divers ossements, dont plusieurs semblaient appartenir à des animaux inconnus. Dans ce marais tourbeux, que les indigènes désignaient sous le nom de gratid lac salé, venaient se perdre plusieurs sources d'eaux chaînes de sel, et de tout temps les ruminants sauvages y avaient accouru en fouir, attii-és par la saveur du sel, doni les animaux ont toujours été friands. Telle était probablement la cause qui avait accumulé en ce point les restes d'un si grand nombre de quadrupèdes aux temps les plus reculés de l'histoire de notre globe. Ils avaient sans doute péri étouffés, en s'enfonçant dans la vase de ce lac, au fond mobile et fangeux. M. del/>ngueil prit quelques-uns de ces ossements, A son retour en France, il les remit à Daubenton et à UufTon : c'étaient an fémur, une extrémité de défense et trois dents molaires.
Daubenton , après mûr examen, déclara que ces dents étaient
celles d'un hippopotame ; la défense et le gigantesque fémur appartenaient^ selon lui, à un éléphant.
Ainsi Daubenton n'attribuait pas à un seul et même animal les ossements apportés par M. de Longueil. Buffon ne partagea point cet avis, et il ne tarda pas à convertir à ses vues Daubenton, ainsi que les autres naturalistes français. Buffon déclara que ces os appartenaient à un éléphant dont la race n'avait vécu qu'aux temps primitifs de notre globe. Ce fut alors que la notion fondamentale des espèces animales éteintes et exclusivement propres aux anciens âges de la terre entra, pour la première fois, dans la tête des naturalistes. Cette notion devait sommeiller pendant près d'un siècle avant de porter les fruits admirables dont elle a enrichi les sciences naturelles et la philosophie.
Buffon baptisa cet être fossile du nom d'animal de VOhio^ ou éléphant de VOhio^ pour rappeler la partie de l'Amérique qui avait été le thé&tre de cette découverte.
Buffon, néanmoins, se trompa sur les dimensions qu'il fallait attribuer à Vanimal de ÏOIiio, Il le croyait six à huit fois plus grand que notre éléphant actuel. Il fut conduit à cette estimation par une appréciation erronée du nombre des dents des éléphants. Vanimal de tOhio n'a que quatre molaires, tandis que Buffon s'était imaginé que ce dernier être pouvait en avoir jusqu'à seize, confondant les germes ou les dents supplémentaires qui existent chez le jeune animal, avec les dents de l'individu adulte. En réalité, Vanimal de VOhio n'était pas beaucoup plus grand que notre éléphant d'Afrique.
La découverte de ce beau fossile avait produit une grande impression en Europe. Maîtres du Canada par la paix de 1763, les Anglais continuèrent à y rechercher ces restes précieux. Le géographe Croghan, parcourant de nouveau la région de ce grand lac salé signalée par M. de Longueil, y trouva quelques ossements de la même nature; en 1767, il en flt passer plusieurs caisses à Londres, en les adressant à divers naturalistes. Collinson, l'ami et le correspondant de Franklin, qui avait eu sa part de cet envoi, fit remettre à Buffon une dent molaire.
Ce n'est pourtant <|u'en 1801 que l'on a trouvé des restes
bien complets de Vanimal de tOhio, Un naturaliste américain, H. Peale, à force de fatigue et de soins, parvint, à cette époqur, à réunir deux exemplaires presque complets de cet important squelette. Ayant appris que Ton avait trouvé plusieurs grands ossements dans une marnière située au bord de THudson, près de Neubourg, dans l'État de New-York, M. Peale se rendit dans cette localité. Au printemps de 1801, une partie considérable du squelette se trouvait chez le fermier qui l'avait extrait de la terre, mais qui, malhem*eusement, l'avait laissé mutiler par la maladresse et la précipitation des ouvriers. Ayant acheté ces débris, M. Peale les envoya à Philadelphie; puis il attendit l'automne pour faire procéder à de nouvelles recherches. Les eaux avaient rempli la carrière; il fallut les vider avec des pompes : mais l'invasion de nouvelles eaux venait sans cesse contrarier les fouilles. Après plusieurs semaines d'un pénible travail, bien que l'on eût découvert un certain nombre d'ossements, il manquait encore les plus importants, et surtout la mâchoire inférieure.
Abandonnant cette carrière, M. Peale se rendit à un petit marais situé à deux lieues de distance, et d'oti Ion avait retiré quelques os huit ans auparavant. Quinze jours de travaux firent découvrir de nouvelles pièces, mais non celle que l'on cherchait.
Notre naturaliste se retirait, désespérant de réussir, lorsqu'il rencontra un fermier qui, trois ans auparavant, avait trouvé quelques os dans un marais situé à cinq lieues à l'ouest de l'Hudson. H. Peale s'y rendit avec son guide. Après plusieurs jours de travail, il parvint à déterrer une mâchoire inférieure, accompagnée des os qu'il cherchait pour compléter l'animal. M. Peale rapporta en triomphe à Philadelphie ces résultats précieux d'une campagne de trois mois. Tous les os qu'il avait rassemblés lui servirent à composer deux squelettes à peu près complets. Un de ces squelettes demeura dans son cabinet de Philadelphie y l'autre fut apportée Londres par un de ses (ils, qui le montra à prix d'argent.
Des découvertes analogues suivirent, en Amérique, cette découverte fondamentale. L'une des plus curieuses en ce genre fut faite en 1805 par M. Barton, professeur à l'Université de Pen-
sylvanie. On trouva à six pieds de profondeur, sous un banc de craie, assez d'ossements de mastodonte pour en composer un squelette. L'une des dents pesait 8 kilogrammes et demi. Mais voici la circonstance qui rendait cette trouvaille unique entre toutes. Au milieu des os, et enveloppée dans une sorte de sac, qui avait dû être l'estomac de Tanimal, on mit à découvert une masse végétale en partie broyée, composée de branches et de petites feuilles, parmi lesquelles on put reconnaître une espèce de roseau qui est encore aujourd'hui commune dans l'État de Virginie ; de sorte que l'on ne douta point que ce ne Aissent les matières mêmes que l'animal avait ingérées avant sa mort.
Les indigènes de l'Amérique du Nord appelaient le mastodonte le père des bœufs. C'est ce qu'un oflicier français, nommé Fabri, écrivait dès 1 748 à Buffon. Les sauvages du Canada et de la Louisiane, où abondent les restes du mastodonte, les rapportent au père des boeufs, créature fantastique qu'ils mêlent à toutes leurs traditions et qu'ils font figurer dans leurs vieilles chansons nationales. Voici l'une deces chansons que Fabri entendit au Canada :
« Lorsque le grand Manitou descendit sur la terre, pour voir si lus élres qu'il avait créés étaient heureux, il interrogea tous les animaux. I^ bison (auroch) lui répondit qu'il serait content de son sort dans les grasses prairies dont l'herbe lui venait jusqu'au ventre, s'il n'avait sans cesse les yeux tournés vers la montagne pour apercevoir le père des bœufs en descendre avec furie, pour le dévorer lui et les siens. »
Les sauvages Chavanais prétendaient que ces grands animaux avaient vécu autrefois conjointement avec une race d'hommes dont la taille était proportionnée à la leur, mais que le grand Etre détruisit l'une et l'autre espèce par les traits répétés de ses terribles foudres.
Les indigènes de Virginie avaient une autre légende. Comme ces gigantesques éléphants détruisaient tous les autres animaux, spécialement créés pour servir aux besoins des Indiens , Dieu les foudroya. Un seul réussit à s'échapper, c'était < le gros mâle, qui , présentant sa tête aux foudres, les secouait à mesure qu'ils tombaient, mais qui ayant à la tin été blessé par le côté, se mit à fuir vers les grands lacs, où il se tint caché jusqu'à ce jour. »
Toutes ces fictions naïves prouvent au moins que le mastodonte a vécu sur la terre jusqu*à une époque très-reculée. Nous verrons, en effet, qu'il est contemporain du manmioutb, lequel a précédé de peu l'apparition de Thomme.
Buffon, avons-nous dit, avait donné à ce grand fossile le nom d'animal ou d'éUphant de fOhio; on le désignait aussi sous le nom de mammouth de VOhio. Cuvier a remplacé tous ces noms impropres par celui de mastodonte , dérivé de deux mots grecs qui expriment le caractère anatomique des dents de Tanimal ((MOToc oSo<, dent en forme de mamelon).
On a trouvé en Amérique , depuis Cuvier, beaucoup d'ossements de mastodonte, mais on n'en a rencontré qu'assez rarement en Europe. Cuvier n'a connu que le mastodonte d'Amérique. On a même assez longtemps admis, avec ce naturaliste, que le mastodonte était exclusivement propre au nouveau monde. La découverte, faite plusieurs fois en Europe, d*ossementsde mastodonte, mêlés à ceux du mammouth {elephas primigenius)^ a détruit de nos jours cette opinion. On a trouvé ces ossements en grand nombre dans le Val d*Amo^ gisement précieux d'éléphants fossiles dont nous aurons à parler plus loin. En 1858, on découvrit à Turin un magniGque squelette de mastodonte. Nous en donnons ici la iigure (fig. 268.)
Le mastodonte de Turin appartient à Tépoque pliocène; il n'a, comme on le voit, que les deux grandes défenses de la mâchoire supérieure. Le mastodonte qui vivait pendant la période miocène avait quatre défenses, les plus petites étant placées à la mâchoire inférieure. La tète de ce dernier est représentée par les lettres AB pour l'ensemble de la tète, et C pour le détail de la mâchoire inférieure, sur la figure S68.
La forme des dents du mastodonte nous montre qu'il se nourrissait, conmie l'éléphant, déracines et d'autres parties charnues des végétaux. La curieuse trouvaille faite en Amérique, par Barton, des restes du corps de cet animal, nous éclaire suffisamment sur son genre de nourriture. II vivait sans doute au bord des fleuves, dans les terrains mous et marécageux.
Outre le grand mastodonte, dont nous venons de parler, il existait le fnastodonte à dents étroites^ d'un tiers plus petit que réiéphant, et qui habitait à peu près toute l'Europe.
Nous ne saurions passer sous silence un curieux fait historique qui se rattache aux restes du mastodonte.
Le II janvier 1613, tes ouvriers d'une sablonnière située près du chAleau de Cliaumoni, cn.Daupliiné, entre los villes de
PÉRIODE MIOGftNK.
Montricouri el Saint-Antoine, sur la rive gauchi: du Rhône, trouvèrent des ossements, dont plusieurs Turent brisés par eux.
Ces os appartenaient è un grand mammifère Tossile, mais l'eiistence de ce genre d'êtres était alors entièrement méconnue. Informé de la trouvaille, un chirurgien du pays, nommé Ha- Euyer, s'empara de ces os, dont il sut l'rrer, comme on va le voir, UD eicellent parti. It s'annonça comme ayant découvert lui-même ces débris dans un tombeau, bâti en briques, long de 30 pieds Eur 15 de large, et sur lequel était lelte inscription : Trutoboccbhs rbx. Il ajoutait avoir trouvé, dans le même tombeau, une cinquantaine de médailles & l'efligie de Marins. Nos lecteurs savent que Teutobocchus était un roi barbare qui envahit les Gaules à la télé des Gïmbres, et fut arrêté et vaincu près d'Aqux Sextix{Mx, en Provence), parUarius, qui l'emmena à Rome, pour orner son cortège triomphal. Dans la notice qu'il publia pour accréditer ce conte, Mazuyer rappelait que, d'après le témoignage des auteurs romains, la tête du roi teuton dépassait tous les trophées que l'on arborait sur les lances
dan.s les triomphes. Le squelette qu'il exhibait avait, en effet, 25 pieds de long sur 10 de large.
Mazuyer fit voyager par toutes les villes de la France et de l'Allemagne le squelette du prétendu Teutobocchus, qu'il montrait à beaux deniers comptants. Il produisit sa relique devant Louis XIII, qui prit le plus grand intérêt à contempler cette merveille.
Le squelette que Mazuyer promenait en France pour le soumettre à l'admiration du vulgaire et des savants, fit naître une longue controverse, ou plutôt une interminable dispute, dans laquelle se distingua le célèbre anatomiste Riolan, argumentant contre Habicot, médecin dont le nom est tombé dans l'oubli. Riolan voulait prouver, et il y réussit, au moins devant la science, que les os du prétendu Teutobocchus étaient ceux d un éléphant. Les deux adversaires échangèrent, pour soutenir leurs dires, de nombreuses brochures, dans lesquelles brillaient surtout les injures personnelles, comme il arrivait, à cette époque, toutes les fois que l'antique médecine et la chirurgie naissante se trouvaient face à face '.
Nous savons par Gassendi qu'un jésuite de Tournon, nommé Jacques Tissot, était l'auteur de la notice publiée par Mazuyer; Gassendi prouve en même temps que les prétendues médailles de Marins étaient controuvées, car elles portaient des caractères gothiques.
Il semble fort étrange, quand on considère ces os, qui sont conservés aujourd'hui dans les armoires du Muséum d'histoire
1. Cuvier, dans son ouvrage sur les OtsemenU fomUit nous a conservé la curieuse nomenclature des écrits qui Turent échangés entre Riolan et Habicot à propos du fameux squelette de Mazuyer. En voici la liste dans l'ordre de leur publication : Gigantostéologief par N. Habicot, 1613; — Cigantomaehiê, par un écolier en médecine (J. Riolan), 1613; — L'impotture découverte du at humains tujtpotét d*UA géant , 1614 (par le même) \ — Monomachie^ ou Réponse d'un compagnon chirurgien aux calomnieuses inventions de la Gigantomachie de Riolan, 1614 (auteur inconnu); — Discours apologétique de la grandeur des géante f par Guillemeau, 1616; — Réponse au Traité apologétique touchant la vérité des géants, par N. Habicot; — Jugement des ombres d^HéracliU et de Déinocrite sur la Réponse d Habicot au Discours attribué à Guillemeau; — Gigantologie , ou Histoire de la grandeur des géants, par Riolan, 1618; -Antigigantologie , ou Contre^iscours de la grandeur des géants, par N. Habicot, 1618; ~ Touche chirurgicale, par N. Habicot, 1618; — Correction ftatemelle iur la vie d^Habicoî, par Riolan, 1618.
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naturelle de Paris, où chacun peut les voir, qu'on ait jamais pu les faire passer pour des os humains. La mâchoire inférieure, avec ses énormes dents et sa monstrueuse ouverture, ne pouvait, il nous semble, en imposer à personne. Ce n'est pourtant que de nos jours qu^on a déterminé la véritable origine de ces débris. Le squelette de Teutobocchus se trouvait, assurait-on, à Bordeaux en 1832; il fut envoyé, à cette époque, au Muséum d'histoire naturelle de Paris, où M. de Blainville déclara qu'il appartenait à un mastodonte.
Ainsi le roi Teutobocchus déterré sur les rives du Rhône était un éléphant *.
Nous ne nous étendrons pas longuement sur les rhinocéros^ genre qui s'est maintenu jusqu'à notre époque et dont quelques espèces sont fossiles.
Les rhinocéros de l'ancien monde étaient beaucoup plus nombreux en espèces qu'ils ne le sont de nos jours, et ces espèces se distinguaient entre elles par des caractères bien plus marqués. Il y avait une espèce de très-grande taille, c'était le rhi-nocéros à deux cornes (licorhinus)^ une des deux cornes étant plus longue que l'autre. Son corps était couvert de poils très-abondants, et sa peau dépourvue des rides et des squammes calleuses que l'on remarque sur la peau de notre rhinocéros d'Afrique. En même temps que cette espèce gigantesque, il existait un rliinocéros nain, de la taille de nos cochons. Des espèces intermédiaires pour la grandeur existaient aussi, car on possède tous les ossements nécessaires pour les reconstituer.
Nous aurons à rapporter plus loin la découverte extraordinaire faite, en 1771, par le naturaliste russe Pallas, du corps entier d'un rhinocéros, iicorhinus^ trouvé au milieu des glaces du Nord, revêtu encore de sa peau, et conservant une partie de ses chairs.
I. Nous feroni pourtant obserrer que l'on contesta très-sérieuMment aujourd'hui que les os dont il s'agit soient réellement le squelette qui appartenait à Mazuyer. On croit que les os qui furent adressés au Muséum de Paris, et qui s*y voient encore, n'étaient que ceux de quelque mastodonte apporté d'Amérique par un" bâtiment de Bordeaux, et oublié dans un grenier. L'examen du terrain du Dauphiné dans lequel fut trouvé, en 1613, le squelette du prétendu Teutobocchus, fait supposer que le fossile dont il s'agit était un dinotherium et non un mastodonte. Quant au squelette qu'exhibait Mszuyer, il serait perdu.
Terminons l'éauméralion des animaux propres à la période miocène.
Les mers étaienl alors peuplées d'nn grand nombre d'élres entièrement inconnus pendant les périodes antérieures. On peut citer quatre-vingt-dix genres marins qui apparaissent ici pour la première fois, et dont quelques-uns atleindrontjusqu'à notre époque. Parmi ces genres nouveaux dominent les mollusques gastéropodes {haliotis, tiirbinella, ranella, dolvum) ; puis les foraminirères, représentés par des genres nouveaux, parmi lesquels sont les polyslometla, dendrilina, Bolivina; enfm les crustacés, qu i renferment les genres pagurus, asiaeus (homard), portunus, etc.
Voici la liste, avec quelques figures, de certaines espèces caractéristiques de l'époque miocène :
CnUSTACÉS :
Cancer macrochtthis {(\g. Ï70); — hela sprciosa (fig. S7I);
Osirea longiroUiis (fig. il%); — ourea cyaluia, oslna virginica, Cythtrea incrassata , Cytherea elegaru , cerilliium mutabUe, urithium plkatum (fig. 273); — ctrithium Lamarkii, lymnea carnta, plano}-bi3 cornu, hélix Moroguesi (fig. iTt); — Cyprea ghbosa,
PÉBIODE MIOCÈNE. !67
Fig- 9)1. CMtrti longtroilrli.
^lïf
fie. Ki. »IMndro|«raiM!rebriforTniti.
Tif. nt. ScDltlIa uibroluada.
mutex Turonmsis (fig. S75); — conus Mercati (fig. 276); — eari^ naria Hugardi (fig. 277).