LA CRÉATION DE L'HOMME
ET LR DÉUICK ASIATIOUK.
r/est après la période glaciaire que naquit le genre humain.
D'où venait-il?
Il venait d'où était venu le premier brin d*herbe qui apparut sur les roches brûlantes des mers siluriennes; d*où étaient venues les différentes races d'animaux qui se sont remplacées sur le globe, en s'élevant sans cesse dans l'échelle de la perfection. Il émanait de la volonté suprême de l'auteur des mondes qui composent l'univers.
La terre a traversé bien des phases depuis l'instant où, selon l'expression des livres saints, « elle élait informe et toute nue; où les ténèbres couvraient la Hice de Fabime; où l'esprit de Dieu était porté sur les eaux. > Nous avons parcouru toutes ces phases; nous avons vu notre globe, nageant dans Tespace, à l'état de nébulosité gazeuse, se condenser en liquide, et commencer à se solidiGer à sa surface. Nous avons présenté le tableau des agitations intestines, des bouleversements, des dislocations partielles que la terre subissait, d'une manière non interrompue, lorsqu'elle ne pouvait résister encore à l'impulsion des vagues de la mer enflammée qu'emprisonnait sa frêle écorce. Nous avons vu cette enveloppe se consolider, et les cataclysmes géologiques perdre de leur gravité et de leur fréquence, à mesure que cette croate solide augmentait d'épaisseur. Nous avons assisté à l'œuvre de la création organique. Nous avons vu la vie apparaissant sur le globe, animer les premières plantes et les premiers animaux. Nous avons vu cette création organique se multiplier, se compliquer, se perfectionner constamment, à mesure que nous avancions dans les phases progressives de l'histoire du globe.
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Nous arrivons à la plus grande époque de cette histoire, au couronnement de l'édifice.
A la fin do Tépoque tertiaire, les continents et les mers avaient pris les limites respectives qu elles présentent aujourd'hui. Les bouleversements du sol, les fractures du globe el les éruptions volcaniques qui en sont la conséquence, ne s'exerçaient qu'à de rares intervalles, n'occasionnant que des désastres restreints et locaux. L'atmosphère était d'une sérénité parfaite. Les fleuves et les rivières coulaient entre des rives tranquilles. La nature animée était celle de nos jours. Une végétation abondante, diversifiée par l'existence, désormais acquise, des climats, embellissait la terre. Une multitude d'animaux peuplaient les eaux, les continents et les airs. Cependant l'œuvre de la création n'était pas achevée. Il manquait un être capable de comprendre ces merveilles et d'admirer cette œuvre sublime; il manquait une ftme pour adorer et remercier le Créateur.
Dieu créa l'homme.
Ou'est-ce que l'homme?
On pourrait dire que l'homme est un être intelligent et moral. Mais ce ne serait donner qu'une idée incomplète de sa nature. Franklin a dit que l'homme est celui qui sait se fabriquer des outils. C'est reproduire une partie de la première définition, en la rabaissant. Aristote avait appelé l'homme « l'être sage > (;u)ov KoXutxov). Linné, dans son Système de la fiamre, après avoir donné à l'homme le nom de sage {hamo sapiens) ^ a écrit, après ce nom générique, ces mots profonds : nosce le ipsum.
Un naturaliste moderne, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, a dit après Linné : « La plante vif, l'animal vit et sent; l'homme tn(, sent el pense K » C'est l'animal qui est ici rabaissé. L'animal, en bien des occasions, pense, raisonne, délibère avec lui-même,
1. Voltaire avait déjà Tait les mêmes rapprochements. « Le fabricateur éternel a donné aux hommes organisation, sentiment et intelligence; aui animaux sentiment et ce que nous appelons instinct; aux végétaux organisation seule. Sa puissance agit donc continuellement sur ces trois règnes. » (Voltaire, édit. Palissot. Paris, 1792, turae XXXVI, p. 478. — Dialogues et entreliens philosophiquetf Sophronime et Adelos.)
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et agît en vertu d'une décision mûrement pesée*; Il n'est donc pas réduit à la simple sensation.
Pour déGnir exactement Tétre liumain, nous croyons qu'il faut caractériser la nature et la portée de son intelligence. Dans certains cas, l'intelligence de l'animal atteint presque jusqu'à la nôtre; mais l'intelligence de Thomme est armée d'une faculté qui lui est propre, ce qui fait que Dieu, en le créant, a ajouté un degré entièrement nouveau à l'échelle ascendante des êtres animés. Cette faculté, spéciale au genre humain, c*est celle de Vabstraclion.
Nous dirons donc que l'homme est un être ifUelligmt et doué de la faculté d^ abstraire.
C'est par la faculté de l'abstraction que l'homme s'est élevé à un degré inouï de puissance matérielle et morale. C'est par l'abstraction qu'il a soumis la terre à son empire et qu'il élève son Ame aux plus sublimes contemplations. Grftce à la faculté d'abstraire, l'homme a conçu l'idéal et réalisé la poésie; il a conçu TinGni et créé les sciences mathématiques. Tel est l'immense degré qui sépare le genre humain des animaux, ce qui en fait un être à part et absolument nouveau sur le globe. Comprendre l'idéal et l'infini, créer la poésie et l'algèbre, voilà l'homme Trouver et comprendre celte formule :
ou ridée algébrique des quantités négatives, c'est le propre de l'homme.
C'est encore le caractère de l'être humain, d'exprimer et de comprendre des pensées comme celles qui vont suivre :
J'étais seul près des flots, par une nuit d'étoiles : Pas un nuage aux deux, sur les mers pas de voiles; Mes yeux plongeaient plus loin que le monde réel, Et les vents et les mers, et toute la nature Semblaient interroger, dans un confus murmure, Les flots des mers, les feux du ciel.
1. Voir les lellrei de 'George Leroy fur les animaux, les mémoires de Frédéric Cufier sur V instinct st Vintêlligenee des anivMtux, Touvrage de Lallemand sur Vtducatiim physùiue, VErprit des hétes^ par Toossenel.
Kt les étoiles d'or, légions infinies,
A voix haute, à voix basse, avec mille harmonies
Disaient, en inclinant leur couronne de feu ;
Et les flots bleus, que rien ne gouverne et n'arrête,
Disaient, en recourbant Técume de leur crête :
C'est le Seigneur, le Seigneur Dieu' I
La Mécanique céleste de Laplace, et les Orientales de Victor Hugo, tels sont les fruits de la faculté de Tabstraction.
En 1800, on conduisit au médecin Pinel un être à demi sauvage, qui vivait dans les bois, grimpait dans les arbres, couchait sur les feuilles sèches, et se sauvait à l'approche des hommes. Des chasseurs l'avaient ramassé; il était sans voix et sans intelligence : on l'appelait le petit sauvage de VAveyron, Les savants de Paris disputèrent longtemps sur l'origine de cet étrange individu. Était-ce un singe? un homme sauvage?
Le docteur Itard, qui a publié une intéressante relation de l'histoire du sauvage de VAveyron, a écrit ce qui suit :
c 11 descendait quelquefois seul dans le jardin des sourds-muets, et allait s'asseoir sur le bord du bassin; alors son balancement diminuait par degrés , son corps devenait tranquille ; sa figure prenait bientôt un caractère prononcé de rêverie mélancolique; il demeurait ainsi des heures entières, regardant attentivement la surface de l'eau sur laquelle il jetait de temps en temps des brins de feuilles desséchées!... Lorsque, pendant la nuit et par un beau clair de lune, les rayons lumineux venaient à pénétrer dans sa chambre, il manquait rarement de se lever et de se placer devant la fenêtre : il restait là une partie de la nuit, debout, immobile, le cou tendu, les yeux fixés vers la campagne éclairée parla lune, livré à une sorte d'extase contemplative!... »
Cet être était certainement un homme. On n'a jamais observé, dans le singe le plus intelligent, ces manifestations rêveuses, cette vague conception de l'idéal, en d'autres termes, cette faculté d'abstraire, qui est le propre de l'humanité.
Pour annoncer dignement le nouvel habitant qui va remplir le globe de sa présence, celui qui vient admirer, comprendre, dominer et asservir la création , il ne faut rien moins que la langue antique et vénérée de Moïse, que Bossuet, dans son élo-
]. Victor Hugo, Ifi Orientales,
I/liOMME ET LE ORLUGE ASIATIQUE. 3r>l
qiient langage, appelle « le plus ancien des historiens, le plus sublime des philosophes, le plus sage des législateurs. »
Écoutons en conséquence les paroles de Moïse, le prophète, le législateur inspiré :
« L*Étemel dit ensuite : c Faisons Thomme à notre image et à notre c ressemblance, et qu'il commande aux poissons de la mer, aux oic seaux du ciel, aux bêtes, à toute la terre et à tous les reptiles qui se c meuvent sur la terre.... > Dieu créa donc Thomme à son image : il le créa à Fimage de Dieu, et il les créa mâle et femelle....
« Dieu vit toutes les choses qu*il avait faites , et qu'elles étaient trèsbonnes. V
On a écrit des volumes sur la question de l'unité du genre humain, c'est-à-dire pour décider s'il y a eu plusieurs centres de création de l'homme , ou si la souche de notre espèce est unique. Cette question, comme toutes celles où font défaut les documents, les monuments physiques et les moyens d'induction matérielle, est scientiflquement insoluble ^ Elle n'est que du ressort de l'instinct de chacun.
C'est en vertu de cette liberté d'appréciation individuelle, que nous considérons le genre humain comme ayant apparu pour la première fois, après le mystère éternellement impénétrable de son mode de création, dans les riches plaines de l'Asie, aux bords riants de TEuphrate, comme renseignent les traditions des plus anciens peuples. C'est au milieu de cette nature riche et puissante, sous le climat brûlant, sous le ciel radieux de l'Asie, à l'ombre de ces masses luxuriantes de verdure qui embaumaient les airs de suaves parfums, que nous aimons à nous représenter le premier homme sorti du sein de Dieu et fait à son image.
Nous sommes loin, on le voit, de partager l'opinion des naturalistes qui se représentent l'homme, aux débuts de l'existence de son espèce, comme une sorte de singe, à la face hideuse, au corps poilu, habitant les cavernes comme les ours et les lions, et participant des instincts brutaux de ces animaux
|. On peut consulter cependant Touvrage de M. de Quatrefages, professeur d'anthropologie au Muséum d'histoire naturelle de Paris, Unité de Vnpiee humaine, publié en 1861.
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féroces. Sans doute rhomme primitif a traversé une période dans laquelle il a dû disputer sa vie aux bétes féroces, et vivre en sauvage dans les bois ou les savanes oii la Providence l'avait jeté. Mais cette période d'éducation n'a pas dû être Ion» gue, et riiomme, être éminemment social, a promptement trouvé dans sa réunion en groupes animés des mêmes désirs, rapprochés par les mêmes intérêts, le moyen de dompter les animaux, de triompher des éléments, de se préserver des périls innombrables qui le menaçaient, et de soumettre h son empire les autres habitants du sol.
« Les premiers hommes, dit Bufîon, témoins des mouvements convulsifs de la terre, encore récents et très- fréquents, n*ayant que les montagnes pour asile contre les inondations, chassés souvent de ces mêmes asiles par le feu des volcans, tremblants sur une terre qui tremblait sous leurs pieds, nus d'esprit et de corps, exposés aux injures de tous les éléments, victimes de la fureur des animaux féroces, dont ils ne pouvaient éviter de devenir la proie ; tous également pénétrés du sentiment commun d'une terreur funeste, tous également pressés par la nécessité, n'ontrils pas très-promptement cherché à se réunir, d^abord pour se défendre par le nombre, ensuite pour s'aider à travailler de concert à se faire un domicile et des armes? Ils ont commencé par aiguiser en forme de hache, ces cailloux durs, ces jades, ces pierres de foudre^ que Ton a cru tombées des nues, et formées par le tonnerre, et qui néanmoins ne sont que les premiers monuments de l'art de l'homme dans l'état de pure nature : il aura bientôt tiré du feu de ces mêmes cailloux, en les frappant les uns contre les autres; il aura saisi la flamme des volcans, ou profité du feu de leurs laves brûlantes pour le communiquer, pour se faire jour dans les forêts, les broussailles : car avec le secours de ce puissant élément, il a nettoyé, assaini, puriflé les terrains qu'il voulait habiter; avec la hache de pierre, il a tranché, coupé les arbres, menuisé les bois, façonné ses armes et les instruments de première nécessité ; et, après s'être munis de massues et d'autres armes pesantes et défensives, ces premiers hommes n'ont-ils pas trouvé le moyen d'en faire d'offensives plus légères pour atteindre de loin un cerf? Un tendon d'animal, des fils d'aloês, ou l'écorce souple d'une plante ligneuse leur ont servi de corde pour réunir les deux extrémités d'une branche élastique dont ils ont fait leur arc; ils ont aiguisé d'autres petits cailloux pour en armer la flèche ; bientôt ils auront eu des filets, des radeaux, des canots, et s'en sont tenus là tant qu'ils n'ont formé que de petites nations composéesde quelques familles, ou plutôt de parents issus d'une même famille, comme nous le voyons encore aujourd'hui chez les sauvages qui veulent demeurer sauvages, et qui le peuvent, dans les lieux où l'espace libre ne leur manque pas plus que le gibier, le poisson et les fruits. Mais, dans tous ceux où l'espace s'est trouvé confiné par les eaux, ou resserré par
L'HOMME KT LK DKLUliK ASIATIQUE. 360
les hautes montagnes, ces petites nations, devenues h-op nombreuses, ont été forcées de partager leur terrain entre elles, et c'est de ce moment que la terre est devenue le domaine de Thomme ; il en a pris possession par ses travaux de culture, et rattachement à la patrie a suivi de trèsprès les premiers actes de sa propriété ; Fintérêt particulier faisant partie de rintérèt national, Tordre, la police et les lois ont dû succéder, et la société prendre de la consistance et des forces *. >
Nous pensons, avec beaucoup de naturalistes, que la souche de riiumanitë est unique, et que les diverses races humaines, les nègres et la race jaune, ne sont que le résultat de Tinfluence du climat sur l'organisme. Ce n'est point ici le lieu de développer cette vue, ce point important de rethnologie, que nous ne faisons qu'indiquer en passant.
La tradition qui place la naissance de l'homme aux bords de l'Euphrate, dans l'Asie centrale, est confirmée par un événement d'une haule importance dans Thistoire de l'humanité, et qu'une foule de traditions concordantes, conservées chez difTérents peuples, placent dans le même lieu. Nous voulons parler du déluge de l'Asie.
Le déluge asiatique, dont l'histoire sacrée nous a transmis une description parfaitement d'accord avec les résultats de la science moderncî,'fut provoqué par le soulèvement d'une partie de la longue chaîne de montagnes qui font suite au Caucase. La terre s'étant entr 'ouverte par une de ces déchirures, résultat inévitable de son refroidissement, une éruption de matières volcaniques s échappa de ce cratère immense. Des masses de vapeurs d'eau accompagnaient Téiiiplion des laves épanchées de l'intérieur du globe; ces vai)eurs, se condensant, retombèrent, et les plaines furent noyées sous ce volcan de boue. L'inondation des plaines dans un rayon très-étendu fut le résultat momentané de ce soulèvement; la formation du mont Ararat en fut la conséquence permanente.
Ecoutons le récit de cet événement donné, dans la Genèse, par rhistorien sacré :
• L'année 600 de la vie de Noé, dit MoTso, le dix-septième jour du
1. Époquet de fa nature, lo:i.e XII* de Tédition iii-18 de rimprimerie royale. Pans, 1778, p. 322-323.
second mois de la mémo année, les sources da grand abîma des eaux Tuient rompues, et les cataracles du ciel furent ouvertes, f El la pluie tomba sur la teire pendant quarante jours et quarante
( Les eaux crûrent et grossirent prodigieusement au-dessus de la terre et loutes les plus hautos montagnes qui sont sous le ciel Turent couvei'les. L'eau ayant gagné le sommet des montagnes s'éleva encore do quinze coudées plus haut. Toute chair qui se meut sur la terre en fut consumée ; tous les oiseaux, tous les animaux, toutes tes bétes et tout co qui rampe sur la terre; tous les hommes moururent et généralement tout ce qui a vie et respire sous le ciel.
■ Toutes les créatures qui étaient sur la terre, depuis l'homme jus* qu'aux bëtes, tant celles qui rampent que celles qui volent dans l'air, tout périt ; il ne demeura que Noé seul et ceux qui étaient avec lui dana
■ Et les eaux couvrirent toute la terre pendant cent cinquante jours, i Toutes les parlicularilés du récit biblique s'expliquent de la
manière la plus coinpléle par l'éruption volcanique et boueuse qui précéda la formation du mont Ararat. Les eaux qui produi-
sirent Tinondation de ces contrées provenaient d'une éruption volcanique accompagnée d énormes masses de vapeurs. Ces vapcurSy se condensant en eau, retombèrent sur la terre et inondèrent les plaines étendues qui partent aujourd'hui du pied de TArarat, immense gibbosilé montagneuse que la figure 301 représente dans son état actuel.
Une expression du teite biblique mérite seule une explication : c'est le mot toute la terre; mais elle ne saurait être prise que comme une expression ligurée et métaphorique. Un géologue à qui l'on doit un savant livre intitulé la Cosmogonie de Moïse, Marcel de Serres, a donné une explication parraitement admissible de cette expression du texte sacré. Voici comment s'exprime cet auteur :
c Moïse ne dit pas que les eaux couvrirent toute la terre, mais seulement la terre; aussi parait-il désigner uniquement les contrées alors peuplées. Le mot haarels a souvent cette signification, et par exemple dans le verset 10 du chapitre xn de la Genèse, on lit : i La famine étant t survenue dans le pays habité par Abram, Abram descendit en Egypte « pour y demeurer, car la famine était grande dans le pays. > (Note 85.)
« Évidemment, ici haarets ne signifie pas- toute la terre, ni même une portion très-élcn'lue de sa surface, mais seulement les contrées voisines de r%yplc et de la Palestine.
c 11 est divers passages de la Genèse relatifs au déluge, dans lesquels il est question de toute la terre. Ainsi dans le verset 3 du chapitre vu, Dieu dit h Noé de prendre sept couples des animaux ailés, afin que leur race soit conservée sur la terre.
c Quoique ce passage porte super faciem universjc tcrrXy il parait ne comprendre que les contrées où ces animaux pouvaient vivre, c*està-dirc les lieux habités.
« Le verset 19 du même chapitre vu serait'plus concluant si on le prenait tout à fait à la lettre, car il semble établir l'universalité du déluge ; il porte : « Les eaux grossirent beaucoup sur la terre et couvrirent toutes les hautes montagnes qui sont sous le ciel. »
t II est évident que si toutes les montagnes ont été couvertes par les eaux, le déluge a du être universel. Mais Moïse n'a pu entendre par ces mots toutes les montagnes^ que celles qu'il connaissait. Le nombre en était peu considérable; il se bornait aux contrées habitées à son époque; dès lors il devait faire allusion k elles seules, Iorsqu*il parlait de la grandeur du déluge.
ff Aussi plusieurs interprètes ont traduit ce passage, non d*une manière littérale, mais en restreignant les eaux du déluge aux contrées fréquentées par les hommes.
c Ainsi M. Glaire, dans la Chrestumathie hébrmque qn il a mise à la
suite de sa Grammaire^ a traduit ce passage dans ce sens : « Les eaux a s'étaient si prodigieusement accrues, que les plus hautes montagnes c du vaste horizon en furent couvertes, etc. » Cette traduction donne à ce passage un sens moins étendu que la Yulgate, puisqu'elle restreint aux montagnes bornées par Thorizou celles que les eaux couvrirent et inondèrent.
« Si Ton a considéré le déluge comme universel, c'est qu'on a traduit le mot hébreu haareta par toute la terre, quoique cette expression s'entende dans un certain nombre de circonstances pour pays , rc'ytoti , contrée. En voici encore un exemple : Le nom de Tun est Pison : c'est celui qui entoure toute la terre d'Évilaton Havila.
ff L'expression haarets ou erets est en effet employée dans ce sens presque à chaque page de TÉcriture ; aussi, lorsque Moïse a dit que le déluge inonda la terre, il n'a entendu désigner par là que la partie pour lors habitée. Le chapitre xiii, verset 6, de la Genèse nous en fournit lui-môme la preuve. La terre, y est-il dit, ne pouvait plus contenir les grands troupeaux de Loth et d'Abram , tant ils étaient considérables. De môme encore dans le chapitre xiii, verset 13, Dieu menace Noé de détruire le genre humain, parce que la terre était remplie de violence. Or, les hommes n'en habitaient pour lors qu'une petite partie; cependant Dieu ajoute : Je vais détruire la terre. Il est donc ici uniquement question de la portion du globe qui était aloi*s peuplée, et non de la totalité.
c Enfin, le verset bk du chapitre xli dit que la famine régnait sur toute la terre; cependant il n'y a pas un interprète de la Bible qui no convienne qu'il faut borner cette expression et Tentendre d'une petite portion de la terre. On trouve également dans les chapitres xi et xv du Dcutéronome, que la terreur du peuple juif s'était répandue chez toutes les nations qui sont sous les cieux; néanmoins cette généralité d'expression doit être limitée aux nations voisines de la Palestine. 11 en est de môme de plusieurs autres passages de l'Exode.
c L'opinion qui n'admet pas l'universalité absolue du déluge n*ayant pas été condamnée par l'Église, on peut l'adopter.
t II n'est donc pas contraire ni au texte, ni à la foi, do considérer le déluge comme n'ayant pas été universel. »
Rien n'empêche de voir dans le déluge asiatique , conformément au texte de la Genèse, un moyen dont Dieu se servit pour châtier et punir la race humaine, alors au début de son existence, et qui s'écartait des voies qu'il lui avait tracées. Ce qui paratt établi, c'est la naissance du genre humain dans les contrées qui partent du pied du Caucase, dans les lieux qui for» ment aujourd'hui une partie de la Perse; et ce qui est certain, c'est le soulèvement d'une chaîne de montagnes, précédé d'une éruption volcanique boueuse, qui noya les territoires,
ciilièrcmcnt composés dans ces régions de plaines d'une grande élendue.
Le déluge biblique est donc réel. Plusieurs peuples en ont, d'ailleurs, conservé la tradition.
Moïse le fait remonter à quinze ou dix-4iuit cents ans avant Tépoque à laquelle il écrit.
Uérose, historien clialdéen qui écrivait à Bobylone au temps d'Alexandre, a composé une histoire de Chaldée, dans laquelle il remontait jusqu'à la naissance du monde, et parlait du déluge universel, dont il plaçait l'époque immédiatement avant JBélus, père de Ninus.
I^es VédaSy ou livres sacrés des Indiens , qui ont été composés dans le même temps que la Genèse, il y a environ 3,300 ans, font remonter le déluge à 1,500 ans avant leur époque.
Les Guèbres parlent du même désastre comme ayant eu lieu à la même date.
Confucius, célèbre philosophe chinois, né vers Tan 551 avant Jésus-Christ, commence l'histoire de la Chine en parlant d'un empereur nommé Jas, et il représente cet empereur comme occupé à faire écouler les eaux qui, s'étant élaxées jusqu'au cicl^ baignaiefU encore le pied des plus hautes montagnes, couvraient les collines moins élevées et rendaient les plaines impraticables.
Ainsi, nous le répétons, le déluge biblique est réel; seulement il fut local, comme tous les phénomènes de ce gem*e, et fut la conséquence du soulèvement des montagnes de l'Asie occidentale.
Un nouveau déluge, tout moderne et dont nous avons déjà dit quelques mots au commencement de ce livre, peut nous donner, d'ailleurs, une idée très-exacte de ces sortes de phénomènes. Nous rappellerons les circonstances qu'il a présentées, pour mieux faire comprendre la véritable nature du déluge de l'Asie.
A six journées de marche de la ville de Mexico, se trouvait, en 1759, une contrée fertile et bien cultivée, où croissaient en abondance le riz, le maïs et les bananes. Au mois de juin, d'effroyables tremblements de terre agitèrent le sol, et ces trem* blements se renouvelèrent sans cesse pendant deux mois entiers. Dans la nuit du 28 ou 29 septembre, la terre eut une
à72 LA TERRE AVANT LE DELUGE.
violente convulsion ; un terrain de plusieurs lieues d'étenduo se souleva peu à peu et finit par atteindre une hauteur de 500 pieds, sur une surface de 10 lieues carrées. Le terrain ondulait comme les vagues de la mer sous le soufllc de la tem-
pête; des milliers de monticules s'élcvaienl et s'abîmaient tour h tout; enfin un goutlVe de près de 3 lieues carrées d'ouver- Inre s'ouvrit : de la fumée, du feu, des pierres embrasées et des cendres furent lancés à une hauteur prodigieuse. Six mon-
tagnes surgirent de ce gouOre béant, parmi lesquelles le volcan auquel on a donné le nom de JoruUo s'élève maintenant h 550 mètres au-dessus de l'ancienne plaine.
La figure 313 représente le résulLit actuel de ce soulèvement.
Au moment où commençait l'ébranlement du sol, les deux rimères Rio di Cuilimba et Rio San-Pedro^ refluant en arrière ^ inondèrent toute la plaine occupée aujourd'hui par le Jorullo; mais dans le terrain qui montait toujours, un gouOre s'ouvrit et les engloutit. Elles reparurent a l'ouest, sur un point très-éloigné de leur ancien lit.
Cette inondation ne peut-elle nous rappeler les phénomènes du déluge de Noé ?
Teirain quaternaire. — Outre les dépôts résultant des déluges partiels que nous avons signalés en Europe et en Asie, il s'est produit, pendant l'éjioque quaternaire, un certain nombre de terrains par suite des dépôts des mers et des atterrissements des fleuves. Ils sont, toutefois, peu nombreux et très-disséminés. Ces terrains, stratifiés aussi régulièrement que ceux qui appartiennent aux épocjucs antérieures, se distinguent de ceux de l'époque tertiaire, avec lesquels on pourrait quelquefois les confondre, par leur situation le plus souvent sur le littoral des mers et par la prédominance des espèces de coquilles identiques avec celles qui vivent actuellement dans les mers voisines.
Une formation marine qui , après avoir constitué les côtes de la Sicile, principalement du côté de Girgenti, de Syracuse, de Catane et de Païenne, occupe le centre de l'Ile et s'y élève à des hauteurs atteignant jusqu'à 900 mètres, est le plus remarquable des grands dépôts quaternaires européens. Elle se compose de deux assises principales : Tinférieure consiste en argiles ou marnes bleuâtres; l'autre est composée de calcaires grossiers ou compactes. Toutes deux renferment des coc|uilles analogues à celles de la Méditerranée.
On retrouve ce môme terrain dans les Iles voisines, particulièrement en Sardaigne et h Malte.
Le terrain des pampas dr. l'Amérique méridionale, qui consiste en une terre argileuse d'un brun rouge foncé, avec lits horizontaux de concrétions marneuses et de tuf calcarif&re, et re-
cèle des coquilles actuellement vivantes dans l'Atlantique ou identiques aux coquilles d'eau douce de la contrée, doit être considéré comme un dépôt quaternaire plus étendu encore que le premier.
On place aussi dans cette même caté^rie les sables des déserts de l'Afrique, le terrain argilo-sableux des steppes de la Russie orientale, et le terreau noir, fertile, des plaines méridionales du même empire.
Quant aux sédiments littoraux qu'on rapporte à l'époque quaternaire, ils sont très-restreints, mais fort répandus. On les trouve sur la côte occidentale de la Norvège, sur les côtes de l'Angleterre, en France, sur le littoral de l'ancienne Guyenne, etc.
On rapporte aux dépôts quaternaires les travertins de la Toscane, des environs de Naples et de Rome. Il en est de même des tufs qui constituent essentiellement le sol napolitain.