DE L'EUROPE
Nous présenterons, pour terminor, une application des principes et des faits qui ont été déve1op|)és dans cet ouvrage, en exposant Tétat actuel de nos connaissances sur Tâge relatif des principales montagnes de l'Europe.
Les deux versants de la plupart des cliatnes de montagnes bien caraclërisécs consistent ciiacun en une série identique de terrains de même Age, relevés des deux côtés opposés de la montagne. Le centre est une masse enclavée entre ces couches, et composée d'une matière (|ui a l'ail irruption, à Tétat de fusion ignée, de l'intérieur du globe. On peut admettre, d'après cela, que les couches de même âge, actuellement séparées sur ces deux versants, ne formaient autrefois qu'un dépôt unique et commun, horizontal, et que leur séparation, leur redressement, sont dus à une fracture de l'écorce terrestre, et à l'irruption, dans l'espace béant, d'une masse liquide venue de l'intérieur de la terre, en d'autres termes h un soulèvement.
Ce phénomène de soulèvement s'est -il fait d'une manière soudaine et violente? ou bien résulte-t-il d'une suite d'efforts longtemps répétés? La première opinion paraît la plus probable.
\ji fracture de l'écorce terrcîstre qui a précédé le soulèvement des montagnes tient d'ailleurs à la môme cause que nous avons eu si souvent l'occasion de mettre en relief, c'esl-ii-dire au refroidissement progressif du globe et à la contraction d'une partie de la masse fluide intérieure, devenue solide. Entre la croûte récemment consolidée et la croôte déjc\ solidifiée, il a dû se former, à diverses épo(]ues, des vides qui ont déterminé la rupture, la fracture et le plissement de l'écoi^ce terresli*e. Sous
rinflucnco de la force d*expansion intérieure des gaz contenus dans le noyau fluide du glolx*, des inalières li<|uides provenant de Tinlérieur de la terre se sont épanchées dans ces fentes. Parvenues au dehors, elles se sont solidifiées, après avoir, au moment de leur éruption, relevé les couches de terrain primitivement horizontahrs, (|ui sont rostres dès lors redressées le long des flancs de la gibhosité terrestre ainsi produite.
Voici ce que l'observation a bien établi pour la plupart des chaînes de montagnes.
Le long de presque toutes ces chaînes, on voit les couches de terrain les plus récentes s'étendre horizontalement jusqu'à ces montagnes, et s'arrêter à leur pied; on voit ensuite des couches de terrains plus anciennes se redresser et se contourner plus ou moins sur les flancs ou jusqu'à la crête de ces montagnes. Dans cette seule considération, un illustre géologue moderne, M. Klie de Ueaumont, a trouvé le moyen de déterminer avec précision l'âge relatif d'une montagne. 11 adémontt*é que la connaissance exacte de l'Age géologi(|ue des deux systèmes de couches horizontales et redressées au pied et sur les flancs de la montagne, donne le moyen de (lél(*rnnii(M* l'Age de la montagne elle-même. Selon M. Klie de Deaumont, la date de lapparition de la chaîne montagneuse est intermédiaire entre le dépôt des couches stratifiées qui y sont redressés, et le dépôt des couches qui s'étendent horizontalement à ses pieds.
Supposons que les cruches qui forment le revêlement CD
Granit.
Miocène ^^//V -r-l-wr^^V-i-V.^ \ >^ ^^^^
Fîg. 3M.
(fig. 336) des flancs d'une chaîne de montagnes appartiennent à la période éocknt et que l'axe de la montagne soit occupé par une éruption granitique, l'apparition de cette montagne sera
plus récente que la i)ëriode éocène^ puisqu'elle aura soulevé les terrains éocènes. Supposons maintenant que les dépôts horizontaux A, H, qui sont en contact avec les couches relevées de la montagne, ap|)artiennent à la période miocène, le grand phénomène qui a doiuié naissance! à la chaîne de montagnes sera intermédiaire entre les périod(^s éocène et miocène, puisque les dépôts laissés par les mers, pendant la période miocène, n'ont pas été troublés et ont conservé depuis ce moment leur situation horizontale. Nous avons donc par cette seule coïncidence Tâge relatif de la montagne.
Fait remarquable! il existe une liaison entre les directions que les chaînes de montagnes affectent à la surfiice du globe et IVige de ces montagnes. C'est par une série longtemps continuée d'observations que la géologie moderne s'est inrichie de cette importante loi. L'illustre gt'ologue allemand Werner avait reconnu que, dans un même district, tous les fdons métalliqi:es de même nature devaient leur origine à des fentes |)arallèles entre elh^s, «pii s'étaient oiiveilf^s en même temps et remplies ensuite durant une même période, («et te notion de la contemporanéité des fractures parallèles entre elles et de la différence d'âge des fractures de dii'edions différentes, établie pour le cas particulier des fentes où se sont amassés les filons métalliques, ne pouvait-elle pas s'appliquer aux couches redressées et aux chaînes de montagnes? Léopold de Ihich remarqua, en effet, qu'en Allemagne, les directions des strates redressées étaient très-limitées, et que chaque direction, qui affectait souvent des espaces considérables, correspondait h mw, époque particulière. Enfin M. Ëlie (U) Heaumont entreprit de déterminer l'âge et la direction comparés d'un grand nombre de chaînes, et il put conclure, à peu d'exceptions près, r/i/c les chaînes de montagnes de même dgc sont gcncralcment parallèles, et que les chaînes de direclions dijivventes apparliennent à des époques distinctes,
Par une élude suivie et approfondie des diverses chaînes de l'Europe, le célèbre géologue français a été conduit à répartir toutes ces ntontagnes dans un certain nondire de groupes ou systèmes, composés d'éléments parallèles, et dont chacun se rapporte à une ligne de démairation dans l'échelle des terrains sédimentaires.
Nous allons passer rapidement en revue ceux de ces systèmes qui présentent pour nous un intérêt particulier, c'est-à-dire les cliafnrs nionL-igncus<*s de riCurupe cl plus si)f*cialenieiit de la France.
On trouve les traces d'un système de soulèvement très-ancien, car il est antérieur au dépôt des couches du terrain carbonifère, dans la plupart des montagnes qu'on nomme primitives et transitives. C'est suivant la diroclion de ce système, connu sous le nom de système du Uundsruck, que sont placées les couches fort inclinées du terrain silurien, étendu en travers de la Bretagne et de la Normandie, entre Pontivy et Saint-Ld, soulevées par les granits qui n'ont pas été recouverts depuis. Les terrains ardoisiers des Ardennes ont encore leurs couches dirigées de même, ainsi que les grauwackes et les calcaires de la partie centrale des Vosges. De semblables directions des couches schisteuses se font remarquer dans les montagnes du Deatijolais, du Forez et dans certaines parties des Pyrénées, bien que des soulèvements plus récents aient produit le relief actuel de ces contrées. Le plateau central de la France, qui a été très-anciennement déposé par les merii», olTre, dans les couches de gneifs qu'il renferme, des directions qui annoncent rinflucnce du soulèvement dont nous indi(|Uons ici rapidement les traces.
C'est vers la fin de répo(|ue dévonicnne (|ue se fit le soulèvement des battons des Vosges et des collines du Bocage (Calvados).
« Les masses de syénile cl de porphyre, dil M. I^Ilie de Boaumont, qui, dans le sud-estdcs Vosges, forment les cimes jumelles du ballon d'Alsace et du ballon du Comté, s'allongent de l'est 16"* sud à l*ouest 16* nord et ont redressé dans cette direction les couches du terrain à anthracite. Le terrain houiller de Uonchamp s*est déposé au pied de ces montagnes sur les tranches des couches redressées. La structure de toute la partie méridionale du massif central des Vosges, drpuis Plombières jusqu'à la vallée de Massevaux, est en rapport avec celle du ballon d'Alsace et .se rattache à la direction 0. 16" N. E.; 16» S. >. >
Le ballon d'Al&nce s'élève k 789 mètres au-dessus de la ville deGiromagny, bâtie elle-même au niveau du terrain houiller; et le ballon de Gebweiler, situé plus au nord-est, s'élève à