Manuel géologique de Lahccliej page
les Pyrénées ont pris leur relief actuel après la période du dépôt des terrains crétacés, dont les couches redressées s'élèvent sur leurs flancs ou atteignent leurs crêtes, et avant la période du dépôt des couches tertiaires de divers Âges qui s'étendent à leur pied. Les Pyrénées nous offrent, on le voit, une des applications les plus frappantes et les plus nettes de la théorie de M. l^lie de Keaumont.
Ainsi la chaîne des Pyrénées, tant en France que dans les Asturies, a été formée entre la période tertiaire et la période crétacée inférieure. C'est encore à la iiiéinc époque qu'il faut rapporter la formation des Apennins, des Alpes Juliennes, des Karpathes, des Halkans, etc. On retrouve cniin la même direction dans de nombreuses dislocations et dénudations existant en Allemagne et dans le nord de la France, comme dans le Boulonnais, le pays de Bray, etc.
C'est entre les périodes éocène et miocène que s'est opéré le soulèvement des montagnes des lies de Corse et de Sardaigne. C'est le même soulèvement qui a donné leurs dernières formes aux crêtes qui séparent les vallées de la Loire, de la Saône et de l'Allier.
Arrivons au soulèvement des Alpes. Cet ensemble magnitique de pics montagneux et de gibbcsités de toutes formes a été le berceau des éludes géoloijiques. C'est en étudiant la configuration des Alpes, de 1770 à 1786, que Bénédict de Saussure jetii les bases de la géologie actuiille. Les conclusions qu'il proclama étaient trop opposées aux idées de son temps; aussi ne furent-elles point accueillies. Quarante années après, M. Klie de Heaumont reprit et compléta les observations fondamentales de l'illustre naturaliste suisse.
Le premier fait révélé à Bénédict du Saussure par l'observation, c'est la direction générale suivie par les crêtes principales des Alpes, (^ette direction se rapporte a deux axes : l'un, caractérisant les Alp(»s occidentales, va du nord-nord-ouesl au sudsud-ouest; l'autre suivi par les chaînes principales des Alpes orientales, te rapporte à des lignes dirigées de l'est- quart-nordrst a l'ouest-quarl-sud-ouest.
Le mont Blanc, la masse culminante de toutes les Alpes, permet d'apprécier facilement les phénomènes géologiques qui se
sont produits pendant le soulèvement de ces montagnes, et les caractères de structure qui en sont résultés pour les roches qui les composent. Le massir central du mont Blanc ayant été soulevé, a relevé sur ses flancs les terrains superposés qui forment aujourd'hui ses versants latéraux. Les couches qui formaient ces terrains se sont rompues en s'écarlanl de Taxe du soulèvement; de là la formation des déchirures longitudinales aujourd'hui représentées par les deux vallées de Chamonix et de Tallée Blanche qui encaissent le mont Blanc; de là encore les escarpements du Brevant et du Craniont. Si le mont Blanc venait à rentrer dans 1rs profondeurs du globe, ces escarpements tendraient à se rejoindre et à se souder, en s'abaissant, pour reprendre leur ancienne position. Le massif soulevant du mont Blanc a donc surgi à travers une fissure longitudinale du globe, comme à travers une gigantesque boutonnière. Les bords soulevés de la boutonnière sont les versimts escarpés qui font face au mont Blanc, et qui se rejoignent vers les bords extrêmes de la Soigne et de llahne. Les vallées qui entourent le massif soulevant, sont des vallées de fracture qui, jointes par les cols, constituent un cratère de soulèvement.
Ainsi les formes seules de ces montagnes et de ces vallées traduisent suffisamment pour nous Thistoire de ce grand phénomène du soulèvement des Al|}es. Cette histoire est écrite en caractères éternels et grandioses pour ceux qui savent lire les pages magnific^ues que la nature étale à nos yeux.
Les mêmes dispositions de forme et de structure géologique se reproduisent dans les Alpes orientales, mais avec moins de régularité, parce ((ue les lignes de soulèvement de TOberland et du mont Uose sont composées de séries de soulèvements dont les phénomènes particuliers ne peuvent se reconnaître et slsoler aussi bien qunu mont Blanc. Cependant la chaîne de roberland bernois, par exemple, présente une belle série de pics granitoïdes, à la base des(|uels se dressent des crêtes longitudinales formées par les terniins soulevés. Des vallées de fracture profondes conduisent au pied de Taxe du soulèvement.
A quelle ép(K|ue s«î sont soulevées h^s Alpes? Le système des Alpes de la S«ivoie et du Dauphiné, ou celui des AI|k*s occident£des, a soulevé les molasses suisses, (|ui appartiennent aux ter-
rains tertiaires moyens, et n*a pas accidenté les dépôts tertiaires supérieui*s de la Bresse, du bas Daupliiné et de la Provence. Les Alpes orientales, qui s'étendent du Avalais et du Saint-Gothard jusqu'en Autriche, marquent la direction du système des Alpes orientales^ qui a soulevé même les dépôts lacustres appartenant k la formation tertiaire supérieure.
Ainsi, ces monts sourcilleux auxquels on aurait cru pouvoir attribuer, à cause de leur grandeur même, une antiquité prodigieuse, qu'on aurait volontiers considérés comme ayant élevé leurs masses énormes au-dessus des mers qui formèrent par leurs dépôts les terrains tertiaires des plaines environnantes; cette magnifique série de chaînes montagneuses, est, au contraire, d'un âge récent. Mais s'il en est ainsi, les terrains qui forment les Alpes, et dont le faciès est compact et semi-cristallin, ne sont-ils pas eux-mêmes beaucoup plus modernes qu'ils n'en ont l'apparence? )\, Élie de Heaumont pense, en effet, que les montagnes granitiques des Alpes ont surgi, non pendant l'époque primitive, ou de transition, mais seulement pendant les périodes jurassique, crétacée et tertiaire. Toutes ces roches, souvent semi -cristallines, devraient, selon M. l^Mie de Beaumont, leurs caractères spéciaux à des modifications métamor^ pliiques dues à Tinfluence calorifique et chimique des matières ignées qui les ont traversées pendant le soulèvement.
Nous terminerons en donnant la liste des roches principales les plus importantes que l'on rencontre dans les Alpes. Ces roches sont *
1** Des schistes cristallins micacés, et des gneiss provenant de véritables terrains de transition qui couvrent une grande partie de la région des Alpes méridionales depuis la vallée du Haut- Rhône, à partir de Brieg ;
2<^ Des schistes argileux présentant sur leurs feuillets des empreintes de toute la flore houillère ;
3* Des calcaires et des schistes jurassiques disposés en assises massives ou en petits bancs, et dont les couches sont trèsmultipliées;
4» Des calcaires généralement en couches puissantes, qui représentent les diverses formations des terrains crétacés, et constituent une partie des montagnes formant la lisière sep-
tentrionalc des grandes Alpes. Des gisements, pour ainsi dire classiques, du terrain crétacé, sont représentés par les monts Salève (pics de Genève), les calcaires de Uonneville et de Cluses, les montagnes schisteuses et calcaires qui dominent directement les lacs de Thun et de Brientz, telles que le Faulhorn, le Rothhorn, etc.;
5* Le terrain des grès grossiers, conglomérats, etc. (molasse suisse, flysch et nagclflue), qui recouvre tout l'espace situé au nord des lacs de Genève, de Thun, des Quatre cantons et de Constance. Ce terrain ne forme en général que des plaines et des collines, comime celles qui environnent Berne, Fribourg, Lucerne, etc., mais il s'élève quelquefois très-haut, par exemple, sur le Righi ;
6* Des roches granitoides (protogines), constituant ces masses et ces aiguilles culminantes qui s'élèvent, comme le mont Ulanc et le mont Rose, au-dessus de la région des neiges éternelles;
7* Des serpentines, amphibolites, mélaphyrcs, etc., qui forment dans les Alpes un grand nombre de filons disséminés.