‹ La terre avant le délugeChapitre 26 sur 75 · À Ÿ 2 NN CON · texte numérisé non relu

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Ichtiyosaurus platyodon. Ichthyosaurus communis. (1/10 G. N.) (1/20 G. N.)

de moitié plus grandes que les postérieures. La main pouvait

contenir jusqu’à cent os, de forme polygonale, disposés en série, représentant les phalanges des doigts. Cette main, jointe au bras, ressemble exactement aux nageoires sans doigts distincts du Marsouin et de la Baleine.

La queue, composée de 80 à 85 vertèbres, était munie de larges et fortes nageoires, placées verticalement comme chez tous nos poissons, et non horizontalement comme chez la Baleine.

La figure 118 représente l’Ichthyosaurus platyodon.

La figure 119, qui représente l’Jchthyosaurus communis, met sous les yeux du lecteur toutes les particularités du squelette de ce grand reptile qui devait terriblement dépeupler les mers primitives.

Telles sont, en définitive, les parties constitutives du corps de l’Ichthyosaure ; telle est son architecture, énorme et compliquée. On ne saurait dire avec certitude si la peau de cet animal était nue, comme celle de la Baleine et du Lézard, ou recouverte d’écailles comme celle des grands reptiles de cette époque. Cependant, comme les écailles des poissons, ainsi que les cuirasses et armures cornées des reptiles du lias se sont conservées, tandis que l’on n’a jamais trouvé ni écailles, ni armures défensives pour l'Ichthyosaure, il est probable que sa peau était nue.

Il est curieux de voir à quel degré de perfection a été portée de nos jours la connaissance des animaux antédiluviens. On sait maintenant quelle était la nourriture ordinaire des Ichthyosaures, etcomment leur tube intestinal était construit. La figure 120 représente le squelette d’un Ichthyosaure trouvé dans le lias de Lyme-Regis en Angleterre, contenant encore dans sa cavité abdominale les coprolithes, c’est-à-dire le résidu de la digestion. Les parties molles du tube intestinal ont disparu, mais les /èces se sont conservées, et leur examen nous renseigne sur le régime alimentaire de cet animal, qui a péri il y a des millions d'années".

1. Une Anglaise, miss Marie Anning, à laquelle on doit beaucoup de découvertes faites dans les environs de Lyme-Kegis, sa ville natale, possédait dans sa collection un énorme coprolithe d’Ichthyosaure. C’éiait la perle du petit musée de Lyme-Regis. Mais la pudeur anglaise défendait à la propriétaire de la monter. Après avoir fait le tour de la collection, on rentrait donc dans le salons

On comprendra que ces coprolithes se soient très-bien conservés, si l’on réfléchit qu'une substance minérale indestruclible par sa nature, le phosphate de chaux, compose ces ré-

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a es.

Fig. 120. Squelette d’Ichthyosaure contenant des écailles et des os de poissons digérés et à l’état de coprolithes. (1/15 G. N.)

sidus, comme il compose le résidu de la digestion de toute nourriture animale. Ces coprolithes sont tellement abondants sur la côte de Lyme-Regis, dans le terrain liasique où ont été trouvés les premiers Ichthyosaures, qu’ils y forment des amas entiers disséminés sur plusieurs kilomètres de longueur.

Les coprolithes de lIchthyosaure contiennent des os et des écailles de poissons et de reptiles divers, assez bien conservés pour que l’on en détermine sans peine les espèces. Il importe d'ajouter que parmi ces ossements on rencontre souvent des os d’Ichthyosaure même.

Dans des coprolithes de grands vu

Fig. 121. Coprolithe de Lyme-Regis ren- Ichthyosaures, on trouve des fermant des os non digérés d’un petit ossements de jeunes individus M UNI NO ds du même genre : c’est ce que montre Ja figure 121. La pré-

rniss Anning disparaissait, puis un domestique apportait sur un plat, couvert d’une serviette très-propre, l’échantillon, qu’il déposait sur un meuble. Ce n’est qu’apres la retraite des dames qu’on était admis à lever la serviette. (Vogt, Lesons de géologie, in-18; Leipzig, 1863, édition française, page 400.)

sence de ces débris d'animaux de la même espèce dans le canal digestif de rIchthyosaure prouve, comme nous avons eu déjà l’occasion de le faire remarquer, que ce grand Saurien élait un être des plus voraces, puisqu'il dévorait habiluellement des individus de sa propre race.

La structure de la mâchoire de l’Ichthyosaure porte à croire que, comme le Crocodile, cet animal devait engloutir sa proie sans la diviser. Son estomac et son tube intestinal devaient donc former une poche d’un grand volume, remplissant en cntier la cavité abdominale, et répondant, par son étendue, au grand développement des dents et des mâchoires.

La perfection avec laquelle le contenu des intestins grêles s'est conservé à l’état fossile dans les coprolithes, fournit des preuves indirectes que le tube intestinal de l’Ichthyosaure ressemblait complétement à celui du Requin ou du Squale de nos jours, poissons essentiellement voraces et destructeurs. L'intestin grêle de ces poissons est contourné en spirale; or cette disposition se retrouve exactement indiquée sur les co- Fig. 122. Coprolithe offrant l'impression de vaisseaux prolithes de l’Ich-

*< et de replis du canal intestinal de l’Ichthyosaure. thyosaure , par les (G. N.) De

impressions qu y on!

laissées les replis de cet intestin (fig. 122).

Certains lecteurs seront surpris peut-être que nous ayons altiré leur attention sur un objet aussi infime en apparence que la structure des intestins d’une race éteinte de reptiles. Justifions-nous de ce reproche. Retrouver chez des êtres aussi antérieurs à l'apparition de nos races actuelles le même sys- 1ème d'organes qui est propre à nos animaux modernes, — et cela jusque dans des organes aussi périssables qu’un tube intestinal, entièrement composé de parties molles, non adhérentes au squelette, — n'est-ce pas rapprocher d’une manière bien inattendue la création actuelle des créations éteintes ? N'est-ce pas rétablir, par la similitude des appareils organiques, la continuité d’une chaîne en apparence brisée? N'est-ce pas constater l'unité et la continuité visibles du plan dans

l'œuvre de la création, à travers tant de siècles écoulés? Privilége admirable de la science, qui par l'examen des parties les plus infimes de l’organisation, chez les êtres qui vivaient il y a des millions d'années, donne à notre esprit des renseignements solides et à notre âme de véritables jouissances!

« Quand nous retrouvons, dit Buckland, dans le corps d’un Ichthyosaure la nourriture qu'il venait d’'engloulir un instant avant sa mort, quand l'intervalle entre ses côtes nous apparaît encore rempli des débris des poissons qu'il a avalés il y a dix mille ans, ou un temps deux fois plus grand, tous ces intervalles immenses s’évanouissent en quelque sorte ; les temps disparaissent et nous nous trouvons, pour ainsi dire, mis en contact immédiat avec tous les événements qui se sont passés à ces époques incommensurablement éloignées, comme s'il s'agissait de nos affaires de la veille". »

Le nom de Plésiosaure (du mot grec rhnsios, voisin, caüpos, lézard) rappelle que cet animal est voisin, par son organisation, des Sauriens, et par conséquent de l’Ichthyosaure dont nous venons de donner la description.

Le Plésiosaure (fig. 123) offre la structure et l’ensemble d’or-

tes ni nn At

Fig. 123. Plésiosaure,

ganes les plus curieux que l’on ait rencontrés parmi les vestiges organiques de l’ancien monde. Un auteur l’a comparé à un serpent caché dans la carapace d’une Tortue. Remarquons toutefois qu'il n’y a pas ici de carapace. Le Plésiosaure a la

1. La géologie et la minéralogie dans leurs rapports avec la théologie naturelle, traduction française. Paris, 1838, tome I, page 176.

tète du Lézard, les dents du Crocodile, un cou d’une longueur démesurée, qui ressemble au corps d’un Serpent, les côtes du Caméléon, un tronc et une queue dont les proportions sont celles d’un quadrupède ordinaire, enfin les nageoires de la Baleine. Jetons les yeux sur les restes de cet animal étrange que la terre nous a rendu et que la science fait revivre.

La tête du Plésiosaure (fig. 124) offre la réunion des caractères propres à celle de l’Ichthyosaure, du Crocodile et du Lézard. Son long cou renferme un plus grand nombre de vertèbres que le cou du Chameau, de la Girafe, et même du Cygne, celui de tous les oiseaux chez lequel le cou atteint, comparativement au reste du corps, la plus grande longueur”.

Le tronc est cylindrique et arrondi, comme celui des grandes Tortues marines : il n’était recouvert, sans doute, ni d'écailles ni de carapace, car on n’en a trouvé aucun vestige auprès de son squelette. Les vertèbres dorsales s’appliquaient les unes sur les autres par des surfaces planes, comme chez les quadrupèdes terrestres, ce qui ôtait à l’ensemble de sa colonne vertébrale presque toute flexibilité.

Chaque paire de côtes entourait le corps d’une ceinture complète, formée de cinq pièces comme chez le Caméléon et l’Iguane; de là sans doute, comme chez le Caméléon, une grande facilité de contraction et de dilatation des poumons.

La poitrine, le bassin et les os des extrémités antérieures et postérieures concouraient à former un appareil qui permettait au Plésiosaure de descendre et de s'élever dans les eaux, à la facon des Ichthyosaures et de nos Cétacés. Aussi ses pattes élaient-elles converties en rames, plus grandes et plus puissantes que celles de l’'Ichthyosaure, et propres à compenser le faible secours que l'animal pouvait tirer de sa queue. Cette queue, courte comparativement à la longueur du reste du corps, ne pouvait être un organe puissant d’impulsion, mais plutôt une sorte de gouvernail capable de diriger la marche de l’animal au sein des eaux.

Cest en étudiant l’ensemble des caractères que nous venons

Dans les Mammifères, le nombre des vertèbres cervicales reste toujours de sept, quel que soit l’allongement du cou, comme dans la Girafe et le Chameau ; mais chez les Oiseaux ce nombre augmente avec la longueur du cou.

de passer en revue qu'on est arrivé aux conséquences suivantes relativement aux habitudes du Plésiosaure. C'était un animal essentiellement marin. Cependant la longueur de son cou était un obstacle à la rapidité de sa progression à travers les eaux, et sa structure était, sous ce rapport, bien inférieure à celle de l’Ichthyosaure, si admirablement organisé pour fendre les vagues avec promptitude et vigueur. La ressemblance de ses extrémités avec celles des Tortues conduit

Fig. 124. Plesiosaurus macrocephalus. (1/12 G. N.)

à penser que, comme ces derniers animaux, le Plésiosaure

descendait de temps à autre sur le rivage; mais ses mouve-

ments sur la terre ne pouvaient être que lents et difficiles.

En raison de sa respiration aérienne, il devait nager, non dans

la profondeur, mais à la surface des eaux, comme le Cygne

et les oiseaux aquatiques. Recourbant en arrière son cou long pl

et flexible, il dardait, de temps à autre, sa tête robuste et armée de dents tranchantes, pour saisir les poissons qui

s’approchaient de lui. Peut-être aussi se tenait-il d'habitude sur le rivage, dans les eaux peu profondes de la mer et des étangs, caché au milieu des herbages, et maintenant sa tête à la surface de l’eau, pour guetter et saisir sa victime. Sa tête repliée en arrière pouvait, au commandement de la volonté, grâce à la longueur et à la flexibilité du cou, partir subitement comme le trait d'une arbalète, et s’abattre instantanément sur sa proie.

C’est dans le lias de Lyme-Regis que l’on découvrit, vers 1823, les premiers débris du Plesiosaurus dolichodeirus, l'espèce la plus commune de ces reptiles fossiles. Depuis, on a rencontré d’autres individus dans les mêmes formations géologiques, sur divers points de l'Angleterre, de l'Irlande, de la France et de l'Allemagne. On a trouvé aussi dans le lias de Lyme-Regis une autre espèce de Piésiosaure, le Plesiosaurus macrocephalus, dont nous avons représenté le squelette dans la figure 124, d’après le moulage de la pièce trouvée dans le terrain de Lyme- Regis, qui existe dans la galerie de paléontologie de notre Muséum d'histoire naturelle.

Le Plésiosaure était presque aussi énorme que l’Ichthvosaure. On a trouvé des individus dont le squelette avait 10 mètres de longueur. Il existait aussi des espèces beaucoup plus petites.

Nous réunissons dans la figure 125 les deux grands Reptiles marins du lias : l’Ichthyosaure et le Plésiosaure.

Cuvier a dit du Plésiosaure qu'il offre « l’ensemble des caractères les plus monstrueux que l’on ait rencontrés parmi les races de l’ancien monde. » II ne faudrait pas prendre celle expression au pied de la lettre. Il n’y a pas de monstre dans la nature ; dans aucune espèce animale vivante, les lois générales de l’organisation ne sont positivement enfreintes. C'est donc par une vue mal justifiée que l’on qualifierait de monstres les reptiles de grande taille qui habitaient les terrains jurassiques. Ce qu'il faut plutôt voir dans cette organisalion si spéciale, dans cette structure qui diffère si notablement de celle des animaux de nos jours, c’est le simple agrandissement d’un type et quelquefois aussi le début et le perfectionnement successif des êtres. On verra, en parcourant la curieuse série des animaux des anciens âges, l’organisation

Fig. 125. L’Ichthyosaure et le Plésiosaure.

et les fonctions physiologiques aller se perfectionnant sans cesse, et les genres éteints qui ont précédé l'apparition de l'homme, présenter, pour chaque organe, une modification toujours ascendante vers le progrès. La nageoire du poisson des mers devoniennes devient la rame natatoire de l’Ichthyosaure et du Plésiosaure; celle-ci devient bientôt la patte membraneuse du Ptérodactyle et l’aile de l’Oiseau. Vient ensuite la patte antérieure articulée du Mammifère terrestre, qui, après avoir atteint un perfectionnement remarquable dans la main du Singe, devient enfin le bras et la main de l'Homme, instrument admirable de délicatesse et de puissance, appartenant à l'être éclairé et transfiguré par l’attribut divin de la raison.

En conséquence, écartons avec soin cette idée de monstruosité, qui ne pourrait qu'égarer notre esprit. Ne considérons pas les êtres antédiluviens comme des erreurs ou des écarts de la nature ; n’en détournons pas nos yeux avec dégoût; mais apprenons, au contraire, à lire avec admiration le plan que s’est tracé, dans l’œuvre de l’organisation, le sublime Créateur de toutes choses.

Ces réflexions vont nous servir à apprécier sous son vrai jour l’un des plus singuliers habitants de l’ancien monde : nous voulons parler du Ptérodactyle *.

La bizarre structure de cet animal a fait émettre par les naturalistes des opinions fort contradictoires. Les uns en ont fait un oiseau, les autres une chauve-souris, les derniers un reptile volant. Voilà de bien grandes divergences pour un animal dont on possède le squelette parfaitement représenté sur des empreintes de roches. C’est que cet animal se rapproche, en effet, de l'oiseau par la forme de sa tête et la longueur de son cou, de la chauve-souris par la structure et la proportion de ses ailes, enfin des reptiles par la petitesse du crâne et par l'existence d’un bec armé d'au moins soixante dents pointues.

Nous représentons ici (fig. 126) le Péferodactylus, où Dimor-

1. De nrepév, aile; ôdxrudo;, doigt : c’est-à-dire animal au doigt transformé

en aile.

phodon macronyx, qui a été trouvé dans les terrains du lias et décrit dans la Paléontologie anglaise. Nous mettons à côté de ce reptile une autre espèce, le Pterodactylus crassirostris (fig. 127), bien qu'il soit plus particulier au terrain oolithique formé pendant la période suivante. Le Pterodactylus macronyx est propre au lias de Lyme-Regis, en Angleterre: ser

La longue rangée de dents qui arment la mâchoire, le petit nombre de vertèbres cervicales, l'étroitesse des côtes, la forme du bassin, éloignent le Ptérodactyle des oiseaux. Une courte comparaison entre la structure de la tête et de l'aile des chauves-souris, et celle des mêmes parties dans le Ptérodactyle, empêche de le rapprocher des chauves-souris, c'est-àdire des Mammifères volants. Sa mâchoire, pourvue de dents coniques analogues à celles des Sauriens, ses côtes étroites, la forme de son bassin, le nombre et les proportions des 0s de ses doigts, le rapprochent complétement des reptiles. Le Ptérodactyle était donc un reptile pourvu d’une aile assez semblable à celle de la chauve-souris, et formée, comme chez ce Mammifère, par une membrane qui rehait au corps le doigt externe excessivement allongé.

Le Ptérodactyle était un animal d'assez petit volume; les plus grands exemplaires ne dépassent pas la taille du Cygne, les plus petits celle de la Bécassine. D'un autre côté, sa tête élait énorme, comparée au reste du corps. On ne saurait donc admettre que cet animal püûüt réellement voler, et, comme un oiseau, fendre les airs. L’appendice membraneux qui reliait son doigt externe aux côtes était plutôt un parachute qu'une aile. Il lui servait à modérer la rapidité de sa descente quand il se précipitait sur sa proie en tombant d’un lieu élevé. Essentiellement grimpeur, le Ptérodactyle devait s'élever en grimpant, à la manière d’un Lézard, au haut des arbres ou des rochers, et s’abattre, de là, sur le sol ou sur les branches inférieures, en déployant son parachute naturel.

La station ordinaire du Plérodactyle se faisait sur ses deux pieds de derrière. Il se tenait debout, avec fermeté, les ailes pliées, et marchant sur ses deux pattes de derrière. Habituellement il se perchait sur les arbres. Il grimpait le long des rochers et des falaises, en s’aidant des pieds

et des mains, comme le font aujourd'hui les chauves-souris,

Fig.

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