Opuscules inédits de Joseph de Maistre, tome I, page
2. Les curieux pourront aller voir, au Muséum d'histoire naturelle de Paris, un morceau de peau, de la laine et quelques poils du Mammauth trouvé par Adams aux bords de la Léna. Ce fragment de peau ressemble à un carré de caoutchouc ou de cuir; les poils et la laine sont fauves ou noirs, rudes et longs. Les deux bocaux qui renferment ces curieuses reliques se trouvent dans la galerie haute du bâtiment affecté aux collections de géologie, armoire VIII, n° 1501 et 1502.
En 1805, Blumenbach recut un faisceau de poils arrachés par un certain Patapoff, d’un cadavre de Mammouth trouvé près des bords de la mer Glaciale.
En 1864, on a fait dans le sol gelé de la Sibérie arctique la découverte d’un autre Mammouth frais. C’est la troisième découverte de ce genre que notre siècle ait vue.
Le Mammouth dont il s’agit a été trouvé par un Samovyède dans les environs de la baie du Tas, bras oriental du golfe de l'Obi. Ce ne fut qu’à la fin de 1865 que M. Charles de Baër, célèbre géologue russe, en recut la nouvelle. Comme dans ces régions glacées les cadavres d'animaux se conservent fort longtemps intacts, l’Académie des sciences de Saint-Pétersbourg envoya sur les lieux un paléontologiste distingué, M. Schmidt, pour étudier ces restes précieux. Malheureusement M. Schmidt arriva trop tard : la destruction du Mammouth était trop avancée.
C'était la troisième fois que les savants arrivaient trop tard pour étudier sur les lieux le corps frais d’un Mammouth.
Tous ces faits établissent suffisamment qu'il existe dans les glaces du Nord, des restes encore entiers de Mammouth. Ces animaux auront péri subitement. Saisi par la glace au moment de la mort, leur cadavre aura été préservé de la putréfaction par la persistance et l’action continue du froid. Si l’on suppose qu’un de ces animaux soit tombé accidentellement dans les crevasses du glacier, on s’expliquera que son corps, enseveli tout aussitôt sous une glace éternelle, ait pu s'y maintenir intact pendant des milliers d'années.
Dans l'ouvrage de Cuvier sur les Ossements fossiles on trouve une longue et minutieuse énumération des régions diverses de l'Allemagne, de la France, de l'Italie, elc., qui de nos jours, ont fourni des os ou des défenses de Mammouth. Nous nous bornerons à citer comme spécimens deux de ces observations :
« En octobre 1816, dit Cuvier, il fut trouvé à Canstadt! un dépôt trèsremarquable, que le roi Frédéric Ier fit déblayer et recueillir avec le plus grand soin. On assure même que la visite qu'y fit ce prince, si ardent pour lout ce qui avait quelque grandeur, contribua à la maladie dont il mourut peu de jours après. Un offcier, M. Natter, avait commencé
1. C’est la même ville où l’on avait déjà découvert, en 1700, des ossements de Mammouth, comme nous l’avons rapporté page 371.!
-quelques recherches. En vingt-quatre heures on mit à découvert vingt et une dents ou parties de dents et un grand nombre d'os. Le roi ayant ordonné de continuer les fouilles, dès le deuxième jour on trouva un groupe de treize défenses placées les unes près des autres et avec quelques mâchelières, comme si on les y avait entassées exprès. C’est alors que le roi s’y transporta, et ordonna d'enlever le tout avec l'argile qui l’enveloppait, et en conservant à chaque objet sa position. La plus grande des défenses, quoiqu’elle eût perdu sa pointe et sa racine, était encore longue de huit pieds sur un pied de diamètre. On trouva aussi plusieurs défenses isolées, une quantité de mâchelières depuis deux pouces jusqu'à un pied de longueur; quelques-unes adhéraient encore à des portions de mâchoires. Tous ces morceaux étaient mieux conservés que ceux de 1700, ce qu'on attribue à la profondeur de leur gisement, et peut-être à une autre nature du sol. Les défenses étaient en général fort courbées. Il se trouvait dans le même dépôt, comme en 1700, des os de cheval, de cerf, une quantité de dents de rhinocéros, des dents que l’on jugea d'ours, et un échantillon que l’on crut pouvoir attribuer au tapir. L'endroit où s’est faite cette découverte se nomme Seelberg et est à environ six cents pas de la ville de Canstadt, mais de l’autre côté du Necker.
« Tous les bassins des grandes rivières d'Allemagne ont donné des os d’éléphant comme les endroits que nous venons de nommer; et d’abord, pour continuer le dénombrement de ceux qu'ont fournis les vallées qui aboutissent au Rhin, Canstadt n’est pas le seul lieu de celle du Necker et des vallons qui s’y rendent où l’on ait fait de pareilles découvertes. »
Cuvier rappelle ensuite les différentes parties de lAllemagne où l’on a fait après cette époque des découvertes du même genre.
De toutes les parties de l’Europe, celles où l’on a rencontré le plus d’ossements d'Éléphants fossiles, c’est la vallée de l’Arno supérieur, dans le Piémont. On trouva là, au commencement de notre siècle, un véritable cimetière d’Éléphants. Leurs ossements étaient autrefois si communs dans cette vallée, que les paysans les employaient pêle-mêle avec les pierres pour construire les murs et les maisons.
C'est en Belgique, dans la province d'Anvers, qu'a été faite la découverte du squelette de Mammouth le plus complet que l’on connaisse. On voit au Musée d'histoire naturelle de Bruxelles le squelette d'un de ces grands animaux, qui a été placé dans ce musée en 1869. Voici dans quelles circonstances ont été faites la découverte et la préparation de cette pièce, la plus remarquable, sans aucun doute, qui existe aujourd'hui dans aucun musée du monde.
Au mois de mai 1860, on travaillait au canal de la Nèthe, lorsque à cent cinquante pas de la porte de Malines, à Lierre (province d'Anvers), les ouvriers mirent à découvert le squeletie d’un animal gigantesque enfoui ‘dans les sables. Ce squelette était couché sur le flanc droit, la colonne vertébrale fortement courbée ; la tête était entière, ainsi qu'une défense d’une énorme dimension. Presque toutes les côtes du côté gauche manquaient, et plusieurs des membres étaient brisés ou plutôt décomposés. M. Scoby, médecin militaire, averti de cette découverte, se rendit sur les lieux, et reconnut que ce squelette élait celui d’un Mammouth. 1
M. Scoby fit recueillir ces précieux restes; mais les os avaient perdu leur solidité. La tête, d’un poids extrême, se fendit, et se sépara en de nombreux fragments, et d’autres ossements du squelette souffrirent également dans l’extraction et le transport.
Déposés au Musée de Bruxelles, ces débris se détérioraient chaque année davantage, lorsque le nouveau directeur, M. Édouard Dupont, en entreprit la restauration. Il fut surtout secondé ans ce difficile travail par un des aides-préparaleurs du musée, M. Depauw, qui fil preuve, en cette occasion, de beaucoup d'intelligence et de persévérance. Après dix mois de labeur incessant, dans les substructions de létablissement, le Mammouth de Lierre se trouva enfin entièrement restauré, dans l'attitude de Ia marche.
Sa hauteur au garrot est de 3,60. La taille de l'éléphant des Indes, dont un squelelte adulte existe au Musée de Bruxelles, ne mesure que 2,60, et celle de l'éléphant du Jardin zoologique 2",45. La tête pèse 250 kilogrammes, et la défense conservée n’a pas moins de 2,90 en suivant sa courbure.
Le travail de restauration offrit de plus grandes difficultés que celui de la restitulion des os manquants. La tête n’était plus qu'un monceau de plus de deux cents fragments de toute grandeur. Un tiers environ du squelette manquait, et dut être sculpté en bois. L’humérus, pour lequel le musée ne possédait pas tous les éléments de restitution, put être complété par l'étude d’un autre humérus entier appartenant au Musée de Gand. Une des défenses est artificielle ; un tibia et la première
Lu | À
Fig. 320. Le squelette du Mammouth du Musée d’histoire naturelle de Bruxelles.