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côte gauche n’appartiennent pas à l’animal, mais à un individu de même espèce, de même âge et de même taille.
Le mode de montage du Mammouth de Lierre, aujourd'hui: déposé au Musée de Bruxelles, mérite d’être mentionné. Tandis: que l’on voit partout dans les galeries zoologiques les os des: squelettes percés, attachés et immobilisés, ce mammouth n’a pas un seul os percé. Au moyen des vis de pression on peut. à l'instant enlever tel ou tel ossement, pour le livrer à l’étude. On peut démonter cet énorme squelette en vingt minutes et. le remonter en moins d’une heure.
Nous représentons ici (fig. 320), d'après une photographie qu'a bien voulu nous adresser M. Édouard Dupont, ce: magnifique spécimen de la faune antédiluvienne. Le Mammouth monté par Adams au Musée de Saint-Pétersbourg était le seul qui existàt dans les cabinets de paléontologie avant la découverte et la restauration de celui de Bruxelles, qui est beaucoup mieux monté et dans un meilleur état de conservation.
Les ossements et les défenses de Mammouth se rencontrent en Amérique, aussi bien que dans notre hémisphère. Cuvier énumère les différentes parties de l'Amérique où les débris du Mammouth ont été trouvés, seuls ou mêlés à ceux du Mastodonte. Nous ne le suivrons pas dans cet exposé. Nous ajouterons seulement un fait postérieur à ceux qui ont été fournis par l’illustre naturaliste.
Le capitaine russe Kotzebue a trouvé des ossements de Mammouth sur la côte nord de l'Amérique. Ces ossements y sont tellement communs, que ses matelots en brülèrent plusieurs. morceaux à leurs feux. Adalbert de Chamisso, naturaliste, qui accompagnait Kotzebue, apporta en Europe une défense: longue de 4 pieds et large de 5 pouces dans son plus grand diamètre.
Il est assez étrange que l'Inde, c’est-à-dire le pays qui est aujourd'hui, avec l'Afrique, le seul asile de la race des Éléphanis, soit la seule contrée du globe où l’on n'ait pas découvert d’ossements fossiles de ces animaux.
En résumé, et d’après la longue énumération qui précède. on voit que, pendant la dernière période géologique dont nous esquissons l’histoire, le gigantesque Mammouth habitait
toutes les régions du globe terrestre. Or, les contrées qui conviennent à la race actuelle de nos Éléphants, sont l'Afrique et l'Inde, c’est-à-dire des régions au climat brûlant. Il faut conclure de là que la température terrestre était, à l’époque où ces animaux ont vécu, singulièrement plus élevée que de nos jours. |
Parmi les carnivores antédiluviens, l’un des plus redoutables était certainement l’Ursus spelœus (Ours des cavernes). Cette espèce était d’un cinquième, ou même d’un quart, plus grande que celle de nos Ours bruns. Elle étail aussi plus trapue. On en possède des squelettes longs de 3 mètres et hauts de 2 mètres. L'Ursus spelæus abondait en France, en Belgique, en Allemagne, etc. Il y était si répandu, que les dents d'Ours antédiluviens ont fait partie longtemps, comme
Fig. 321. Tête d'Ours des cavernes.
nous l'avons dit plus haut, de la matière médicale, sous le nom de Licorne fossile.
Nous donnons (fig. 322) la restauration de cet animal, d’après le squelette qui existe au Muséum d'histoire naturelle de Paris. Nous représentons à part, et à une plus grande échelle, la tète du même animal (fig. 321). Il existe au Musée d'histoire naturelle de Toulouse un spécimen très-remarquable et très-complet de squelette d’Ours des cavernes.
En même temps que l’Ursus spelœus, vivait en Europe un carnassier, le Felis spelæa ou Tigre gigantesque. Double de taille du tigre actuel, cet animai réunissait les caractères du lion et ceux du tigre. Ses restes, qu'on ne rencontre que rarement,
assignent à l’animal vivant une longueur de plus de 4 mè-
tres et une taille qui dépasse celle des plus grands de nos taureaux.
Les Hyènes aujourd'hui vivantes appartiennent à deux espèces : l'Hyène rayée et l’Hyène tachetée. Cette dernière présente une si grande conformité de structure avec l’Hyène de l’époque quaternaire, que Cuvier a cru pouvoir désigner cette dernière sous le nom d’Hyène tachetée fossile. Elle est seulement un peu plus grande que celle qui vit de nos jours.
On voit (fig. 324) la restauration d’une Hyène des cavernes
Fig. 322. Ours des cavernes. Ursus spelæus. (1/18 G. N.)
(Hyena spelæa), d'après le squelette de cet animal qui se trouve au Musée de Bruxelles. La figure 323 représente à part, et à une plus grande échelle, un fragment de la tête de l’'Hyena spelæa, qui existe au Musée d'histoire naturelle de Paris.
Un autre carnassier antédiluvien, dont nous avons déjà prononcé le nom, et qui est propre à la période quaternaire, est le Felis spelæa, c’est-à-dire le Tigre ou Lion des cavernes.
Nous représentons (fig. 325) le Felis spelæa restauré, d’après
le squelette de ce grand mammifère qui existe au Muséum. d'histoire naturelle de Paris.
L'Hipparion, herbivore solipède, avait précédé le Cheval
Fig. 323. Tète d’Hyènes des cavernes.
Nous avons donné, dans la dernière période miocène, la description et la figure de l'Hipparion. Quant au cheval, qui de-
Fig. 324. Hyène des cavernes. Hyena spelæa. (1/14 G. N.)
vait rendre plus tard tant de services à l’homme, il est apparu à l'époque quaternare ou dans les derniers temps de l’époque
tertiaire. On trouve ses débris fossiles dans les mêmes terrains que ceux du Mammouth et du Rhinocéros. Il ne se distingue de nos Chevaux actuels que par sa taille, qui étail plus petite. Les débris du Cheval fossile sont excessivement abondants dans les terrains quaternaires, non-seulement en Europe, mais encore en Amérique. Le Cheval sauvage a donc existé dans le Nouveau-Monde. On sait pourtant qu'à l’arrivée des Espagnols les chevaux étaient inconnus en Amérique. Cette espèce s'était éteinte dans ce pays, et sa dispari-
Fig. 325. Tigre des cavernes. Felis spelæa. (1/23 G.N.)
tion ne saurait en aucune manière être attribuée à l’action de l’homme.
Les Bœufs de l’époque quaternaire étaient, sinon identiques, au moins très-voisins de nos espèces actuellement vivantes : c'étaient les Bos priscus, primigenius et Pallasii. Le premier, à jambes grêles, à front bombé plus large que haut, différait peu de l’Awrochs, dont il se distinguait pourtant par une taille plus élevée et par des cornes plus grandes. On trouve les dé-
bris du Bos priseus en France en Italie, en Allemagne, en Russie, en Amérique.
Le Pos primigenius serait, selon Cuvier, la souche de nos Bœufs domestiques.
Le Bos Pallasi, trouvé en Sibérie et en Amérique, ressemble beaucoup au Buffte musqué du Canada.
A la fin de l’époque quaternaire, on voit apparaitre uu
Fig. 326. Renne fossile. (1/20 G. N.)
herbivore qui devait être plus tard une ressource providentielle pour les hommes confinés dans les contrées glacées qui avoisinent le pôle nord. Nous voulons parler du Renne, dont les ossements se trouvent souvent mêlés à ceux de l’Ursus
spelœus, du Felis spelæa, du Cervus megaceros, etc., dans les cavernes à ossements.
Le Renne fossile ne différait point de notre Renne actuel. Nous représentons (fig. 326) le Renne fossile, d'après les squelettes très-nombreux que l’on connaît aujourd’hui.
Dans les mêmes lieux où se trouvent les os des Bœufs fos-
Fig. 327. Cervus megaceros. (1/25 G. N.)
siles, on a trouvé les restes de diverses espèces de Cerfs. La question paléontologique des Cerfs est fort obscure; il est souvent difficile de déterminer si les restes d’un Cerf appartiennent à une espèce éteinte ou actuelle. Ce doute ne peut exister toutefois pour le Cerf à bois gigantesque (Cervus megaceros), un des plus magnifiques animaux antédiluviens.
Les débris du Cervus megaceros (fig. 327) se trouvent fré-
quemment en Irlande, dans les environs de Dublin, plus rarement en France, en Allemagne, en Pologne, en [lalie. Intermédiaire entre le Cerf et l'Élan, le Cervus megaceros tenait de l'Élan par ses proportions générales et par la forme de son crâne, mais se rapprochait du Cerf par sa taille et la disposition de ses bois.
Si les magnifiques bois qui décoraient sa tête donnaient à cet animal un aspect imposant, ils devaient, d’un autre côté, le gêner beaucoup dans sa marche à travers les épaisses forêts de l’ancien monde. La longueur de ces bois est d'au moins 3 mètres; ils sont tellement divergents que, mesurés d’une extrémité à l’autre, ils laissent un écartement de 3 à k mètres.
Les squelettes du Cervus megaceros se trouvent en Irlande, dans les dépôts et tufs calcaires qui s'étendent sous les immenses tourbières, ou dans la tourbe même, près de Curragh. Ils se présentent en monceaux accumulés dans un petit espace, presque tous dans la même attitude, la tête haute, le cou tendu, les bois renversés et rabattus sur le dos, comme si l’animal, subitement enfoui dans un terrain marécageux, se füt efforcé, jusqu’au moment de sa mort, de chercher de l'air respirable.
Il existe au cabinet de géologie de la Sorbonne un magnifique squelette complet de Cervus megaceros. Deux autres squelettes, aussi complets, se trouvent à Londres et à Vienne.
Passons maintenant aux grands édentés propres à l’Amérique. Le Glyptodon, le Mégathérium, le Mylodon et le Mégalonyx n’ont jamais eu d’autre patrie que l'Amérique. Ils appartiennent à l’ordre des édentés, ordre caractérisé surtout par l'absence de dents sur le devant de la bouche. L'appareil masticateur des édentés ne se compose que des molaires et des canines ; quelquefois même les dents manquent complétement. Aussi ces animaux se nourrissent-ils principalement d'insectes ou de feuilles tendres. Les Tatous, les Pangolins et les Fourmiliers sont des exemples de cet ordre d'animaux. On peut ajouter, pour les mieux caractériser encore, que leurs ongles prennent un grand développement, et entourent en grande partie l'extrémité des doigts. Les édentés semblent ainsi éta-
blir le passage zoologique entre les mammifères onguiculés et les mammifères ongulés, dont l'extrémité du doigt est entourée par un sabot, comme on le voit chez les pachydermes et les ruminants.
Le Glyptodon, qui apparut pendant la période quaternaire, appartient, parmi les édentés, à la famille des Tatous. Les animaux de cette famille offrent, comme caractère particulier et bien remarquable, un test écailleux et dur, composé de compartiments semblables à de petits pavés, recouvrant leur tête, leur corps et souvent leur queue. Ge sont des mammifères qui semblent enfermés dans une écaille de tortue.
Le Glyptodon (fig. 328) se rapprochait beaucoup des Dasypus ou Tatous. Il avait seize dents à chaque mâchoire. Ces dents sont creusées latéralement de deux sillons larges et profonds,
Fig. 3:8. Glyptodon clavipes. (1/30 G. N.)
qui en divisent la surface molaire en trois portions : de là le nom de Glyptodon. Le pied de derrière était massif el présentait des phalanges unguéales courtes et déprimées. L'animal était enveloppé et protégé par une cuirasse, ou carapace s0lide, composée de plaques. Ces plaques, vues en dessous, paraissent hexagonales et sont unies par des sutures dentées ; en dessus elles représentent des sortes de doubles rosettes.
Le Glyptodon clavipes vivait dans les pampas de Buenos- Ayres. Il n'avait pas moins de 2 mètres de longueur.
Le Schistopleuron ne diffère pas assez du Glyptodon pour que l’on puisse en faire un genre à part; ce n’est sans doute qu’une espèce du genre Glyptodon. La différence entre ces deux animaux ne repose que dans la structure de la queue : massive chez le premier, elle est composée chez le second d’une di-
zaine d’anneaux. Pour le reste, organisation et habitudes, tout est identique. Le Schistopleuron était, comme le Glyptodon, un animal herbivore, se nourrissant de racines et de débris végétaux.
La figure 328 représente le Glyptodon clavipes à l'état de squelette ; la figure 329 représente Le Schistopleuron typus restauré, c’est-à-dire à l’état de vie.
C'était, au premier abord, un être bizarre, extraordinaire que le Megatherium ou Animal du Paraguay. Si l’on jette les
Fig. 329. Schistopleuron typus. (1/20 G. N.)
yeux sur son squelette, qui fut retrouvé dans le Paraguay, à Buenos-Ayres, en 1788, et qui existe aujourd'hui dans un état parfait de conservation au Muséum de Madrid, on sera frappé de sa structure lourde, insolite, gauche et bizarre dans son ensemble et dans toutes ses parties. Cet animal appartient à l’ordre actuel des paresseux. Tout le monde a lu, dans Buffon, la description du Paresseux, et, d’après le grand écrivain, on se représente ce quadrupède comme étant de tous les animaux celui qui a reçu en partage l’organisation la plus vicieuse, comme un être auquel la nature a interdit loute
jouissance, et qui n’a vu le jour que pour la fatigue et la misère. |
L'idée exprimée par Buffon manquait pourtant de justesse. L'examen attentif de l’'Animal du Paraguay prouve que l’organisation de cet être antédiluvien ne saurait être considérée comme gauche ni bizarre, eu égard au genre de vie de son individu. Les particularités d'organisation qui rendent les mouvements du Paresseux si lourds et si pénibles à la surface du sol lui viennent, au contraire, merveilleusement en aide pour vivre sur les arbres, dont les feuilles lui servent exclusivement de nourriture. De même, si l’on considère le Mégathérium comme ayant été créé pour fouiller la terre et se nourrir de racines des arbres et des arbustes, chacun des organes de sa lourde charpente paraitra parfaitement approprié à son genre de vie et bien adapté à l’objet spécial qui lui a été assigné par la nature.
On doit placer le Mégathérium entre notre Paresseux et notre Tatou actuel. Comme le premier, il se nourrissait exclusivement de feuilles d'arbres; comme le second, il fouillait profondément le sol, pour y trouver à la fois sa nourriture et son abri.
Le Mégathérium était aussi gros qu'un Éléphant ou qu’un Rhinocéros de la plus grande espèce. Son corps avait 4 mètres de longueur et 2 mètres et demi de hauteur. Jetons un coup d'œil sur chacun des organes principaux de son squelette (fig. 330).
Sa tèle ressemble beaucoup à celle du Paresseux. L’os trèslarge qui descend de l'arcade zygomatique, le long de la joue, devait fournir une puissante insertion aux muscles moteurs de la mâchoire. La partie intérieure du museau est tellement développée, tellement criblée de trous pour le passage des nerfs et des vaisseaux, qu'il devait exister là, non pas une trompe, qui aurait été inutile à un animal muni d'un cou assez long, mais un groin analogue à celui du Tapir.
Sa mâchoire étant dépourvue de dents incisives, le Mégathérium devait se nourrir d'herbes et de racines; la structure de ses dents molaires prouve qu'il n’était, point carnivore. Chacune de ses dents ressemble à l’une des nombreuses denticules qui constituent la molaire composée de l’Éléphant.
Les vertèbres du cou, bien que puissantes, ont peu de volume en comparaison de celles de l'extrémité opposée du corps, car la tête est relativement légère et dépourvue de défenses. Les vertèbres lombaires prennent un accroissement correspondant à l'agrandissement énorme du bassin et des membres inférieurs. Les vertèbres de la queue sont énormes. Si on ajoute à ces organes osseux les muscles, les tendons et le tégument qui les recouvra.ent, on est conduit à admettre que la queue
Fig. 330. Squeiette du Méga:hcrium. (1/30 G. N.)
du Mégathérium n'avait pas moins de 60 centimètres de diamètre. Il est probable que, comme les Tatous, le Mégathérium se servait de sa queue pour supporter le poids énorme de son corps. Ce même organe devait aussi jouer un rôle formidable comme arme de défense, ainsi que cela a lieu chez les Pangolins et chez les Crocodiles.
Les pattes antérieures devaient avoir environ 1 mètre de long et un tiers de large. Elles formaient un instrument puis-
sant pour fouiller la terre jusqu'aux plus grandes profondeurs où s’enfoncent les racines des végélaux. Les pieds antérieurs posaient sur le sol dans toute leur étendue. Solidement appuyé en arrière sur ses deux pieds postérieurs et sur sa queue, placé en avant sur l’un des pieds antérieurs, l'animal employait le pied antérieur libre à creuser la terre, pour déraciner les arbres. Les doigts des pieds antérieurs étaient, à cet effet, munis d'ongles gros et puissants, qui prenaient une po-
/ 14 W ff) IN (4 4 f'
sition oblique par rapport au sol, de Ia même facon que les ongles fouisseurs de la laupe.
La solidité et l'étendue du bassin étaient énormes chez lAnimal du Paraguay. Ses immenses os iliaques sont presque à angle droit avec la colonne vertébrale. Leurs bords externes sont éloignés l’un de l’autre de plus d’un mètre et demi, disposition en rapport avec le mode de station de l'animal. Le fémur est trois fois plus épais que chez l’Éléphant, et les.
diverses particularités que présente la structure de cet os paraissent avoir eu pour but de fournir à toute sa charpente une solidité extrême par des proportions courtes et massives. Les deux os de la jambe sont, comme le fémur, courts, épais et solides; ils présentent de plus cette circonstance, qu’on ne rencontre que chez les Tatous et les Chlamyphores, animaux fouilleurs, d’être soudés entre eux par leurs extrémités. |
L'organisation anatomique de ces membres dénote une locomotion lourde, lente et difficile, mais offre le support le plus solide et le plus admirablement combiné pour le poids d'une créature énorme et sédentaire, sorte de machine fouilleuse vivante, presque immobile et d’une puissance incalculable.
En résumé, le Mégathérium (fig. 331) excédait en volume tous les édentés actuellement existants. Il avait la tête et les épaules du Paresseux; ses pieds et ses jambes offraient réunis les caractères des Fourmiliers, des Tatous et des Chlamyphores. D'une taille énorme, puisqu il avait 2 mètres et demi de hauteur, ses pieds étaient armés de griffes gigantesques. Sa queue lui servait de moyen de support et d’instrument de défense. Un animal bâti dans d’aussi massives proportions ne pouvait évidemment ni grimper ni courir; sa démarche devait être d’une lenteur excessive. Mais fallait-il des mouvements rapides à un être uniquement occupé à creuser la terre, pour y chercher des racines, et qui, par conséquent, changeail rarement de place? Avait-il besoin d’agilité pour fuir ses ennemis, puisqu'il pouvait renverser le Crocodile d’un seul coup de sa queue? A l’abri des atteintes des autres animaux, ce robuste herbivore devait vivre paisible et respecté dans les parages solitaires de l'Amérique.
Un squelette complet de Mégathérium ayant été envoyé d’Amérique au Muséum d'histoire naturelle de Paris, cette pièce a été montée avec le plus grand soin par M. Paul Gervais, en 1873, et est conservée dans les galeries de cet établissement.
Comme le Mégathérium, le Mylodon (fig. 333) tenait de trèsprès aux Paresseux. Il habitait aussi exclusivement le Nouveau-Monde. Plus petit que le Mégathérium, il n’en différait guère que par la forme de ses dents. Ces organes n'étaient
as similaires et ne présentaient que des molaires à surface
Fig. 352. Vue idéale d’un paysage d'Amérique pendant l'époque quaternaire,
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usée, plane, indiquant que l’animal se nourrissait de végétaux, probablement de feuilles et de tendres bourgeons. Comme le Mylodon présente à fois des sabots et des griffes. à chaque pied, on à pensé qu'il formait un lien entre les animaux onguiculés et les animaux ongulés. On en connait trois espèces, qui vivaient toutes trois dans les pampas de: Buenos-Ayres.
Sur les indications de l’illustre Washington, M. Jefferson, président de la république des États-Unis, signala, dans une:
Fig. 333. Mylodon robustus.
caverne de l'État de Virginie, les restes d’une espèce de Paresseux gigantesque, dont un squelette complet fut plus tard découvert au Mississipi, dans un état si complet de conservation que les cartilages, encore adhérents aux os, n'étaient point putréfiés. Jefferson appela cette espèce Megalonyx. Cet animal avait de grands rapports avec le Paresseux. Sa taille dépassait celle du plus grand Bœuf. Le museau pointu, les mâchoires armées de dents cylindriques, les membres antérieurs beaucoup plus longs que les postérieurs, l'articulation
du pied obiique sur Ia jambe, deux doigts gros, courts, armés d'ongles longs très-forts, le doigt index plus grêle, armé d’un ongle moins puissant, la queue forte et solide, tels sont les traits saillants de l’organisation du Mégalonyx, dont les formes étaient un peu moins lourdes que celles du Mégathérium.
Nous avons réuni dans la planche 332 les grands édentés qui habitaient exclusivement l'Amérique pendant l’époque quaterna.re. Le Glyptodon, le Mégathérium, le Mylodon, auxquels se joint le Mastodonte. Un pelit singe macaque, l’Orecpühecus, qui avait commencé d’apparaitre dès la période miocène, se suspend aux arbres de ce paysage, dont la végétation est semblable à celle des régions actuelles de l'Amérique équatoriale.
Nous consacrons une autre planche (fig. 334) à grouper les herbivores propres à la période quaternaire. Les bœufs, cerfs, anülopes, chevaux, etc., sont réunis sur ce paysage dont la végétation est identique à celle de nos jours.
Telles sont les espèces de grands mammifères les plus communes et les plus caractéristiques de l’époque quaternaire que nous avions à signaler.
Dans tout ce qui précède, il n’a pas encore été question des oiseaux propres à la période quaternaire. Le moment est venu de considérer cette importante classe d’animaux, et de signaler les espèces nouvelles qui ont apparu à l’époque quaternaire, espèces dont la plupart existent de nos jours, mais dont quelques-unes, et les plus considérables par le volume, ont déjà disparu de la faune contemporaine.
Un certain nombre d'oiseaux à dimensions gigantesques existaient pendant l’époque quaternaire, et ces espèces ont peu à peu disparu dès cette époque et depuis la venue de l’homme sur la terre. Dans les temps historiques, un certain nombre d'espèces d'oiseaux colossaux peuplaient les îles situées depuis Madagascar jusqu’à la Nouvelle-Zélande. Elles se sont éleintes à des époques assez récentes.
C’est sur ces derniers animaux, c'est-à-dire sur les grands oiseaux contemporains de l’homme et du déluge biblique, que nous attirerons surtout lattention du lecteur.
Les herbivores pendant l’époque quaternaire.
, + cn hr)
Le célèbre voyageur vénitien Marco Polo, dans ses récits, dont la sincérité a été si tard reconnue, donna des détails très-intéressants sur l'oiseau Ruc, l'oiseau de la fable arabe, lequel, suivant Marco Polo, habitait l’île de Madagascar. Le Grand Mogol des Tartares, dont la curiosité avait été vivement excitée par tout ce qu'on lui disait de cet oiseau merveilleux, envoya des messagers dans l’ile de Madagascar, pour y prendre des informations exactes. Les messagers revinrent, portant une plume longue de 70 empans et de 2 palmes de circonférence. Cette dépouille mit le Grand Mogol dans un juste ravissement.
Tel est le récit de Marco Polo. On le qualifia de fable, comme tant d’autres prétendus contes du même voyageur, jusqu'au jour où l’histoire de l'oiseau Ruc devint un fait avéré, jusqu'au moment où l’on apprit que des oiseaux de cette taille existaient encore à Madagascar.
Dans le dix-septième siècle, des indigènes madécasses étaient venus de l’île de France pour acheter du rhum. Or, les vases qu'ils avaient apportés étaient tout simplement des œufs de l'oiseau gigantesque de Madagascar. Un seul de ces œufs avait le volume de huit œufs d’autruche, ou de cent trente-cmq œufs de poule. Les Malgaches disaient que l’on trouvait de temps en temps de ces œufs dans les joncs, et qu’on voyait quelquefois l'oiseau. ,
On n'attachait, en Europe, aucune créance à ce récit; mais les sentiments changèrent lorsque le Muséum d'histoire naturelle de Paris recut, en 1851, un de ces œufs trouvé à Madagascar dans un éboulement, et aussi bien conservé que s’il venait d'être pondu. Cet œuf avait 88 centimètres de circonférence et une capacité de dix litres el demi.
L'oiseau Ruc de Marco Polo est aujourd’hui décoré d’un nom plus scientifique, comme il convient à sa nouvelle et plus sérieuse destinée : il s'appelle Æpyornis maximus . Des reproductions en plâire de l’œuf d’Æpyornis se voient maintenant dans toutes les collections de l'Europe.
Le Muséum d'histoire naturelle de Paris possède cinq de ces œufs. Trois ont été acquis en 1852, au prix de 5500 francs,
De œiros, élevé.
k08 EPOQUE QUATERNAIRE.
avec quelques fragments d'os d’Æpyornis. Deux ont été moulés avec une rare perfection, et placés dans une vitrine particulière de la galerie d’ornithologie. Le troisième œuf colossal, après avoir été habilement réparé dans le laboratoire de paléontologie, a élé placé dans les galeries de géologie.
L'Académie des sciences de Paris, qui ne juge pas opportun de former des collections pour son usage particulier, mais cherche toujours à employer de la manière la plus utile pour la science les objets dont elle peut disposer, a donné récemment à notre Muséum deux autres œufs d'Æpyornis, qui se voient dans la galerie des oiseaux.
On ne possède guère, d’ailleurs, de lÆpyornis que les œufs et quelques rares ossements.
M. Joseph Bianconi (de Bologne) a publié en 1865 un travail sur PÆpyornis maximus. M. Bianconi a fait des recherches étendues sur l'os {arso-métatarsien des types des oiseaux vivants. En comparant ces formes avec un fragment du tarse de l’Æpyornis, il a reconnu que ce monstre emplumé doit appartenir à la race des vautours. Des cavités et des dépressions très-marquées, appropriées à la réception de tendons et de muscles très-puissants, la forme des condyles, et surtout de la poulie médiane, rapporteraient, selon le naturaliste de Bologne, l'Æpyornis au type du condor et du vautour : ce serait un vautour quatre fois plus grand que le condor. Il y aurait là une nouvelle confirmation de tout ce que le mythe arabe nous dit sur l'oiseau Ruc.
Cependant, selon M. Alphonse Milne-Edwards, l'Æpyornis serait un oiseau du groupe des Casoars. Il n'aurait que trois doigts, et ne pourrait, par conséquent, pas enlever de proies vivantes ou mortes, comme le font les oiseaux rapaces.
Les Malgaches assurent, d’ailleurs, qu'il existe encore un oiseau monstrueux dans les forêts vierges de leur île, mais qu’il se montre très-rarement aux regards des hommes.
Dans les îles Mascareignes (île de France, Bourbon et Rodriguez), à l’ouest de Madagascar, on connaît trois autres espèces d'oiseaux incapables de voler. Ces trois espèces sont : le Dronte ou Dodo, le Solitaire, enfin un oiseau nouveau, beaucoup plus grand que les deux précédents, l'Aphanapteryæ.
Aucun de ces oiseaux gigantesques n’existe plus aujourd’hui ;
mais il est prouvé qu'ils vivaientencore, en nombre très-grand, dans cesiles, pendant les seizième et dix-septième siècles.
En 1638, on montrait en Angleterre un Dronte vivant. La peau de cet oiseau passa après sa mort au célèbre musée de John Tradescant.
En 1775, une révision générale du musée ayant été prescrite par le conseil de surveillance, tous les animaux endommagés furent jetés. Par un insigne malheur, le Dronte se trouva compris dans cette mesure barbare; on ne sauva de la destruction que la tête et les pieds. Ces débris, tout ce qui reste, hélas! de cet oiseau bizarre, sont conservés aujour-
Fig. 335 Dronte.
d'hui comme l’une des plus grandes raretés qui existent en histoire naturelle, dans le musée Ashmol, à Oxford.
Le Dronte (Didus ineptus, Latham), nommé Dodo par les Portugais, Dodaerts ou Walgh-vogel{oiseau de dégoût) par les Hollandais, Cygne à capuchon par les naturalistes français, ne présentait, selon son nom portugais, que des formes et des qualités rebutantes. Plus gros qu’un cygne, il n’avait de cet oiseau que les plumes et la conformation générale. Impropre au vol, il pouvait à peine se traîner pesamment et d’un air gauche. Sa tête, plantée sur un cou épais et court, n’était presque en entier qu’un bec énorme armé de mandibules con-
caves dans leur milieu, renflées par les deux bouts, recourbées à la pointe en sens contraire, et ressemblant exactement à deux cuillers pointues qui s’appliqueraient l’une sur l’autre, la convexité en dehors. L'ouverture de ce bec se prolongeait bien au delà de deux gros yeux noirs, entourés d’un cercle blanc; sa teinte était d’un blanc bleuâtre jusqu'à sa pointe, qui était jaunâtre en dessus et noirâtre en dessous. Un bourrelet de plumes, ou, suivant quelques observateurs, une membrane, formait sur cette tête, déjà si difforme, une sorte de capuchon. La forme du corps était à peu près celle d’un cube ou d’un dé à jouer. Des plumes grises, molles et douces au toucher, le couvraient tout entier. Une touffe de plumes jaunâtres, placées de chaque côté, tenait lieu d’ailes; cinq plumes de la même couleur, à barbes désunies et crépues, remplaçaient la queue. Toute cette masse bizarre était soutenue sur deux pieds, ou plutôt sur deux gros piliers, longs d’un décimètre, ayant presque autant de circonférence, et terminés par des doigts sans ongles. La chair du dronte exhalait une odeur excessivement désagréable, qui la rendait impropre à la nourriture. Latham a classé le dronte dans la famille des autruches, et en a fait un genre sous le nom de Didus.
A la description qui précède, nous ajoulerons quelques traits intéressants de l’histoire du dronte, empruntés à un ancien naturaliste, Herbert :
« L'îe de France, dit Herbert, nourrit un grand nombre d'oiseaux, parmi lesquels il faut compter le Dodo, qui se trouve aussi à l’île Rodriguez, mais n’a été vu, que je sache, en aucun autre lieu du monde; on lui a donné le nom de Dodo en raison de sa stupidité, et, s’il eût vécu en Arabie, on aurait pu lui donner tout aussi bien celui de phénix, tant sa figure est rare. Son corps est tout rond, si gras et si gros que d’ordinaire il ne pèse pas moins de cinquante livres; s’il n’est pas agréable à la vue, il l’est encore moins au goût, et sa chair, quoique ne rebutant pas certains appétits voraces, est un aliment mauvais et répugnant. La physionomie du Dronte porte l'empreinte d’une tristesse profonde, comme s'il sentait l'injustice que lui a faite la nature en lui donnant, avec un corps aussi pesant, des ailes tellement petites, qu'elles ne peuvent le soutenir en l’air, et servent seulement à faire voir qu'il est oiseau, ce dont, sans cela, on serait disposé à douter.
« Sa tête est en partie coiffée d’un capuchon de duvet noir, et en parüe nue, c’est-à-dire couverte d’une peau blanchâtre presque transpa-
ÉPOQUE QUATERNAIRE. hi
rente. Son »ec est fortement recourbé et incliné ‘par rapport au front; les narines sont situées à peu près vers le milieu de la longueur du bec, qui, à partir de ce point jusqu’à l'extrémité, est d’un vert clair mêlé de jaune pâle. Tout le corps est couvert d’un duvet très-fin; la queue est ébouriffée comme une barbe de Chinois, et formée de trois ou quatre plumes assez courtes; les jambes sont fortes, épaisses et de couleur noire; les ongles sont aigus. »
Des fouilles exécutées dans un petit marais de l’île Maurice à la mare aux Songes) ont ramené au jour de nombreux ossements de Dronte. On a pu, grâce à ces nouveaux vestiges, recomposer entièrement le squelette. La figure 335 représente le Dronte ou Dodo restauré d’après ces nouvelles indications.
Le second oiseau sans ailes, propre aux îles Mascareignes, el dont nous parlions comme une espèce aujourd'hui disparue, est le Solitaire. I vivait à l’île Rodriguez vers la fin du dix-septième siècle. Ses ossements ont été découverts dans les cavernes de celte ile.
Le troisième oiseau à espèce aujourd'hui éteinte, propre aux iles Mascareignes, est l’Aphanapteryæ. La figure 336 représente cet oiseau, qui a été décrit sous le nom d’Aphanapteryxæ Brœckei. Cette figure a été donnée par M. Alphonse Milne-Edwards, dans ses Recherches sur les Oiseaux fossiles, comme la réduction d’une peinture de Frauenfeld, qui se trouve au Musée de Vienne. L’Aphanapteryx vivait encore à l’île Maurice, au dix-septième siècle.
Mais c'est dans la Nouvelle-Zélande, située, comme on le sait, à nos antipodes, qu'ont été faites les découvertes les plus intéressantes concernant les oiseaux propres à la période quaternaire, el qui ont disparu presque entièrement de la faune actuelle. Explorée de nos jours, la Nouvelle-Zélande à fourni des animaux appartenant aux deux extrémités de l'échelle des grandeurs, c’est-à-dire des formes naines, bizarres et complétement inconnues, à côté de formes plus que gigantesques. De nos jours, le nombre des espèces néo-zélandaises est aussi grand que celui que présente le reste du globe tout entier.
C’est en 1811 que l’on recut pour la première fois, en Europe, la peau d’un Æüwi de la Nouvelle-Zélande, provenant de la baie de Dusky. Comme on ne savait à quelle famille rap-
porter cet oiseau étrange, on ne s’en occupa que fort peu jusqu’en 1833, c’est-à-dire lorsque le naturaliste Shaw décrivit cet oiseau sous le nom d'Apteryx australis (oiseau méridional sans ailes).
Le Xhvi est un oiseau de petite taille. Il n’est pas plus grand qu'une poule; il est sans ailes et sans queue; il a quatre doigts et porte un long bec muni de narines à son extrémité. Son corps est couvert de longues plumes séparées.
Les peaux du kiwi se payèrent d’abord jusqu’à 300 francs
Fig. 336. Aphanapteryx Brœckei.
en Angleterre. Elles passaient pour les plus grandes raretés aux yeux des collectionneurs européens, d'autant plus que l'on croyait que cette espèce serait bientôt complétement éteinte. Mais il est prouvé, par des recherches plus récentes, que le Kiwi n’a été détruit que dans le voisinage des habilations de l’homme, et que cet oiseau vit encore, dans la profondeur des forêts et dans les montagnes les plus inaccessibles de la Nouvelle-Zélande où il est rare. On en connaît déjà trois variétés différentes, qui s’augmenteront probablement
d'une quatrième, de taille plus grande, dont on a trouvé la trace.
M. Verreau avait vu la peau d’un oiseau de cette espèce, préparée comme manteau, sur le dos d’un chef néo-zélandais; mais il ne put faire acquisition de cette peau.
L'Association britannique pour l'avancement des sciences chargea une commission, composée de M. Ferdinand de Hochstetter et de M. P. L. Sclater, secrétaire de la Société zoologique de Londres, de recueillir tout ce qu'on sait sur cet oiseau et de provoquer des recherches nouvelles à ce sujel. Grâce aux efforts de ces savants, le Jardin zoologique «'e
Fig. 337. Apteryx, ou Kiwi de la Nouvelle-Zélande.
Londres a possédé, en 1852, un individu femelle d’Apteryæ Maontellii, auquel on donnait tous les jours une demi-livre de viande de mouton et des vers. Cet oiseau pondait plusieurs œufs, qui étaient nécessairement inféconds. L'Apteryx pesait un peu plus de deux kilogrammes.
Un deuxième individu vécut quelque temps au Jardin z00logique de Londres.
Nous représentons ici (fig. 337) ce dernier spécimen d’une espèce au moment de disparaitre.
Les Kiwis qui vivent encore aujourd’hui dans les forêts de la Nouvelle-Zélande, ne sont que les derniers et maigres représentants d'oiseaux gigantesques de la même famille qui peu-
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plaient autrefois les mêmes parages, et dont nous avons maintenant à parler.
Le Dinornis (fig. 338), qui vivait pendant les temps historiques à la Nouvelle-Zélande, est l’o’seau le plus grand qui ait jamais existé. Les indigènes de la Nouvelle-Zélande désignent cet oiseau sous le nom de Moa, nom qui s'applique
Fig. 338. Dinornis elephantopos restauré.
d’ailleurs en général à tous les oiseaux de dimensions gigantesques qui habitent les forêts néo-zélandaises.
Ce sont des missionnaires qui les premiers ont eu connaissance de l’existence des Moas par les récits et les traditions des indigènes, dont les aïeux avaient eu, disaient-ils, de terribles combats à soutenir contre ces oiseaux. Les indigènes montraient encore l’endroit où le dernier Moa fut tué, après une lulle sanglante qui coûta la vie à plusieurs hommes.
Comme preuve de ce qu'ils avancaient, ils faisaient voir de grands os, qui se trouvaient épars dans les alluvions des rivières, sur la côte, dans les marais et les cavernes, et qu'ils déclaraient être des débris de ces énormes oiseaux.
En 1839, le premier fragment d’un os de ce genre arriva à Londres; il avait la forme d’un os de bœuf; mais le célèbre Owen démontra qu'il devait provenir d’un oiseau. Ce fait excita la curiosité générale. On ordonna d'entreprendre immédiatement des recherches nouvelles et très-actives dans l’intérieur des îles de la Nouvelle-Zélande.
Le résultat de ces recherches fut l'envoi en Angleterre de plusieurs caisses remplies d’os de Moas, que le missionnaire Williams expédia, en 1842, au célèbre géologue anglais Buckland, en lui annonçant que ces débris avaient été recueillis dans l’île du nord.
Buckland ayant fait cadeau de ces ossements au musée du Collége des chirurgiens de Londres, Richard Owen réussit à construire, avec ces fragments, ces immenses pieds du Diuornis giganteus, qui sont l’une des plus grandes curiosités du musée actuel. Ces pieds sont hauts de 1",57, ce qui donnerait à l’oiseau entier une taille d’au moins 3 mètres ! C’est bien là l’oiseau le plus grand dont on ait encore entendu parler. Son tibia seul mesure 90 centimètres.
C'est d’après les travaux de Buckland et d'Owen que nous avons reconstruit, restauré, selon l'expression consacrée, le Dinornis elephanlopos que l’on voit représenté figure 338.
Un travail publié en 1873, par un naturaliste de la Nouvelle-Zélande, M. Lawry Buller, nous permet de mettre sous les yeux de nos lecteurs le dessin exact du squelette du Dinornis giganteus, la plus grande espèce de ce genre et, par conséquent, le plus grand oiseau qui ait jamais existé.
Le squelette du Dinornis giganteus, que représente la figure 339, a été dessiné par M. Buller, dans son ouvrage sur les Oiseaux de la Nouvelle-Zélande (Description of the Birds of the New Zeland), publié à Londres en 1873. Ce squelette du Dinornis ingens se trouve dans le Musée de Canterbury (Nouvelle-Zélande). Il dépasse de beaucoup la grandeur du squelette de l’Autruche, et n’a pas moins de 2 mètres 50 de hauteur. M. de Hochstetter, à qui l’on doit tant de précieuses
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observations sur le Dinornis, a publié le dessin que nous reproduisons (fig, 340) du Dinornis giganteus. À côté de l’oiseau gigantesque on voit quelques Xiwis, bien petits êtres à côté du colossal Dinornis.
Une autre espèce d'oiseau gigantesque a été trouvée à la Nouvelle-Zélande, c’est le Palapteryx. Des os d'oiseaux, en nombre considérable, ayant été rapportés à Vienne par M. de Hochstetter et la frégate la Novare, un naturaliste de Vienne, M. le docteur Jœger, a essayé de compléter quelques squelettes à l’aide des os mis à sa disposition.
Le premier résultat de ces travaux a été la réunion du squelette complet du Palapteryx ingens. La hauteur totale du squelette tel qu'on l’a dressé est de 2 mètres : mais il est probable que l'individu adulte avait une taille de 2,3 à 2",4. Le Palapteryx adulte a donc la taille moyenne de l’autruche.
Les particularités par lesquelles le squelette du Palapteryx se distingue le plus du squelette d’autruche sont la solidité des extrémités postérieures, le bassin ouvert (car les os du pubis ne sont pas réunis), et surtout le nombre des doigts. Le Palapteryx ingens avait quatre doigts, comme l’Apteryæ et les échassiers; c'est par là qu'il se distingue aussi des Dinornis à trois doigts. L'existence d’un quatrième doigt rudimentaire résulte avec certitude de l'examen du fragment de tarse, malgré l’absence de la phalange et de la!griffe. Une particularité caractéristique est aussi le pont osseux du condyle inférieur du tibia, que l’on trouve aussi chez le corbeau et chez ies poules ; la rotule ne fait pas non plus défaut. Les extrémités antérieures sont, au contraire, à peine indiquées ; il ne peut même pas être question d’ailes semblables à celles de l’autruche. Sur le bord antérieur du sternum se remarquent deux cavités peu prononcées où s'adaptent des os bifurqués rudimentaires, longs d’à peine 5 centimètres; mais il n'y à pas de facette articulaire proprement dite; l’omoplate et les apophyses ptérygoïdes manquaient probablement tout à fait chez cet oiseau.
Le moulage et le dressage de ce squelette ont été un vrai travail de patience; ils ont été exéculés par M. Maniani, de Vienne. Le modèle en plâtre du Palapteryx ingens se soutient sans support visible; les jambes sont traversées par des
ig 339. £queleite du Mca(Dinornis giganteus) du Musée de Canterbury (Nouvelle-Zelande).
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tiges de fer qui leur donnent plus de solidité, et le tout se trouve dans la position d'équilibre que l’oiseau devait affecter de son vivant pour pouvoir balancer son énorme corps sur ses gros pieds. Le centre de gravité du corps étant au centre de la poitrine, il est impossible d'admettre que l’axe de rotation du corps, dans sa position d'équilibre, soit dans l'articulation coxo-fémorale, c’est-à-dire où commencent les jambes; l’axe de rotation doit passer par le centre de gravité, et il sera permis de le chercher dans l'articulation du genou, en disposant les genoux de manière que leur ligne de jonction passe par le centre de la poitrine. Les fémurs ne se dressent plus alors dans une position verticale ni même inclinée, ils se placent horizontalement ou même retombent légèrement en arrière.
Pour consolider encore le plâtre, les différentes parties du modèle furent imbibées d’acide stéarique, ce qui leur a donné en même temps une teinte qui imite d’une manière frappante la couleur naturelle des ossements originaux.
Grâce à tous ces soins, on a obtenu un modèle qui excite l'admiration de tous les connaisseurs, et qui ne tardera pas sans doute à se répandre dans d’autres. collections ou musées d'histoire naturelle.
Tout récemment, disent les journaux anglais, un naturaliste distingué, M. Alldis, a présenté à la Société linnéenne de Londres un grand nombre d’ossements formant un squelette à peu près complet du même oiseau.
M. Huxley, qui a examiné ces débris, est d’avis que l'oiseau n’était mort que depuis dix à douze ans. Le docteur Hooker a émis l'opinion que ces débris pouvaient avoir été conservés dans la glace, comme les débris des mammouths de Sibérie. Il faut donc admettre que les oiseaux qui ont fourni ces restes vivaient il y a très-peu de lemps. De là à supposer qu'il en existe peut-être encore dans les forêts de l’intérieur, il n’y a qu'un pas. Celte supposition devient encore plus probable, si on réfléchit, d’un côté, que l’intérieur de la Nouvelle- Zélande est encore inexploré, et de l’autre, que les oiseaux tels que l’autruche fuient toujours le voisinage de l’homme.
On peut maintenant se demander à quelle époque les Dinormis et Palapteryx, ces gigantesques oiseaux, ontexisté dans
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les îles de la Nouvelle-Zélande, et quelle a été la cause de leur disparition. L’élat de conservation des ossements, leur présence dans les formations les plus récentes, et à la surface même du globe, sont des preuves irrécusables de leur peu d'ancienneté.
Mais, en dehors de ces preuves palpables, les récits et les traditions des indigènes témoignent assez que les Moas, c’està-dire les grands oiseaux dont nous venons de parler, existaient en grand nombre dans ces îles, lorsque, il y a environ six cents ans, les premiers peuples Maoris immigrèrent dans la Nouvelle-Zélande. Il est plus que probable dès lors que les derniers débris de ces oiseaux étranges n'ont disparu de la terre que depuis quelques générations.
Mais comment ont-ils disparu? Est-ce par une pure extinction naturelle de leur race? Nous ne le pensons pas, et nous croyons que c’est à l’action de l’homme qu'est dû l’anéantissement de ces gigantesques habitants des forêts.
L'homme a déjà exterminé complétement beaucoup d'espèces et de races animales, el l’on peut remarquer que ce sont précisément les espèces les plus grandes qui succombent les premières à ses attaques acharnées. On peut même dire que
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tous les animaux très-grands sont condamnés à être peu à peu détruils et exterminés par l’homme, à moins qu'ils n'aient acheté leur vie par la servitude, en s’attachant à lui en qualité d'animaux domestiques.
La raison de ce fait est, d’ailleurs, facile à comprendre : l'animal nous est utile ou il nous est nuisible. S'il est de grande taille, il peut nous profiter beaucoup ou nous faire beaucoup de tort. Voilà pourquoi l’homme s’attaque de préférence aux grands animaux, soit pour les tuer et s’en nourrir, soit pour se débarrasser de leur dangereuse présence. La pêche de la baleine est très-lucrative, en raison du volume énorme de cet animal; la chasse au lion est une chasse glorieuse à cause de l'importance de l'ennemi. Ainsi, la grande taille de ces animaux les prédestine à être détruits par l'homme. La lutte est beaucoup plus courte que s’il s'agissait de petits animaux, parce que les grands animaux sont toujours en petit nombre. La disparition de l’Élan et de l'Aurochs des forêts de l'Allemagne, la diminution toujours croissante
Fig. 340, Apleryx (Kiwis) e Dinornis giganteus, restauré par M. de Hochstetter.
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des baleines dans l’océan Atlantique, sont des exemples frappants de cette vérité.
Nous citerons deux autres faits qui montrent d’une manière plus évidente encore la rapidité avec laquelle la lutte se termine quelquefois, et qui prouvent qu'en très-peu de lemps on peut voir se perdre jusqu'au souvenir d’une race en butte aux persécutions de l’homme.
En 1741, le géologue Steller, qui accompagnait le capitaine Behring dans soa deuxième voyage, découvrit sur la côte de l’île de Behring, près du Kamtchatka, un colosse appartenant au genre des lamentins. La Rhytine [Rhyt na Stelleri), tel était son nom, étail répandue par grandes troupes sur toute cette côte. Le corps de cet animal pesait 80 kilogrammes. Sa chair, d'un goût agréable, et sa graisse signalaient cet inoffensif animal aux balles des chasseurs. En 1768, on tua le dernier individu de cette race. Ainsi, vingt-sept ans ont suffi pour faire disparaître la Rhytine de la surface du globe. En dépit de toutes les invitations des naturalistes et des primes promises par le gouvernement russe, on n’a jamais pu retrouver la moindre trace de cet être, qui a été bel et bien exterminé par l’homme. Un fragment de crâne que possède le Musée de Saint-Pétersbourg est tout ce qui nous en resle, et sans la description qu’en a donnée le géologue allemand naufragé sur la côte de Kamtchatka, nous n’aurions aucune espèce de soupcon de l'existence de la Rhytine. Si lon voulait se renseigner à cet égard auprès des chasseurs de phoques ou aux baleiniers qui hantent ces parages, et qui ont détruit l'animal, ils répondraient certainement qu'ils n’ont jamais entendu parler d’une créature semblable.
La disparition du Dronte de l’île de France s’est accomplie presque aussi rapidement. Les matelots de l'amiral hollandais Wybrand de Warwyk, qui fut jeté, en 1598, sur la côte de l'ile de France, commencèrent la lutte meurtrière. La chair du dronte était si désagréable, qu'ils le surnommèrent, comme nous l’avons dit, l'oiseau du dégoût (walgh-vogel), et tout l'équipage pris ensemble ne put jamais dévorer plus de deux bêtes en un jour. Toutefois, le besoin poussa les mate- Jots à tuer un grand nombre de ces animaux lourds et stupides. Déjà, en 1607, les drontes diminuaient énormément,
au dire du commerçant Paulus Van Soldt, dont l'équipage se vit obligé de se nourrir pendant vingt-trois jours de drontes et de tortues. C’est en 1682 qu'il est fait mention pour la dernière fois de ce bizarre oiseau. Les recherches que Bory de Saint-Vincent exécuta sur les lieux au commencement du siècle actuel, ont montré qu'à cette époque il s'était perdu à l'île de France jusqu'au souvenir des drontes. Il n’en était même plus question dans les traditions populaires.
On ne saurait douter que les oiseaux géants de la Nouvelle- Zélande dont nous venons de tracer l'histoire rapide vécussent encore, comme le dronte, dans les temps historiques. Leur disparition ne peut donc êlre attribuée qu’à l’action de l’homme.
Reporlons-nous par la pensée à une époque où la Nouvelle- Zilande était encore vierge du pied de l’homme, c’est-à-dire à une époque éloignée de six à huit siècles. Les gigantesques Dinornis et Palapteryx, dont on trouve aujourd’hui les débris, devaient alors vivre en très-grand nombre sur ses pelouses, et trouver pour leur nourriture les racines d’une fougère, la Pteris esculenta. Ces grands oiseaux étaient alors les seuls êtres vivants qui peuplassent la Nouvelle-Zélande; car en fait de mammifères indigènes, on ne connaît dans ce pays qu’un rat! C’est alors que la tribu sauvage des Maoris, chassée des iles Samoa par des guerres intestines et par le besoin, chercha un asile dans la Nouvelle-Zélande. Les grands oiseaux et le petit rat étaient la seule proie sur laquelle pouvait s’abatire leur faim, car les immenses forêts de ces îles ne leur offraient rien autre chose pour leur subsistance. Grâce à cette volaille aux dimensions démesurées et à la viande que fournissait le petit rat néo-zélandais, la peuplade des Maoris prospera et se mulliplia ; elle arriva à former une nation de quelque cent mille âmes. Il serait impossible d'expliquer, sans ces oiseaux gigantesques, comment 200000 à 300 000 hommes auraient pu vivre dans ces îles où le règne végétal n'offre aucune substance comestible, excepté les racines de quelques fougères.
- Les traditions locales confirment suffisamment cette hypothèse. Il existe des poëmes en langue maori dans lesquels le père enseigne à son fils la manière de combattre les Moas, de
les chasser et de les tuer. Le poëte décrit les orgies et les fêtes célébrées à la suite d’une heureuse chasse. Cormack et Mantell ont rencontré en grand nombre des os de moa dans le voisinage des campements et des foyers des indigènes. On a trouvé des monceaux énormes de ces os, provenant évidemment des restes des grands repas qui avaient lieu à l’occasion des fêtes. Les plumes de moa servaient aux indigènes d’ornements pour leurs armes, et les œufs gigantesques de ces animaux étaient placés dans les tombeaux, afin de servir de provision aux défunts pendant leur voyage aux sombres bords. C'est ainsi que les oiseaux gigantesques des forêts de la Nouvelle-Zélande, formant à peu près le seul gibier des indigènes, ont dû être détruits complétement dans le cours de quelques siècles.
Ajoutons un dernier trait pour achever ce tableau.
Les Maoris s'étaient prodigieusement multipliés et s'étaient répandus sur toutes ces îles. Mais une fois les grands oiseaux exterminés, comment cette peuplade put-elle se nourrir? À cette question, on ne peut répondre qu’en invoquant ce Cannibalisme affreux que les premiers Européens qui visitèrent la Nouvelle-Zélande rencontrèrent, vers la fin du siècle dernier, dans ce pays infortuné! Quel autre motif que le besoin et la faim pourrait, en effet, pousser l’homme à dévorer son semblable? Un phénomène aussi anormal, qui ne se rencontre même chez les animaux que comme une rare exception, ne saurait s'expliquer autrement. Ce n’est ni la barbarie primitive, ni la brutalité du caractère, ni le paganisme, qui suffiraient pour faire comprendre de tels excès. Les indigènes des îles australes ont été poussés à s’entre-dévorer par la même raison qui fait oublier aux naufragés qui manquent de vivres le respect de la chair humaine.
L'histoire de la Nouvelle-Zélande, dans le dernier siècle, ne présente en effet qu’une longue série de guerres de cannibales.
Häâtons-nous de dire qu'en moins de vingt ans la face des choses a complétement changé dans ces contrées, grâce à l'introduction, par les Européens, du cochon et de la pomme de terre, qui ont permis aux indigènes de satisfaire leur faim, sans répandre le sang de leurs frères.
Le célèbre chef zélandais Rauparaha , mort vers 1840, dans un âge très-avancé, avait vu les trois périodes de l'existence
de sa nation. Tout jeune, il avait encore pris part aux repas.
composés de racines de fougère et de viande d'oiseau des bois. Devenu homme, il avait entrepris des guerres de cannibaies et mangé de la chair humaine, comme les autres membres de la tribu qu’il commandait. Vieillard et prisonnier de guerre sur un bâtiment anglais, il dinait avec des Européens et à leur manière.
L'histoire des digestions de Rauparaha était l’histoire des peuplades de la Nouvelle-Zélande.
Cette digression sur les oiseaux de l’époque quaternaire, dont l'espèce est éteinte, ou qui sont au moment de disparaitre, termine ce que nous avions à dire sur la faune de lé6poque quaternaire.
Nous avons essayé de représenter, dans la figure 341, l’aspect d’un coin de la terre, en Europe, peuplée par les grands mammifères, pendant l'époque que nous venons de décrire. L'Ours est placé à l'entrée de sa caverne, pour rappeler à la fois et son genre de vie et l’origine de son nom paléontologique (Ursus spelæœus, Ours des cavernes); il achève de ronger les os d’un Éléphant. Au-dessus de la caverne, l'Hyène (Hyæna spelæa) guette, d’un œil farouche, le moment de disputer ces restes à son redoutable rival. Des Cerfs aux grands bois, mêlés à d’autres animaux de cette époque, courent dans le vallon, que remplissent des arbres et arbustes, formant une végétation identique à celle de nos jours. Des montagnes, récemment soulevées, se voient à l'horizon: elles sont recouvertes d’un manteau de neige glacée, pour rappeler l’arrivée prochaine de cette période glaciaire qui va bientôt se manifester, et qui, en refroidissant d’une manière inopinée une partie de la terre, doit provoquer le rapide anéantissement des Mammouths et des Rhinocéros fichorhinus, et effacer leur race de la surface du globe.
Tous les ossements fossiles appartenant aux grands mammifères que nous venons de décrire se rencontrent dans les terrains de l’époque quaternaire; mais les plus abondants de tous sont ceux de l'Éléphant et du Cheval. L’extrême profu-
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