‹ La terre avant le délugeChapitre 60 sur 75 · EU · texte numérisé non relu

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Fig. 341. Vue idéale de la terre pendant l’époque quaternaire.

sion d'os de Mammouth enfouis dans les couches supérieures de notre globe n’est surpassée que par la prodigieuse quantité d’ossements de Cheval que recèlent ces mêmes couches. La singulière abondance des restes de ces deux animaux prouve que pendant l’époque quaternaire la terre donnait asile à d'immenses troupeaux d’Éléphants et de Chevaux. Il est probable que d’un pôle à l’autre, de l'équateur aux deux extrémités de l’axe du globe, la lerre formait une sorte de prairie sans limites, et qu’un immense tapis de verdure recouvrait partout sa surface. Des pâturages aussi abondants étaient nécessaires pour suffire à l’entretien de cette prodigieuse quantité d’herbivores de grande taille et à leur incessante reproduction.

L'esprit peut à peine se représenter ces plaines immenses et verdoyantes du monde primitif, animées par la présence du nombre infini de leurs habitants. Par une température brûlante, des pachydermes aux formes monstrueuses, mais aux allures paisibles, se promenaient dans les hautes herbes, composées de graminées de toutes sortes; des Cerfs de la plus grande taille, la tête ornée de bois gigantesques, escortaient la lourde phalange des Mammouths, tandis que des Chevaux, aux formes petites et ramassées, galopaient ou gambadaient dans ces magnifiques horizons de verdure, dont nul œil humain ne contemplait encore l’agreste sérénité.

Cependant tout n’était pas joie et tranquillité dans ces tableaux champêtres de l’ancien monde : de voraces et redoutables carnassiers faisaient une guerre acharnée à ces troupeaux inoffensifs. Le Tigre et le Lion, l’Hyène farouche, l’Ours et le Chacal y choisissaient leur facile proie.

C'est une partie des traits du tableau que nous avons réunis dans la figure 341.

La plupart des espèces animales dans les diverses classes qui vivent de nos jours ont apparu sur le globe pendant l’époque quaternaire.

Ce fait général qui concerne l’animalité, il faudrait le répéter pour le règne végétal, et dire que la plupart des plantes qui décorent le globe actuel, surtout les grands végétaux, datent de l’époque quaternaire.

Les terrains tertiaires, en plusieurs parties plus ou moins étendues de l’Europe, sont recouverts d’une couche de débris hétérogènes qui remplit les vallées. Cette couche est composée d'éléments très-divers, mais provenant toujours de fragments détachés des roches environnantes. Les érosions qui se remarquent au bas des collines, et qui ont agrandi les vallées déjà existantes, la masse de remblais accumulés en un même point, et qui sont formés de matériaux roulés, c'est-àdire usés par la continuité du frottement pendant un long transport, tout indique que ces dénudations du sol, ces déplacements des corps les plus lourds à de grandes distances, sont dus à l’action violente et subite d’un large courant d’eau. Un flot immense a été lancé soudainement à la surface des terres; il a {out ravagé sur son passage, il a raviné profondément le sol, entraiînant et poussant devant lui les débris de toutes sortes qu’il emportait dans sa course désordonnée. On donne le nom scientifique de diluvium au terrain remué et bouleversé qui, par son hétérogénéité, accuse à nos yeux le rapide passage de l’impétueux courant des eaux, et l’on désigne par le nom vulgaire de déluge le phénomène en lui-même.

A quelle cause atlribuer ce subit et temporaire envahissement des continents par un courant d’eau rapide, mais passager ? Au soulèvement d’une vaste étendue de ferrain, à la formation d’une montagne dans le voisinage ou dans le bassin même des mers. Le terrain, subitement élevé par un mouvement de bas en haut de l'écorce terrestre, ou par un plissement, une ride formés à sa surface, a, par contlre-coup, violemment agité les eaux, c'est-à-dire les parties mobiles de notre globe. Par cette brusque impulsion, ces eaux ont été lancées dans l’intérieur des terres; elles ont produit dans les plaines de terribles inondations; elles ont, pour un moment,

LES DÉLUGES D'EUROPE. h31

couvert le sol de leurs ondes furieuses, mêlées aux débris des terrains dévastés par leur envahissement subit. Le phénomène a été brusque, mais court, comme le phénomène de plissement de l’écorce terrestre, comme le soulèvement de la montagne ou de la chaîne de montagnes qui l’avait provoqué; mais il s'est renouvelé à plusieurs reprises, témoin les vallées à étages des environs de Lyon et aussi celle de la Durance. Ces étages indiquent autant de lames successives. En outre, les déplacements des blocs minéraux de leur situation normale sont le témoignage, aujourd'hui parfaitement reconnaissable, de ce grand phénomène.

Il y a eu sans doute, pendant les époques antérieures à l’époque quaternaire, des déluges tels que nous venons de les décrire. Les montagnes et chaînes de montagnes qui se sont formées par suite de plissements ou de fractures de la croûte solide du globe, effel de son refroidissement et de l’action incessante des feux souterrains, ont dû provoquer de semblables irruptions momentanées des eaux, Le fait est démontré pour les terrains houillers. On trouve quelquefois dans ces terrains des conglomérats' empâtés de blocs énormes. On en voit de beaux spécimens dans la vallée de Gier.

Cependant les témoignages visibles de ce phénomène, les preuves de celte dénudation, de ce ravinement du sol, les poudinques où conglomérals, ne sont nulle part aussi accusés que dans les couches superposées, de loin en loin, aux terrains tertiaires, qui portent le nom géologique de diluvium et que l’on voit représentés sur le tableau colorié du frontispice de cet ouvrage. Le phénomène complet des déluges, tel que nous l’avons considéré, peut donc être regardé comme spécialement propre à l’époque quaternaire.

Comme nous le disions au début de ce chapitre, deux déluges fort distincts se sont succédé dans notre hémisphère pendant l’époque quaternaire. On peut distinguer les deux déluges de l'Europe et celui de l'Asie. Les deux déluges européens sont antérieurs à l'apparition de l’homme; le déluge

1, On nomme ainsi les fragments de roches ou cailloux arrondis ou usés par l’action des eaux et réunis par un ciment minéral.

asiatique a été postérieur à l’homme, et la race humaine a eu certainement à souffrir de ce cataclysme.

Nous n'avons à parler, dans ce chapitre, que des deux dé- -luges européens.

Le premier a sévi dans le nord de l’Europe. Il fut provoqué par le soulèvement des montagnes de la Norwége. Partant de la Scandinavie, le flot s’étendit et porta ses ravages dans les régions qui forment aujourd’hui la Suède et la Norwége, la Russie d'Europe et le nord de lAllemagne. Le déluge scandinave a couvert d’un manteau de terrain meuble toutes les plaines et toutes les dépressions de l'Europe septentrionale.

Comme les régions au milieu desquelles s’opéra le soulèvement montagneux, comme les mers qui environnaient ces grands espaces, étaient en partie gelées et couvertes de glaces, vu leur élévation et leur voisinage du pôle, le flot liquide qui traversa subitement ces contrées entraïnait dans ses ondes une masse énorme de glacons. Le choc de ces blocs solides d’eau congelée dut contribuer à accroître l'étendue et l'intensité des ravages occasionnés par ce violent cataclysme, que nous représenltons dans la planche 342. |

Les preuves physiques de ce déluge du nord de l'Europe résultent pour nous de l’immense manteau de terrain meuble qui couvre aujourd'hui toutes les plaines et toutes les dépressions de l’Europe septentrionale. On a trouvé sur ce dépôt et dans son intérieur une foule de blocs erratiques, et qui sont souvent d’un volume considérable. Tel est, par exemple, le bloc de granit que l’on a trouvé en Russie et qui a servi à former le piédestal de la statue de Pierre le Grand à Pétersbourg. Dans l’intérieur de la Russie, dont le sol est formé par le terrain de transition (terrain permien)!, la présence de ce bloc de granit ne peut s'expliquer que par son transport sur les glaces, entraînées elles-mêmes par un courant diluvien. Tel est encore un autre bloc de granit du poids de 300 000 kilogrammes, qui fut trouvé sur le sable dans les plaines septentrionales de la Prusse et dont on fait une immense coupe pour le Musée de Berlin.

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