‹ La terre des merveillesChapitre 11 sur 39 · CHAPITRE YIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YIII

LA FJUEHOLE

Le Parc des Élans. — Rencontre de chasseurs. — Le Gibbon Paint-Pot Basin. — Le Geyser de sanf,^ — Nouvelles sources boueuses. — Phénomène chimique. — Instinct des chevaux. — Le Monument Geyser Basin. — Puissant jet de vapeur. — Beau panorama. — Le Gibbon Canon. — Une cascade. — La rivière des Trous à t'en. — Un loghouse. — Le registre des voyageurs. — J^a vallée de la Firehole. — Aspect des geysers à l'approche du soir. — Le campement.

Après avoir consacré quelques heures à Texamen de ces phénomènes, nous remontâmes en selle pour continuer vers le sud. L'orage de la nuit avait transformé le chemin en hourbier, et nos chevaux pataugeaient à Tenvi.

Au bout d'une heure apparut le Parc des Élans (Elk Park). Rien de plus frais que cette enceinte verdoyante entourée d'une magnifique ceinture de montagnes couvertes de forêts de pins : la rivière Gibbon y serpente à travers les prairies.

C'est une admirable région pour les amateurs de gros gibier : les hôtes des montagnes Rocheuses font de ces beaux pâturages leur séjour favori. Nous y rencontrâmes un campement de chasseurs : ils voyageaient dans des wagons dont ils faisaient des tentes pendant la nuit. Ces Nemrod nous montrèrent avec orgueil les produits de leur chasse : ils avaient abattu un superbe élan et un cerf wapiti.

Vers l'extrémité du Parc des Élans, au milieu des bois et non loin de l'entrée du Gibbon Cafion, est situé le Gibbon Paint-Pot Basin. Un sentier à peine tracé à travers les taillis nous y mena.

Rien de plus étrange que l'aspect de ce bassin : sur une étendue de deux ou trois hectares, le sol est criblé de centaines de cratères qui vomissent des matières moitié solides moitié liquides. Le Blood Geyser projette une colonne d'eau d'une couleur rouge si prononcée, que le ruisseau auquel il donne naissance semble rouler des flots de sang : cette teinte est due aux couches d'argile rouge à travers lesquelles les eaux bouillantes se frayent passage. Des masses boueuses de toutes nuances font explosion de tous côtés, jaillissent dans l'air avec des bruits

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singuliers et s'étalent sur les bords des cratères, affectant dans leurs éclaboussements les formes les plus grotesques et les plus inattendues. La pâte, douce comme du velours au toucher, pourrait fournir à la palette du peintre les plus vives couleurs qu'il y ait dans la nature : le rouge cramoisi y éclate à côté du bleu d'outremer, le violet d'évcque s'y mêle au jaune de Sienne ou au blanc de plâtre. Tout autour des sources boueuses le sol rappelle l'aspect de la porcelaine prête à être moulée par le potier. Les innombrables fumerolles qui s'élèvent des fissures forment un dôme vaporeux au-dessus du bassin.

Quel est le mystérieux phénomène qui se passe dans ce laboratoire naturel? Le chimiste, en remarquant que l'eau et la boue de ces salzes sont chargées d'alun, répondra qu'il s'opère une décomposition des silicates alumineux des tufs volcaniques soumis à l'action des eaux sulfureuses.

Comme nous entrions dans le Gibbon Canon, nous remarquâmes, à droite de la route, un poteau signalant le sentier qui mène, par la rive opposée de la Gibbon River, au Monument Geysev Basin. Les nombreuses sources d'eau bouillante qui jaillissent en cet endroit sur les bords de la

rivière y déterminent des courants cliauds : iloS chevaux, en franchissant la rivière, surent les éviter avec ce merveilleux instinct qui caractérise les poneys indiens tout comme leurs congénères d'Islande.

Après avoir gravi pendant vingt minutes les flancs ardus du mont Schurz, nous atteignîmes, à 300 mètres au-dessus de la rivière, un bassin de deux hectares d'étendue où sont groupés une douzaine de geysers à demi éteints, dont les cônes sont comme des monuments élevés par le patient travail de la nature : tant(5t ils simulent Faspect d'un monstrueux animal, tantôt d'un homme décapité, tantôt d'une vulgaire cheminée.

Ces cônes, dont la hauteur varie de 2 à 4 mètres, présentent tous au sommet un orifice; quelques-uns émettent encore des vapeurs; mais la plupart semblent avoir conquis les droits à la retraite, et leurs parois, que ne consolident plus de nouveaux dépôts de geysérite, s'émiettent rapidement. Il y eut un temps où des flots d'eau bouillante jaillissaient de leurs orifices : leur aspect actuel montre que l'activité volcanique de cette région est en voie de décroissance.

Ce bassin renferme les accessoires ordinaires

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(les g-ovscrs, sources d'eau bouillante, solfatares, fumerolles; d'une fissure s'échappe un jet de vapeur avec un sifflement assourdissant, qui s'entend à une distance considérable comme un sifflet de locomotive : le bruit peut seul en faire soupçonner la présence, car le courant chaud est si sec qu'il est presque invisible. Une branche de pin placée devant l'orifice se dessèche, se contracte et éclate presque instantanément.

Ce curieux bassin , situé dans une région écartée, n'est connu que depuis peu de temps. Qui pourrait dire combien de merveilles inconnues renferme cette terre, encore mal explorée!

La vue qu'on embrasse de cet endroit sur le Parc des Élans est d'une grande beauté : l'œil suit avec complaisance la rivière Gibbon traçant ses capricieux méandres au milieu des vertes prairies encadrées d'un magnifique décor de forets étagées sur les monts.

Revenus sur les bords de la rivière, nous pénétrons dans le Gibbon Canon ^ sombre défilé de deux lieues de longueur, où la rivière est étroitement encaissée entre de hautes murailles basaltiques creusées de profondes érosions. Cette gorge grandiose exciterait l'admiration dans les Alpes ou les Pyrénées; mais ici l'esprit est tel-

lemcnt occupé des mystérieux phénomènes géologiques qui éclatent à chaque pas, qu'on n'a plus qu'un œil distrait pour le paysage.

Le Canon est d'une sauvage beauté. Les parois sourcilleuses se penchent l'une vers l'autre; la route se confond souvent avec le torrent; le bleu du ciel ne se laisse entrevoir que par une longue fente. Rien de plus curieux que de voir le merle aquatique poursuivre sa proie dans l'eau limpide de la rivière, à quelques pas des sources chaudes qui jaillissent sur ses bords.

Vers le milieu de la gorge, la rivière forme une romantique cascade. Elle s'élance du haut d'une muraille de 25 mètres, et sa blancheur de neige se détache vivement sur la sombre verdure des pins suspendus aux rocs sourcilleux qui dominent la chute.

Le Canon s'ouvre sur une belle et large vallée où serpente à travers des prairies herbeuses une rivière alimentée principalement par les innombrables sources d'eau bouillante que l'on voit sourdre sur presque toute l'étendue de son parcours. Aussi lui a-t-on donné le nom caractéristique de Firchole River (rivière des Trous à feu). En ce point se rencontrent deux bras de la Firehole , venant l'un de l'est ,

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l'autre du grand bassin des geysers situé au sud.

Après avoir passé à gué, à la mode d'Islande, un de ces cours d'eau, nous nous trouvâmes bientôt devant un bon feu, dans le log/iouse^ précurseur d'un confortable édifice qui s'élèvera un jour en ce lieu sous le nom de Firehole National Hôtel.

Nous déjeunons d'un savoureux gigot d'élan, puis nous remontons en selle pour aller camper le soir même ta 10 milles de là, dans le bassin supérieur de la Firehole.

La journée est avancée, nous avons hâte d'atteindre notre but. Aussi ne nous attardons-nous pas à visiter les curiosités de la route, que nous explorerons plus tard. Aujourd'hui nous nous bornons à saluer de loin les geysers du bassin inférieur et du bassin moyen.

Pendant deux heures la chevauchée s'avance au milieu des innombrables sources sulfureuses dont les rives et le lit même de la Fireliole sont criblés. Nous ne nous lassons pas d'admirer l'éclat des conferves qui se gaudissent dans ces eaux chaudes , et les splendides couleurs des substances minérales déposées sur leurs bords.

A mesure que l'on avance, les geysers devien-

nent plus nombreux, si bien que, notre curiosilé s'émoussant à la longue, nous commençons à nous habituer à ce spectacle, tout comme nos chevaux, qui ne manifestent pas la moindre crainte en côtoyant les bassins d'eau bouillante fumant le long- du chemin. Dans ce royaume du feu, c'est l'eau froide qui parait une anomalie : une nappe d'eau qui n'émet pas de vapeurs semble n'y être pas à sa place.

A l'approche du soir, le refroidissement de l'atmosphère augmente singulièrement la densité des colonnes de vapeur qui s'élèvent au-dessus des bassins. Ce qui est d'un prestige charmant, ce sont les couleurs du prisme dont la réfraction décore ces blancs nuages qui semblent immobiles dans le calme du soir : on dirait que les mille teintes dont se revêtent les bords des sources se réfléchissent dans les vapeurs aériennes.

Voici enfin la célèbre plaine qui forme le haut bassin de la Firehole. Nous l'avons traversée du nord au sud dans presque toute son étendue, saluant au passage la Grotte, le Géant, la Pyramide, le Château et d'autres geysers avec lesquels nous nous proposons de faire plus ample connaissance.

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A six heures du soir nous apparut notre lieu de campement. C'était un groupe de tentes alignées sur la rive droite de la Fireliole, dans le voisinage de la Ruche d'abeilles, du Château et du Vieux-Fidèle.

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