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CHAPITRE XYIII

Le 1011,2: (le la Yellowstone. — La Chaudière du Géant. — Les Nez-Percés. — Paysage islandais. — La Montagne de Soufre. — Mésaventure de Glarke. — Une dangereuse ascension. — Ruines d'anciens cratères.

De Lonno lioure nous nous mîmes on marclio sur la route de wagons qui mène du lac aux cataractes de la Yellowstone, situées à 16 milles au nord. Nous longeâmes sur tout ce parcours la rive occidentale de la Yellowstone, qui sort à flots rapides du lac auquel elle donne son nom. La noble rivière, semée d'îlots, coule dans une vallée pittoresque encadrée de hautes montagnes boisées; les pélicans, les canards sauvages abondent sur ses rives; dans ses eaux limpides et paisibles on voit se jouer tout un peuple de truites.

Une des principales curiosités de la route est

le volcan de boue que les premiers explorateurs baptisèrent du nom de Chaudière du Géant (Giant's Galdron). Sur la pente d'une colline s'ouvre un trou béant d'où s'élèvent dans les airs d'énormes bouffées de vapeur. Par intermittences, le volcan projette des masses de boue dont il éclabousse ses parois : en un instant le cratère est rempli presque jusqu'au bord d'une pâte épaisse couleur d'ardoise; mais tout à coup le monstre suce d'un trait tout ce qu'il vient de vomir, et la pâte disparait subitement. Au bout de quelques secondes, voilà qu'il rentre en action : nouveau vomissement, nouvelle aspiration. C'est un ruminant qui consume sa vie dans un éternel et laborieux travail de digestion et d'éructation. Dans ses spasmes il pousse des rugissements épouvantables qu'on entend à un kilomètre de distance, et il ébranle le sol dans un périmètre considérable.

Le docteur Peale, un des premiers explorateurs qui visitèrent ce curieux endroit, remarqua que les arbres situés près du gouffre étaient recouverts d'une couche de boue; il en conclut tout d'abord qu'il avait affaire à un g-eyser projetant parfois son contenu assez haut pour atteindre aux branches des arbres voisins; mais les investi-

gâtions auxquelles il se livra par la suite lui prouvèrent que la source boueuse n'a jamais d'éruptions. Cette boue qui s'attacbe aux arbres s'élève mécaniquement, mêlée à la vapeur qui s'échappe constamment de la chaudière. Pour s'assurer du fait, il suffit de disposer quelques branches mortes de telle façon qu'elles reçoivent directement le contact de la vapeur : en quelques heures elles se couvrent d'une enveloppe boueuse.

Si ce volcan de boue a pu être autrefois un geyser actif, ce doit être à une époque assez éloignée : les arbres de dix mètres de haut qui ont pris racine dans ses dépôts attestent assez que son régime actuel date de longtemps.

A quelques pas de la chaudière se trouve une admirable source d'eau bouillante émettant des vapeurs sulfureuses : son bassin, d'où sortent des sons rauques et caverneux, se remplit et se vide tour à tour par des pulsations qui ébranlent le sol. Tandis que toutes les sources voisines ne contiennent qu'une horrible pâte noire, celle-ci renferme des eaux d'un bleu turquoise. Indicible et inexplicable contraste!

En cet endroit, la Yellowstone offre un gué que franchirent les Nez-Percés lorsqu'ils étaient pourchassés en 1877 par le général Howard. Les

vestiges du parapet derrière lequel se retrancha le chef indien Joseph sont encore visibles.

Nous gagnons ensuite un haut plateau d'où la vue embrasse un vrai paysage islandais : le ciel, en ce moment sombre et sévère, ajoute à l'illusion. La Yellowstone, qui coule à nos pieds, rappelle les rivières que nous avons si souvent franchies à dos de poney, Glarke et moi, dans les déserts de la Terre de Glace. Les hautes cimes qui surgissent à Fhorizon avec leurs blanches calottes de neige ressemblent à s'y méprendre aux. ijokulls polaires. Le lac Yellowstone, dont la nappe miroite au sud, dans la distance, nous ramène sur les bords du lac de Thingvalla et du Myvatn. Seules les forêts qui verdoient sur les pentes nous révèlent que nous ne sommes plus dans ce pays d'Islande complètement dépourvu d'arbres.

Nous arrivons bientôt au pied de la Montagne de Soufre (Sulphur Mountain), qui recouvre, selon toute apparence, un ancien foyer d'activité gevsérienne. Qu'on s'imagine un groupe de collines de 40 à 50 mètres de hauteur, constituées d'une matière calcaire tellement imprégnée de dépôts sulfureux, que la teinte générale de ces formations est d'un jaune assez prononcé. Les dépôts

sont d'une grande pureté : on les trouve accumulés par places en brillants cristaux. C'est une mine de soufre d'une inestimable valeur, et Ton en pourrait extraire de quoi charger plusieurs wagons. Les dépôts se renouvellent constamment; un grand nombre de petites solfatares sont en pleine activité, et les vapeurs qu'elles dégagent affectent désagréablement les voies respiratoires. Il n'est pas sans danger de s'aventurer au milieu d'elles; Clarke faillit être brûlé vif pour s'en être trop approché : son cheval, en brisant la croûte superficielle, fit sortir du sol Un jet de vapeur sulfureuse; la pauvre bête eut été grièvement échaudée si, folle de terreur, elle n'avait fait un brusque écart, qui faillit désarçonner le cavalier.

Nous mettons pied à terre, par prudence, pour gravir une de ces collines. Le terrain sur lequel nous marchons est plein de perfidies : c'est une brûlante croûte calcaire, écailleuse, qui donne un son creux sous nos pas; cette croûte est criblée d'une infinité de petits soupiraux par où s'échappent des gaz sulfureux qui, en se sublimant, déposent de fort beaux cristaux. En maints endroits, la chaleur est si intense que la roche se bombe, et qu'il suffit de la plus légère pression du

pied pour en faire jaillir d'abondantes vapeurs. Nous trouvâmes au sommet les ruines d'anciens cratères actuellement comblés de débris. Il devait y avoir là autrefois des sources chaudes, peut-être des geysers puissants ; aujourd'hui, toutes les sources se sont retirées au bas des pentes. Elles sont au plus haut degré sulfureuses : leurs bords sont couverts de magnifiques dépôts de soufre cristallisé; leurs eaux sont d'une teinte blanchâtre et bouillent avec une extrême violence : elles émettent d'énormes quantités de vapeurs et ont une température qui dépasse le point d'ébuUition. A cette altitude (2325 mètres), l'eau bout à 92%3.

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