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Le nid d'aigle dans le Grand-Canon.
fond dos forêts de conifères qui s'épanouissent sur les montagnes de l'arrière-plan.
J'ai vu ce tableau éclairé par les teintes idéales d'un coucher de soleil, et l'ai fixé en traits ineffaçables dans ma mémoire avant que la nuit vînt le voiler.
Hayden déclare que, si les chutes de la Yellowstone l'emportent en beauté sur celles du Niagara, le Grand-Canon est sans parallèle, et qu'il n'y a pas de termes pour en exprimer l'étonnante majesté. Avec son rare coup d'oeil de géologue, il a essayé d'expliquer l'origine de ce merveilleux paysage. Il croit que le bassin tout entier de la haute Yellowstone était autrefois un immense lac dont l'enceinte montagneuse qui l'entoure formait les rives, et dont le lac actuel ne serait qu'ua vestige. Ce lac existait à l'époque où cette région était le théâtre d'une prodigieuse activité éruptive. La roche fondamentale est un basalte compact et très dur, que n'entament pas facilement les éléments. Les produits volcaniques et les dépôts des sources chaudes ont égalisé la surface extrêmement irrégulière du sol primitif. iVu-dessus des chutes supérieures, sur un parcours de 16 milles à partir du point où elle sort du lac, la Yellowstone coule sur un lit
basaltique ; puis se produit une transition brusque entre le dur basalte et le lit plus tendre des produits volcaniques, de telle façon que la rivière a pu facilement se creuser un canal ; c'est ce que montre Fexamen des murailles verticales vues de dessous la première cbute. La deuxième chute s'est formée de la même façon ; toute la masse d'eau se précipite dans un bassin circulaire qui s'est creusé dans la roche dure, en sorte que le rebondissement des eaux n'est pas un des moindres éléments de beauté du tableau. Au-dessous de la deuxième chute, les parois de la gorge laissent voir les matériaux dont elles sont composées. Là où la rivière s'est creusé un canal à travers le dur basalte, on voit distinctement les fissures irrég-ulières qui se prolongent sans doute vers les brûlantes régions souterraines. Des deux côtés de la Yellowstone on aperçoit des dépôts locaux de silice provenant d'anciennes sources chaudes et atteignant parfois 400 ou 500 pieds d'épaisseur. Ils forment les matériaux de ces pinacles aériens dont se hérissent les murailles presque verticales, et qui présentent des formes si multiples et si pittoresques. La silice était originairement aussi blanche que la neige; mais elle a emprunté au temps, en maints endroits.
les nuances les plus riches et les plus variées. Les murailles sont sillonnées de fissures irrégulières qui traversent le basalte et communiquent avec les dépôts des anciennes sources. D'un bout à l'autre de la gorge, depuis les chutes jusqu'au Tower Creek, elles présentent le même aspect : d'abord les masses basaltiques irrégulières, puis les débris volcaniques ou les formations multicolores des sources chaudes, puis les dépôts plus récents, horizontalement stratifiés, provenant des eaux de l'ancien lac. Hayden conclut que, si le Grand-Canon a l'aspect d'une énorme crevasse, ce n'est en réalité qu'un canal creusé par la rivière après le dessèchement de l'ancien bassin du lac.
Nous rentrâmes au campement à la nuit close; il était temps, car en ce moment même la foudre tombait à deux pas de nous avec un fracas qui nous glaça d'effroi. Pendant que des éclairs éblouissants fendaient la nue et qu'une pluie torrentielle inondait la vallée, nous étions confortablement abrités sous la grande tente qui servait de salle à manger et de cuisine, et qu'embaumaient de leurs résineuses senteurs les jeunes pins dont elle était décorée. Gomme il faisait froid, un grand poêle ronflait au milieu du pavillon.
Nous soupâmes du classique gigot d'élan, on compagnie de deux touristes américains qui voyageaient en trappeurs du Far-West, vêtus du costume indien en peau de cerf, coiffés d'immenses chapeaux de feutre, chaussés d'énormes bottes crottées, armés de tout un arsenal de fusils et de pistolets. Sous leur accoutrement de bandits, nous découvrîmes des gentlemen du kigh life. Nous leur offrîmes vainement le traditionnel cock-tail : c'étaient des néplialiens convaincus, qui ne ])uvaient d'autre boisson pétillante que du soda-water et du ginger-beer.