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LA VOIE DOULOUREUSE

L'Évangile ne donne pas d'indications assez précises sur la Passion, pour que la certitude s'applique utilement. Le drame se déroule avec une intensité de vraisemblance prodigieuse, les scènes se lient entre elles, mais l'identification des lieux présente d'énormes difficultés.

Un point est absolu : Jésus fut arrêté au Gethsémani : il vint au devant du baiser de Judas. Celui-ci conduisait une bande de satellites envoyés parles prêtres, les scribes, les pharisiens et les anciens d'Israël, avec des lanternes, des torches, des armes et des

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bâtons. Saint Luc désigne les Anciens, les stratèges du temple et les presbytres.

Pourquoi le Chemin de la Croix ne commence-t-il pas au Gethsémani : la défaillance de Jésus, sa sueur de sang, son agonie anticipée où il hésita un instant à accepter sa croix : enfin le baiser de Judas, l'arrestation, et la fuite des disciples forment certes la première des stations.

La cohorte, le tribun et les huissiers des juifs le saisirent et le lièrent : le pouvoir romain était donc de moitié dans l'expédition ; mais il est certain que les 550 de la cohorte n'étaient pas là : l'essai de résistance : (( Seigneur, frapperons-nous avec l'épée », et l'oreille coupée par Simon Pierre n'indiquent qu'une assistance légale du pouvoir romain, une présence d'escouade.

Que Jésus, en prononçant son propre nom, ait laissé sortir, presque malgré lui, une parcelle de sa vertu même humaine, et que toute la bande ait reculé : rien de plus vraisemblable, même en dehors de sa divinité.

Les saints ont parfois arrêté une horde d'un geste, les poètes immobilisés un instant une révolution, par une phrase : or il n'y a jamais eu de saint et de poète comparable à

Jésus, et, en chargeant seulement son regard de sa surnaturalité même humaine, il eût pu se rendre invisible et passer au milieu d'eux, comme à Nazareth, quand les bons juifs voulurent le précipiter.

La plus grande force n'est pas de tenter au delà de sa puissance : mais de contenir l'extrême puissance par l'extrême volonté.

Jésus est Dieu, surtout parce qu'il maitrise sa nature divine ! Etre désarmé et subir l'affront ce n'est point admirable ; mais n'avoir qu'à penser à soi-même, pour pulvériser l'univers et s'y laisser piétiner comme le plus vil, cela est de Dieu. 0 Bonnes gens qui voyez dans Jehovah, le Père de Jésus, entendez le grognement farouche qui roule comme un tonnerre de despotisme, dans le ciel d'airain de la Bible !

Jésus repassa le Cédron, remonta la pente actuelle du Haram et rentra dans Jérusalem par la porte la plus prochaine, vers l'actuelle Saint-Etienne. On l'amena à la maison du grand-prêtre.

Si on place la maison d'Anne, dans le quartier arménien, au couvent des sœurs, sur le Zion, cela fait un parcours de deux kilomètres, au plus.

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Le palais de Caïphe se place non loin de la demeure d'Anne.

Saint Cyrille (Catéchèse) a vu ce palais.

On s'indigne, avec justice contre la théorie de Caïphe : « Qu'importe qu'un homme meure pour le salut de tous. » Les clergés l'ont toujours gardée en leur cœur, comme règle de conduite, et je ne vois pas ce que l'Inquisition reprocherait à Caïphe : à moins qu'on ne se figure, avec mon curé, que Caïphe a méconnu les prophéties. Plaisanterie ! On ne peut nier au Sanhédrin une connaissance étonnante de la Thora et des Prophètes. Si j'avais à décider, au point mosaïque, au point juif, « Jésus a-t-il blasphémé? » je déciderais qu'en effet, il a blasphémé le Mosaïsme.

(( Es-tu le Christ, fils de Dieu? — Tu l'as dit! »

Oui, c'était un blasphème, car comme il est écrit à la frise du Sakra, Dieu ne peut pas avoir de fils. Il n'y a qu'un Dieu Jéhovah, Allah; et il n'a point eu de fils, jamais.

Jésus blasphémait la foi des juifs, mais ceux-ci mirent dans cette affaire une passion intense. D'abord, la bande (o^aoç) de l'arrestation présentait un mélange de satellites, de soldats et d'Anciens. Pendant qu'on menait

Jésus du Gethsémani chez Anne, le Sanhédrin se réunissait : or cette assemblée, convoquée pour une heure et demie ou deux heures du matin, suppose des mesures préalables et une haine aiguë.

Partout, les inférieurs comme les bons chiens mordent quand le maître crie : c'est si beau le zèle ! Et le soufflet du satellite chez Anne est une fleur du fanatisme ; on avait manqué de respect à un dignitaire !

Peut on lire, sans fureur qu'on cracha au visage de Jésus, qu'on lui lança des coups de poing et des soufflets avec cette horrible ironie de brute : Christ, devine qui t'a frappé ?

Mais on a vu les femmes du monde crever, à coups d'ombrelle, les yeux des communards . Les communards étaient des brigands : soit, mais ils étaient prisonniers et non encore' jugés. La Pucelle, ce sont les Anglais qui l'ont brûlée : mais sur quel grief? Un grief religieux! Au petit jour, quand le sanhédrion est réuni en grande cérémonie, la question de blasphème est posée. « Es-tu le Fils de Dieu! — Je le suis. »

— « Qu'avons-nous besoin de témoignage ! » En effet, ils n'en avaient pas besoin. L'aveu était formel.

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Un grotesque commentaire de la Passion est le petit travail juridique de M. Dupin, étude sur la légalité et la jurisprudence de la Rédemption ; cette apologétique d'avocat scandalise. « Un juge qui s'irrite, qui ne fait pas d'enquête, qui s'efforce d'y suppléer par des interrogatoires capitaux... et où l'accusateur opine le premier. »

Ce pauvre cerveau cerclé de modernisme se faisant l'avocat du Sauveur découvre des vices de forme dans la procédure ! L'inquisition se contentait aussi de l'aveu. Si le crime d'un homme est de s'être dit le Fils de Dieu, et qu'il le répète devant le tribunal : l'information est close. Donc, Jésus a été condamné légalement par le sanhédrin comme la Cour de Rome condamnera plus tard les hérésiarques.

Là où les juifs ne sont plus que des juifs, c'est lorsqu'ils cherchent à trouver des griefs d'ordre commun, des griefs non mosaïques. Devant la loi sociale et politique des Romains, Jésus était innocent : la loi sociale l'a proclamé par la bouche de Pilate. Ce gouverneur, ce préfet, n'est ni un héros, ni un juste, mais ceux qu'on connaît de nos jours, seraient pires.

M. Poubelle, l'exécuteur des décrets à Marseille, a été agréé au Vatican et il n'a rien fait pour sauver les congrégations.

Si les Romains avaient laissé aux juifs le droit d'exécution, Jésus eût été lapidé ; ils se sont adressés au gouverneur parce qu'il fallait sa sentence pour le supplice.

De la porte de Sion au Prétoire, c'est-àdire à la Tour Antonia, on dut retraverser entièrement Jérusalem.

Ces assassins eurent peur de se souiller, en entrant au Prétoire; ils se croyaient bien impurs d'être charitables le samedi, ou même de laisser tomber une rognure d'ongle sur la route : car l'esprit juif est vraiment sordide.

Un événement de l'administration de Pilate a beaucoup influé sur la mort de Jésus et explique, en partie, pourquoi il a cédé à la fureur mosaïque : je veux parler de l'histoire des trophées.

Pilate envoya en quartier d'hiver à Jérusalem des troupes ayant sur leurs enseignes la figure de l'empereur : les juifs protestèrent en vain et s'ameutèrent pendant sept jours. A la fin Pilate dit à ses gens de guerre de se tenir sous les armes et monta à son tribunal qu'il avait fait dresser, exprès, au lieu des

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exercices publics. Les juifs s'entêtant, il les fit envelopper par ses soldats et les menaça de sévir s'ils ne s'en retournaient chacun chez soi.

Ils se jetèrent parterre et offrirent la gorge aux épées : l'observation de la loi leur étant plus chère que la vie. Pilate fît rapporter les enseignes à Césarée, mais les juifs se plaignirent à Rome et l'empereur donna tort au préfet.

Jérusalem manquant d'eau, Pilate voulut * tirer du trésor sacré de quoi amener par des aqueducs des sources distantes de deux cents stades. Nouvelle émeute et injures au gouverneur qui commanda à ses soldats de s'armer de bâtons. Les soldats assommèrent plus que ne voulait Ponce, il y eut des tués et des blessés.

On sait qu'après la mort de Jésus, sur une accusation des Samaritains, Pilate fut forcé de partir pour Rome se justifier ; avant son arrivée, Tibère mourut.

Il y avait donc une véritable haine entre le gouverneur et la population et celui-ci avait lieu de craindre sans cesse, pour sa place, les accusations auprès de l'empereur.

Ils forcèrent Pilate à sortir, et celui-ci,

plein d'humeur, leur dit : « De quoi l'accusezvous? » La réponse des juifs est la caractéristique de toute sentence religieuse : « Du moment que nous l'accusons, il est coupable. » Pilate voit tout de suite qu'il s'agit de quelque ignominie israélite. « Jugez-le, selon votre loi. » Ils n'ont pas le jus gladii, et ici, commence la scélératesse qui n'est plus couverte de l'ornement fanatique.

(( Il nous a excités à la révolte, dissuadé de payer le tribut et s'est déclaré roi des Juifs. » Voilà de l'imposture : ce n'est plus la loi de Moïse, c'est la haine du chacal religieux.

Pilate rentre dans le Prétoire avec Jésus, et à la façon dont il s'exclame : « Moi, suis-je juif, » on sent le mépris du Romain pour cette race : et cette exclamation : « Qu'est-ce la vérité?» exprime le scepticisme sans méchanceté du fonctionnaire.

Ponce revient avec l'accusé, et déclare : « Je ne trouve aucun crime en lui. » La' judaillerie ne se lasse pas, et le gouverneur, entendant que Jésus est Galiléen, saisit ce biais, autant pour se réconcilier avec le tétrarque, que pour se tirer de cette désagréable affaire.

Hérode, un des types les plus curieux du

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drame, vicieux, cruel, superstitieux, pensait voir un thaumaturge et s'en réjouissait. Jésus répond moins encore qu'au prétoire. Hérode lui fait jeter au dos un manteau de pourpre et le renvoie à Pilate (on place le palais d'Hérode au nord-ouest, à deux cents mètres du prétoire.)

« Ni Hérode, ni moi ne l'avons trouvé coupable, je le relâcherai après l'avoir châtié. »

Voilà donc Jésus dans le prétoire; les soldats, les éternels victimes-bourreaux s'amusent : comme à Saint-Cyr, où on a tué des nouveaux, en brimade; comme on tue encore à la caserne. On assemble toute la cohorte, comme pour une parade.

Chez les Juifs, le bourreau montait sur un socle élevé pour que le fouet à quatre lanières de cuir tombât de haut : il frappait treize coups sur la poitrine nue et treize coups sur chaque épaule. On n'a pas oublié, je pense? que saint Paul, qui le raconte dans sa deuxième épître aux Corinthiens, a subi cinq fois ce supplice, au nom de Moïse, par les mains du peuple élu : soit, cent soixante-quinze coups, et encore était-il circoncis!

Le fouet romain avait-il des osselets tran-

chants ou des boules de plomb?... Il était en corde.

On sait par le martyrologe que le légionnaire mettait son amour-propre à dénuder les tendons et à creuser la chair. La sainte Russie garde encore la tradition du supplice par le fouet. Là, c'est une très longue lanière en cuir triangulaire qui s'enroule de plusieurs tours à chaque coup, comme un serpent, autour du patient et le saucissonne d'une plaie torse ininterrompue, comme d'une tentacule de pieuvre en rasoir !

« Saisis, dépouille, frappe, agis et fais attention, licteur ! »

C'est étrange de penser que la flagellation fut inspirée au gouverneur par la pitié ; il espéra ainsi désarmer la populace : car c'est bien la populace qui réclama Barabbas !

L'intervention de la femme de Pilate est très caractéristique. « Qu'il n'y ait rien entre toi et ce juste. » « Que ferais-je de Jésus? » demanda Pilate, n'ayant pu désarmer le peuple par la flagellation, ni faire profiter Jésus de la coutume.

Tous : « Qu'il soit crucifié. » Si l'évangéliste avait pu mettre ici une protestation, il n'y aurait pas manqué, il n'y en eut donc pas : le

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sanhédrin a condamné et le peuple réclame l'exécution, le peuple élu? le peuple d'Abraham, qui acceptait également d'égorger son fils et de prostituer sa femme à la gloire de Jéhovah.

Ponce, voyant qu'il ne gagnait rien, mais que le tumulte augmentait, prit de l'eau, se lava les mains devant la foule et dit :

« Je suis innocent du sang de ce juste. »

Non certes, il ne l'était pas : le fonctionnaire n'est pas innocent parce qu'il a une consigne : le soldat alors serait innocent aussi !

Mais le fanatisme éclata : tout le peuple s'écria : « Que son sang retombe sur nos têtes et celles de nos enfants, comme cette eau que tu secoues de tes mains. »

Ce n'est pas Rome qui a tué Jésus, c'est Jérusalem, et Jérusalem, c'est la Thora !

Je suis chrétien, et l'Église ma mère a trop de fois supplicié des innocents parce qu'ils blasphémaient non Dieu mais les prêtres, pour je veuille, en de féroces représailles, redemander à chaque circoncis le sang du Christ. Jésus veut le pardon. Obéissant à loi de charité, je me déclare ennemi de l'Antisémitisme, mais aussi adversaire du Livre d'où la mort de mon Dieu sortit, de ce fameux Ancien

Testament, blasphème vivant du Nouveau, du seul !

Un jour, tout souvenir d'Israël sera arraché, comme une souillure de la liturgie catholique !

Les soldats romains, qu'aucun fanatisme n'excitait, torturèrent Jésus, par amusement.

Ils lui ôtèrent ses vêtements et le couvrirent du manteau d'écarlate : ils tressèrent une couronne d'épines, qu'ils plantèrent sur sa tête et lui mirent un roseau à la main droite. Puis s'agenouillant devant lui, ils le raillaient, disant : « Salut, roi des juifs. »

Et ils lui crachaient au visage et saisissant le roseau frappaient sur la couronne d'épines pour l'enfoncer.

Après s'être ainsi moqués de Jésus, ils lui arrachèrent le manteau, lui remirent ses vêtements et l'emmenèrent pour le crucifier.

Sont-ce des bédouins du désert, des sauvages comme on dit, qui dansent le scalp devant le poteau de torture? Ce sont les soldats les plus disciplinés du monde, les plus réguliers, nous dirions, les plus civilisés. Chez les Romains il n'y avait pas de bourreaux, c'était l'office de l'armée. On voudrait faire

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croire qu'une telle méchanceté marque une date lointaine! Trop de gens passent aujourd'hui par la caserne ; et dans toutes les casernes d'Occident, Jésus eût subi les mêmes traitements. Lorsque à Bruges on voit les officiers escorter en tenue et en armes le précieux Sang; les bedeaux faire le salut militaire à l'élévation de la messe ; des militaires quêter éperonnés et l'épée au côté et même des trophées d'armes paraître aux messes dites patriotiques, on se demande s'il y a un pape, ou s'il n'est point le vicaire de Jésus; ou s'il ignore vraiment la promiscuité épouvantable de l'oint et de l'homicide.

L'immunité morale de l'exécutif dépend de l'exécution stricte. Entre celui qui tue et celui qui torture, entre le supplice et les tourments, il y a un abîme.

Jésus était condamné à la croix : non pas à la dérision, aux crachats, à la couronne d'épines !

Le crétin à casque avait retenu une seule chose : que le condamné se disait roi des juifs. S'ils jugeaient que Jésus était fou, cela ne le désignait pas à leur férocité.

Jésus était beau, de toutes les beautés, et au moment où il devint le souffre-douleur de

la caserne, il ajoutait à la sublimité de l'aspect, la détresse. On ne peut demander à des soldats d'être sensibles à l'innocence et à la beauté et de sentir la divinité de Jésus que Pilate, homme instruit, et les juifs, gens très pieux, méconnaissaient. Mais, un « laissonsle tranquille » d'un légionnaire moins féroce que les autres eût suffi peut-être.

Quand je passe devant une caserne, je pense que là on cracherait à la face de Jésus, car là, on peut écrire au seuil :

ce Vous qui entrez, renoncez à toute charité. »

On est d'accord que le prétoire de Pilate était sur l'emplacement actuel de la caserne turque, c'est-à-dire au nord-ouest du temple, à la place de la Tour Antonia.

Si on avait conduit Jésus à l'actuel Saint Sépulcre, il eût fallu traverser Jérusalem de l'est à l'ouest.

Or le texte évangélique est précis.

...A la sortie du prétoire, on chargea Jésus de sa croix, il dut la porter. Au sortir de la ville, le cortège rencontra Simon de Cyrène qui revenait des champs. Il n'y a aucun incident entre ; « il dut la porter » en « sortant de la ville. »

Donc le cortège sortit tout de suite de l'en-

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ceinte par une porte à Test dans le sens littéralement opposé à l'assertion actuelle. Selon la Jérusalem moderne, Jésus sortant du prétoire aurait pris la porte Saint-Etienne, mais elle date de Soliman : on sait de plus que la muraille de Test est tout à fait récente. 11 faut supposer que la porte Bab Hittat ou El Atem, au lieu d'ouvrir sur le Haram , ouvre hors des murs. Jésus, qui ne devait pas supporter plus de trois heures la crucifixion, alors que de robustes natures y duraient plus d'un jour, défaillit dès sa sortiede la ville. Les condamnés réglementairement portaient leur croix et les soldats durent enrager, en face du condamné défaillant; ils réquisitionnèrent brutalement un homme que le cortège rencontra. Un paysan qui revient des champs ne retourne pas volontiers sur ses pas et, pour porter l'instrument d'un supplice, ils durent le menacer et le battre; l'évangile dit: « Us le forcèrent à porter la croix, par derrière. »

Il y avait foule; de la canaille, des curieux, mais aussi des femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur lui :

Où sont les Apôtres ? Elles sont là, les Marie, les Marthe, les Madeleine, les Suzanne !

On conduisait en même temps deux malfai-

teurs ; le lieu de l'exécution était celui d'habitude et se trouvait voisin du grand cimetière des juifs, Golgotha, ou Calvaire en latin, le lieu du crâne, à Test de Jérusalem, et près du Temple.

Jérémie met le Goath vers la porte du Cheval, et la porte du Cheval est au nord du Temple. Donc la voie douloureuse du Frère Liévin est fausse, comme le tombeau du Christ si bien confisqué par les schismatiques est apocryphe. Nous avons suivi Jésus en tournant le dos au Saint-Sépulcre et allant ensuite vers le Nord, vers le Sakhra. Par piété je veux suivre la fausse voie douloureuse sans critiquer les assertions. Le point de départ et celui d'arrivée étant erronés tout s'abolit, et aussi l'intérêt des monuments épars sur cette voie.

« Les zélés de l'église », dit saint Cyrille, « connaissent le Lithrotos appelé Gabbatha, lequel existe dans la maison de Pilate. » La flagellation paraît avoir eu lieu dans l'atrium. Selon la bonne doctrine italienne que Jésus est mort pour faire vivre les Italiens, le cardinal Colonna a emporté à Rome et mis à Sainte-Praxède la colonne de la Flagellation; la Scala Santa à Saint-Jean de Latran, et la

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Crèche à Sainte-Marie-Majeure, ont suivi le même chemin. Pourquoi n'a-t-on pas emporté aussi la Pierre de l'onction, le Rocher, afin de centraliser les reliques ?

L'Arc de YEcce Homo qui traverse la rue appartenait-il au Gabbatha, à cette tribune devant laquelle s'étendait un espace en mosaïque ?

La Religieuse de Sion, qui me montre l'arc continuant celui qui traverse la voie douloureuse, est une femme française distinguée. Sa rencontre après celle du jésuite est la seule civilisée, depuis que je suis ici.

J'aimerais parler avec elle, l'interroger ; mais elle ne peut savoir qui je suis, et je renonce à ce plaisir. Autant elle m'est douce à voir, cette femme intelligente et fine, autant je sens son indifférence polie. Ce couvent enseignant fondé par le Père Ratisbonne, contient, à dix mètres en contre-bas de larue, un souterrain qui se dirige vers le Haram ; et, tracés au couteau sur une dalle, les compartiments d'un jeu de marelle, traces d'une oisiveté de soldats au corps de garde.

Jésus sortit du prétoire portant sa croix.

Ici les prêtres ingénus disent : « nouvel Isaac » ; quel rapport entre un enfantqueson

père va assassiner et qui l'ignore, et le rédempteur du Monde (Non vis ex Plauto.) Patibulum feratper urbem., deinde affîgatur cruci ?

Cette station esta 128 mètres de l'endroit de la Scala Santa.

De Tare de YEcce Homo à la troisième, 155 mètres.

En face de l'hospice autrichien, un fragmen t de marbre rouge. Jusqu'au Saint Sépulcre, nous ne trouverons que des tronçons de colonnes engagés dans les murs, des marques insignifiantes. J'ignore qui a composé le chemin de la Croix : un mystique sans doute, les textes étant nuls. Voici toutes les circonstances de la montée au Calvaire :

Une foule : une exécution est toujours un spectacle, et surtout une exécution selon le fanatisme local ; il devait y avoir, parmi les voyous, beaucoup de zelotes et de clients du Temple.

Le texte saint énumère l'injure des passants, l'injure des chefs, des prêtres et des scribes ; l'injure de deux autres condamnés, l'injure des magistrats et l'injure des soldats ; la seule clarté dans cette horreur ce sont ces femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient.

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Et on interdit aux femmes de chanter dans les églises : quelles voix se lamentaient pendant le crime, étaient-ce des voix d'hommes, cependant !

Depuis que je vis dans l'étude de l'Évangile, m'y appliquant comme à une religion étrangère, dans l'oubli de mon habitude et de l'éducation, la femme prend à mes yeux une dignité nouvelle.

La provinciale manque de grâce et d'aération et son honnêteté semble une conquête sur le développement; la Parisienne n'opère son charme qu'au mépris de toute pudeur : mais les femmes de l'Évangile, comme elles apparaissent belles et sublimes ! Oui, les saintes femmes, et en suprême épithète, les Marie, la Madeleine et Jacobi et Salomé, les Marie : et le prestige de S. Jean, c'est d'avoir fait partie de ce groupe vraiment idéal, honneur de l'humanité à l'heure de la suprême abomination.

Trente-sept mètres après la première chute, la Vierge put arriver au passage du cortège.

On se trouve ici dans le vallon comblé de Tyropéon, entre Moria et Acrah. Les Franciscains ont vendu aux iVrméniens la petite église du Spasimo.

Rien n'est aussi plausible que cette rencontre de Jésus et de sa mère et rien n'est plus pitoyable.

Nec verbum dicere potuit, dit S. Bonaventure.

La Vierge s'évanouit. C'est la douloureuse Passion d'Emmerich à la main qu'il faut suivre ce parcours effrayant. Sale et sinistre, la rue de Jérusalem, même quand elle est large, présente un cadre qui convient aux noires actions :

Vingt mètres plus loin la voie douloureuse prend tout à fait la direction de l'O : il reste encore un kilomètre avant d'arriver au Calvaire et comme à cette station se place la rencontre de Simon de Cyrène, la tradition officielle suppose que Jésus, à ce moment, franchit l'enceinte de Jérusalem, et pour cela, il faut une courbe rentrante de la seconde enceinte tout à fait fantaisiste.

A gauche une pierre déprimée par la main que Jésus y appuya. On dit communément que l'homme de Cyrène aida Jésus ; les soldats le menacèrent de l'assommer, « ils le forcèrent » . Si de lui-même ce paysan ou ce jardinier avait aidé Jésus, quelle gloire pour l'humanité !

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La plus subtile archéologie ne découvre rien : la piété seule ici fera son oraison : mais par déférence pour la tradition, un chrétien ne se dispense pas de cet exercice saint en son motif, si erroné soit-il au sens topographique.

On ne sait pas le nom de la femme qui essuya les larmes et le sang qui aveuglaient Jésus : fut-ce une des saintes femmes, ou bien une autre prise d'une pitié subite : on lui a donné le nom de son miracle. Le Yolto Santo ou Ver a Icône est à Saint-Pierre-: mais hélas une gravure sans nom, très approuvée, prétend le reproduire, et cette gravure ignoble met aux yeux de la chrétienté un vrai blasphème. Le catholique a le droit de réclamer la photographie du Yolto Santo ; seule elle sera vénérable.

Quatre-vingt deux mètres plus loin, Jésus tomba pour la seconde fois. Les soldats durent le frapper, comme un charretier son cheval, pour le faire lever. Qui a vu un peloton de punition connaît l'implacabilité militaire.

Dans une chapelle, une colonne antique encore debout marque la porte judiciaire, par où Jésus serait sorti de Jérusalem, après avoir parcouru un demi-kilomètre depuis le

prétoire. En face, on voit par une fenêtre la colonne d'infamie où on affichait les condamnations ?

On passe devant l'hospice Saint-Jean et trente mètres plus loin, au mur du couvent de Saint-Caralombas un trou dans une pierre indique l'endroit où Jésus parla aux femmes qui le suivaient. Selon l'Évangile ce fut sa seule parole, du prétoire jusqu'au Calvaire : elle est terrible dans sa douceur.

« Filles de Jérusalem, ne me pleurez pas sur moi ; mais pleurez sur vous et sur vos enfants, car un jour viendra où on dira: ((Heureuses les stériles et bénies les entrailles qui n'ont point enfanté, et les mamelles qui n'ont point allaité. »

» Alors, les juifs apostropheront les montagnes : (( Croulez sur nous » ; et aux collines : Ensevelissez-nous » car, d'après ce qu'on a fait à l'arbre plein de sève, qn'adviendrat— il de l'arbre mort ? » I

La VIIIe station, à soixante et quelques mètres de la seconde chute, finit, à proprement parler, la voie douloureuse. Le chemin de la Croix a été composé, en dehors de toute exactitude topographique, peut-être sur des illuminations mystiques : mais entre Sainte-

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Brigitte et Catherine, il y a des divergences.

La IXe station, la troisième chute, se place devant le couvent copte, une colonne seule l'indique : on arrive à l'église de Sainte- Hélène, au chevet du Saint Sépulcre.

A droite, une citerne où des traditions disent que Jésus fut jeté, pendant qu'on préparait la croix et qui s'appelle, de ce chef, Prison de Jésus.

Les cinq dernières stations sont encloses dans l'église du même faux Sépulcre.

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