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LE LAC DE JÉSUS

Est-il une eau, au monde, qui ait reflété une telle figure et dont les bords aient entendu de telles paroles ? Est-il une eau plus bénite? plus littéralement bleue?

Ce lac qui n'a pas six lieues sur quatre a été le miroir où la plus grande chose que la terre pût porter a projeté sa lumière.

De forme oblongue, harmonieuse, il se creuse en une large baie, ayant Tibériade à une extrémité et l'embouchure du Jourdain à l'autre. Comparé par les Israélites eux-mêmes au dessin d'un Kinnor, il éblouit de la beauté de son eau. Celles de Vaucluse sont moins

transparentes et pures même ; et on se souvient ici de l'exclamation de Pétrarque :

« 0 belles, ô claires, ô fraîches eaux. » Le lac du Kinnerot devint le lacGénésareth, du nom de la plaine du nord, et je m'étonne qu'il nesenommepas lelacde Jésus ; carc'est ici vraiment que le christianisme fut fondé.

A l'aube du monde, au delta du golfe Persique, Oannès le dieu amphibie, homme et poisson, surgissait le matin avec l'aurore, le livre en main, et enseignait les premiers hommes jusqu'au soir.

Ici « il a habité parmi nous », vivant l'humaine vie, afin que nous puissions un jour vivre la vie éternelle.

Par le frais matin, des gazes de brume papillonnent au bord opposé ; dans un moment la chaleur sera terrible à deux cents mètres au-dessous de la Méditerranée.

Après les bains d'Emmaùs et la synagogue, de Rabbi-Mair, on entre dans la solitude la plus digne de fixer un ermite : rien de l'horreur écrasante qui entoure un couvent de Mar-Sabas. C'est du silence comme je n'en ai entendu nulle part, du silence et de l'eau, et de la vie passive. Point d'arbres, des herbes très hautes ; pas de rochers, des galets de

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basalte et un flotpur qui clapote et s'ourle d'un liseré blanc, imperceptible sourire d'écume. Malgré l'anéantissement de cette contrée, l'abolition des villes, la désertion des rives, l'âme n'y souffre pas, et il y a de la paix sur cette onde ; dans cette paix, flotte de l'espoir.

L'antagonisme créé par la discipline ecclésiastique entre la nature et la grâce disparaît ici ; la vertu devient une conception naturelle et non plus ce pensum imposé en forme comminatoire.

Le maître apparaît doux ici : il n'y a pas souffert ; les âmes l'ont reçu aisément sans se défendre contre sa grâce. Il eût pu vieillir, comme le Bouddha, au milieu de ses chers Galiléens etmourir plein dejours, parmi ses fidèles : mais il n'y aurait pas eu de christianisme.

Les plus sublimes paroles ne restent écrites que par le sang ; il n'y a qu'une façon pour le Verbe même de Dieu d'entrer dans l'âme humaine, c'est de s'incarner, et s'incarner, pour l'esprit, c'est mourir.

Ce qui scandalise dans «la Vie de Jésus » de Renan et à juste titre, c'est seulement une impressionfausseetmoderne exprimée en langue de gazettier. La Galilée riante il l'appelle

joyeuse ; il a vu une certaine grâce dans l'évocation de Jésus au bord du lac et il appelle le début du christianisme une pastorale. Des traits semblables ont irrité les plus justes susceptibilités.

J'ai été moi-même très dur pour ce livre et cependant, j'y ai copié cette phrase qui me satisfait pleinement: « Jésus n'a pas de visions : Dieu ne lui parle pas comme à quelqu'un hors de lui ; Dieu est en lui ; il se sent avec Dieu et il tire de son cœur ce qu'il dit de son Père. Il vit au sein de Dieu par une communion de tous les instants; il ne le voit pas, mais il l'entend, sans qu'il ait besoin de buisson ardent comme Moïse, de tempête révélatrice comme Job, d'oracle comme les sages grecs, de génie familier comme Socrate, d'Ange Gabriel comme Mahomet... Il se croit fils de Dieu. La plus haute conscience de Dieu qui ait existé au sein de l'humanité a été celle de Jésus. »

La Judée est tellement sinistre, homme et nature et Jérusalem en premier, que j'ai été joyeux, à Bethléem, vraiment joyeux, buvant en priant et priant en buvant. Renan, en contact avec la Phénicie désolée comme la Judée, subit exagérément l'antithèse de cette calme

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et douce nature ; la familiarité des termes a fait le reste.

Cette tristesse du catholicisme, ombre de vileté et de mort que le chrétien projette sur sa propre pensée, c'est l'ombre même de la croix. Au bord du lac, le Sauveur n'a subi que des contradictions et point d'outrages ; ici on l'aime, on l'écoute ; les multitudes le suivent ; ici, on le reçoit. Jésus disparu comme Moïse ou Jésus mort plein de jours à Capharnaum, quel changement et peutêtre quel avortement?

Si l'enseignement avait pu demeurer sans le sacrifice, et que le Verbe Galiléen ait coulé sur le monde sans que le sang de Dieu fût versé, la doctrine chrétienne eût été un immense sourire de miséricorde : l'ascétisme ne serait pas entré dans la foi. Il y a dans les prédications du lac un élément sentimental de paganisme ou de panthéisme radieux que saint François a reproduit dans l'essor religieux de l'Ombrie, floraison délicieuse du XIIIe siècle'; une intimité entre l'homme et la Création; des effluves d'amour reliant la sensibilité aussi bien avec la fleur et l'animal qu'avec Notre Père qui est aux cieux. Cette splendeur de pénétration que Jésus établit

entre la Création et le cœur de l'homme s'est perdue par l'impériosité d'un idéal de moine se substituant à celui du laïc.

La vie cachée du Sauveur n'a que trois étapes : naissanceà Bethléem, fuite enEgypte, venue pascale à Jérusalem ; le reste des trente années se passe à Nazareth.

Le premier pas messianique de Jésus le mène au Jourdain pour le baptême de Jean ; au désert d'Aïn pour la quarantaine.

Au sortir du désert l'exclamation du Précurseur frappe deux baptistes qui suivent Jésus. L'un d'eux senommait André; il amène Simon-Pierre et aussitôt Jésus le nomme Céphas.

Philippe de Bethsaïda et Nathanaël viennent ensuite. Ce sont les quatre premiers disciples ; ils assistent en cette qualité à la noce de Cana où a lieu le premier miracle, l'eau changée en vin, à la demande de la Vierge Marie.

Jésus, par un mouvement de son zèle, alla tout de suite à Jérusalem, et comme on ne peut dire qu'il ait subi d'influence et en particulier celle violente et combative de Jean, il faut déjà remarquer que Jésus n'approche jamais du Temple sans colère. On vend, aujourd'hui,

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autre chose que des colombes autour de son tombeau !

L'Evangéliste ne comprend pas la parole du Christ quand il interprète le défi de relever le temple en trois jours dans le sens de la résurrection. Le Sauveur veut dire qu'entre sa mort et sa résurrection une nouvelle religion s'élèvera auprès de laquelle la Juive n'est rien.

Jésus, au premier contact avec Jérusalem, se sentit repoussé : son entretien avec Nicomède acheva de le dissuader. Dans le Midi, on appelle « Nicodème » un brave homme de peu d'esprit. Or, ce saint personnage, ce bon riche répond à Jésus stupidement : le sens anagogique lui manque, même le figuré : Jésus lui parle de renaissance et le pharisien rêve à une rentrée au ventre de sa mère.

Jésus baptise tant seulement que le fait Jean : Jean emprisonné, Jésus revient en Galilée et dans ce retour eut lieu la parole du puits de Moïse, merveilleuse profération aujourd'hui disparue sous le formalisme paroissial.

Jésus va où il est sûr d'être accueilli, à Cana, qu'il a ébloui de son miracle; il y guérit le fils d'un fonctionnaire et comme sa renom-

mée grandit, il tente de parler à la synagogue de Nazareth : on l'écoute, on s'étonne mais sans fruit : il vient donc se fixer à Capharnaûm et, après ses tentatives de Jérusalem auprès des Pharisiens, il s'arrête au lac désormais élu comme lieu de sa mission. Il appelle formellement à le suivre les pêcheurs galiléens déjà conquis aux bords du Jourdain il élit ses premiers apôtres : Simon-Pierre et André : « Je ferai de vous des pêcheurs d'hommes ». Jacques et Jean abandonnent . leur père et la barque, d'un beau et simple mouvement. Voilà la base du Christianisme, quatre pêcheurs de Génésareth et Dieu.

Il parcourt la Galilée, enseignant dans les synagogues; mais les discours capitaux et qui nous sont restés ont eu lieu au bord du lac.

Jésus choisit des natures rudimentaires mais droites, car le juif plus évolué était littéralement abruti par la ritualité.

Il y a-t-il une autre secte au monde où guérir un malade le jour férié soit un crime ; où le fait de broyer du blé dans ses doigts pour apaiser sa faim soit un péché contre la sainteté d'un septième jour? J'ai vu cependant l'œil d'un curé belge excommunier une boite à couleurs portée un dimanche, et sur

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la question du maigre, l'Église a-t-elle assez dévié de la formule nette et splendide: « C'est ce qui sort de l'homme et non ce qui y entre qui le souille ».

On l'accusait de chasser les démons au nom de Beelzebuth; les procès de sorcellerie commençaient déjà et Naudé aurait, pu évoquer Jésus dans son Apologie pour les grands hommes accusés de magie : ses parents voulurent se saisir de lui comme d'un fou, qui leur faisait honte.

Jésus était vraiment le Messie des Gentils :

il touche d'un coup et profondément la Samaritaine comme la Cananéenne.

Sa famille, incrédule et stupide, lui demandait de venir faire ses miracles de Capharnaum à Jérusalem, et quand Nicomède se récrie qu'on juge le Galiléen sans le connaître, l'argument du pharisien est un adage :

« De Galilée il ne vient pas de prophète. »

Ailleurs on le traite de Samaritain.

Jésus vint en Judée, pour mourir et la fin de sa messiation n'eut qu'un refuge: Béthanie.

« Tous les publicains et les gens de mauvaise vie s'approchaient de Jésus pour l'entendre » ; voilà un effroyable verset ! Les pêcheurs presque seuls sont donc susceptibles

de sainteté ; il faut donc de la détresse, pour que l'âme songe à Dieu.

On a dit que Jésus était venu pour les pauvres sans avoir lu l'Evangile dans sa suite d'événements : Jésus est venu pour tous, mais il n'a été reçu que par les misérables,

La richesse ne ferme pas le royaume des cieux ; mais l'inappétence aux biens spirituels résulte de la possession des biens matériels. Chacun ne comprend que lui-même, en Dieu.

Qui ne souffre pas, ne prie pas, d'une façon générale.

Cherchez les hommes et les femmes, je ne dis pas les moins dévots, car la dévotion est un sport pour un certain âge dans un certain monde, mais les moins soigneux de leur âme et de leur esprit? Ce sont les gens du monde, ceux qui n'ayant pas de nécessité dans leur vie, la passent sans effort, sans objet, à exciter l'envie d'autrui plutôt qu'à jouir.

Prenez le cercleux et la professional beautij et voyez s'il y a place pour de la foi, de la méditation et une culture animique dans leur vie de néant, d'impudeur et d'incessant piétinement.

Jésus acrée une vie intérieure si puissante

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qu'elle rend secondaire et confuse la vie réelle et sociale. Un pays chrétien serait facile à gouverner au sens de l'impôt et de Tordre mais impossible à dominer. Le chrétien échappe à toutes les trappes sociales, il n'a pas de patrie en ce monde et il n'y voit que des frères. Aucune conquête, aucune bourse, aucun trust, aucune armée ne pourraient exister dans une nation chrétienne : aussi n'y en a-t-il jamais eu.

Malgré les beaux effets d'un Bossuet, la Papauté non plus que la Royauté n'a point pensé à se régler sur les paroles de Jésus.

Le clergé s'est acharné sur l'individu, en rigorismes impétueux, mais sans juger l'Etat qui paye, qui honore, qui dispense les biens de ce monde.

On prêche sur le maigre au lendemain de la boucherie d'Arménie. Lamennais l'a mieux dit qu'un autre : socialement le règne du Christ est à venir. Son vicaire n'a jamais prononcé une parole en faveur des opprimés : le pontife catholique ignore tout ce qui ne touche pas au budget des cultes. Dieu s'est enfermé en corps humain, mais l'Esprit de Dieu ne peut tenir dans une conscience italienne.

Le voyage de Galilée fait grand tort au Va-

tican : le lac, saint témoin, accuse le palais de pharisaïsme.

Le quai de Tibériade aux larges et antiques dalles ne montre que deux lourdes et laides barques qui ne servent guère à la pêche et attendent surtout les pèlerins et les touristes : et avec des prix d'une prétention fantaisiste.

Tandis que que je débats cette petite nolisation, un juif survient qui prend mon parti visiblement et fait baisser les exigences de moitié. Cette intervention s'adresse à celui qui s'est agenouillé au tombeau de Siméonben-Jokaï !

J'ignore le juif ordinaire de Palestine : son aspect maladif et peureux le rend pitoyable, sa constance séculaire le hausse singulièrement.

Le juif qui étudie, mystique ou talmudiste, n'est pas pour moi le juif abominé et abominable qui s'appelle Rothschild.

Au mur des lamentations, je les ai vus, magnifiques entêtés : après les musulmans, de tous les Syriens ce sont les plus croyants. Ils sont centaines et milliers ceux qui achètent de tout leur pécule le droit de vieillir et mourir à Jérusalem et payent à l'autorité turque très cher, pour être débarqués nuitam-

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ment à Jâffa et vivre autour de Hiérouchalaïm, sans état civil, véritables parias, honnis des autres races.

Le juif pauvre, le juif croyant, le juif savant je l'accepte pour frère et je ne dis raca qu'au juif riche, sceptique, au juif ignare, au juif de Paris

Après les bains d'Hammath (Emmaùs), le rivage ne montre rien avant les ruines de Kerack (Tarichée), ruines informes, tertre de pierres sans attribution possible qui forme une petite péninsule entre le lac et les marécages jordaniens

La côte orientale est peu sûre, il faudrait une escorte armée pour s'y risquer : ce pays des Geraséniens présente de hautes falaises basaltiques dont le plateau est magnifiquement herbeux.

L'aventure racontée par l'Evangéliste revêt un caractère singulièrement macabre : ce possédé qu'aucune chaîne ne pouvait lier et qui gîtait dans les sépulcres.

Au point de vue occulte, le démon, déclarant qu'il s'appelle légion, indique bien que les phénomènes diaboliques sont des effets collectifs de force désorbitée, non l'ouvrage de personnes individualisées.

Les démons demandant à posséder les porcs et Jésus le leur permettant, cela énonce une loi mystérieuse par laquelle tout courant vital veut avoir son cours, même vicié. Le mal à l'état virtuel ne s'abolit pas, il se transfuse seulement.

Le sorcier, qui relève un sort, le rejette sur un animal ou un végétal qui meurt bientôt.

On comprend que les gens de Gérasa suppliassent Jésus de quitter leur territoire : un troupeau de deux mille pourceaux noyés représentait une grande perte pour la cure d'un seul maléfîcié.

Le possédé figure l'analogue du monstre, de la tarasque, du dragon : l'effluve pervers jadis se manifesta par des animilisations effrayantes ; le fluide d'un collectif méchant a parfois engendré de vivantes horreurs, et ici l'homme des tombeaux incarne l'âme collective du pays. Catherine Emmerick a donné un tableau , extraordinaire de cette page d'exorcisme.

Cette rive orientale n'est pas celle de Jésus. Je fais signe aux Arabes de virer.

L'air est limpide, l'eau immobile, la chaleur très lourde, le silence incomparable.

On entend jusqu'aux dernières harmoni-

ques de sa pensée : tout est vert et bleu et recueilli.

J'écoute cette paix surnaturelle pour y surprendre un écho révélateur de l'incomparable passage. L'impression de Nazareth revient lucide, absolue; l'adoration pour la personne du Christ, dans l'oubli momentané de ce qu'il était, de ce qu'il a dit et fait. Je ne pense qu'à sa noble figure s'encadrant dans ce décor ; à sa vénérable main pendant le long de la barque et effleurant cette eau ; à un peu de brise passant sur ses cheveux ; à son sourire de paradis, à son regard tout-puissant. Le charme humain de Jésus, je le subis et la Madeleine m'apparaît la plus noble en sa foi absolue, en son hommage sans borne. Faire de tout son bien quelques gouttes de parfum d'un prix inappréciable et le verser sur les pieds du Maître ! n'est-ce pas ce que les saints ont fait avec leur âme?

La divinité de Jésus paraissait dans ses yeux, son Verbe dans la musique de sa voix.

Les onze pêcheurs de Galilée, sauf Jean merveilleusement sensible, n'étaient pas assez civilisés pour sentir toute la grâce de Jésus. Beaucoup de sa beauté fut perdue pour eux ; ils ne le comprenaient même pas, s'obs-

tinant à concevoir le royaume de Dieu comme un événement prochain et transposant au littéral les paroles du Maître.

Pour obtenir dans Vhênosis (extase) la vision du doux Maître, les haires ont déchiré les reins et les mystiques torturèrent leur chair.

Est-ce la vraie foi, celle dont je palpite en ce moment? Je sens Dieu, comme une bête qui penserait; je deviens chien devant le fantôme de Jésus. Quel destin eût valu celui du chien de Jésus, de l'animal couché à ses pieds et quelquefois caressé par sa main, de l'animal qui le soir du Gethsémani aurait sauté à la gorge de Judas, exhalant son dernier souffle avant qu'aucune main ne touchât Dieu.

Longtemps et souvent j'ai médité l'enseignement du Nazaréen, je l'ai comparé studieusement avec ceux de ses précurseurs : aujourd'hui je ne songe plus à la Rédemption, tellement je suis possédé par le Rédempteur.

Suivant les uns, l'Evangile ne nous donne pas le texte exact des surhumains discours : on accuse les synoptiques d'ingénuité et Jean d'idée personnelle ; mais cette ingénuité garantit une véracité foncière, et quant aux idées

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dont on fait honneur et reproche à Jean, elles constituaient l'ésotérisme chrétien. Dans la civilisation actuelle nous allons entendre un unique chanteur dans un unique passage et nous n'admettrions pas que dans la parole de Jésus, le génie éclatait à l'action même, voix, gestes et attitude.

Aucune imagination ne saurait évoquer la réalité du Christ : il débordait de grâce comme de vérité. Les Evangiles s'entendent sur un point que Jésus était adorable ; ils témoignent de son amabilité dans le sens surélevé du mot et tout est là. Vivant, Jésus fut aimé, ressuscité, il fut encore aimé. On dit qu'on l'adore parce qu'il est Dieu, mais l'Hébreu adorait Jéhovah et l'islam adore Allah. Zeus fut adoré et Vishnou et Ahoura-Mazada. Tous les dieux eurentun culte et des fervents ; Jésus seul fut aimé et n'a cessé d'être aimé, car il n'est pas venu en créateur furieux et punisseur, en juge irrité, il est venu en homme, il s'est humanisé, comme on dirait d'un très grand, il s'est encanaillé, pour nous élever jusqu'à l'éternité, car du ciel, rien ne pouvait descendre, de la terre rien ne pouvait monter, il a précipité l'éternité dans les temps et a projeté les temps dans l'éternité !

Il a épanoui, de la même parole, l'âme la plus simple et l'esprit le plus complexe ; il a su se donner, délices égales, au docteur et à l'ignare ; il a tout consolé, tout justifié. Libérateur véritable de l'homme, il a brisé les entraves sociales et civiques : le chrétien se moque de César, de ses honneurs ; le chrétien se rit des jugements du monde et de ses distinctions ; le pauvre prend le riche en pitié, car le riche entrera difficilement dans le royaume des cieux ; et là est le chef-d'œuvre animique du Sauveur.

Un chrétien est vraiment un homme libre; il ne croit ni à l'Etat, ni à la justice sociale, ni au progrès, ni aux hommes ; il n'attend rien de la vie et cependant il la regarde en face, car il en sait le sens contenu à la première ligne du Pater : « Notre Père qui êtes aux cieux. » Le dénouement sera donc la justice : car un père est équitable, et céleste, il est tout-puissant. Merveille des merveilles, la parole de Jésus restera la seule source de vie. Si beaucoup s'en écartent, beaucoup périront, car il est la vie, la voie et la lumière. Il est sous millenoms, sous d'innombrables formes, h Bayreuth comme dans la philanthropie du démagogue. Nous repoussons hélas sa grâce

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mais, malgré nous, elle nous sauve, et il triomphe dans mille extériorités qui le contiennent à Tinsu de tous.

El Medjdely Magdala : le lieu immortel qui a donné au monde la plus noble des femmes, puisque Marie vint du ciel ; un sordide hameau de quelques bâtisses sans fenêtres, voilà tout ce qui marque la plaine de Génésareth. Comment ne pas croire à une céleste volonté d'effacer la trace humaine du divin passage? Cette plaine, qui s'appelle le petit Ghor, maintenant encore est très arrosée par une sorte de torrent et la source de Médaourah. Un cercle de collines verdoyantes se joint, au sud, au roc d'irbid.

Pour aller à Kan el Mynieh, il faut suivre la grève et se frayer un chemin parmi des roseaux et les lauriers-roses, dans une envolée d'insectes : je renonce à cet effort qu'il faudra tenter à Tell Houm.

Il est difficile d'exprimer le silence ; nulle image ne convient, car le grand synonyme est la mort : et cette nature vit avec une intensité et une luxuriance étranges. C'est bien cependant la solitude dès qu'on s'éloigne de Medjdel ; mais le lac sourit, la montagne même verdoie et l'eau reflète le plus bel ou-

tremer : il n'y a pas de tristesse dans cetesseulement et je voudrais même être seul dans la barque; les Arabes qui la conduisent sont encore trop d'humanité pour ce théâtre de la vie divine.

Quatre femmes nommées dans l'Évangile ne reçoivent pas de l'Eglise l'honneur précis qui leur est dû.

Salomé, femme de Zébédée, Jeanne, femme de Khouza, un intendant d'Hérode, Suzanne et Marie Cléophas, furent, par les soins et les dons, les argentières et les intendantes de la Rédemption; elles servirent et nourrirent Jésus et ses apôtres ! elles le suivirent par la voie douloureuse jusqu'au Calvaire et elles vinrent au tombeau. Oui, ce furent de saintes femmes : l'humanité leur doit louange et merci.

Autre injustice de la foi, Joseph d'Arimathie et Nicodème ne sont pas des saints canoniques : avoir donné son propre sépulcre à un supplicié, après une réclamation du corps qu'auraient dû faire les demi-frères de Jésus, cela vaut bien le « Sanctus ».

J'ai aussi sur le cœur la calomnie jetée aux judaïsants chrétiens de la Batanée ; la littérature écclésiastique a inventé Ébion, héré-

siarque sans réalité historique, pour désigner les Ébionites, véritables chrétiens qui reproduisaient l'exigence de Jésus sans laquelle on n'était pas admis comme disciple, l'abandon total de ses biens à la communauté, exigeance essénienne au premier chef.

Ma mère l'Église, au jour elle triomphera parce qu'elle sera devenue humble et repentante de ses fautes, a bien des nimbes à mettre sur des fronts condamnés, bien des autels à élever là où elle alluma l'auto-da-fé !

La barque atterrit au milieu des grands roseaux, à Tell Houm : il faut que les Arabes, à coups de rame, frayent un chemin parmi les ronces, la broussaille pullulante et les fleurs aux tiges démesurées, dans le bourdonnement des mouches et des moustiques avec des envolées de petits oiseaux. On croirait entrer sur une terre vierge et primitive, dans une savane d'Amérique inexplorée. En avançant on trouve des murailles de pierres brutes, des chapiteaux enterrés dans l'herbe et l'acanthe sculptée touche l'acanthe naturelle : des colonnes de basalte noir, enguirlandées de fleurs et de lianes, des fragments de frise enchâssés dans la végétation profondément, gisent.

Les Bédouins, entêtés chercheurs de trésors, ont beaucoup brisé ces beaux fragments et les gens de Tabarieh s'en servent comme de matériaux pour construire, car ils sont en beau calcaire.

Les ruines, dit-on s'étendent le long de la rive pendant un kilomètre sur un demi de profondeur.

Mais à l'est, Robinson a reconnu une fondation dont il reste des colonnes, doubles monolithes, avec leur base et leur chapiteau; il les attribue à la période talmudique, au second siècle après Jésus.

Tell Houm a pu être mis à la place de Kaphar (village); Josèphe parle de lafontaine, celle d'Àïn-Madowara ; elle est à une lieue du lac, et il est certain que Capharnaûm s'élevait au bord de l'eau.

Arculfe dit que Capharnaûm s'adossait à une montagne, ce qui n'est pas le cas de Tell Houm.

L'édifice de l'est ne peut avoir été qu'une synagogue, et en admettant que son édification soit du second siècle de l'ère chrétienne, rien n'infirme qu'elle n'ait été élevée sur l'emplacement de celle où Jésus fit ses discours et ses miracles.

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On ne se figure pas l'importance qu'eut la synagogue dans la vie juive et dans la prédication du Christ : rien dans le catholicisme ne peut en donner L'idée.

Israël n'avait qu'un temple, celui de Jérusalem, et tout le clergé y était attaché.

La synagogue était la paroisse israélite : une petite salle à portique avec un ordre de colonnes ; elle avait des bancs, une chaire pour le lecteur, une armoire pour les rouleaux : le plus petit hameau avait sa grange destinée à une synagogue.

Néhémie et Esdras ainsi créèrent un foyer ardent de nationalisme. Tout circoncis pouvait faire la lecture et commenter le texte à sa façon; il recevait des objections et y répondait, librement.

Chaque sabbat, Jésus trouvait donc groupés des gens que la passion religieuse emplissait et auxquels il pouvait parler en même qualité qu'un docteur de leur loi : et cependant l'Évangile ne nous donne que douze apôtres et soixante et douze disciples : ce petit nombre explique la malédiction jetée sur Capharnaûm, Bethsaïda, Corazin et les autres villes du lac.

Elles recevaient la parole de vie de la

bouche même de Dieu, élection sans égale; elles virent des miracles qui eussent converti Sodome et Gomorrhe ; aussi, au jour du jugement, Sodome et Gomorrhe seront-elles traitées moins rigoureusement.

Sous les fleurs et les herbes, les villes du, lac sont englouties comme celles de la Pentapole dans l'eau bitumineuse.

Jésus a fait grâce au bleu du ciel, au bleu de l'eau, aux lauriers-roses, et à la verdure qui consolèrent ses yeux : mais c'est bien sa volonté que la trace de l'homme contemporain de son passage soit effacée, et qu'on ne sache pas s'il y eût une ou deux Bethsaïde et comment placer Magdala, Dalmanutha, Capharnaûm et Corazin, dans ce cours circuit de la rive entre Medjel et Tell Houm.

Ici fut peut-être sa ville, celle qu'il habita pendant les trois années de sa prédication. Il s'y fixa après son premier échec à Jérusalem: là, il fît d'incessants miracles.

Jusqu'au voyage de Galilée, je voyais Jésus à travers la parole théologique et dévotieuse, je le concevais surtout en Dieu et je l'adorais. Ici, son humanité m'éblouit, car son humanité seule donne la mesure de sa miséricorde. Rien de divin ne m'étonne, au sens

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de pouvoir et de miracle, que l'extrême modération de ce pouvoir et le peu d'éclat de ses miracles.

La dévotion oublie trop que le miracle ne signifie pas la divinité, non plus que parler ou marcher ne caractérise la dignité de l'homme. Un ami riche et généreux m'assied à sa table et m'accueille dans son palais : cela est rare mais point admirable : mais supposons que ce même ami quitte son palais, ses joies et ses honneurs pour venir partager ma misère, ma prison, mon supplice : voilà qui est admirable ou plutôt divin et voilà la Rédemption, en figure familière.

Jésus a eu faim et soif, Jésus a été méconnu, chassé, torturé et tué, pour que toutes les faims et toutes les soifs, toutes les injustices, tous les outrages, toutes les tortures et toutes les morts fussent réhabilités, ennoblis, transfigurés !

Depuis Jésus, le dernier des misérables peut plaindre le plus riche : le Dieu a tout changé et son disciple n'a plus souci même de l'estime des hommes.

A l'espoir antique resté dans la boîte de Pandore, il a ajouté sa promesse.

Tout ce que nous avons ici-bas, nous sera

ôté là-haut ; tout ce qui nous est refusé maintenant, nous l'aurons éternellement. Le Royaume des cieux fait rire le malheureux moderne, et cependant il existe, dès ce monde, pour ceux qui croient en Jésus.

En ma conscience, une opération se fait d'heure en d'heure, qui me dissuade de justifier à tout prix l'Église et les clercs.

Ce soin, que j'ai cru longtemps le plus pieux, contredit au vrai devoir ; le clergé ferme la voie de vie, au lieu de l'ouvrir; il pharisaïse.

Or, après bien des années de théologie et de mysticisme, et toujours en fils très orthodoxe de l'Eglise, je m'étonne lorsque le Pape dit, même en latin, qu'il tient la place du Christ. Les clercs ont qualité pour ouvrir, ils n'ont pas celle de fermer; la sacristie tourne souvent à la douane et décourage des âmes imparfaites N'est-ce pas pour les malades que le grand thérapeute est venu, pour les publicairis et gens de mauvaise vie, les meilleurs clients de la Vérité, selon l'Évangile !

C'est bien une volonté d'au-delà, qui a effacé les pas divins aux bords de ce lac, le plus sacré qui soit. Jésus ne veut pas être cherché ici; et l'archéologue y perdra son

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effort, le croyant seul y reçoit d'infinies consolations.

En touchant au Carmel, je me reveillai du cauchemar mosaïque; à Nazareth, un peu de joie me dilata le cœur; à Génésareth, dans le miroir de Tonde galiléenne, j'ai vu le reflet divin avec une nouveauté d'aspect surprenante : non plus le Jésus flagellé, crucifié qui condamne ma pensée à pleurer sans cesse et sur moi et sur tous, mais le Christ vivant en communion avec son Père, en communion avec la nature et qui aurait pu dire mon fils au soleil et ma fille à la lune; un Christ honoré, aimé et suivi. Dans cett solitude où l'homme, pendant des heures, semble disparu, on ne pense qu'aux personnes, au Maître et aux disciples.

J'ai cherché à El-Tell, l'antique Bethsaïde, hameau de pêche agrandi par le tétrarque Philippe, reconnaissable à des débris amoncelés.

Près de là, les cinq pains et les deux poissons furent multipliés.

J'ai cherché, à Kerazeth, Chorazin!

J'ai bu à la fontaine de Médaourah, vaste bassin entouré de murs et caché dans la broussaille : j'ai demandé en vain à Aïn-el- Tin, le poisson qui crie, silure noir. Je me

suis reposé au Kham el Miniech, où passait jadis la grande route de Damas ; j'ai dérangé les vols de libellules dans les hauts papyrus, mais je n'ai rapporté aucun éclaircissement topographique. D'une façon croissante, la personne de Jésus s'est précisée dans son amabilité infinie, je deviens d'heure en heure moins romain et plus nazaréen. Le cardinal secrétaire d'État estimerait-il que le Tibre roule un flot aussi pur que la mer de Tibériade? J'estime moi qu'il y a plus d'un rapport entre le Sanhédrin et le Sacré Collège.

Jésus n'a pas donné d'autre règle que de juger l'arbre au fruit, quand, sur ces bords, pour ne pas être pressé par la foule, il montait sur la barque de Pierre et la faisant éloigner un peu de la grève, laissait s'envoler de ses lèvres les paraboles du semeur, du trésor caché, de la perle, du filet.

Comme aujourd'hui ces simples phrases s'illuminent :

« Jésus sortit, de nouveau, du côté de la mer... »

« Comme Jésus marchait au bord de la mer....

« Ce même jour, Jésus sortit de la maison et s'assit au bord de la mer. »

LES IDÉES ET LES FORMES

C'est la nuit que j'ai interrogé le Sphinx, aux Pyramides; c'est la nuit que j'ai provoqué l'écho d'Eleusis ; c'est encore la nuit que j'ai interrogé mon cœur, et provoqué son éclat au Gethsémani, car le Sphinx est sans cesse offusqué de mouches humaines : à Eleusis, il y avait une équipe de déblaiement; et au Gethsémani, les dégénérés du grand ombrien et les Syriens atroces me gênaient encore.

Au lac de Jésus, le silence luit comme un autre soleil; et là le mystère s'offrit longuement à la contemplation humaine qui put voir des yeux du corps la gloire du Fils unique du Père, plein de grâce et de vérité.

Fidèlement au plan dont cet ouvrage n'est que le second tome, il faudrait ici énumérer les idées apportées par le Christ, et juger les religions antérieures, pour apercevoir l'originalité du Fils de l'homme ; spécifier les formes nées de l'idée chrétienne, c'està-dire dérouler de la miniature à la cène de Léonard; de la tête des Catacombes à Cellini; de Ravenne à Rouen, la Panathéenne innumérable des chef-d'œuvre : voilà pourquoi une « Vie de Jésus » seule permet cette formidable panathénée de merveilles.

Si quelqu'un, digne de foi, m'eût expliqué

l'état actuel de la Palestine, j'aurais fait le voyage à l'inverse : débarquant à Haïfa, séjournant à Nazareth, étudiant la Galilée avec plus de temps, choisissant Tibériade pour le plus grand séjour, et ne gardant qu'une semaine pour Jérusalem, Bethléem et le Jourdain. Ce parti est recommandable h ceux dont les tendances du moins s'apparentent avec les miennes. Ainsi l'horreur judaïque serait partiellement évitée. Si j'avais quitté la Terre Sainte, sans voir la Galilée, je n'aurais jamais compris Jésus ; une ombre de désespoir serait restée sur mon esprit.

Il y a lieu à de belles recherches aux bords du lac de Tibériade; elles ne déchireront pas la broussaille d'incertitude qui l'entoure.

Les villes effacées, par la Providence, ne seront jamais retrouvées de façon certaine : les grandes herbes garderont leur secret; la lance du roseau, la chausse-trape des lianes, les bastions des lauriers roses, défient l'investigation scientifique. Mais qui dépouillera tout souci d'écrire et de découvrir, et sillonnera ces bleles eaux dans le seul esprit de sentir Jésus, le sentira bénin, paternel, tout miséricordieux : j'ai vu ici le sourire du Maître et j'ai compris la douceur de son joug, la légè-

LES IDÉES ET LES FORMES

reté de son fardeau et que la plus haute définition de la vertu serait : la volupté des forts, le plaisir des aristes.

Comme on se sent loin du mal et du siècle ! Les mobiles de nos agitations, comme ils se rapetissent en face de ce silence que je ne cesse d'écouter, tellement il est absolu. Les formes se détachent précises, dans l'atmosphère limpide, les sentiments s'accentuent dans cette nature riche et forte; on se sent vibrer distinctement, la conscience se révèle entière etsans trop de tristesse. Ici, on espère. Jamais je ne me suis senti si loin de moimême, si lucide à me juger et si près de me justifier.

L'imperfection, le péché même ne nécessitent point l'idée de pénitence : la conversion n'est qu'un virage du cœur, sans effort, un mouvement d'enthousiasme, une nouvelle et plus forte passion qui consume, en un éclair, les mauvaises : on change d'amour, d'un élan!

La vérité à peine entrevue, on la suit : c'est simple et suave. Ni crainte de châtiment, ni espoir de récompense, on suit son cœur toutà-coup lourd de divinité, et qui vous entraîne. Belle joie, inoubliable palpitation où il n'y a ni raisonnement, ni poids du passé, ni effroi

de l'avenir, où la minute est pleine, pleine de grâce !

On devient bon et doux sans ascèse : métamorphose subite, vita nuova, sans transition ; adorable et divin mirage que la solitude orientale seule peut produire, renaissance momentanée où Ton recouvre une innocence consciente si entière, que la vieille chappe du péché originel glisse des épaules, l'âme florit, soudainement vermeille et parfumée. 0 l'enchantement du lac Galilée! quel Lamartine le dira ou quel fils de Wagner?

L'Amour et le respect, au paroxysme, se taisent ou balbutient : et je comprends ici cette insuffisance d'expression qui m'a souvent choqué chez les mystiques, et qui semble une paresse à formuler : c'est une impuissance. L'infini, pour l'homme, restera toujours l'indéfini ; il phrasera ce qui ne l'absorbe pas; aux grands émois, il n'a plus que l'exclamation et du soupir.

J'ai vu l'aube s'éveiller virginale et fraîche sur le beau lac, et la mélancolique vesprée y descendre; et c'est à l'heure de midi, par la forte chaleur réverbérée, que j'ai vécu les plus douces heures.

Le rayohnement solaire, impérieux comme

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Tardent charbon qui purifia les lèvres d'Isaïe, me semblait consumer ma misère et m'échauffer d'une intensité de renaissance.

Ce soleil qui aveugle et qui brûle, c'est la manifestation cosmique du Créateur.

Je ne cherche plus à mettre des noms de lieux là où mon regard se pose; l'Hermon, le scheick au blanc burnous, dresse sa crête blanche sur le ciel bleu et se hausse à l'horizon pour contempler le lac sacré, lui aussi.

Nazareth, Génésareth, Bethléem, Gethsémani, ettoi, mosquée d'Omar qui caches, sous le croissant infidèle la sépulture de mon Dieu, vous êtes toute la Terre Sainte; incarnation, nativité, prédication, agonie, sépulture, poëme qui défie les poètes, et que le dessin et la musique seuls ont par instants exprimés.

J'avais d'abord recherché avec une curieuse avidité àfixer ces noms si pleins de mémoire divine : Magdala, Bethsaïda, Corazin, et moins par difficulté que par une fascination d'audelà, l'intérêt de ces localisations s'évanouit, dans la synthèse expressive du lac même.

Les doubles colonnes monolithes enclouées par la végétation, sur la rive de Tell Houm, seraient-ils d'authentiques débris de la syna-

gogue où il parla; cet air, ce ciel, ces eaux, ces rochers et ces fleurs sont encore les plus sûrs témoins de son passage : cet air, il Ta respiré, plus tempéré sans doute; ce ciel a tendu sa courtine céleste sur sa prière, sur sa prédication; il a marché sur ces eaux; son œil s'est arrêté sur ces falaises ; des fleurs brillaient à la même place que celles-ci.

Bientôt je ne vis plus que le site, le beau décor devenu sauvage, mais qui a gardé toutes ses lignes et ses couleurs : j'arrivai à une familiarité des yeux avec les anses et les petits promontoires; je suivais le dessin de la rive, comme Léonard suit un sourire sur une bouche androgyne ; le profil de la broussaille, les verticales nettes des roseaux, les faisceaux de longues tiges, les groupes de lauriers-roses m'étaient précis, distincts, individualisés dans la perception.

Enfin, la rive s'unifia, je n'en vis plus les accidents; le paysage, littéralement, s'éloigna indistinct, subitement reculé ; je ne percevais plus que le reflet ardent et doux du lac sur mon cœur.

Quel terme dénommera ces heures ? Étaitce de l'extase, de la prière, de la pensée? C'était un enchantement et j'en jouissais.

LES IDÉES ET LES FORMES

sans fièvre, sans vertige, dans une ivresse lucide et pure.

J'aimais Jésus, végétalement, comme la vie même et je recevais de lui une irradiation si intense que je ne pouvais pas le remercier en prière, tout pris à supporter la grâce envahissante.

Malgré cette passivité sous l'influx divin, mon esprit opérait ses œuvres incessamment rapprochant des asymptotes, réduisant des antinomies, par un mouvement continu où les notions s'harmonisaient sans achoppement.

Cette seule fois, j'ai connu l'abstraction sans fébrilité et la fixité d'une conception sans fatigue. S'il fallait décrire ce contrepoint d'idées, quel singulier développement; les opérations mentales de cette hénosis étaient des sommes dont les termes seraient long à poser, des réductions doctrinales, des adaptations de l'idée aux mœurs et de la conception aux faits : conclusions amorphes sans images d'expression correspondante.

Je n'ai pas cru un seul instant à un miracle : j'ensuis trop indigne; mais le silence inexprimable du lac a tout apaisé en moi ; la totale solitude de cette nature m'a isolé un moment de mes liens avec le monde, et ne

gardant de ma personnalité que mon christianisme, j'ai entendu, j'ai vu, et j'ai compris ce que cachent sous son bruit, par, ses prestiges, et la nature et la civilisation, l'essence même du mystère ou ce que je crois tel. Or, cette simplicité lue distraitement ou avec méfiance décevrait; et je neveux pas être mal inspiré quand je m'inspire de Lui et rendre un témoignage pâle et sans rayon.

Si la pudeur a quelque part son devoir n'est-ce pas dans ces hauts phénomènes où la grâce parut, céleste faveur, qui, illusoire ou réelle, ne veut pas être profanée par la critique curieuse.

L'écrivain donne déjà trop d'entrée à autrui dans son âme : il se raconte alors même qu'il s'en défend. Qu'il garde au moins, avec une piété farouche, le beau secret que Dieu a daigné lui manifester, dans la solitude et le silence, hostie de lumière accordée à l'entendementpar le Saint-Esprit apitoyé. Contrairement à ce qu'on enseigne, le grand miracle de Jésus c'est de ne pas en avoir fait d'autres que de guérir, en vrai thérapeute ; j'admire surtout qu'il ait pu contenir sa puissance au point de paraître un homme. Également, la parole de Jésus m'éblouit par sa perpé-

LES IDÉES ET LES FORMES

tuelle réticence, par sa réserve étonnante à ne pas révéler plus de mystère que l'homme n'en peut porter. Il n'y a qu'un seul livre que je connaisse sans le comprendre, l'Apocalypse.

Je ne m'arrête pas un instant à l'interprétation prophétique : chaque époque y a vu sa préoccupation : les protestants y ont trouvé Louis XIV et les légitimistes Napoléon.

L'Église n'a rien dit qui ait un sens, la Magie seule entreprendra un jour ce commentaire ; elle expliquera du même coup le livre de Daniel composé au temps d'Antiochus Épiphane et d'où Jésus a pris bien des expressions et celle même par laquelle il se désigne : Fils de l'homme.

Le Fils de l'homme ! comme il déroute l'admiration; l'amour seul l'approche ; car il n'a pas voulu agir autrement que sur les cœurs.

La Parabole, l'expression chrétienne par excellence, est aussi la forme pour ainsi dire populaire de l'enseignement ; car le Maître a fondé son œuvre sur les pauvres et les simples ; et la bourgeoisie qui se croit fervente et bénie serait fort troublée, si lisant l'Evangile, elle le comprenait. Il n'y a que deux

bourgeois dans la Rédemption, qui soient sauvés : Joseph d'Arimathie et Nicodème.

Avant Jésus, le mystère défiait l'approche : une initiation sévère permettaitseuled'obtenir la contemplation des vérités ; ce que nous appelons la mythologie constituait la parade décevante inventée par le sacerdoce pour occuper et écarter la foule. Il fallait se vouer à la Gnose pour la connaître : Eleusis n'accueillait pas aisément et un Pythagore imposait de lourdes contraintes à ses disciples. A travers les épreuves, dans l'ombre hallucinante des Temples, le récipiendaire, à la merci d'une caste admirable mais sans charité, ne recevait certes pas, au plus haut grade, la lumière de telle ligne évangélique.

Après Jésus, le mystère en entier révélé échappe presque à tous. Incompris de ses disciples , incompris même parfois de ses saints et des Vicaires, Jésus semble avoir prodigué sans fruit les trésors du sanctuaire; il a déchiré du haut en bas le voile isiaque et nul ne voit le soleil du mystère rayonner en face du soleil cosmique aussi chaud, aussi astre, aussi bienfaisant. Là est le prodige : comme il passa au milieu des Nazaréens, qui le voulaient précipiter, il fait passer le secret

LES IDÉES ET LES FORMES

des secrets au milieu de nous et nous ne sentons que son intérieure bénédiction, sans le saisir, sans l'entendre !

La palme que je rapporterai de mon pèlerinage est mi-partie, sombre et stérile si elle témoigne de la Judée, verte et florie au sens galiléen. Comme la crosse du Pape dans Tannhauser, mon âme, sécliée d'horreur à Jérusalem, a refleuri à Nazareth et à Génés are th.

Je croyais connaître l'Évangile, je n'en savais que les fragments du paroissien, je l'ai lu et pensé là même où il a eu lieu : cette méditation ne se résout pas en hommage au Sacré Collège : et cependant, plus que jamais je crois à l'Église et à l'infaillibilité du Pape !

Malgré ïanathema sii du Concile de Trente, je travaillerai de toute ma force au rejet de la Thorah et du Mosaïsme : l'Ancien Testament est le vivant blasphème de l'Évangile.

Cette assertion secoue une paresse séculaire, millénaire même; mais la paresse ne mérite aucun ménagement, fût-elle cardinalice.

L'Église a brûlé vifs, comme hérétiques,

les plus fervents chrétiens, les pauvres de Lyon et les parfaits Albigeois : l'Église méconnaîtrait Jésus s'il réapparaissait et cependant elle est, expectante ou virtuelle, la vérité collective. Nous sommes tous fauteurs de son imperfection, comme nous sommes tous bourreaux du Sauveur.

Je crois plus vivement que jamais au devoir de vérité historique. Il ne serait plus expédient de mentir à l'archéologie : elle a conquis sa place de Metraton, de grand juge et de suprême témoin.

D'ici, Voltaire paraît un imbécile et le dixhuitième siècle la plus misérable époque de la pensée et des lettres latines : pour les générations qui viennent, l'Arouet sera immédiatement au-dessous de rien.

A ce singe a succédé en négation un hippopotame, le docteur Strauss, ce pesant adversaire, sorte de pasteur protestant. Il ne sera lu que des érudits qu'un Falstaff d'Université peut distraire. L'Antéchrist, aujourd'hui c'est l'indifférence. Il ne s'agit plus de combattre contre l'hérésie, mais contre Mamon.

La complication de la vie civilisée a tué le recueillement.

Les affaires et les plaisirs, également diffi-

ciles et minutieux, absorbent le contemporain. Une réaction viendra contre l'impériosité de la contingence : le monde romain sous Tibère ne pensait pas qu'un charpentier galiléen faisait dans sa bourgade le cercueil de la Rome Éternelle.

La conversion de Constantin a brusquement arrêté l'essor chrétien. La doctrine de Jésus n'est pas révolutionnaire en ce sens qu'elle ne remue pas les pavés et n'injurie pas. les tyrans ; mais elle est anti-nationale et anti-gouvernementale au plus haut degré. Le chrétien ne sera jamais un citoyen, car son royaume n'est pas de ce monde. Le chrétien obéira à la loi, à l'impôt, il accomplira la corvée et paiera la dîme ; mais, si humble soit-il, il dédaigne et Rome et César, et les honneurs et la victoire, et si on le poussait un peu, il avouerait son mépris de la chose publique, lui homme de la chose éternelle.

Or, le salut de l'humanité réside tout entier dans une élite, savante et pieuse, et tacitement ennemie de l'État, qui se garde le cœur fermé aux passions de l'heure et du lieu, afin que la charité y fasse son refuge.

Jésus n'a pas dit un mot de la puissance romaine qui devait lui sembler fort injuste,

mais il a formé douze hommes qui ont suffi à faire des allume-feux avec le faisceau des licteurs.

Il n'était pas dans l'essence du Christianisme de devenir et sitôt, une religion d'Etat ; l'aigle impériale s'est barbouillé de blanc et a pris l'aspect de la colombe, si bien que Léon XIII lui-même n'est pas réveillé du vieux songe guelfe et qu'il se laisse acclamer « Pape-roi. »

Aussi l'Évangile a-t-il toujours été proposé à l'individu et jamais à un gouvernement : la Papauté a souvent fait grand bruit pour un divorce, mais elle a laissé étriper des peuples entiers, sans aucune horreur du sang versé. Le fort peut écraser le faible : Abdul-Hamid se baigner dans le sang arménien, l'Angleterre exterminer un peuple de héros, ce sont matières indifférentes au Vicaire de Jésus- Christ, parce que le Vicaire de Jésus occupe virtuellement un rôle césarien qui n'aura plus jamais d'objet réel.

Le problème chrétien se pose en ces termes : le catholicisme doit fatalement absorber le protestantisme, le schismatisme et la haute culture. Le protestantisme n'est pas une religion mais un parti : le schismatisme n'est pas

LES IDÉES ET LES FORMES

un parti mais un nationalisme. Il s'agit donc, à force de bonne foi et de droiture, de décider les protestants à récipiscence et de détruire la cohésion ethnique des Slaves. Avant tout, il faudrait en finir avec l'italianisme clérical. Le pape italien, les cardinaux italiens, les nonces italiens sont des phénomènes qui ont assez duré et qui vont finir par leur propre insuffisance.

Un cas de conscience transcendant se pose à l'écrivain catholique : ou il justifie le clergé et reconnaît ses agissements conformes au Verbe de Jésus ; ou il justifie Jésus et condamne les agissements sacerdotaux qui le calomnient.

L'inquisition est-elle un crime sacerdotal toléré par les papes ou une entreprise en conformité avec l'esprit de l'Église?

Si l'inquisition est justifiable catholiquement, le catholicisme n'est plus qu'une source d'horreurs, sinon, il faut reconnaître l'épouvantable péché commis par les successeurs des Apôtres.

On objecte avec justesse que les mœurs d'un temps se répercutent dans la foi. Au temps féroce et implacable, la foi le sera aussi. Léon XIII n'oserait pas condamner à

mort Béatrice Cenci, pour cette seule raison que le temps des Bédouins en religion est passé et que le Dieu des armées, des vengeances et des patries rejoint Moloch dans le mépris des hommes.

La Terre de Mosché montrera avec le côté juif de la Palestine l'antinomie irréductible de la Thora et de l'Évangile.

Il faut de l'effort pour crier imposture au tonnerre du Sinaï : mais ce dessein je l'ai conçu aux reflets du lac divin.

Toute la bonté et toute la beauté depuis vingl siècles n'a été qu'un reflet de l'Evangile aux mœurs et aux œuvres : le despotisme, le massacre et l'implacabilité sont des effluves Hiérosolymites.

De ma foi d'éducation, de ma foi sémitique, plus rien ne reste : je suis renouvelé. Je vois Dieu désormais sous les seuls traits de Jésus et je trouve en ces traits les amabilités les plus diverses. Cette intimité si douce de l'homme et de la nature que je cherchais en Grèce, je l'ai trouvée en Galilée.

Si j'en avais le pouvoir, je fonderais au bord de la mer de Galilée, un immense séminaire, certain que ceux formés à la prêtrise dans cette céleste atmosphère deviendraient des

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pêcheurs d'hommes aux pêches miraculeuses.

Il ne faudrait pas cependant qu'on jetât sur ces bords des paysans italiens ou espagnols, d'ignares franciscains : le temps des rustres est fini en religion et les incultes n'ont plus d'emploi à la vigne du Seigneur.

Et maintenant, ô Jésus, qui as fait l'univers l'humble et éternel vassal de la Galilée, toi fils, selon le monde, d'un artisan et d'une vierge pauvre, qui n'as trouvé que les pêcheurs d'un petit lac pour te suivre et qui es mort assassiné par les cardinaux juifs, daigne ne pas repousser l'hommage d'un homme qui n'est dupe ni du sceptre, ni de l'or, ni même de l'opinion, et qui s'estime indigne de prononcer ton nom.

Combien j'aurais voulu t'apporter un éclatant témoignage ; et à l'œuvre de Chateaubriand qui a rouvert la route de ton Sépulcre et aux phrases magnifiques de Lamartine, ajouter quelques pages où ma foi vivante et prestigieuse échauffât des âmes et les tournât vers toi.

Peut-être ma droiture qui défie la suspicion, à la Nathaniel, touchera quelque âme.

Si ce livre fait un chrétien de plus ; je ne veux pas d'autre succès.

Tu as dit les paroles de la vie éternelle : et depuis le silence a régné sur le lac et sur le monde.

La terre n'aura plus d'autre oracle, ni de nouvel exemple : qui te suit est sauvé, qui t'ignore languit, qui te quitte se perd.

Ce vieux monde n'a pour conscience que ton souvenir : tu enfermas la vérité totale entre l'obscurité de ta naissance et l'ignominie de ta mort.

Car il fallait, ô Dieu, que tu fusses socialement fils de l'homme et non du petit roi David pour que le prestige oiseux du roi et du noble disparût et que nul n'eût d'autre noblesse que ses œuvres

Il fallait, ô Dieu, que toutes les puissances de ce monde se déshonorassent au Golgotha pour que nul n'osât jamais se dire juste.

Véritable libérateur de l'homme, tu l'as affranchi de la loi comme de l'instinct et du monde comme du péché, non par des séditions et du désordre mais en ordonnant la plus dédaigneuse des obéissances.

La Patrie, la cité, la société, la civilisation, le progrès : des mots, des mots, pour vieux enfants !

Rien n'existe que ce que tu as sauvé et tu

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n'as sauvé ni patrie, ni cité, ni société, ni civilisation. A ton cri de détresse sur la croix le monde romain a chancelé, perdu dès lors, oscillant encore un moment avant de crouler. Ta croix est désormais la toise où toutpasse : tu règnes, ô Christ, en terre comme au ciel ; car ceux même qui te recrucifient en désir, prononcent tes paroles et profèrent tes promesses.

Le blasphémateur même exalte la charité, et parmi ceux qui te repoussent combien ne repoussent que tes mauvais disciples.

Ceux qui ne connaissent que les crimes de la foi sont d'inconscients chrétiens, en détestant l'Inquisition !

Qui donc, plus que toi, ô maître, cria contre les Pharisiens assis dans la chaire de Moïse : et maintenant les mêmes sont assis dans tachaire, ô Christ. Hélas, entre ton cœur adorable et le cœur de la foule, il y a de mauvais prêtres, il y eut de mauvais papes.

Nul, nul ne résisterait à ta suavité s'il te sentait toi, le doux, le bon, lejuste.

Comme un magnanime monarque séparé de ses sujets par une cour arrogante et corrompue ne serait pas aimé, parce qu'on ne pourrait l'approcher : ainsi des millions de

chrétiens t'ignorent par la faute du cardinal, de l'évêque et du curé.

Entre tes bras augustes grands ouverts à tous et les pauvres cœurs défaillants, tes prêtres ont dressé les barrières d'une discipline étroite, en vrais talmudistes qu'ils sont. Ce n'était pas ta volonté, ô roi de bénignité !

Il s'agit d'une seule chose, de t'aimer; et pour t'aimer, il n'est besoin que de te connaître.

On menace, on frappe en ton nom et les pécheurs s'entêtent et se damnent!

Que de vrais saints, ton Église a brûlé, ô blasphémateur du sanhédrin, toi qui as expiré dans les supplices, comme hérésiarque ! O vérité incarnée, que je voudrais avoir en ce moment un grand prestige pour que mon agenouillement fût exemplaire.

Agrée mon témoignage, doux Maître ! Je jure que tues l'Absolu, qu'il n'y a ni lumière ni vérité hors de toi, je ne crois que toi, je n'espère qu'en toi, et je t'aime tant que ta Divinité n'entre pour rien dans mon amour!

Et maintenant, qu'un monsignor italien vienne me dire que je suis en délicatesse avec un canon disciplinaire, qu'importe?

Ce n'est pas un zélote, un kenaï rouge,

LES IDÉES ET LES FORMES

violet ou noir qui peut arrêter mon cœur, ô Christ, dans son élan, vers ton cœur sacré toujours offert à l'amour des hommes dans l'adorable Eucharistie, suprême mystère de la terre et du ciel.

Je suis verfu à ton véritable sépulcre, conduit par cette même étoile de l'étude qui guida, il y a vingt siècles, les trois Mages.

Alors, le monde ignorait ton berceau comme aujourd'hui il ignore ta tombe.

Les chrétiens ne se croiseront plus pour délivrer ton Sépulcre de l'affront mahométan. Je me croise pour délivrer ton Évangile de l'affront mosaïque.

Si c'est une hérésie, ô mon maître, de t'aimer toi seul et sans partage et d'être Nazaréen, je le saurai quand s'ouvriront les portes de l'éternité; et que je prononcerai le nom qui ouvre l'inépuisable trésor de ta miséricorde : Marie Immaculée !

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