AU GOLGOTHA
((Or, il y avait un jardin dans le lieu où Jésus avait été crucifié (le lieu du crâne), et dans ce jardin un sépulcre neuf, où personne n'avait été mis. Ce fut là qu'ils déposèrent Jésus. »
Donc, le Sépulcre détermine le Golgotha. L'actuel ne nous à rien présenté d'acceptable : un autel de marbre élevé sur le sol au lieu d'une crypte creusée dans la roche. C'est le cas de penser à la typique antithèse de Victor Hugo : « un puits c'est l'envers d'une tour. » Le Saint sépulcre bâti sur le sol est exactement le contraire d'une caverne taillée dans le roc vif. C'est net, comme la différence du concave au convexe.
L'église du Saint Sépulcre réduite à la Rotonde et au chœur des schismatiques aurait une forme logique : mais les adjonctions ont rendu le plan incompréhensible, et je ne crois pas qu'il y ait dix pélerins 'au monde possédant cette topographie inextricable en claire mémoire.
A côté de la pierre de l'onction, un escalier de dix-huit marches mène à une plateforme de 12 mètres sur 8. Nous ne sommes qu'à 4 mètres 50 au-dessus du niveau de l'Église. Monticulus Golgotha, dit le Pèlerin de Bordeaux. Un monticule de 4 mètres 50!
Mais ces quatre mètres cinquante sont-ils du roc ou de la maçonnerie?
L'entêtement clérical à rejeter, pour les matières sacrées, la science, l'art et l'intelligence, a commis de tout temps le soin des reliques à des ignares. On compte beaucoup trop sur le Saint-Esprit : comme s'il pouvait avoir raison de la bêtise humaine, sans violer le libre arbitre.
La dévotion a détruit dans toute la Palestine les preuves mêmes de la foi. La dévotion bédouine, qui n'a pas besoin de preuves, les accapare pour les engloutir.
Un vestige sacré doit disparaître pierre
LES IDÉES ET LES FORMES
sous du marbre, bois sous du cuivre; ces moines utilisent tout misérablement et non I seulement pour leur culte, pouf leur commo- 1 dité : les Franciscains cultivent des salades et des potirons au Gethsémani, légumes sacrés pour estomacs consacrés. Une statue est-elle vénérée, on l'affuble de clinquants et d'oripeaux : et l'anathème aux mécontents, à défaut de l'ancien in-pace.
Ce furent les croisés, dit-on, qui enfermèrent ces quatre mètres cinquante du prétendu Golgotha dans l'église du Sépulcre.
Désormais, nous n'avons plus rien à discuter, l'authenticité dépendant de l'emplacement du tombeau ou du monticule.
Du lieu de l'élévation de la croix au Sépulcre il y a environ quatre-vingts pieds ; il y en avait quatre cents, au sixième siècle, d'après Antonin le martyr.
Sur la distance du tombeau au Golgotha de quatre cents pieds a-t-il pu se tromper de plus trois cents pieds, car il n'y en a que quatre-vingts du trou qu'on montre dans la chapelle de l'élévation, à la pierre du Sépulcre.
Le même auteur cité par Victor Langlois dans son très remarquable opuscule, donne cette circonstance « que près de l'autel du
Golgotha » (soit celui actuel de l'élévation de la croix) il y a une crypte et qu'en appliquant l'oreille contre la paroi on entend murmurer l'eau; enfin, que si on jette dans cette eau un objet flottant, on le retrouve peu d'instants après dans la fontaine de Siloë. »
Or, on sait que ladite source passe sous le mont Moriah.
Antonin le martyr a donc vu un autre Saint Sépulcre que celui vénéré aujourd'hui.
Les chapelles de l'actuel Golgotha ont été remaniées et agrandies en 1808. La chapelle de l'Élévation de la croix est aux schismatiques ; à l'E., dans l'abside, le trou de la droix : la place des larrons est marquée à !m60 de celle du Sauveur qui eût formé avec elle le sommet d'un triangle.
A lm46, la fameuse fente du rocher de cinquante centimètres ; cette fente a converti des Anglais.
Cherchons donc à retrouver la trace topographique du vrai Calvaire. Voici le texte de saint Jean (41-42.) :
« Au lieu du crâne, qu'on nomme en hébreu Golgotha, il y avait un jardin et dans le jardin un sépulcre neuf. Ils y déposèrent Jésus, parce que l'heure pressait, l'heure de la pré-
LES IDÉES ET LES FORMES
paration pascale et que ce tombeau était proche. »
(( Lorsqu'ils sortirent de Jérusalem, ils rencontrèrent un homme de Cyrène (M.,xxvn, 32), qui revenait des champs (Marc, xv, 21), (Luc. xxm.) Lorsqu'ils furent arrivés au lieu appelé le Crâne, ils le crucifièrent ainsi que les deux malfaiteurs. » — « Jésus portant sa croix arriva au lieu du Crâne, qui se nomme en hébreu Golgotha. C'est là qu'il fut crucifié et deux autres avec lui, un de chaque côté et Jésus au milieu. (Jean, xix, 17). »
Il y a plusieurs circonstances à remarquer : Le Golgotha était le lieu ordinaire des exécutions, le Montfaucon de Jérusalem ; il n'a pas été choisi pour Jésus, puisque le convoi du Galiléen englobait deux condamnés de droit commun, d'obscurs larrons.
Or, dans l'antiquité, le lieu des supplices était toujours hors de la ville, dans la zone des terrains vagues ou des cimetières.
Marc est formel : « Lorsqu'ils sortirent, ils rencontrèrent un homme de Cyrène » ; Luc : a qui revenait des champs. »
Que le tombeau de Joseph d'Arimathie fût près du Golgotha, cela n'est contesté par personne.
Josephe « Guerre des juifs » donne le Golgotha, comme le grand cimetière des juifs. Ce qui concorde avec Mathieu, xxvn, 52 : « Les sépulcres s'ouvrirent, et plusieurs corps des saints qui étaient morts ressuscitèrent. »
On lit dans Jérémie (xxn, 39) :
(( Le cordeau s'étendra encore jusqu'à la Colline de Gareb et fera un circuit du côté de Goath. Toute la vallée des cadavres et de la cendre et tous les champs jusqu'au Cédron ne seront plus renversés, ni détruits. »
D'après Esdras (ni. 28 — Rois, xi, 16), Goath était près de la porte du cheval et la porte du cheval au nord du Temple : le Golgotha se trouvait donc à l'est et non loin du Temple.
L'allemand Krafft a identifié exactement le Golgotha de l'Évangile avec le Goath de Jérémie. La référence est donnée par Fergusson à la page 81 de An Essay of Topography.
Goath et Golgotha identifiés, le Calvaire se trouve près du Temple, à l'est de Jérusalem.
L'emplacement de Jérusalem n'a jamais pu varier que dans le tracé d'enceinte.
Jérusalem occupe un plateau élevé qui descend vers le nord et se morcelle en collines.
Antonin le martyr, au sixième siècle, dit
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que la vallée de Josaphat s'étendait entre le mont Sion et celui des Oliviers.
Au nord était Acra, au sud-est Moria. C'est sur cette colline de peu d'étendue et dont la surface fut très augmentée artificiellement que s'éleva le temple de Salomon et celui d'Hérodes, puisque la vallée du Tyropeum disparut en partie.
On sait que Bethseda ne fut comprise dans le mur d' Agrippa qu'après la mort de Jésus. Après que Titus eut ruiné le Temple, Adrien, en bâtissant OElia, éleva sur l'emplacement du Temple juif un temple à Jupiter et à côté un autre à Vénus. Le Pèlerin de Bordeaux et S. Jérôme ont vu les statues de ces deux temples.
Ce fut Constantin qui fit renverser les édifices païens du Moriah : on n'eut qu'à déblayer pour retrouver le lieu sacré.
L'évêque Eusèbe dit (Vie de Constantin, m, c. 30, 31, 32.) « Les ordres n'eurent pas plutôt été exécutés et l'on n'eut pas plutôt creusé jusqu'à V ancienne hauteur de la terre que l'on vit, contre toute sorte d'attente, le très saint et très auguste tombeau d'où le Sauveur était autrefois ressuscité ; et on admira dans la découverte de ce sanctuaire la plus fidèle et la
plus vive image que Ton eût pu désirer du mystère de la glorieuse résurrection. »
Alors même qu'on contesterait, la situation du Goath ou Golgotha, on ne pourrait nier ni l'édification de deux temples païens sur le Moriah, ni leur destruction par Constantin, ni enfin l'édification par ordre de cet empereur d'une basilique et de l'Anastasis.
Eusèbe insiste sur l'énormité du déblayement, il l'attribue à ce que la terre ayant été souillée par l'impiété des sacrifices, l'empereur ordonna de porter ailleurs toutes les démolitions.
Le tombeau de Jésus avait donc été recouvert par les ouvriers d'Adrien, clans le nivellement du sol.
Autant dans sa Théophanie que dans la Vie de Constantin, Eusèbe est formel : le tombeau était un caveau taillé dans le roc vif : ce qui est conforme aux quatre évangiles.
(( C'était une chose étonnante de voir le rocher se dresser, isolément, dans un lieu nivelé. »
Le fils de sainte Hélène ordonna aussitôt de construire une basilique et nous avons sa lettre à Macaire, évêque de Jérusalem :
« La grâce que le Seigneur nous a faite est
LES IDÉES ET LES FORMES
si extraordinaire et si admirable, qu'il n'y a point de paroles qui la puissent dignement exprimer. En effet qu'y a-t-il de si admirable que l'ordre de la Providence par lequel il a caché sous terre, pendant un si long espace de temps, ce monument de la Passion...
(( Je n'ai point de plus forte passion que
d'embellir par de magnifiques bâtiments ce lieu, qui étant déjà saint, a été encore sanctifié par les marques de la passion du Sauveur, et qui a été déchargé, par mes soins, du poids d'une idole dont il était chargé.
ce Je remets à votre prudence de prendre les soins nécessaires pour que ces édifices surpassent en grandeur et en beauté tout ce qu'il y a de beau et de grand au monde. J'ai donné charge à notre cher Dracilien, vicaire des préfets du prétoire, d'employer, suivant vos ordres, les plus excellents ouvriers à élever les murailles. Mandez-moi quel marbre et quelles colonnes vous désirez. Je serai bien aise de savoir si vous jugez à propos que l'église soit lambrissée : en ce cas, on pourra y mettre de l'or. »
Constantin érigea deux monuments sur le Moriah, une basilique et l'église de la Résurrection, l'Anastasis.
Il faut faire attention que Justinien, deux siècles après, éleva une autre église sur le Moriah et enfin que sous le khalifat d'Omar, une maison de prière parut à l'ouest de l'église justinienne.
Nous devons retrouver tout cela, dans l'ensemble appelé aujourd'hui le Haram, dont les imhométans se sont emparés, vers le milieu du neuvième siècle. Ce fut le khalife fatimite Moez qui chassa les chrétiens du Moriah.
Il incendia la basilique de Constantin.
Guillaume de Tyr nous apprend que la basilique avait été ruinée, usque ad solum diruta; elle s'appelait le Martyrium.
Le Pèlerin de Bordeaux dont l'exactitude a été reconnue par tous les archéologues, commence sa description par la double piscine que Salomon fit construire, à droite et à gauche du Temple ; il décrit la piscine de Bethsaïde, la crypte où Salomon torturait les démons, le lieu de la maison du Liban et dans l'aire du Temple, les statues d'Adrien et d'Antonin. Non loin de là, le mur où les juifs viennent se lamenter, les ruines du palais d'Ézéchias. A gauche, en montant vers Zion, la piscine dé Siloë avec un quadruple por-
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tique ou l'eau cesse de couler le jour du sabbat (!) Près de là, il signale la maison de Caïphe, le palais de David et les sept synagogues dont il ne reste qu'une. Ensuite, en allant hors du mur de Zion à la porte de Sichem (Neapolis) à droite, il signale l'emplacement du prétoire de Pilate.
A sinistra autem parle est monticahis Golgotha ubi Dominas crucifiants est. Inde quasi ad .lapidem mission est crypta, ubi corpus ejus positum fuit et tertia die resurrexit.
A gauche du prétoire se trouve le monticule du Golgotha où le Seigneur fut crucifié ; près de là est la pierre creuse où fut placé le corps de Jésus-Christ et d'où il ressuscita le troisième jour.
Ibidem modo jussu Constantini imperatoris basilica facta est, id est, Dominicum mirœ pulchritudinis.
C'est la même que par ordre de l'empereur Constantin, une basilique de toute beauté a été élevée. (Elle ne fut consacrée qu'en 335). De là, le pèlerin laisse la vallée de Josaphat à gauche pour monter la montagne des Oliviers... ut ascendatur in moritem Oliveti, va/lis quœ dicitur Josaphat ad partem sinistram.
L'emplacement de la caserne actuelle nous
donne le prétoire : et la gauche du prétoire le Haram ech Chérif, comme direction.
Le moine italien Antonin le Martyr, du sixième siècle, dit que le sépulcre — monumentum — est taillé dans le roc et qu'il est distant du Golgotha, de quatre cents pieds.
M. Langlois, citant la même autorité :
<( En décrivant le Golgotha, Antonin dit que près de l'autel se trouve une crypte, et que, si l'on applique l'oreille contre la paroi, en entend un bruit d'eau, et que si on jette dans cette eau un objet flottant, on le retrouve ensuite dans la fontaine de Siloë. »
Eusèbe témoigne que Constantin n'ignorait pas le véritable emplacement du Saint Sépulcre, il ne mentionne ni tergiversations, ni efforts. Ordre fut donné de renverser les édifices d'Adrien et sitôt « les ordres n'eurent pas plus été exécutés et l'on n'eût pas plutôt déblayé, que l'on vit, contre toute attente, le très saint tombeau. »
Or, aucune incertitude n'est possible : jamais jusqu'aux croisades, le christianisme ne fut si puissant, ni si zélé qu'à ce moment.
La lettre de l'empereur est formelle : « Il a déchargé le tombeau du Sauveur, du poids d'une idole dont il était chargé. » Il veut em~
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bellir ce lieu par de magnifiques bâtiments.
« Le tombeau, près duquel l'ange avait autrefois annoncé le Mystère de la Résurrection fut avant tout orné, enrichi de divers ornements.
« La magnificence de l'empereur parut d'abord dans la beauté des colonnes et des autres ornements dont il fit embellir le monument de la résurrection de notre Maître.
« C'était chose étonnante dit Féveque, de voir le rocher se dresser isolément, dans un lieu nivelé. »
Voici le témoignage d'Arculphe : « Cette chambre du monument dni Seigneur, qu'aucun ornement ne dissimule en dedans, montre encore aujourd'hui dans toute sa cavité la trace des instruments qui servirent à la tailler et à la polir. La couleur de la pierre dans le monument et dans le sépulcre n'est pas partout uniforme, mais offre le mélange de deux teintes, savoir de rouge et de blanc, de sorte qu'il se voit une double nuance dans la même pierre. »
Comment, au onzième siècle, le Saint Sépulcre fut-il transporté de l'est à l'ouest, du mont Moriah au centre de Jérusalem?
En 969, le khalife fatimite Moëz, d'après
Cedrenus, incendia la basilique de Constantin, chassa les chrétiens du Moria.
Les marchands d'Amalfî avaient bâti une église à la Vierge, un couvent et un hôpital sous le nom de saint Jean, berceau des hospitaliers de Rhodes et de Malte.
Hakem, mort en 1021, passe pour avoir détruit les lieux saints.
Leur reconstruction eut lieu de 1031 à 1048, sans indication de lieu; mais certainement au nord-est de Jérusalem, là ou s'élève l'actuelle église du Saint Sépulcre.
11 faudrait ne rien entendre à la psychologie sacerdotale pour douter un instant de certaines capitulations de conscience, et même de les blâmer.
Le clergé de 999 et de 1021, épouvanté de la perte des lieux saints qu'il pouvait croire éternelle, voulut à tout prix sauver la tradition et fit un apocryphe là, où et comme il put. J'absous entièrement cet acte où l'esprit de la foi ne doit pas être jugé, en un sens étroit de véracité scientifique.
Mais, le crime du clergé de 1099 est sans excuse. En un siècle, le véritable emplacementn'avaitpu être oublié : et le 15 août 1099, les Croisés étaient maîtres absolus de Jéru-
LES IDÉES ET LES FORMES
salem, aussi bien du Moriah que des autres collines : il n'y avait qu'un aveu à faire, aux compagnons de Godefroy, et l'imposture tentée auparavant dans un but de zèle et de piété, était effacée. Non, ces prêtres eurent le courage de laisser ces héros se pâmer devant un faux Saint Sépulcre. Le sacerdoce n'a pas d'entrailles quand son prestige est en jeu. Ils avaient bien mérité les Bouillon, les Toulouse, les Tancrède de baiser le vrai sépulcre.
Guillaume de Tyr, cet ennemi des TemplierSj donne la description de l'Anastasis, en croyant décrire une mosquée !
ce Le temple est octogone... Au milieu, entre le rang intérieur des colonnes, on trouve une roche un peu élevée, etsous cette roche, il y aune grotte pratiquée dans la même pierre. Cette roche, avant l'arrivée de nos armées, était exposée nue et découverte, et elle demeura en cet état pendant quinze années, mais ceux qui, dans la suite, furent commis à la garde de ce lieu la recouvrirent et construisirent dessus un chœur et un autel, pour y célébrer l'office divin* »
Il faut rapprocher de ces traits, ce que nous dit Arculfe dans la relation qu'il dicta à Adamnanus « que l'Église du Saint Sé-
pulcre est soutenue par douze colonnes (il omet les quatre piliers d'angle); il mentionne le second rang des colonnes.
Saladin entra triomphalement à Jérusalem au début d'octobre 1187 : dix mille chrétiens sortirent en pleurant de la ville sainte [ retombée sous le joug musulman.
Le Saint Sépulcre de 1187 est le même que celui de 1099.
J'ajoute, pour le prouver plus loin, que l'église actuelle du Saint-Sépulcre date de 1031 à 1048, c'est à dire de cinquante et un ans avant la victoire des croisés.
Hakem passe pour avoir détruit les lieux saints en 1021, après les déprédations de Moëz en 969.
Or, je montrerai que le Saint Sépulcre où s'agenouilla la croisade victorieuse n'est pas celui ravagé par Moez et Hakem et que, au milieu du onzième siècle, les lieux saints passèrent du mont Moriah au centre de Jérusalem
Et si on invoque l'autorité des franciscains ou autres nebulones monachi contre cette assertion que le véritable Saint Sépulcre a été pendant mille ans le Dôme du Rocher, je donnerai un exemple de la différence qu'il y a
LES IDÉES ET LES FORMES
entre les certitudes de la foi et les fantasmagories de la dévotion : et cet exemple est le transfert de la Santa Casa.
Le 7 mai 1291, sous le pontificat de Nicolas IV, la maison de la Sainte Vierge où avait eu lieu l'Annonciation, quitta Nazareth.
Comment? Pourquoi?
Elle vint à Tersate près de Fiume, en Dalmatie, sur la côte de l'Adriatique! ! !
Elle y resta trois ans et demi ; puis elle s'envola de l'autre côté de l'Adriatique, dans le Picenum, près d'Ancône le 9 décembre 1294.
Mais, quatre mois après, la Casa Santa se transporta deux milles plus loin, et pour la quatrième étape, s'établit à Lorette où elle est encore.
Le surnaturel ne saurait se passer de bon sens : on comprendrait une intervention divine qui déplace, mais non qui se trompe, tâtonne et s'égare. Les miracles ont tous un but précis de guérison ou d'édification. On comprend que la Casa Santa vienne à Rome, mais à Tersate, mais dans le Picenum? Ce qui est déraisonnable n'est pas divin. Je ne nie point qu'une telle chose soit possible, mais je nie qu'elle soit acceptable, telle qu'on la raconte.