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A LA MOSQUÉE D'OMAR

Bakhich et gendarmerie, voilà les deux schems, les noms ineffables, les forces fortes de toutes forces, le duogrammaton.

A Rome, seriez-vous le fils d'un chevalier des ordres pontificaux, et un condamné des décrets, monseigneur délia Vulpa, qui a un traité avec les hôteliers et les cochers, ne répondra pas à une demande d'invitation à la Sixtine; mais invoquez le dieu Bakhich, et le maître d'hôtel ou le cocher vous ouvrira la porte de Bronze, pourvu que vous soyez en frac, car le vicaire de Jésus-Christ ne se laisse voir que par les messieurs ; il faut être

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en sifflet, à la chapelle Sixtine. Est-ce une tradition apostolique? Non, c'est une exigence du prince Pecci, cousin du prince de Monaco.

A Jérusalem aussi, le dieu Bakchich tient la clef des portes. Il y a quarante huit heures, je risquais ma vie, h entrer au Haram.

Aujourd'hui, pour vingt-cinq piastres et avec un polichinelle qu'on appelle Kaouas, un sordide soldat turc et un gamin porteur de pantoufles, ainsi escorté, je suis inviolable.

Ah! l'étrange fanatisme! Être en sécurité entre les mains mahométanes et en péril parmi les lils de saint François. 0 mon baptême! Je le répéterai, devoir de justice et de gratitude, je n'ai jamais eu à souffrir des musulmans ; je n'ai jamais eu à me louer des chrétiens. A Paris ou à Beyreuth, toujours ceux qui portent la croix ont été les plus méchants, les plus barbares.

A cette heure, je serais sans appui, si je n'avais la protection d'un ambassadeur ottoman, moi chrétien !

La prétention occidentale à la civilisation est une imposture et un des profits qu'on tire du voyage en Orient, c'est un dessillement qui laisse voir le fonctionnaire chrétien pire que les païens, et moralement le dernier des

hommes, taquin, aigre, persécuteur. La différence entre un collecteur d'impôts et un percepteur parisien n'est certes pas à l'avantage de la ville-lumière.

Les pharisiens réprimandés par Jésus disaient : «nous sommes fils d'Abraham», et les fonctionnaires français se disent fils de la Révolution; ils sont illettrés, hargneux, sans âme ni intelligence.

En France, derrière un guichet, fût-il de mairie, il y a un garde-chiourme qui sommeille et qui s'éveille contre vous.

Si je disais que j'ai prié Athènè ou Ra, je scandaliserais de très bonnes âmes, ignorantes du passé, plus inconscientes encore d'une certaine piété faite d'évocation, d'étude et de rêverie. J'ai du moins honoré les temples grecs et égyptiens d'aussi pieuses pensées que j'en donne à une cathédrale : et l'âme du Nil et l'âme de l'Ilyssos sont sœurs de mon âme.

Mais, Jéhovah et Allah m'inspirent une répulsion nerveuse : ces dieux qui ne sont pas même humains ; ces dieux de haine, les plus faux pesés à la balance que le vrai Dieu nous donna : Jéhovah a été l'assassin de Jésus, et Allah a formé le plus grand péril du Verbe.

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La pensée du Temple de Salomon et de la maison du Liban est barrée d'abord par la connaissance de l'inoriginalité du monument, de son infériorité devant le palais assyrien ; de son caractère de chose de luxe au lieu de chose d'art. Malgré sa qualité de magicien, Salomon montre plus de bonheur que de génie. Sa vertu, je la cherche sans la trouver; l'Evangile m'a enseigné d'autres admirations. C'est risée d'appeler sage ce jouisseur, quand on a dans sa race un Louis XI, un saint celuilà, la plus pure conscience couronnée qui nous soit connue.

L'humanité ne doit rien à Israël, race stérile qui n'a eu qu'elle-même pour idéal; et qui aurait exterminé l'univers plutôt que de le laisser incirconcis. Israël est l'Antéchrist, il hait Jésus-Christ, il le crucifie, il le poursuit dans ses disciples, il l'infeste et le corrompt jusque dans ses offices : aujourd'hui encore il étouffe l'Evangile d'un cadre de géhenne.

Que la cour de Rome soit aussi indifférente qu'incompétente en matière de basilique, cela ne doit pas étonner. Rome, la ville aux trois cent soixante-cinq églises, autant que de jours dans l'année, n'en possède pas, qui vaille

non seulement nos cathédrales de France, Chartres, Bourges, Reims, Rouen, Toulouse, Lyon, Strasbourg; mais Rome encore n'a rien de comparable, à Sienne, Milan, Venise, Pise, Gênes, Ravenne, Florence, même Pistoie, Lucques ou Prato, ou Orvieto.

Saint Pierre et les basiliques sont romaines et le reste du Louis XIV ecclésial. Les cardinaux ignorent l'architecture où s'en soucient peu, à Rome même; leur sollicitude ne s'enquiert donc pas des églises d'Orient. Le religieux s'empare du lieu consacré, et, selon son idée étroite, illettrée, pratique, il sacrifie tout à la sacristie !

Les Franciscains, ces martyrs au temps de Chateaubriand, ces piliers de la foi au sens dévot, travaillent à l'instar des Grecs à dénaturer et à abolir les vestiges de la Rédemption. Aux lieux saints, ils sont chez eux et ils font un square de Gethsémani et ils y plantent des poireaux! Ce n'est point méchant de cultiver des légumes, mais c'est stupide au Gethsémani. On peut être bon Franciscain et parfait imbécile. A M. Dupont de Tours, benêt fort exact, nous devons la présence dans toutes les églises d'une ignoble gravure, soi disant d'après la Sainte Face miraculeuse.

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Il y a des formes qui sont des blasphèmes ; mais les dévots ne voient pas les formes : ils n'entendent non plus les sons. En musique il n'y a que les paroles taxables d'immoralité ! Le second acte de Tristan n'éveillerait aucune idée peccamineuse dans l'esprit du plus subtil casuiste. Le Stabat de Rossini n'a scandalisé jamais un évêque ; et les évêques sont princes de l'Eglise ; jugez par leurs oreilles de celles des Frères Mineurs.

De quoi se mêle un laïc qui critique l'agissement des oints et surtout des réguliers : qui s'attaque aux religieux, s'attaque à Dieu même et dans l'esprit dévotieux le sacrilège commence à juger une personne consacrée.

Vraiment, le métier deviendrait trop facile : des prédicateurs qui comptent sur le Saint- Esprit, des théologiens qui s'en remettent au Paraclet. Cela n'est pas humble mais téméraire Mon Dieu ! j'aime l'Église, je souscrirais bien à un pacte de silence. Est-ce encore possible? La théocratie n'a plus de puissance, il vaut mieux que la maison soit rangée par des fidèles que saccagée par par des athées.

Réforme initiale, il faut que l'intelligence soit admise comme un facteur de la foi et que lesignares soientemployés, suivantleurpauvre

faculté. Je veux bien des ingénus à condition que leur supérieur soit pensant. On nous promet des saints et on nous donne des sots et qu'il faut honorer. La qualité sacerdotale ne dispense d'aucun mérite ; l'onction ne supplée ni à l'instruction, ni à la charité, ni à l'intellection; et quel exemple plus extraordinaire que cette question unique, pour son importance, l'authentique sépulcre du Sauveur !

Quoique l'islam soit bien vivant, même croissant et défie l'action des missionnaires, le II a r a m - e c h -Chéri f ou enceinte sacrée ressemble à un Campo Santo.

J'ai un ressouvenir de Pise où cathédrale, baptistère, campanile et cimetière se groupent dans un désert, loin de la cité vivante.

Cette esplanade qui est grande et qui paraît immense, bordée sur deux côtés de constructions à portique, limitée à l'estpar le rempart, semée de quelques arbres, de mastabas, de mirabs, de sebils isolés les uns des autres comme les palmiers d'une faible oasis, a un caractère de solitude et d'abandon qui auréole rêveusement les deux mosquées, le Sakhrat et l'Aksa.

Une atmosphère de fatalité plane sur cette

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étendue : on croirait l'Acropole abandonnée d'un culte mort et cependant il faudrait couvrir de cadavres entassés cette étendue pour la conquérir. Après la Mecque et Médine c'est le second cœur de l'islam et l'islam a pour soutien tantôt l'Angleterre et tantôt l'Allemagne.

Toute cette poussière cache de la vie : ces pierres frustes et d'apparence abandonnées auraient des millions de défenseurs, au premier signal.

Ces dalles disjointes, ce terrain inégal où une pauvre herbe végète par endroits, ces oliviers qui semblent morts et ces cyprès mourants, ces kiosques aux colonnes branlantes, ces arcs en ruine, cette vieillesse qui paraît de la mort, cet aspect de sépulcre cache le plus ardent fanatisme. L'impression de cimetière vient du passé colossal sur lequel le croissant s'est implanté.

Le Moriah se dresse d'abord comme le lieu du sacrifice d'Abraham ; même les légendaires y ont enseveli le premier homme : l'histoire plus fabuleuse encore y retrouve le Temple de Salomon, comme celui d'Hérodes, la synagogue et la croisade, la grande geste des latins ; l'islam y place son jugement der-

nier et moi-même, catholique, je viens y chercher la tombe de mon Dieu.

Trois fanatismes formidables ont défendu ce lieu, avec une énergie sans nom ; ici, on n'a combattu ni pour la gloire, ni pour la rouennerie. Ici, la guerre fut toujours une guerre sainte, et encore aujourd'hui, les juifs, les musulmans et les chrétiens sont animiquement prêts à s'égorger pour conquérir cette plate-forme, quoique nul des trois ne se doute de ce qu'elle renferme.

Sans me croire nabi, pour quelques heures, hiérosolymites, je prophétise, qu'un jour proche ou lointain, le sang coulera ici plus bouillant et plus rouge que sous la pique des légions et l'épée de Tancrède.

Les Russes, délivreront le tombeau du Christ et leur vermine de clergé, auprès duquel les imans sont des saints, chassera à jamais de Jérusalem les latins, rois légitimes par la foi, le génie et la prouesse, du seul endroit de cette terre qui soit saint.

Le détail rigoureux de ma description s'explique par l'importance unique qui en découlera.

La mosquée Koubbet-es-Sakhra, la coupole

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du rocher n'occupe pas le centre du Haram. Elle s'élève sur une plate-forme de trois mètres au-dessus du sol ; on y accède par quatre escaliers à arcades, qui ne sont pas dans Taxe des portes, celles-là orientées.

A une certaine distance, le monument s'accuse par une dominante bleuâtre.

Les lignes sont simples et pures : un octogone de vingt mètres de côté porte un tambour circulaire percé de fenêtres jadis cintrées, maintenant emplâtrées, carrées et criblées de trous de passoire.

La coupole s'ogive en haut et s'étrangle à la base mais d'une façon à peine marquée. Le tambour est orné de terres cuites bleues arabesquées de calligraphie islamique.

La base de l'octogone est revêtue de marbre blanc jusqu'à hauteur d'homme : au-dessus des faïences (Kichaniat) de style persan, émail bleu et blanc et bordure verte et blanche. Il y a même au-dessus des baies une frise en calligraphie : ce décor est dû à Soliman le Magnifique, vers 1561.

Chaque porte, carrée et couronnée d'un cintre, a un petit portique à quatre colonnes dont les intervalles sont murés. Au sud, le portique présente huit colonnes reliées entre

elles, mais cet édicule paraît une adjonction récente.

L'inscription intérieure qui attribue ce monument au sultan Marnoun donne Tan 72e de l'hégire ; or, Marnoun naquit l'an 170e de l'hégire, et à moins d'une précocité étonnante ce sultan n'a pu édifier, avant le premier quart du neuvième siècle.

Rien d'aussi bizarre que la crédulité occidentale aux historiens arabes : ce sont les plus menteurs des hommes, en matière religieuse ! On a donc cherché qui régnait en Islam, en l'an 170, et on a trouvé l'omniade Meleck.

Les Omniades , parti aristocratique de l'Islam, furent repoussés de la Mecque, et Meleck alors imagina de créer un rival au sanctuaire de la Kaaba, en lui opposant la Coupole du Rocher. A quelle date les écrivains arabes ont-ils commencé à légendifier ? Le Talmud prélude la fabulation, avec Abraham et Melchisédech. Jérémie aurait caché l'arche, en ce seul lieu du monde où était écrit le Tétragrammaton. Enfin la Kaaba, au jugement dernier, elle-même se transportera au Sackhra.

Ces arabesques d'imagination exploitées

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par une politique religieuse ne sont que des curiosités intellectuelles : mais ceux qui appellent le Sakhra la merveille de l'islam ont peu réfléchi et mal regardé.

Otons, par la pensée, les faïences, la frise calligraphique, rendons aux baies leur forme primitive qui était cintrée, détruisons le démarquage, les fausses ogives, comme les carrés des baies et nous verrons un monument byzantin, à arc romain.

Or, je ne connais pas un seul monument arabe ou islamique où règne le vrai plein cintre.

Nous sommes en présence d'un édifice classique, du milieu du IVe siècle.

Lorsqu'on contemple du mont des Oliviers le Sakrah, comme le fîtMichaud, onremarque dans le rempart une double arcade en plein cintre à pieds droits. Chaque arc a près de quatre mètres ; la moulure de l'archivolte ne peut être attribuée ni à Hérode comme l'a cru Saulcy, ni comme d'autres aux Romains.

Les ornements et les feuillages sont byzantins, semblables aux chapiteaux du Sakra Cette porte, antérieure à l'enceinte musulmane du Haram, visiblement y a été enclavée. Je vois en elle la double porte qui menait dans

l'atrium de la basilique Constantinienne (Vie de Constantin III. 39), Eusèbe nous parle de deux monuments élevés par l'empereur converti sur le Moriah; le Martyrion ou Témoignage et l'Anastasis ou la Résurrection.

Le Martyrion était une basilique dans le sens ancien, romain et byzantin du mot, le centre de réunion des chrétiens.

L'intérieur de la mosquée produit un effet prestigieux dont on ne se défend pas, avant d'avoir surpris le puéril secret de ces vitraux qui ne sont que des vitres. En langage de civilisé, des vitraux sont des compositions, des tableaux sur verre : ayant eu le bonheur de contempler les chefs-d'œuvre des grandes cathédrales, je ne trahirai pas le génie occidental au point d'appeler vitraux des morceaux de verre découpés et enchâssés dans du plâtre. Chacune des découpures fait verre de jumelle; de plus, le grillage extérieur ne laisse entrer que peu de lumière. On dirait un dessin de châle derrière lequel il y aurait du soleil : l'effet est voluptueux et rêveur et luxueux, excellent pour un lieu de bains ou de luxure.

Les écrivains qui n'ont jamais regardé une cathédrale se tordent ici en spasmodique ad-

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miration. Le vitrier de faubourg a dans sa boutique de quoi refaire quand il voudra cette vitrerie maligne; prestigieuse, nulle comme art. Cet effet de papier huilé, de soie faisant lanterne ne soutient pas l'examen. On vient du grand soleil aveuglant et brûlant, tout à coup on passe dans la pénombre et la fraîcheur : le soulagement physique instantané engendre une part de l'effet, qui se produit dans la proportion où les portes sont fermées ; les quatre ouvertes, la féerie s',atténuerait.

A peine mes yeux éblouis du dehors se façonnent-ils à cette obscurité, qu'au centre de l'édifice, un énorme roc de calcaire brut se dresse, irrégulièrement, jusqu'à la hauteur de deux mètres. Il mesure plus de dix-sept mètres de long sur treize de large.

La phrase d'Eusèbe se réalise :

« C'était une chose étonnante de voir le rocher se dresser isolément, dans un lieu nivelé »

C'est une chose non moins étonnante de voir le rocher se dresser, abrupt, sauvage, sous ce vaste dôme, entre ce double cercle de colonnes précieuses.

Un frémissement intérieur d'une intensité

inexprimable me secoua. Que les preuves soient acceptées ou non Je jure que j'ai vu le véritable tombeau du Christ : et à ce moment j'ai éprouvé, pour la seule fois, de la douleur d'avoir si peu de crédit auprès de mes contemporains, que je doive réduire l'investigation à une visite de touriste. Non sum dignus. Je ne suis pas digne de crier la bonne nouvelle et de dire : « Venez et voyez : voilà où ils l'ont mis. »

« Monseigneur, monseigneur Jésus, je suis venu jusqu'à votre vraie tombe, Graal suprême, à travers les plus tristes voies et je m'abîme en humilité devant votre souffrance. Dites un mot et que je renaisse à la pureté qui permet de vous concevoir.

« Je vous aime, Monseigneur, comme un végétal aime la vie et la lumière ; vous êtes l'Orient.

« Je vous admire, Monseigneur, avec tremblement, et les mots les plus brillants me semblent ternes et indignes de vous exprimer; je vous appartiens, Monseigneur, par mon père qui fat un juste, par ma mère qui m'apprit à vous prier, par mon indépendance même qui s'abdique devant votre croix.

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(( Votre signe, Monseigneur, est le flambeau qui éclaire l'inconnu à mon esprit ; l'étalon des mesures, c'est votre croix.

(( Votre nom, monseigneur, c'est le schem ; il ouvre ce qui est fermé ; il ferme ce qui est ouvert.

« Même indigne, Monseigneur, je resterais encore à vos pieds; votre châtiment vaudrait mieux que votre indifférence.

(( Même exclu du salut, Monseigneur; même damné, je vous aimerais, carvous êtes l'inneffable et il n'y a qu'un destin : vous sentir, même comme victime et épuiser votre justice à défaut de votre grâce ! »

Avant la seconde moitié de ce siècle le Sakhra était jalousement fermé sous peine capitale. Voici les témoignages de Chateaubriand : (( Quant à l'intérieur de cette mosquée, je ne l'ai point vu. Je fus bien tenté de risquer tout pour satisfaire mon amour des arts ; mais la crainte de causer la perte des chrétiens de Jérusalem m'arrêta. »

Un demi-siècle après, des nègres, le sabre nu, veillaient encore aux portes du Haram : le Dieu Bakchich depuis a trouvé grâce devant les imans. On est désolé quand on lit, sous la

plume de Michaud, le si remarquable auteur de Y Histoire des Croisades: « Personne n'ignore l'impossibilité où est le voyageur chrétien de pénétrer dans ce monument; il ne s'agit de rien moins que de la mort ou de l'apostasie, je n'ai pu en voir que l'extérieur. J'ai contemplé souvent et des heures entières cette mosquée d'Omar, le plus beau monument de Jérusalem; sans échapper aux regards soupçonneux des Musulmans. Je ne vous répéterai point ce que disent les rayas de Jérusalem, nul doute qu'elle ne renferme des choses curieuses et je donnerais tout, excepté mon noble titre de chrétien, pour la visiter. »

Cette terrible exclusion de tout non-musulman concorde avec ma thèse, et explique ce qui autrement serait invraisemblable; que personne n'ait eu mon idée et ne l'ait présentée au public avec une force qui fomentât la discussion et la recherche.

Je suis donc au lieu du crâne, dans le jardin de Joseph, en face du sépulcre neuf, à quatre cents pieds du lieu d'exécution ordinaire, je foule le Goath ou Golgotha, à Test de Jérusalem.

Là, Adrien, pour effacer la trace du Galiléen, élèva un temple à Jupiter et un à Vénus,

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pensant dépayser les chrétiens et leur faire oublier jusqu'à la dernière trace terrestre de leur maître.

La lettre de Constantin à Macaire est éloquente.

« Qu'y a-t-il de plus admirable que l'ordre de la Providence, par lequel il a caché sous terre, durant un si long espace de temps (de 130 à 333) jusqu'à ce que l'ennemi de la piété eût été vaincu et que ses serviteurs eussent été mis en liberté le saint tombeau... »

« Je n'ai point de plus forte passion que d'embellir, par de magnifiques bâtiments, ce lieu, qui étant déjà saint (allusion au sacrifice d'Abraham, à Jacob, à l'autel des holocaustes, ou à l'arche ici cachée par Jérémie?) a été encore sanctifié par les marques de la Passion du Sauveur, et qui a été déchargé par la volonté de Dieu et par mes soins, du poids dune idole dont il était chargé. ... »

Eusèbe continue :

« Le projet de l'empereur fut suivi d'une prompte exécution. Les ordres n'eurent pas plutôt été exécutés, et on n'eût pas plutôt creusé jusqu'à l'ancienne hauteur de la terre, que l'on vit, contre toute toute sorte d'attente, le très

saint et très auguste tombeau d'où le Sauveur était autrefois ressuscité. »

Le dôme du Rocher, qui a cinquante trois mètres de diamètre, se divisepar deux rangées de piliers et de colonnes en trois enceintes concentriques.

La plus grande, en hexagone, comme le monument même, montre huit piliers et seize colonnes par couples entre les piliers.

L'inégalité, la disparité et la beauté des colonnes monolithes (vert antique, brèche rouge) proviennent d'édifices païens, et spécialement des temples même construits à cette place et de celui d'Adonis à Bethléem. Les bases sont dès lors inégales, les chapiteaux rentrent dans le type ionique composite et portent une architrave où court une suite d'arceaux évidés en plein centre.

La seconde colonnade est circulaire, à quatre piliers massifs, et douze colonnes à chapiteau ioniforme portant le tambour.

Les mosaïques du tambour se révèlent byzantines et non pas arabes, elles représentent avec une volonté de faire oriental, le vase eucharistique d'où sort une frondaison développée en arabesque. Le raisin figure le sang et le blé figure le corps de notre Seigneur :

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motif déjà vu à Ravenne et fréquent aux plus anciennes miniatures.

La grille de fer forgé qui entoure le saint rocher est évidemment un travail français du douzième siècle : il y a une seconde balustrade en bois de couleur, ouvrage arabe.

Rien ne rendrait l'effet de ce sommet de montagne, rugueux, sombre, presque épouvantable, surgissant de cet écrin de marbre, sous cet éclairage de rêve.

Au nord et a l'ouest, le rocher a été taillé et aplani pour recevoir l'autel de marbre qu'y installèrent les croisés. A l'est, où il garde son irrégularité, on montre la trace des pas de Sidi Aiça (Jésus).

Une relation stupéfiante prétend que les chrétiens avaient recouvert le Sakhra d'immondices par mépris pour les juifs et qu'Omar, après avoir pris Jérusalem, rechercha ce roc comme étant celui de David. Le khalife eut toutes les difficultés à se frayer un passage au travers des ordures.

Étrange destinée de l'endroit le plus saint de toute la terre ! Je ne peux dire à personnè sa sainteté sans risquer ma vie, dans cette ville où rôdent trois inquisitions aussi redoutables l'une que l'autre. '

Personne n'a fait attention à l'étrangeté de l'inscription coufique en lettres d'or sur fond bleu de la frise : elle témoigne cependant que ceux qui l'y ont placée connaissaient le divin mystère du Rocher. S'ils l'ignoraient, pourquoi choisir dans le Koran les négations de la divinité du Christ, et cercler le véritable Saint Sépulcre d'une couronne de blasphèmes,

« Dis : Gloire à Dieu, qui n'a pas de fils, ni d'associé au pouvoir et qui n'a pas besoin d'aide pour proclamer sa grandeur ».

ce 0 vous qui avez reçu les Ecritures, ne dépassez pas la juste mesure, dans votre religion, et ne dites de Dieu que ce qui est vrai.

« Le Messie Jésus n'est que le Fils de Marie, l'envoyé de Dieu et son Verbe qu'il déposa en Marie.

« Croyez donc en Dieu et à son envoyé, et ne dites pas qu'il y aune Trinité ».

« Dieu est unique, comment aurait-il un fils, il se suffit parfaitement à lui-même. »

« Jésus dit : « La paix soit sur moi au jour de ma naissance et de ma mort et de ma résurrection ». C'est de Jésus, Fils de Marie, qu'ils doutent ! Dieu ne saurait avoir de fils,

cela est indigne de lui. Dieu est mon Seigneur et le vôtre, adorez-le : c'est le droit chemin. ))

Si ce temple avait été originairement construit pour Allah et par ses sectateurs, pourquoi cette réfutation de la divinité du Christ le déclarant seulement fils de Marie, niant la Trinité et répétant : « Dieu ne saurait avoir de fils ».

Le choix des versets du Koran prouve que le monument a une origine chrétienne.

Une autorité indiscutable est celle d'Arculfe (695) : il dicta larelation de son voyage à Adamnanus, abbé de Saint Colomban ; on la trouve dans Mabillon. Arculfe indique la forme ronde, comme étant celle du Saint Sépulcre. Il dessina sur cire, de souvenir, un plan de quelques parties des lieux saints. On y reconnaît l'Anastasis. En outre il dit que l'église a douze grandes colonnes (cela est exact, en omettant les piliers d'angle), il précise une seconde rangée de piliers. Mais voici l'ultime preuve :

« Au milieu de l'Église du Saint-Sépulcre, il y a un caveau taillé dans le roc vif, dans lequel neuf hommes peuvent se tenir debout ; et l'espace qui reste entre la tête d'un homme

de taille ordinaire et la voûte, est d'un pied et demi.

Catherwood (cité par Fergusson, p. 150) a pris les mesures du caveau et les déclare conformes à l'estimation d'Arculfe.

On y descend par onze degrés du seul côté où le rocher ne touche pas au monticule; et je puis à mon tour certifier l'assertion d'Arculfe. Au fond de la crypte il y a un cloisonnement de plâtre que je ne m'explique pas : fermait-il la place même où fut mis le Sauveur?

Partagé entre une émotion indicible et une avidité ardente de bien voir, de découvrir même, je ne fis point d'attention aux escabeaux qui marquent où Abraham et autres ont prié. Mais au centre même du caveau, sur une surface de 2 mètres, le roc sonne creux; c'est le puits des âmes, disent les imans ; c'est le puits d'écoulement de l'autel du sacrifice, disent les prêtres.

Je ne pouvais me décider à remonter l'étroit escalier, cherchant quelque vérification possible. Saint Antonin le Martyr, cité par M. Victor Langlois, dit que « près de l'autel se trouve une crypte, et que, si l'on applique l'oreille contre ses parois, on entend

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murmurer l'eau et qu'enfin, si on jette dans cette eau un objet flottant! on le retrouve peu d'instants après dans la fontaine de Siloë ».

En me baissant sur la dalle qui sonne creux, et ferme le puits des âmes, j'ai entendu un bruit, quoique très faible, mais je ne pouvais obtenir que cette dalle fût soulevée.

A moins de documents qui prouvent qu'Adrien éleva ses temples païens sur l'emplacement actuel de l'église du Saint-Sépulcre, la Coupole du Rocher enferme le vrai tombeau de Jésus.

(( Depuis le temps d'Adrien jusqu'à l'avènement de Constantin, dit saint Jérôme, un temple de Jupiter et une statue dé Vénus, au lieu même de la Résurrection et sur le rocher du Calvaire, recevaient les adorations des païens et des fauteurs de la persécution, qui s'imaginaient, par là, détruire la croyance à la Résurrection et à la croix du Sauveur, s'ils parvenaient à polluer ces saints lieux à l'aide de leurs idoles ».

Constantin n'a pas pu être trompé sur le véritable lieu.

L'évêque de Césarée, sur ce point, appuyé fortement.

(( Ces impies et ces profanes s'étaient follement imaginé qu'ils enseveliraient la vérité de ce mystère sous le monceau de terre et de pierres dont ils allaient combler ce saint tombeau. Ils y en apportèrent donc une prodigieuse quantité, pavèrent la surface et élevèrent au-dessus un tombeau, non pour y recevoir les corps, mais pour y perdre les âmes. Je veux parler d'une obscure caverne qu'ils y bâtirent au démon de l'impureté, en l'honneur de Vénus. Depuis, ils y offrirent de détestables sacrifices...

« Enfin, Constantin, ne pouvant supporter plus longtemps qu'un lieu si saint eût été couvert d'ordures et comme enseveli dans l'oubli, par les artifices des ennemis de la foi, ordonna d'enlever ces immondices, afin de le rendre le plus magnifique et le plus éclatant qu'il y ait sous le soleil : il n'eut pas plutôt donné l'ordre de raser ces édifices que le culte abominable disparut. L'empereur ne fit pas seulement abattre le sanctuaire consacré à l'idole de l'impureté, il en fit jeter au loin les démolitions, ordonna de creuser la terre souillée et de la transporter ailleurs. »

Guillaume de Tyr, un esprit peu sagace. hargneux, ennemi systématique des Templiers

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et croyant à tout texte arabe, parce qu'il n'entendait mot de cette langue, nous dit que le clergé des Croisades couvrit d'un autel le fameux Rocher et qu'il y eut des chanoines attachés à cet autel.

Au douzième siècle (1136), Innocent II envoya de Rome un légat pour faire la dédicace solennelle de la prétendue mosquée convertie en église.

N'est-ce pas formidable ! Les prêtres couvrant, cachant, engloutissant la pierre sainte ! la vraie pierre angulaire, la pierre sur laquelle est édifiée la preuve des preuves, annulant ainsi la relique des reliques !

N'ai-je pas vu, dans la chapelle Sixtine, des clous plantés dans le jugement dernier de Michel-Ange ; et tout le bas de la fresque n'est-il pas encrassé par la fumée des cierges ? Et ils sont soixante et dix cardinaux, pour ce soin des chefs-d'œuvre ! tandis que la plus luxueuse salle de la Pinacothèque est remplie de peintures aussi nulles que celles d'un Alphonse de Neuville.

Ces savates gênantes et lourdes à mes pieds que je traîne ici, comme je les traînerai à Constantinople, dans Sainte-Sophie, m'humilient. Je ne discute pas la coutume orientale

et ses spéciales bienséances, pas plus que celle de rester couvert à la synagogue : je déplore que les chrétiens avec tant de soldats n'obtiennent pas à leur tour que le Turc se déchausse la tête dans l'église.

A la mosquée, j'obéis aux règles musulmanes, mais ici je suis en voûte chrétienne et j'enrage. Le christianisme triomphant a beaucoup détruit, hélas : des papes, des prêtres ont remporté de faciles victoires sur les dieux de marbre ; et les bons sulpiciens, s'ils étaient les maîtres, détruiraient les idoles. On a bien appelé impie le musée Guimet !

Au moins, que protestants et musulmans soient chassés de tous les temples volés au catholicisme. N'est-ce pas une honte, en France, que, dans chaque ville, la bande luthérienne occupe une ancienne église ? Ges gens-là ont été, sont et seront à jamais incapables de dresser une colonne; qu'ils sortent de ces édifices qu'ils souillent : car un monument appartient, devantDieu et les hommes, à qui l'a construit. La coupole du Rocher appartient aux catholiques. Le 13 septembre 335, sous le consulat de Constance et d'Albin, la dédicace solennelle de la basilique constantinienne eut lieu.

L'évêque de Césarée donne des détails typiques.

(( Ceux qui n'étaient pas capables de parler en public apaisaient Dieu par les prières et les sacrifices qu'ils lui offraient; mais pour nous qui reçûmes, en cette occasion plus d'honneur que nous ne méritions, nous honorâmes la solennité par divers discours que nous y fîmes.

<( Tous étaient remplis d'allégresse en voyant, après de si longues et de si pénibles humiliations, se réaliser la prédiction d'Esaïe : Erit sepulchrum ejus gloriosum. La solennité de son inauguration dura huit jours, mais les cantiques sacrés qu'on fît retentir sous ces voûtes n'auront plus de fin.

<( On le salua du titre de Martyrion parce que ce lieu rend témoignage à la divinité de Jésus- Christ. » Constantin fît élever deux monuments l'un pour contenir le Saint Sépulcre, l'Anastasis, et l'autre sur l'emplacement du Calvaire, le Martyrion. »

Malheureusement, Eusèbe décrit d'une façon insuffisante, après avoir donné la lettre de Constantin à l'évêque Macaire.

« On éleva incontinent proche du Sépulcre du Sauveur, une nouvelle Jérusalem vis-à-vis

du lieu où avait été autrefois l'ancienne.

(( L'empereur dressa contre elle un trophée pour conserver la mémoire de la victoire remportée par le Sauveur sur la mort.

« Cette église bâtie par Constantin est peutêtre la Jérusalem nouvelle prédite par les prophètes?

« Le tombeau, près duquel l'ange avait autrefois annoncé le mystère de la Résurrection, fut, avant tout, orné, enrichi de divers ornements.

« La magnificence de l'empereur parut d'abord dans la beauté des colonnes dont il fît embellir le monument de la Résurrection de notre maître.

(( On allait de ce tombeau à une place de vaste étendue pavée de belles pierres et embellie de trois galeries élevées sur trois des côtés.

(( L'Église fut bâtie du côté opposé au tombeau et exposée à l'Orient.

« C'est un ouvrage admirable pour sa hauteur, sa longueur et sa largeur. Le dedans est revêtu de marbres de diverses couleurs et le dessous paré de pierres si polies et si bien jointes qu'elles ne cèdent guère au marbre en beauté. Le comble fut couvert de plomb

LES IDÉES ET LES FORMES

pour résister à la pluie. Le dedans fut lambrissé de menuiserie et le lambris couvert d'un or qui jetait un éclat merveilleux dans toute l'Église.

« Il y avait aux deux côtés de l'Église, deux galeries, une basse et une haute, de même longueur que le monument, et le dedans de la couverture était lambrissé et doré. Au portail de hautes colonnes, les colonnes du dedans n'étaient appuyées que sur des bases carrées. Il y avait trois portes du côté de l'Orient.

« En faôe de ces trois portes un hémisphère était comme le centre de l'édifice, entouré d'autant* de colonnes qu'il y a d'apôtres. En haut de chaque, de grandes corbeilles d'argent que l'empereur avait données en l'honneur de ces douze saints.

« En sortant de l'église, on trouvait une grande place, avec une galerie de deux côtés ; au bout, la porte répondait à une autre place plus grande où se tenait le marché.

« Cette église si magnifique, élevée pour servir de monument à la résurrection glorieuse du Sauveur, fut embellie de présents, d'or, d'argent, de pierres précieuses dont je n'ai pas le loisir de décrire la multitude et la beauté. »

Une telle description ne donne pas ce que l'archéologue demande.

Toutefois la Porte Dorée s'identifie à la double porte de l'atrium et donne Taxe de la basilique constantinienne, parallèle au mur méridional du temple. Il faut le noter, les chapiteaux de la Porte Dorée sont apparentés à ceux du Sakhra. M. de Vogue a reconnu leur caractère byzantin primaire, quoiqu'il les date, je crois, du commencement du Ve siècle. Plus j'étudie le Sakhra et plus il me semble que par des reproductions des monuments du IVe siècle, on démontrerait la chrétienté de la Coupole du Rocher.

Le baptistère et le mausolée affectèrent la forme octogone qui est celle du Sakhra.

L'église de Nocera, sur la route de Pompéi est du IVe siècle et les colonnes placées en rond, deux à deux, portent une coupole sans tambour. J'ai déjà mentionné le baptistère des orthodoxes à Ravenne qui est de 396.

A Rrescia, la coupole pose sur huit piliers ; à Torcello, le baptistère est encore octogone; également à Asti, à Chiavenna, à Crémone et l'octogone se continue, à Parme, à Pise, à Florence, à Pistoia !

Un fait plus important : le plan octogone fut

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adopté pour les mausolées et succède chronologiquement à la forme circulaire dont le tombeau de Cécilia Métella, celui de Plancus à Gaëte et des Plautiens à Tivoli sont les spécimens classiques, sans parler du mausolée d'Adrien et de celui de l'impératrice Hélène devant la Porte Majeure.

L'Église S. Constenza près de Rome, destinée au mausolée des deux filles de Constantin, a la forme circulaire et le tambour portant sur le chapiteau. Le mausolée de Théodoric à Ravenne est polygonal à l'extérieur.

L'Église S. Stefano Rotondo, du Ve siècle, sur le Cœlius, présenté une colonnade circulaire portant une construction cylindrique. Enfin S. Vitale de Ravenne est le rival de l'Anastasis, parmi les octogones fameux.

Il faudrait oublier que l'hégire commence au septième siècle pour découvrir un type musulman qui se filiàt à un édifice du quatrième siècle chrétien.

11 y a deux façons de preuves pour les dates : celle des inscriptions et des textes qui dépend souvent d'une circonstance de lecture; celle de l'esthétique comparée, plus prompte et tout aussi péremptoire : elle exige seulement des termes étendus de comparaison.

Selon ce critère, la prétendue mosquée d'Omar est l'Anastasis de Constantin et le sera tout à fait, lorsqu'un membre de l'Institut fera sienne cette assertion.

On lit un peu partout et chez le Frère Liévin, si recommandé par le Révérendissime père custode, que YAnaslasis a été élevé d'après le Saint Sépulcre.

Au contraire, c'est d'après l'Anastasis devenue une mosquée, ou mieux d'après le plan d'Arculfe que les chrétiens chassés du mont Moriah, édifièrent un nouveau Saint Sépulcre.

Ils firent une rotonde, au lieu d'un octogone, sans aucune notion précise de proportion.

Le Saint Sépulcre ou Anastasis a été jusqu'au neuvième siècle, ici, sur le Moriah.

Quand les Croisés conquirent Jérusalem, il était passé au nord-ouest de la ville. C'est de 614, siège des Perses, à 1099 qu'il faut chercher la date du transport.

Le Saint Sépulcre actuel daterait-il de Charlemagne? Les clefs envoyées par Haroun al Raschid, à l'empereur étaient celles de la coupole du Rocher. Dans aucun cartulaire même de Eleemosyna mittanda^ il n'est ques-

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tion de rebâtir les lieux saints, mais de les restaurer. M. Victor Langlois cite le moine Bernard, pèlerin de 870. Celui-ci ne donne que neuf piliers au Saint Sépulcre et spécifie que quatre édifices constituaient l'ensemble des lieux saints. Pour le Saint Sépulcre, il renvoie à la description d'Arculfe.

Moëz en 969 mit à mort le patriarche de Jérusalem et incendia la basilique de Constantin (Cedrenus, p. 661).

' De cette date à la mort de Hakem, 1021, nous ne savons rien, sinon que les chrétiens furent la proie des musulmans. Chassés du Saint Sépulcre, ils obtinrent d'édifier une église, dans le quartier ou les marchands d'Amalfi avaient un comptoir (Guillaume de Tyr, xvin, 4.) Dans cette église, le clergé fabriqua de nouveaux lieux saints. M. Victor Langlois donne pour date à cette imposture de 1031 à 1048.

L'histoire de la Santa Casa montre que le dévot croit aisément aux miracles même indignes de Dieu. En ce temps là, un doute sur la véracité cléricale était un danger : à Jérusalem, il le serait encore. Sacristie et fanatisme, même de nos jours, s'élèvent ou s'abaissent, comme on voudra, jusqu'à l'assassinat.

Qui eût osé, en 1031, avant l'imprimerie, nier l'authenticité du Golgotha et du Saint Sépulcre, et de qui eût-il été écouté? Une excommunication ou mieux l'in-pace eut été la réplique.

Les prêtres amenèrent les Croisés vainqueurs à un faux sanctuaire, sans aucune excuse, puisque Tancrède avait pris, dès le premier jour, le Sakra. A-t-on jamais vu un dominicain exécrer l'Inquisition ; et ces humbles, par vœu, ont-ils une fois avoué les fautes de leurs prédécesseurs ?

Malgré la Thébaïde et les émules rares de saint Jérôme, l'Orient décompose le moine, il s'y encrasse ou se corrompt. On ne connaît nulle louange du clergé hiérosolymite, au temps de Godefroy et de Baudouin.

Hakem, donc détruisit les lieux saints, sauf l'Anastasis ; Hakem savait comme Mahomet, comme les grands chefs musulmans, le secret sans égal du Sakhra. Ce secret a été révélé par l'Anglais Fergusson : je n'ai fait que le souligner de ma vérification, persuadé qu'il faut un troisième proférateur, pour porter les fruits que veut la divine Providence.

Harassé d'avoir étudié ce matin le faux Saint Sépulcre et ce soir le véritable, je ne

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veux pas sortir du Haram sans examiner la mosquée El-Aksa, dans une piété filiale pour cet ordre sublime du Temple qu'un roi fauxmonnayeur et un mauvais pape ont assassiné, Philippe le voleur et Clément le lâche.

Mohammed, habile étonnamment, s'est annexé le Pentateuque, en faisant un protoislamisme; et je ne conteste pas les droits de ce sémite à descendre des Abramides, ni qu'il ne soit le successeur de Mosché : mais j'admire que ses éclairs d'imagination valent ses éclats de glaive et qu'il ait musulmanisé les traditions juives, chrétiennes ou persanes d'une façon qui en fait ses conquêtes spirituelles.

Pour lui, Abraham, quarante ans après la Caaba, fondait l'Aksa. Persuadé que le Sakhra est l'œuvre de Constantin, je penche à accorder aux Arabes la fondation de l'Aksa, que plusieurs attribuent à Justinien sur une imparfaite interprétation de Procope.

Les auteurs musulmans l'attribuent à l'an 66 et au khalife Aldel Malek. Elle aurait été élevée à soixante et dix ans de distance de la Coupole du Rocher, si ce dernier monument était l'œuvre d'Omar.

Eutychius, dans ses annales (II, 289), dit

que les chrétiens regardaient l'emplacement du temple de Salomon comme un lieu maudit et cette croyance suffirait à dissuader que Justinien Tait choisi.

Au sud-est du Haram, il y a des ruines de voûtes qui pourraient être identifiées avec les indications de Procope.

A l'aspect, l'Aksa est une basilique à sept nefs de 80 mètres sur 55. Le porche a sept arcades correspondantes.

Les chapiteaux d'acanthe paraissent du vne siècle byzantin et portent tous de grandes ogives certainement postérieures : autre étrangeté, les trois nefs centrales montrent, comme le transept, la poutre apparente de la basilique, mais les colonnes sont disparates et empruntées à des monuments antiques.

Saladin (1187) serait l'édificateur de la mosaïque du tambour, du mihrab, de la frise à rinceaux et le donataire de chaire en bois, travail de 1168 et vraiment beau.

A l'ouest du transept, on montre la salle d'armes des Templiers, à voûtes ogivales portées par de lourds piliers, qui sert de mosquée pour les femmes, à cette heure.

D'autres bâtiments mériteraient un attentif examen, une grande bâtisse quelconque au

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sud-est aurait été la mosquée d'Omar; et, allant vers le nord, une ancienne abside devenue mosquée intrigue la réflexion?

L'importance de l'Aksa vient de ce qu'elle occupe exactement la place du temple de Salomon, puisque le Talmudle place au nordouest de l'enceinte.

Si on en doutait, la prodigieuse crypte où l'on descend par dix-huit marches serait une confirmation suffisante : elle s'étend bien audelà de l'Aksa.

Catherwood, le même qui a mesuré le caveau du Sakhra et ainsi vérifié l'assertion d'Antonin le Martyr, et Barclay ont exploré, les premiers, ces écuries de Salomon. M. de Vogue seul, je crois, les a étudiées ensuite. Josèphe nous fait voir les derniers défenseurs temple réfugiés dans les souterrains du Moriah et y mourant de faim.

Les Romains trouvèrent la piscine de Siloë encombrée de cadavres apportés par le cours des sources, et, fouillant alors la crypte, elle apparut pleine de morts et de mourants.

On connaît le tragique épilogue de la résistance juive : l'apparition tragique de Bargioras en fantôme voulant effrayer les soldats pour leur échapper.

La phrase de Tacite : « Leur audace dépassait leur nombre, et ils redoutaient davantage de vivre que de mourir », consacre le plus formidable courage dont une race ait fait preuve pour sauver sa foi.

L'attribution de ces caveaux à Justinien, à Hérodes lui-même n'est pas soutenable.

En principe, la crypte du Moriah est salomonienne. Ce sont les catacombes du judaïsme, mais elles furent édifiées au temps de la puissance et de la prospérité et font partie de cette colossale entreprise d'aqueducs, de réservoirs et surtout d'extension de la plate-forme : l'ensemble représente un effort d'une constance prodigieuse.

L'iman a jeté une pierre, en entrant, comme pâture aux djinns. Si l'âme juive erre encore quelque part, c'est là certainement.

Pour la première fois, j'éprouve de l'admiration; comme les thermes de Caracalla donnent seuls l'impression delà Rome impériale, les cryptes du Moriah témoignent, plus que le fameux mur des lamentations, de la plus irréductible nationalité que connaisse l'histoire.

Ces galeries, de 120 pas sur 12, séparées par un mur qui se résout bientôt en arcades à piliers carrés, n'ont pas été entièrement explo-

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rées. Les blocs de la voûte sont énormes et inégaux : vers le sud, il n'y a qu'une seule nef.

On donne le nom d'Ecuries de Salomon à d'autres souterrains que Catherwood et Barclay ont explorés : ils y ont vu quinze rangées de piliers carrés avec la base en bossage. Ici la signature salomonienne est bien plus caractérisée encore.

Les anneaux qui servaient aux chevaux du Temple, casernés à l'Aksa, se voient encore.

Au sortir de cette ombre grandiose, on va voir une brèche de la muraille d'enceinte où un tronçon de colonne attend le Proph ète pour qu'il préside au jugement dernier.

Nous voici en face de la porte dorée avec ses deux arcs en cintre, sa colonne centrale avec pilastres latéraux. Portée par deux monolithes, chaque nef a sa calotte ronde et entre elles une coupole à jour : cela s'apparente à la double porte des souterrains de l'Aksa.

C'est bien ici le portique de l'atrium construit par Constantin pour sa basilique, ruinée par Moez.

Quoique le Précurseur soit mort, pour avoir offensé le sinistre Hérodes, ces. prêtres et ces lévites qui vont demander à Johannès : « Es-

tu le Messie? Es-tu Élie? Es-tu prophète? Pourquoi baptises-tu ? » sont plutôt hostiles. Le Baptiseur venu à Jérusalem eut été mal vu du sanhédrin. Voyons les seules raisons, en dehors de l'historique, qui pourraient rendre vénérable à un chrétien, le temple juif.

Zacharias y eut la révélation de la fécondité d'Elisabeth; et les théologiens voient avec justesse dans le vieux prêtre du chapitre d'Abia le dernier prêtre juif, symboliquement.

La première fois que Jésus entre au temple est le huitième jour après sa naissance, pour la circoncision. Le vieux Siméon prophétise encore l'expiration du sacejrdoce israélite, comme Anna, fille de Phanuel, semble la dernière sybille.

A douze ans, nous trouvons Jésus parmi les docteurs, écoutant et interrogeant.

Peut-être y vint-il à d'autres Pâques ? C'est un fouet de cordes à lamain qu'il y reparait et une menace à la bouche pleine de mépris pour ce temple qu'il rebâtira en trois jours (par sa résurrection).

La vie publique de Jésus n'est qu'un défi à la Thorah : déjà, pour un paralytique guéri qui

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emporte sa couche, les Juifs cherchaient à le faire mourir; les épis cueillis le jour du sabbat constituent encore un sacrilège et cette parole blasphématoire entre toutes : « Il y a ici quelque chose de plus grand que le temple », et ces formules qui sont des gifles, à travers les temps, sur la joue des sacerdoces.

ce Le sabbat a été fait pour l'homme et non l'homme pour le sabbat. »

Y eut-il jamais des abrutis qui crussent pécher en guérissant les malades le samedi? On croirait à une caricature.

Les frères de Jésus ne croyaient pas en lui.

Jamais, au temple, sa voix très sainte n'eut d'écho; ses assassins furent les prêtres.

Le temple de Salomon n'a ni plus ni moins d'intérêt qu'un temple de Phénicie ou de Chaldée.

Encanailler le christianisme, de judaïsme, Non !

Entre le Verbe de saint Jean et la crèche de Bethléem il n'y a rien, ni Israël, ni aucune chose.

J'ai vu, non des yeux de la foi, comme sainte Paule vit Jésus à la crèche, comme Catherine Emmerich contempla toute la Passion, en vision; j'ai vu, de mes yeux, rationnellement,

critiquement, le Saint Sépulcre, le Sakhra dans le monument même érigé par Constantin.

Mais le sépulcre neuf était à quatre cents pieds du lieu de la croix et je cherche^ sur cette vaste esplanade que je ne reverrai pas, à fixer l'endroit du gibet.

Je ne puis m'ouvrir de ma recherche ni aux franciscains, ni au patriarche, une ancienne chemise rouge de Garibaldi ; les consuls me prieraient de ne pas les mêler à un tel scandale; je n'ai qu'un espoir, la bienveillance des Turcs ici plus humains que les chrétiens.

Quoiqu'il m'en coûte de le dire; je n'ai pu obtenir une recommandation de ce doux pays où je porte un numéro matricule : en Orient, ma sauvegarde aura été turque. Jamais je n'ai trouvé une douane, une police, une autorité quelconque polie et respectueuse, si ce n'est en Turquie !

Il faut se décider à sortir du Haram.

Après être monté au Gethsémani, cette colline grise en face de la Porte Dorée, j'aurai vu Jérusalem. J'éprouve une telle hâte de fuir, comme chassé par tous les fanalismes^ que ma pensée, une fois connue, irriterait follement !

LES IDÉES. ET LES FORMES

Le jour où la Coupole du Rocher sera reconnue pour YAnastasis, où l'appellation de mosquée d'Omar tombée en désuétude, le monde chrétien en reconnaissant l'édifice de Constantin, sera forcé, au moins par respect humain, de revendiquer le tombeau de son Dieu ; ce ne sera pas la France, ni même l'Italie qui s'affrontera avec l'Islam, mais la seule Russie ; et les popes ignares et sanguinaires deviendront les maîtres du véritable Saint Sépulcre. Ils l'auront conquis ; aucun latin ne pourra en approcher.

Ce kaiser qui a tant déçu les espéreurs d'un porte-couronne chevaleresque, soutiendra son sanglant ami Abdul-Hamid ; et il n'y aura pas moins d'injustice !

« Maître, divin Maître, 'tu as préféré que ta tombe fût aux mains des infidèles depuis neuf siècles, que de servir de théâtre aux pires passions le lieu de l'ineffable amour n'a pas voulu devenir l'autel de la Haine.

(( Si un Godefroy n'a pas mérité de baiser la vraie pierre de ton sommeil, 0 Dieu! que penser des tes féaux d'aujourd'hui, tristes vassaux sans héroïsme.

« Ma pauvre parole ne rompra pas le secret

de ta tombe, et si tu ne veux pas autour de ta roche les sauvages schismatiques, laisse la synagogue chrétienne mépriser mes discours : elle est prête à rire de mon zèle, et à nier, sans examen, pour cela seul que j'affirme.

« Tu Tas dit, à la Samaritaine : « Femme, crois-moi, l'heure vient, elle est déjà venue, où ce ne sera ni sur le Garizim, ni à Jérusalem que vous adorerez le Père ; où les vrais fidèles adoreront le Père en esprit et vérité, car Dieu est esprit et veut qu'on l'adore en esprit et vérité »

(( Or, le rite de l'adoration, tu l'as institué au cénacle.

(( Tu pris en tes mains saintes et vénérables, le calice, et rendant grâces, tu le bénis, disant : « Prenez et buvez : ceci est mon sang, le sang du nouveau et de l'éternel témoignage, mystère des mystères de la foi, répandu pour vous et pour beaucoup, afin que les péchés soient remis. Toutes les fois que vous accomplirez ce mystère, que ce soit en mémoire de moi. »

Le christianisme c'est l'hostie ; et la présence réelle abandonne, au gré seul de la dévotion, la question des reliques.

La sainte Messe contient des paroles fui-

gurantes de précision et prises de l'Évangile même.

« Ton corps, ô Dieu, que j'ai mangé ; ton sang ô Dieu que j'ai bu, qu'ils s'incorporent à mon être. »

Non seulement chaque tabernacle est un Saint Sépulcre où le Sauveur nous attend pour ressusciter, mais nous sommes conviés à devenir nous-même la crypte où reposera, bénéfique et consolateur, le Dieu vivant!

Quelle faiblesse de notre nature notis attache à un vestige du Seigneur, tombant sous les yeux du corps, au lieu de le sentir avec la séule sensibilité intérieure. Il dut faire, lui des miracles ! Lorsque le Précurseur troublé en son cachot envoya ses disciples demander : « Es-tu le Christ? — Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux guérissent, les morts ressuscitent, la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres. »Ce fut la réponse divine à ce trouble humain.

Le véritable Saint Sépulcre contient moins de divinité que l'hostie consacrée chaque jour, par tant de prêtres, dans l'univers ; et cependant il fascine la foi avec plus de force. Où en trouver la raison ! Serait-ce que la réa-

lité physique de Jésus nous touche comme une main et nous parle comme un visage et qu'ainsi nous l'approchons, sans souci de notre indignité, dans l'élan vif de l'amour ! L'humanité du Dieu nous console immédiatement, et nous communions aisément avec lui dans la douleur.

Le Christ triomphant! qui le conçoit, sans trembler pour son salut? Qui ne s'estime la pire ivraie? La crainte gêne alors l'amour.

C'est tellement anéantissant, l'idée de Dieu, qu'il fallait le voir sur un gibet pour oser l'aimer comme il a voulu être aimé, comme l'aima Madeleine, comme on l'aima à Béthanie.

Quel homme, aimant ainsi Jésus, ne sera pas pasionnément attiré vers sa tombe et sachant « où ils l'avaient mis » ne le criera pas à ses frères, à travers toutes les censures, expressions misérables d'un déplaisir administratif.

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