LES ANCIENS CONTOURS DES RIVAGES
abtmes qoe Teau .dépose la silice, la chaux, la craie et les débris de toute espèce qui constitueront un 'jour de nouvelles terres; mais du moins nous pouvons assister aux modifications continuelles que le mouvement incessant des eaux marines fait subir aux rivages. Ces modifications sont considérables, et, depuis les siècles historiques, nombre de côtes ont déjà complètement changé de forme et d'aspect. Des promontoires ont été rasés, tandis qu'ailleurs des pointes se sont avancées dans les flots; des lies ont été transformées en écueils, d'autres sont englouties, d'autres encore sont rattachées au continent. La ligne sinueuse du rivage n'a cessé d'osciller, empiétant ici sur les eaux de l'Océan, reculant plus loin vers l'intérieur des continents. L'action de la mer est double : elle remanie constamment les contours de son bassin, soit en rongeant les rochers qui la bordent et en emportant ses plages, soit en rejetant sur la côte les alluvions et les débris de toute nature qu'elle roule dans ses flots. Tont ce qu'elle engloutit d'un côté, elle le rend ailleurs sous une autre forme.
Avant que la mer eût modifié ses rivages en abattant les péninsules et en remplissant les baies et les estuaires, la forme du littoral était certainement beaucoup moins régulière qu'elle ne l'est actuellement sur le pourtour de la plupart de terres. Que, par une brusque révolution, les eaux marines s'élèvent à 100 ou 200 mètres au-dessus de leur niveau, et l'Océan, inondant toutes les vallées des fleuves et des rivières jusqu'à une très-grande distance des rivages actuels, entrera soudain en golfes allongés dans les dépressions du continent, et changera en baies tous les vallons et les gorges latérales. A la place de chacune des embouchures de fleuves qui accidentent à peine la ligne normale de la côte, s'ouvriront de profondes découpures se partageant elles-mêmes en de nombreuses ramifications. Cependant un travail en sens inverse commencerait aussitôt après que ce changement dans le profil des rivages se serait accompli : d'un côté, les cours d'eau apportant leurs alluvions empliraient graduellement les vallées supérieures et rétréciraient
peu à peu le domaine des conquêtes maritimes; d*un autre côté, rOcéan travaillerait aussi, par ses cordons littoraux, ses flèches de sable ou de galets, à retrancher de sa surface toutes ces baies nouvelles que lui aurait données la crue subite de ses eaux. Après un laps indéterminé de siècles, le rivage retrouverait enfin cette forme doucement ondulée qu'offrent aujourd'hui la plupart des côtes.
11 est encore plusieurs contrées où ce double travail de la mer et des eaux continentales est à peine commencé. Ces terres, dont le littoral , gardant ainsi sa forme première, est coupé d*échancrures profondes, sont toutes situées à une grande distance de Téquateur, dans le voisinage de la zone polaire. En Europe, les côtes occidentales de la Scandinavie, du promontoire de Lindes-naes à celui «du cap Nord, sont déchiquetées par une série de ces fjords^ ou golfes ramifiés, et non-seulement le rivage du continent, mais aussi toutes les lies qui forment une sorte de chaîne parallèle aux plateaux norvégiens sont frangées de péninsules et tailladées de petits Qords, se contournant en allées immenses. Parmi ces entailles, qui décuplent en longueur le développement des côtes et donnent au littoral une bordure d'innombrables presqu'îles plus ou moins parallèles, les unes sont assez uniformes d'aspect et ressemblent à d'énormes fossés creusés dans l'épaisseur du continent, les autres se divisent en plusieurs fjords latéraux, qui font de l'ensemble des eaux intérieures un labyrinthe presque inextricable de canaux, de détroits et de baies. Le développement total des côtes est tellement accru par ces indentations, que le littoral occidental de la péninsule, dont la longueur en droite ligne n'est pas même de 1,900 kilomètres, se trouve porté à près de 13,000 kilomètres par les plis et les replis du rivage : c'est plus que la distance de Paris au Japon.
Les plateaux de la Scandinavie se terminant brusquement au-dessus de la mer du Nord, les pentes qui dominent les sombres défilés des fjords sont presque toutes trës-