LA DESTRUCTION DES COTES
contraste parfait avec les cdles de la Manche. Tandis qu'aux bords de cette mer, les falaises de France et d'Angleterre sont découpées en baies concaves, les plages qui se prolon-
gent au nord du Pas-de-Calais affectent uniformément une disposition convexe. Le flot rend en sables et en vase ce qu'il a pris en roches et en galets'.
II ne faut point croire que ce soit la seule force d'impulsion de l'eau marine qui démolisse les falaises du bord. La masse liquide serait presque impuissante contre les durs rochers si, en approchant de la rive, elle ne se chargeait de
t. Hantai, Annates des Ponts el Chaussées, \" sem., p. Î04.
débris de toute espèce, blocs et galets, sables et coquillages, projectiles que lance chaque vague contre les murs qui la dominent. Se servant des pierres tombées précédemment comme d'autant de béliers d'attaque, le flot les roule sur l'estran jusqu'au pied des falaises, heurte les saillies, les ébranle et finit par les briser et les réduire en sable. Ce sable lui-même, incessamment froissé et refroissé ' sur les roches, use peu à peu les assises les plus solides et continue ainsi l'œuvre de sape commencée par les galets : ce sont en grande partie les propres débris du promontoire qui servent à le renverser dans la mer. Sur toutes les côles rocheuses de la Scandinavie, de l'Ecosse, de l'Irlande, de la Bretagne, les multitudes d'écueils qui parsèment la mer jusqu'à une grande distance du rivage ne sont autre chose que d'anciennes fondations du continent qui ont été graduellement rasées par les cailloux et par les sables jusqu'au niveau du flot. Du haut d'une colline, sur les côtes de Paimpol, de Morlaix, de l'Aberwrac'h, on peut ainsi distinguer A marée basse quelle était la forme primitive du rivage.
Sur le bord de la mer, aussi bien que dans les fleuves, à la base des cataractes, les excavations profondes et régulières connues sous te nom de " marmites de géant » sont l'un des
travaux géologiques les plus curieux accomplis par les blocs épars. Toute pierre reposant librement dans une anfractuosité de la roche où déferlent les vagues creuse, pendant le cours des âges, une espèce de puits dont les parois sont polies et comme rabotées par le frottement. A la longue, ces cavités, où la pierre graduellement arrondie ne cesse d'osciller sur sa base ou de tournoyer avec les sables, acquièrent en profondeur et en largeur une dimension de plusieurs mètres :