LES FISSURES ET LES GROTTES DES RIVAGES
s'avance au loin dans une baie aux contours invisibles. Les pêcheurs ne craignent pas de s^aventurer sur ces prairies flottantes, en tout semblables à celles des marécages^ et c'est en perçant le sol au-dessous de leurs pieds quMls s'emparent du poisson caché dans ces retraites.
Toutefois les rivages flottants ne peuvent exister que sur un petit nombre de côtes où les circonstances physiques sont tout exceptionnelles; d'ordinaire c'est par des grottes et des cavernes creusées dans la roche solide que les eaux de l'Océan pénètrent au loin dans les terres. II n'est pas douteux qu'il n'y ait au-dessous du niveau marin des multitudes de ces galeries rocheuses, mais on connaît seulement celles qui s'ouvrent au ras même des flots, comme la grotte azurée de Capri; plus bas, la masse liquide ferme l'entrée de ces cavernes latérales, qui nous resteront sans doute longtemps inconnues. Mais si l'on ne peut explorer les grottes encore emplies par les eaux de la mer, on voit du moins sur les côtes exhaussées, comme celles de la Scandinavie, d'immenses cavernes que les vagues parcouraient autrefois librement. Uune des grottes les plus imposantes du monde entier est celle qui traverse de part en part le superbe rocher de Torghatten, dressé comme une énorme pyramide de plus de 300 mètres de hauteur sur une île de la Norvège septentrionale. Cette galerie, à travers laquelle les navigateurs voient au passage rayonner la lumière, est d'une étonnante régularité. Les seuils des immenses portes, dont l'une a 71 et l'autre 40 mètres de cintre, se trouvent de chaque ,côté à une même élévation de 123 mètres audessus du niveau de la mer; le sol, recouvert de sable fin, «st presque horizontal et forme comme le palier d'un tunnel où les voitures pourraient au besoin rouler ; les parois latérales offrent, dans presque toute leur étendue, une surface polie, comme si elles avaient été taillées de main d'homme, et s'élèvent verticalement jusqu'à la naissance du cintre; seulement, vers le milieu de la grotte, la voûte est moins élevée qu'aux deux extrémités. Vus à travers ce gigantesque télescope de 300 mètres de longueur, les promontoires, les
Ilots, les innombrables écueils et les mille crêtes blanches des brisants forment un spectacle d'une incomparable beauté, surtout quand le soleil éclaire de ses rayons Fensemble du paysage * .
Lorsque le flot de la mer ne peut entrer dans les cavernes éloignées du rivage que par les canaux étroits, il arrive souvent qu'un ruisseau d'eau salée coule régulièrement vers l'intérieur des terres sans jamais revenir à l'Océan. Ce fait bizarre, qui peut sembler au premier abord un renversement des lois de la nature, s'observe en divers points sur le littoral dss contrées calcaires, et notamment sur les côtes de la Grèce et des îles voisines.
Près d'Argosloli, ville commerçante de l'Ile de Céphalonie, quatre petits torrents d'eau de mer, roulant en moyenne 250 litres d'eau par seconde, pénètrent dans les fissures des falaises, coulent rapidement à travers les blocs qui parsèment le lit de rochers, et disparaissent graduellement dans les crevasses du sol. Deux de ces cours d'eau sont assez considérables pour faire tourner, pendant toute l'année, les roues de deux moulins construits par un Anglais entreprenant. Bien que les cavités souterraines d'Argostoli soient en communication constante avec la mer, et que l'entrée des canaux soit débarrassée soigneusement des algues qui pourraient obstruer le passage ou du moins retarder le* courant, les eaux ne se trouvent point dans les grottes à la même hauteur que dans le golfe voisin. C'est que les roches calcaires de Céphalonie, desséchées à la surface par le vent de la mer et par les ardeurs du soleil, sont percées et fendillées dans toute leur épaisseur par d'innombrables crevasses, qui sont autant de cheminées d'appel activant la circulation de l'air et la vaporisation de l'humidité cachée. On peut comparer la masse entière des coteaux d'Argostoli, avec toutes leurs cavernes, à une immense akaraza, dont le contenu s'évapore graduellement à travers l'argile poreuse. Par suite de cette déperdition constante de liquide,
4. Vibe^ Kûiienvnd Meer Norwegens, MiUKeihmgen van Peternumn, 4860.