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LES COURBES DES RIVAGES

subir de rapides érosions lorsque le boulevard de défense qui les flanque à l'une de leurs extrémités vient à céder sous la pression des Qots. Ainsi le rivage des landes du Médoc, qui continuait au sud de la baie de Gironde la côte uniforme de la Saintonge, recule sans cesse devant la mer, depuis que le promontoire rocheux, dont le rocher de Gordouan et les écueils de Saint-Nicolas sont les seuls débris, a disparu sous les eaux réunies du fleuve et de l'Océan.

Mais si la mer démolit d'un côté, de l'autre elle édifie, et la destruction des anciens rivages est compensée par la création de nouveaux bords. Les argiles et les craies arrachées aux escarpements des promontoires, les galets de toute espèce qui sont alternativement rejetés sur le bord et ramenés dans la vague, les amas de coquillages, les sables siliceux et calcaires formés par la désintégration de tous ces débris, enfin les constructions diverses des corallines et autres animalcules sont les matériaux employés par la mer pour la construction des levées et l'ensablement des golfes.

C'est de chaque côté des falaises ou des pointes basses rongées par le flot que commence le travail de réparation. Chaque lame accomplit une œuvre double, car, en sapant la base du promontoire, elle se charge de débris qu'elle va déposer aussitôt sur la plage voisine ; de la même impulsion elle fait reculer la pointe et gagner le rivage de la baie. Ainsi, grâce à deux séries de faits contraires en apparence, le rasement des pointes et le comblement des anses, les côtes, plus ou moins profondément découpées, acquièrent peu à peu la forme normale, aux courbes gracieusement arrondies. Quel que soit le dessin du littoral primitif, chaque inflexion du nouveau rivage s'arrondit en arc de cercle de promontoire à promontoire. Dans les endroits où l'ancienne côte était elle-même semi-circulaire, le bourrelet de sable ou de gravier rejeté par la houle s'applique sur la berge ; mais lorsque les côtes sont irrégulières et coupées de criques profondes, la mer cesse peu à peu d'y pénétrer, elle les délaisse et se construit des levées de débris qui finissent par constituer le véritable rivage au milieu des flots.

La formation d*un pareil brise-lames s'explique d*une manière très-simple : les vagues du large poussées contre la rive frappent d'abord les deux caps placés comme des gardiens aux deux extrémités de la baie; elles y rompent leur force et sont rejetées contre la masse des eaux tranquilles de la baie. Arrêtées ainsi dans leur vitesse, elles laissent tomber les matières terreuses qu'elles tenaient en suspension et les débris plus lourds arrachés aux promontoires voisins. A l'entrée des fjords de la Scandinavie, de la Terre-de-Feu et de toutes les autres contrées montagneuses aux rivages trèsdentelés, l'eau du large, claire et profonde, n'apporte qu'une quantité de débris relativement faible, et ne peut former de pointe à pointe qu'une levée sous-marine * ; mais le long des côtes plus basses où le flot pousse devant lui des masses de sable et d'argile, les remparts d'alluvions construits par les vagues émergent graduellement du sein des eaux.

Sous l'impulsion alternative du flot et du jusant, les traînées de sables et de galets s'enracinent peu à peu aux rochers des caps et forment à l'entrée de la baie de véri tables jetées dont les extrémités libres marchent à la rencontre l'une de l'autre. En s'allongeant sans cesse, ces deux segments finissent par se rejoindre à mi-chemin entre les deux caps, et forment ainsi un grand arc de cercle dont la convexité est tournée vers l'ancien rivage. Les plus furieux assauts de la mer ne servent qu'à consolider ces levées ou flèches en leur apportant d'autres matériaux et en les redressant au-dessus du niveau des marées.

Les flèches offrent dans leur profil une régularité géométrique ; leur forme est pour ainsi dire l'expression visible des lois qui président à l'ondulation des vagues. Le plus souvent, la partie du bourrelet qui fait face à la mer se compose de plusieurs talus étages qui répondent aux difit^rents niveaux de basse mer, de flot et de tempête; d'ailleurs, tous ces lalus présentent uniformément une courbe gracieuse modelée par les eaux qui déferlent. A la base de la levée, la pente est

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