LES FLÈCHES DES PÉNINSULES
devenues des péninsules : les détroits ont été graduelleineni changés en isthmes. La presqu'île de Giens, entre Hjères et Toulon, offre un exemple remarquable de cette transformation. Elle est rattachée au continent par deux plages de sable un,
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longues de 5 kilomètres environ, et se développent chacune en courbes régulières qui tournent leur partie concave vers la mer libre. Entre les deux levées s'étend la vaste lagune des Fesquters. A la vue de cette nappe d'eau intérieure et de ces filages basses h peine élevées au-dessus du niveau de la Méditerranée, on ne saurait douter que la péninsule montueuse de Giens ne fût autrefois une lie comme Porquerolles ou Port-
Gros, et que les deux rades, aujourd'hui séparées,. d'Hyères et de Giens, ne se confondissent en un même détroit. Les deux flèches de jonction qui réunissent Tancienne île à la c6te de Provence ont été élevées par les vagues de la même manière et sur le même plan que les cordons littoraux du continent. Quant aux différences d'aspect, elles peuvent toutes s'expliquer par des circonstances locales. Ainsi la levée que l'isthme de Giens tourne vers l'ouest est composée en réalité de deux fragments inégaux dus à l'existence d'un écueil sousmarin qui rompt la force des ondes h une petite distance au devant de la plage. C'est également à des causes locales qu^ii faut attribuer l'inégalité d'épaisseur que présentent les deux flèches de l'isthme. Sans doute la levée orientale doit sa plus grande solidité et sa hauteur plus considérable à la double action du courant maritime qui se porte de l'est à l'ouest, et du mistral qui souffle en sens inverse dans la direction du nord-ouest au sud-est : les deux forces contraires ont laissé en témoignage de leur lutte ce rempart de sable et de débris.
Les péninsules du cap Sépet près de Toulon, de Quiberon en Bretagne, de Monte-Argentaro sur les côtes de la mer Tyrrhénienne, et d'autres moins connues, ont été réunies au continent par des chaussées de jonction analogues à celles de Giens. Là aussi les deux armées de flots qui venaient se heurter au milieu du détroit ont peu à peu dressé entre elles une double muraille de séparation consistant en levées de sable ou de galets; là aussi les deux jetées semi-circulaires se sont rapprochées par leur convexité centrale, et les deux espaces triangulaires qui séparaient les extrémités respectives ont d'abord été occupées par des lagunes. De nos jours, la plupart de ces étangs, graduellement comblés par les sables, sont transformés en marécages ou recouverts de dunes : les deux cordons littoraux se sont confondus en un seul. Ainsi l'isthme étroit de Ghesil-Bank, qui s'étend sur une longueur de 26 kilomètres entre la côte de l'Angleterre et l'ancienne lie de Portland, se compose d'une seule levée de galets. De même, les deux lies françaises de Miquelon près de Terre-Neuve, qui