LES PLAGES ET LES GRÈVES
tous les endroits où la pente est assez considérable, Teau ravine les sables en figurant des miniatures de fleuves avec leurs tributaires et leurs deltas. En outre, ces petits systèmes hydrographiques diffèrent eux-mêmes les uns des autres suivant Tinclinaison du sol et le poids des grains de sable; tantôt le sol déclive et la finesse des matériaux déplacés permettent aux gouttelettes et aux filets d'eau de descendre en droite ligne vers la mer; tantôt les ruisselets, cheminant péniblement entre les obstacles qui les arrêtent, coulent en méandres tremblotants. Ailleurs, ces cours d'eau de quelques mètres ou de quelques décimètres de longueur ne peuvent pas même se former. L'eau de la mer séjourne sur la plage horizontale, et toutes les vaguelettes reproduisent en creux et en relief sur le sable du fond les mouvements que le souffle de l'air leur imprime. Il n'y a point de différence appréciable entre la surface mamelonnée de la plage exposée librement au vent et celle du sable que recouvre une mince couche aqueuse, si ce n'est peut-être que les sillons de la flaque sont plus réguliers et plus profondément creusés.
Parmi les innombrables phénomènes qui pourraient retenir un géologue pendant toute sa vie sur le bord de la mer, il faut encore compter des espèces de volcans en miniature. En déferlant régulièrement sur la plage, la vague apporte chaque fois une certaine quantité de sable qu'elle étale en une mince couche. Aussitôt l'air, entraîné dans les pores du sol, se dégage en bulles pétillantes; mais il reste toujours un grand nombre de molécules aériennes qui ne peuvent traverser la couche humide de sable, et restent enfermées. Sous l'influence de la chaleur du sol ou de l'air ambiant, ces molécules se dilatent peu à peu, la pression du gaz soulève la pellicule durcie et forme un cône qui se fend quelquefois par suite de la pression intérieure et projette en fusées de petites gerbes de grains de sable. Il est vrai que les promeneurs distraits marchent sur des milliers de ces humbles volcans sans même en apercevoir un seul, mais ceux-là peuvent facilement les découvrir et les étudier, qui aiment la terre sous tousses aspects, et contemplent avec la même admiration le
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grain de sable et les montagnes. Pour le naturaliste qui voit d'immenses forêts dans chaque amas d'algues, un monde d'animaux dans les débris qui jonchent le sable, les mille prodiges de la grève ne peuvent manquer d'éveiller toujours une joie profonde.
Origine des iles. •— Iles d'origine conlinenlale : rochers des rivages ; lies de dépression, de soulèvement, d'érosion. — Iles d'origine océanique : atolls et volcans.
A la vue des grands travaux géologiques accomplis par le choc des vagues sur le littoral des diverses parties du monde, les savants se sont fréquemment demandé quelle est la part de la mer dans la formation des îles. Parmi ces terres qui parsèment la surface de l'Océan, les unes disposées en groupes ou en séries, les autres complètement solitaires, comment distinguer celles que la mer a détachées des continents et celles qui de tout temps ont existé d'une manière isolée comme des mondes à part? Est-il même possible , dans l'état actuel de la science, de tenter une classification des îles suivant leur origine? Oui, celte œuvre peut être commencée. En appelant à son aide les ressources nouvelles que la botanique et la zoologie offrent «^ la géographie physique, il est permis désormais d'affirmer que tôt ou tard on pourra indiquer avec certitude le mode de formation et l'âge relatif de chaque terre océanique*.
D'abord il est évident que les îles, les îlots et les écueils rocheux situés dans le voisinage immédiat des côtes sont une dépendance naturelle des continents et en font géologiquement partie. A la base des hautes montagnes qui projettent au loin dans la mer des caps avancés, semblables aux racines
1. Voir surtout les travaux de Darwin, de Wallace, et une élude de M. Oscar Peschel, der Ursprmg der Inseln; Ausland, janv. et fév. 1867.