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L'ORIGINE DES ILES

(fan chêne, on peut en maint endroit voir, pour ainsi dire, se continuer sous la nappe de l'Océan la crête des chaînons secondaires. Le profil des hauteurs continentales s'abaisse par degrés : aux monts succèdent les collines, puis le promontoire de rochers dont les escarpements plongent sous la couche unie des eaux. Un faible détroit, simple échancrure où se rencontrent les vagues, sépare le cap d'une lie moins élevée; mais plus loin s'ouvre un large canal, et la cime qui se montre à la surface , de l'autre côté de la vallée sous-marine, n'est plus qu'une aiguille de rocher. Au delà s'étend la haute mer, où les écueils submergés, s'il en existe encore, ne se révèlent que par l'écume blanchissante. Sur toutes les côtes abruptes, ces Ilots appartenant à l'architecture primitive du continent sont fort nombreux, et même en certains parages forment de véritables archipels. La Norvège, l'Ecosse occidentale, la Patagonie chilienne et toutes les contrées où les fjords changent le littoral en un immense labyrinthe, sont ainsi bordées d'Iles innombrables ayant également leurs découpures, leurs détroits, leurs ceintures d'Ilots. C'est que, depuis la retraite relativement récente des glaciers qui remplissaient tout l'espace compris entre les cirques des plateaux neigeux et les promontoires extérieurs, le relief primitif n'a que faiblement changé; les alluvions terrestres apportées par les torrents n'ont comblé qu'un petit nombre de vallées, et les bases des lies et des caps, plongeant trop profondément sous les eaux, n'ont pu servir de point d'appui à des alluvions marines semblables à celles qui s'étendent sur les côtes basses* Les rocs isolés, que les glaces entouraient jadis comme elles entourent aujourd'hui le « Jardin » du mont Blanc, se dressent maintenant au milieu des eaux; mais ils n'en sont pas moins des saillies du relief continental; en des eaux moins profondes, où le jeu des alluvions marines aurait pu facilement s'accomplir, ils seraient depuis longtemps déjà rattachés au rivage.

Parmi les lies qui doivent être considérées comme de simples dépendances des grandes terres voisines, il faut aussi ranger non-seulement celles qu'ont élevées des alluvions

marines ou fluviales, simples bancs émergés, qui se trouvent surtout le long des c6tes basses et près des embouchures de rivières, mais également les fies qui sont dues soit au soulèvement^ soit à l'affaissement gradue) du soL Ainsi la chaîne de dunes insulaires qui défend le littoral de la Frise et de la Hollande contre les assauts de la mer du Nord, de Wangerooge au Texel, est bien certainement un reste de Tantique littoral, et c'est elle encore , bien mieux que les rivages à demi noyés du DoUart et du Zuyderzee, qui marque la véritable limite entre la terre et les mers * . Par un phénomène inverse , les côtes de la péninsule Scandinave, qui s'exhaussent lentement au-dessus des flots, se sont enrichies d'Iles nouvelles pendant le cours de l'époque géologique actuelle. Dans le dédale des fjords norvégiens, dans les Lofoden, dans l'archipel des Qvarken, des écueils cachés sont devenus des roches visibles, puis des lies étendues où les algues ont été peu à peu remplacées par la flore terrestre. Tandis que le continent empiétait sur la mer, le» îlots surgissaient çà et là et s'étalaient au loin sur les eaux, comme les feuilles de quelque plante gigantesque. Les roches insulaires montent lentement du fond de l'Océan, soulevées par la même forcé qui redresse le continent voisin. D'ailleurs pareil phénomène ne s'est pas accompli seulement sur les côtes de la Scandinavie. Peut-être même la grande île d'Ânticosti, qui s'étend dans le golfe de Saint-Laurent sur une longueur de plus de 200 kilomètres, est-elle une de ces terres lentement exhaussées ; car, d'après le témoignage de M. Yule Hind, on ne verrait dans les vallons granitiques de ses collines ni serpents ni batraciens comme sur les côtes du Labrador et du Canada. S'il en est vraiment ainsi, on ne pourrait guère admettre qu'Ânticosti ait jamais été en communication avec le continent d'Amérique; elle a dû surgir des eaux comme les Ilots du littoral Scandinave.

Les choses se sont passées différemment pour la Grande- Bretagne et la plupart des îles qui frangent le pourtour des masses continentales. Il est certain que l'Angleterre faisait

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