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LES ÉTANGS ET LES SABLES

sur le bord des élangs, devaient se déplacer de temps en temps vers l'est, sous peine d'être engloutis par les sables ou par les eaux. A l'approche du danger, les habitants menacés essayaient quelquefois une vaine résistance. Dès qu'aux vents réguliers de l'ouest succédait pour quelque temps un vent d'est, pâtres et cultivateurs, armés de pelles et de pioches, se rendaient en toute hâte au sommet des dunes, et, pleins d'une ardeur impuissante, ils démolissaient la crête des sables pour la livrer au souffle de l'air. Mais bientôt les vents réguliers reportaient le sable vers l'intérieur; les dunes recommençaient à marcher et mettaient l'armée des paysans en déroute. Sous peine d'être engloutis, ils devaient détruire leurs cabanes pour en emporter les matériaux et se bâtir de nouvelles demeures à une certaine distance dans l'intérieur de la lande. Les années, les siècles s'écoulaient; mais les dunes et les étangs marchaient toujours, et de nouveau les habitants étaient condamnés â transférer leurs villages au milieu des bruyères. C'étaient là des malheurs prévus, et la chronique garde le silence sur ces émigrations successives; elle se borne à mentionner les noms de quelques églises qu'on a dû abandonner aux sables pour les reconstruire au loin sur le plateau des landes. Ainsi nous savons que l'église de Lége a été rebâtie en 1480 et en 1650, la première fois à 4 kilomètres, la seconde à 3 kilomètres plus avant dans l'intérieur des terres ; mais les étapes des autres localités de la même zone ne sont pas connues d'une manière précise. Quant aux bourgs aujourd'hui disparus de Lislan, de Lélos et de plusieurs autres encore, on ignore jusqu'à leur ancien emplacement. Après avoir perdu son port et ses hameaux, le bourg de Mimizan, jadis très-important, allait être englouti tout entier, lorsque, au moment suprême, on réussit enGn à fixer les dunes par des palissades et des plantations. Le demi- cercle des collines envahissantes, pareil à la gueule ébréchée d'un cratère, semble être encore sur le point de dévorer les maisons.

Les dunes ont été souvent comparées à des sabliers gigantesques mesurant le temps par la marche progressive de leurs talus de sable. La comparaison est juste, car les vents

d'ouest qui opèrent tous ces changements sur le littoral des landes obéissent à présent aux mêmes lois qull y a des milliers d'années, et très-probablement leur force n'a pas changé pendant cet intervalle de temps. Les dune», les étangs et même les villages riverains peuvent donc être considérés comme de véritables chronomètres géologiques; mais par malheur les indications qu'ils fournissent n'ont pas encore été déchiffrées d'une manière certaine, et maintenant que les . dunes sont fixées, il est trop tard pour entreprendre celte étude. L'illustre Brémontier, dont le livre, imprimé en l'an v de la Républiques fait encore autorité sur la question des sables fiiouvants, a recueilli pendant huit années une série d'observations qui lui ont donné une moyenne de 20 à 25 mètres pour le progrès annuel des dunes de la Teste. Ce résultat s'accorde d'une manière remarquable avec les indications fournies par les empiétements des dunes de Lége pendant les quatre cents dernières années. En admettant comme nor* maie la moyenne calculée par Brémontier, on arriverait à cette conclusion que, dans un laps de temps de vingt siècles, les dunes auraient pu envahir toute la zone des landes et recouvrir la ville de Bordeaux : il eût même suffi de mille ans pour transformer en marécages les belles campagnes du Bordelais, car les étangs, repoussés constamment par les dunes envahissantes, se seraient épanchés du cêté de l'.est, aussitôt après avoir dépassé la ligne culminante du plateau des landes. Des recherches entreprises en d'autres lieux auraient, sans doute, confirmé les observations faites par Brémontier; cependant, en l'absence de ces recherches, on ne peut accepter comme s'appliquant à toute l'armée des sables, de Bayonne à la pointe de Grave, des mesures faites au pied d'un groupe de dunes isolées : pour se prononcer définitivement, il faut attendre les observations qu'on ne manquera point de faire un jour sur la marche des dunes dans toutes les parties du globe où ces monticules ne sont pas encore arrêtés.

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