L'ENVAHISSEMENT DES SABLES
Obstacles opposés par la nature à la marche des dunes. — Fixation des sables
par les semis.
Cependant l'œuvre de la nature est double, et, si d'une part, elle précipite la marche des sables, d'autre part elle tâche de les arrêter : elle-même indique les moyens de prévenir ou prévient spontanément les désastres dont elle est cause. En certains endroits, et spécialement sur une partie de la côte des landes, elle exerce une action physique et chimique en se servant de l'oxyde de fer contenu dans l'eau des sources pour consolider les sables et les transformer graduellement en de véritables roches. Ailleurs, des ciments organiques , composés de coquillages brisés , de restes d'infusoires siliceux et calcaires, agglutinent les molécules arénacées et leur donnent la stabilité nécessaire pour résister au souffle du vent. Mais ces moyens de consolidation des sables sont exceptionnels. C'est principalement la végétation qui fixe les collines mouvantes des bords de la mer. Sur presque tous les rivages, les débris sableux et calcaires du sol renferment assez de principes fertilisants pour nourrir un certain nombre de plantes vivaces qui ne craignent pas l'air salé des flots et qui projettent leurs racines à une grande profondeur afin d'aspirer l'humidité nécessaire. Parmi ces végétaux hardis, le plus commun et le plus utile à la fois est le gourbet {ai^ndo arenaria) ^ dont les tiges, minces et flexibles, ne peuvent guère arrêter le vent, mais dont les fortes racines, parfois longues de 12 ou i 5 mètres, se développent d'autant mieux que le sable a moins de consistance. Diverses espèces de convolvulacées rampent sur le sol et, fixant de distance en distance leurs vigoureux cordages» enveloppent parfois une dune entière dans leur réseau de
feuilles et de fleurs. D'autres plantes se dressent fièremenl; mais si leur tige vient à être engloutie par les sables, elle se transforme bientôt en racine et donne naissance à une nouvelle pousse, qui peut être enterrée à son tour sans que la plante soit exposée à périr. Ainsi telle graine germant à la base de la dune produit souvent un végétal qui, de résurrection en résurrection, finit par s'épanouir au sommet du monticule et relie par un câble de racines les couches arénacées que les lianes des convolvulus fixent à la surface. Nombre de plantes dont les frêles tiges sont à demi enfouies dans le sable sont peut-être contemporaines de la dune ellemême * ; peut-être existaient-elles avant que l'homme eût une histoire.
Dans cette lutte engagée entre la force des vents et la puissance de la végétation, l'issue définitive dépend à la fois des conditions du climat, de la nature du sol, de la forme du rivage et de diverses circonstances éventuelles, parmi lesquelles il faut ranger, en première ligne, les dégâts causés par l'homme et les animaux. Dans l'Amérique du Sud, sur les rivages de ces contrées tropicales où le développement des plantes est favorisé, suivant les saisons, par une chaleur extrême et par des torrents de pluie, et où les sables contiennent une forte proportion de débris animaux et végétaux, la plupart des dunes sont déjà fixées à quelques mètres de la mer par des mimosas, des cactus et des arbres épineux; cependant, sur les plages orientales de toutes les rivières du Brésil équatorial qui vont se jeter au large des bouches de l'Amazone, on voit, même assez loin de la mer, des rangées de dunes de 10 à 15 mètres de hauteur qui cheminent incessamment, poussées parle souffle des vents alizés*. Cette mobililé des sables tient sans doute à ce fait mis hors de doute par Coutinho et Agassiz que les plages se dépriment dans cette partie du Brésil, et par suite changent incessamment de forme : les dunes n'ont pas encore eu le tenlps de se fixer.
4. Aug. Pyr. de Candolle; Élie de Beaumont. 2. Revue maritime et coloniale, 4866.