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LES VENTS, LES BOLIDES

boulet à travers l'étendue', vient à rencontrer les couches extérieures de gaz qui entourent la planète, il s'enflamme aussitôt, éclate en entier ou seulement à la surface, lance avec explosion quelques débris sur le sol et laisse derrière lui une longue traînée de matière lumineuse semblable à un sillage de feu. Grâce à la résistance opposée par l'atmosphère au passage de l'astre étranger, le globe s'enrichit ainsi chaque année des matières apportées de la profondeur du ciel. Bien plus, les couches d'air^ véhicule des ondes sonores , portent aussi les vibrations de lumière et de chaleur. Dépourvu de cette enveloppe, le globe se congèlerait immédiatement à la surface et roulerait de cieux en cieux dans une obscurité complète ; mais si l'atmosphère laisse passer les rayons de chaleur lumineuse qu'envoie le soleil, en revanche elle intercepte une grande partie des rayons obscurs qui s'échappent de la terre vers les espaces. C'est ainsi que le globe a pu garder sa température normale et qu'il est devenu le théâtre de la vie*.

L'atmosphère, qui entretient le mouvement sur la planète par tous les échanges dont elle est le véhicule commun, est aussi le grand intermédiaire par lequel la nature reçoit les merveilleuses couleurs qui l'embellissent. C'est grâce à la réflexion des rayons bleus que le ciel et les hauteurs lointaines de l'horizon prennent cette belle nuance azurée qui varie avec l'altitude des lieux, l'abondance de la vapeur d'eau, le contraste des nuages. C'est à cause de la réfraction des rayons lumineux passant obliquement à travers les couches aériennes que le soleil se fait annoncer chaque matin par les vagues lueurs de l'aube, puis par les splendeurs de l'aurore, et se montre lui-même avant l'heure astronomique de son lever; c'est à un phénomène analogue qu'il doit, le soir, de ralentir en apparence sa descente au-dessous de l'horizon, puis, lorsqu'il a disparu, de colorer longtemps les cieux de la pourpre du crépuscule. Sans l'enveloppe gazeuse de la terre, on ne verrait jamais ces jeux de lumière si variés, ces harmonies changeantes de couleur, ces transformations graduelles

^ Tyndail, Beat.

de nuances délicates qui font la merveilleuse beauté des matins et des soirs. Les ouvrages spéciaux de météo)*ologie décrivent longuement tous ces brillants phénomènes de l'air, les arcs-en*ciel, halos, parhélies, et cet admirable spectacle de (c l'illumination » qui colore en rose les neiges et les glaces des Alpes, plus de vingt minutes après que le soleil s'est couché. Rien n'est beau comme ce phénomène, dû au contraste des escarpements inférieurs qui se trouvent déjà dans l'ombre et des hautes cimes qu'éclairent encore les rayons solaires recourbés par-dessus l'horizon. Quand l'Aiguille -Verte est voilée par l'ombre, ainsi que les autres sommets voisins du mont Blanc, celui-ci est vraiment transfiguré par la lumière qui brille sur ses neiges. « On croit voir alors un corps étranger à la terre; » puis, tout à coup, la flamme s'éteint^ les couleurs si brillantes s'évanouissent « pour faire place à un aspect que Ton peut nommer vraiment cadavéreux; car rien n'approche plus du contraste entre la vie et la mort sur la figui*e humaine, que ce passage de la lumière du jour à l'ombre de la nuit sur les hautes montagnes ^ »

Le mirage est un autre singulier effet d'optique, dû à la déviation des rayons lumineux qui traversent l'atmosphère. Quand la surface de la terre est très-échauffée par le soleil, les couches inférieures de l'air se dilatent et souvent deviennent plus légères que les couches placées au-dessus. L'air est-il agité par le vent, il monte alors en oscillant comme la fumée qui s'élève d'un haut fourneau, et derrière cette vapeur semblent trembloter les contours des objets entrevus; le calme règne-t-il dans l'atmosphère, alors tous les corps baignés par les couches plus denses se reflètent, comme dans une nappe d'eau, dans les nappes aériennes plus dilatées, et les images apparaissent doubles : de là le nom à'espejo (miroir), que donnent au mirage les habitants de l'Amérique du Sud. En plein désert aride, à des x^entaines de kilomètres de tout ruisseau, les broussailles, les rochers se réfléchissent dans l'air comme dans le bassin d'une fontaine; sur la mer, les

4. Necker de Saussure, Annales de Chimie el de Physique, 4839.

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