LES PHÉNOMÈNES DE L*AIR
navires, les coteaux du rivage, les signaux se reproduisent comme sur un second Océan ; même sur les grandes places de nos cités, que frappe un soleil brûlant, les statues semblent |)arfois baigner leurs pieds dans une eau cristalline reflétant
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Pig. 95. — Mirages au Yerdon, à l'emboachure de la Gironde.
leurs formes gracieuses. Cette illusion d'optique, qui peint ainsi des objets imaginaires jusque dans nos villes, c'est la « fée Morgane de l'Italie, » c'est la décevante « Delibab » de la puszta magyare, c'est la « Soif de la gazelle » des plaines de l'Hindoustan. Elle montre de loin de fraîches oasis et des eaux ruisselantes aux voyageurs fatigués qui, là où brille l'image trompeuse, ne trouveront que l'aridité, la soif et peutêtre la mort. Dans les plaines de l'Arabie, la campagne semble tous les jours transformée en un lac immense. A mesure que le soleil s'abaisse, la nappe magique s'éloigne, puis elle s'efface complètement pour reparaître le lendemain une heure ou deux avant midi^ C'est au printemps et en automne surtout que dans les pays chauds, et notamment en Egypte, se montrent les mirages bien définis, car à ces époques de l'année les couches aériennes, les unes froides, les autres échauffées par des chaleurs exceptionnelles, offrent les températures les plus inégales ^
Le phénomène de réflexion est presque toujours accompagné de mouvements latéraux qui déplacent en apparence la
\, Palgrave, Une année de voyage dans l'Arabie centrale j trad. Jon veaux. 2. Herm. Schlagintweit, Aeise nacA Indien^ premier volume, p. 22, 23.
position des objets, de la même manière que des plaques de verre d'épaisseur inégale ; on voit alors de grandes masses de différentes formes se détacher à droite et à gauche des corps éloignés et flotter bizarrement dans Tair. Ces phénomènes de mirage sont des plus curieux dans les mers polaires, parsemées de blocs et de montagnes de glace aux contours déjà si étranges. La surface de l'Océan se hérisse de pointes, d'aiguilles, de crêtes, de corniches en surplomb qui se séparent, se rejoignent, puis s'évanouissent pour reparaître encore. Nulle part on ne voit de plus étonnante fantasmagorie. Quant aux scènes prodigieuses que le mirage figurerait aux yeux du voyageur, en lui montrant des forêts de palmiers, des temples à colonnades, des caravanes, des armées en marche, des populations en fête, il est probable qu'elles sont en grande partie un produit de la fièvre. Sous cet ardent soleil, dans cette
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Fig. 96. — Mirages du i Yincennes > et du c Peacock «, d'après Wilkes.
atmosphère embrasée, sur ces plaines blanchâtres qui réverbèrent l'éclat et la chaleur, la tête s'échauffe, Timagination s'exalte et le regard ne voit plus que des formes fantastiques.