‹ La terreChapitre 175 sur 447 · LA CIRCULATION DES VENTS · texte numérisé non relu

LA CIRCULATION DES VENTS

dès cours d'eau*, la formation des courants océaniques* et peut-être même, d'après M. Musset, le gonflement du tronc des arbres dans le sens de l'est à l'ouest (?), suffit également pour mettre en mouvement toute la masse de l'atmosphère. Les fleuves de l'air reproduisent, mais dans de plus vastes proportions, à cause de leur plus grand domaine, les immenses courbes des fleuves de l'Océan. Les deux fluides en mouvement, vents et courants maritimes, se superposent dans leur marche autour de la planète.

Dans la zone tropicale, où l'appel incessant produit par le courant ascendant détermine un afflux constant de masses d'air provenant du nord et du sud, le système circulatoire des vents offre en général une assez grande régularité. En cette partie de la sphère terrestre, les masses aériennes se meuvent uniformément, celles de l'hémisphère septentrional dans le sens du nord-est au sud-ouest, et celles de l'hémisphère méridional dans le sens du sud-est au nord-ouest. Ainsi deux courants atmosphériques ne cessent de se diriger obliquement à la rencontre l'un de l'autre. Ce sont les vents alizés, que les anciens connaissaient à peine et dont la découverte complète était réservée aux grands navigateurs espagnols et portugais. Parmi toutes les merveilles qu'ils découvrirent dans les régions tropicales, aucune ne les étonna plus vivement que ces brises soufBant invariablement du même point de l'horizon. Accoutumés aux vents changeants et irréguliers des mers de l'Europe, ils étaient presque épouvantés de la constance de ces vents qui les poussaient vers l'équateur et ne refluaient jamais dans la direction de leur patrie; les compagnons de Colomb y voyaient Teffet des sortilèges du diable et se demandaient avec effroi si tout ce mouvement des ondes aériennes ne se dirigeait pas vers quelque gouffre situé aux limites du monde. Toutefois les navigateurs se familiarisèrent promptement avec les parages tranquilles que parcourent les vents alizés. Les marins espagnols appelaient jadis la partie tropicale de l'océan Atlan-

4. Voir, dans le premier volume, le chapitre intitulé les Rivières, 2. Voir, ci-dessus, page 73.

tique el golfo de las Damas (la mer des Dames), parce qu'on aurait pu sans danger y confier la barre d'un navire à une jeune fille; de même, suivant Yarenius, les matelots partis d'Âcapulco pouvaient s'endormir sans s'occuper du gouvernail , avec la certitude d'être conduits par le vent, à travers les eaux calmes du Pacifique, jusqu'aux rivages des Philippines. Frappés des immenses avantages que la constance des vents alizés présente à la navigation, les Anglais leur ont donné spécialement le nom de trade-winds (vents du commerce) . Le vieux terme par lequel le désignèrent les marins français en indique le mouvement égal, continu, régulier.

Toutefois, il faut le dire, ces vents n'ont point une marche tellement certaine qu'on puisse y compter comme sur le retour des astres. Les alternatives des saisons et les grands troubles atmosphériques les font osciller à droite ou à gauche^ les retardent ou les accélèrent, parfois même les neutralisent pour un temps. Dans le voisinage des côtes, les extrêmes de chaleur et de froid qui se succèdent sur les continents font dévier les vents de leur direction S et par conséquent c'est au large seulement, à« une grande distance du littoral, que les voiles des navires sont enflées par une brise soufflant d'une manière presque constante du même point de l'horizon ; mais alors le vent est toujours plus fort le matin et le soir que pendant les chaleurs du jour. Dans l'Atlantique, bordé de part et d'autre de continents de formes assez régulières^ les alizés ont les allures les plus égales. Dans le Pacifique, la multitude des Iles qui parsèment la surface des eaux modifie puissamment le régime normal des vents, et, sur une très-grande étendue de leur domaine naturel, les alizés sont transformés en brises alternantes. Au nord de l'équateur, les vents du nord-est ne soufflent d'une manière constante qu'entre les îles Revillagigedo et les Mariannes. Quant aux alizés méridionaux, bien plus resserrés encore, ils commencent vers le groupe des Gallapagos, à 1,000 kilomètres de la côte d'Amérique, et vers Touesl ne dépassent pas l'archipel de Noukahiva et les îles Basses.

Page 1