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LES ALIZÉS ET LES MOUSSONS

les contrées du Nord, D'après Dove, le vent alizé du sud-est, entraîné par ce déplacement général des airs, franchirait luimême réquateur pour entrer dans Thémisphère boréal et se transformer graduellement en mousson du sud-ouest, à cause de sa grande vitesse angulaire, acquise sur le renflement équatorial. Toutefois il n'est pas probable qu'il en soit ainsi, car la mousson n'a point la même hauteur verticale que les vents alizés et sa direction n'est point uniformément celle du sudouest au nord-est, comme sur les côtes du Malabar; dans la vallée du Scinde et dans celle de l'ïrawaddy, elle est franchement méridionale; au fond du golfe de Bengale, à Siam, à l'angle oriental du continent asiatique, cette direction est celle du sud-est au nord-ouest, perpendiculairement aux côtes qui appellent le vent *.

Saturée de l'humidité qui s'est évaporée de la grande chaudière de la mer des Indes, la mousson inonde de pluies torrentielles les côtes du Malabar, de même que les rivages de la péninsule transgangétique, puis vient se heurter contre les hautes montagnes de l'Himalaya et des autres chaînes qui bordent au midi les plateaux de l'Asie centrale. D'ailleurs elle ne franchit point cette barrière. A ses nuages chargés de pluie qui se déchirent aux escarpements des cimes inférieures, on voit parfaitement que le vent maritime ne dépasse point l'altitude de 1,500 à 2,500 mètres, et qu'au-dessus, une autre couche aérienne se déplace dans les hauteurs. Le mouvement c[tti entraîne cette couche élevée est le même que celui de la mousson du sud-ouest; mais on reconnaît à ses longues traînées de cirriy hautes de 5,000 et de 8,000 mètres, ce grand courant de retour ou contre-alizé, qui plane à la même élévation au-dessus de l'Atlantique, dans la mer des Canaries.

Lorsque le soleil, dans sa course sur l'écliptique, retourne vers le tropique du Capricorne, le foyer d'appel se déplace en même temps dans la direction du sud. La mousson du sudouest cesse de se porter vers les grandes péninsules de l'Asie, le vent régulier du nord-est recommence de souffler, et les

4. MUhry, Zeitschrifl fur Météorologie von Cari Jelinek, n. 2<, 4867.

courants d'appel se reploient, dans l*hémisphëre méridional vers les îles de la Sonde et l'Australie. Grâce à cette alternance régulière, qui fît l'élonnement de l'ancien navigateur grec Hippalos, les marins de l'océan des Indes peuvent compter d'avance sur un vent favorable, qui poussera tour à tour leur navire pour les deux traversées d'aller et de retour ; d'ailleurs ils n'ont point à craindre ces calmes prolongés qui sont le fléau de la navigation à voiles dans la zone équatoriale de l'Atlantique et de la mer du Sud. Le mouvement circulatoire ne dépasse en aucun endroit les couches inférieures de l'océau aérien, et l'on peut facilement observer au-dessus des îles de la Sonde et de l'Australie, de même que, sur les flancs des montagnes de l'Inde, la marche constante des nuages qu'entraînent les vents alizés réguliers. Un volcan de Java, observé par Junghuhn, en offre un remarquable exemple. De sa cime, haute de 3,000 mètres environ, s'échappe une colonne de vapeurs qui se reploie gracieusement dans l'espace pour se diriger toute l'année vers rx)uest ou le nord-ouest en un long nuage blanchâtre, et c'est précisément en sens inverse que la mousson souffle durant six mois sur les pentes, ainsi qu'à la base de la montagne. De même à Dodabetta, dans les Nilagherri du sud de l'Hindoustan, les deux courants aériens coulent en sens inverse, l'un constant, celui qui passe dans les hauteurs, l'autre, temporaire, celui qui remonte de la mer et des plaines *.

Les moussons des Indes orientales ne sont pas les seuls vents qui rompent l'uniformité des alizés. Dans toutes les parties de la zone tropicale où les rivages des continents sont disposés parallèlement à l'équateur, les vents alternent régulièrement, à cause de la plus grande raréfaction de l'air qui se produit tantôt sur terre, tantôt sur mer, suivant la marche du soleil. Ainsi, pendant fa saison des fortes chaleurs, les côtes africaines qui se prolongent du golfe de Bénin au cap des Palmes attirent les moussons du golfe de Guinée. Ces masses d'air, changeant leur direction, se reploient pour souffler vers

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