Marié-Davy, les Mouvements de l'atmosphère et des viers
mais cest maintenant au profit de la mer; la brise est ramenée en arrière et souffle en sens inverse. C'est ainsi que dans l'espace de vingt-quatre heures la brise oscille de la terre à la mer et de la mer à la terre par un mouvement de flux et de reflux analogue à celui des marées. Dans les contrées de la Plata, ces souffles alternatifs de terre et de mer ofl^rent une telle régularité qu'ils ont reçu le nom de virazones (girations). Autour d'Otahiti, ils se succèdent également avec tant de ponctualité, qu'un navire pourrait, en plusieurs nuits consécutives, faire le tour complet de l'île, et toujours vent arrière.
Ces brises, que l'on pourrait appeler aussi des moussons journalières, coexistent avec le mouvement des vents alizés, et sont, en conséquence, entraînées dans le circuit général. Au lieu d'être perpendiculaires à la côte, elles forment le plus souvent avec elle un angle aigu ; elles soufflent de biais, ainsi que le disait le marin Dampier. Du reste, ce n'est pas seulement dans le donjaine des vents alizés ou sur le pourtour des océans que se produisent les brises côtières; elles soufflent partout où il existe une différence de température considérable entre la terre et une nappe liquide, partout où l'air frais de la mer ou d'un lac va remplir les vides laissés sur le littoral par un courant ascendant d'air chaud. On en voit un exemple remarquable dans l'étroite mer Adriatique. Là, pendant chaque belle journée, la brise se lève au milieu du golfe et se dirigea la fois en deux directions contraires, d'un côté vers les rivages de l'Italie, de l'autre vers les îles et les montagnes de l'Istrie et de la Dalmatie. Pendant la nuit, l'hémicycle des côtes qui entoure les eaux de l'Adriatique renvoie vers la mer, comme vers un foyer commun, l'air frais qu'il a reçu : aux courants diver* gents de la journée succède un flot de brises convergentes.
Les montagnes ont aussi leur système propre de brises alternant avec une régularité semblable à celle de la brise de terre et de la brise de mer sur les côtes de l'Océan. Le jour, surtout en été, lorsque les cimes des monts sont exposées à toute l'intensité des rayons solaires et reçoivent une quantité de chaleur considérable qui rapproche leur température de celle des vallées, l'air reposant sur les sommets se dilate et
s'élève. En même temps Tair des plaines qui s'étendent au pied des montagnes est lui-même dilaté dans de plus fortes proportions, de sorte qu'un courant ascendant se produit de la base au sommet des pics, dans toutes les vallées et sur tous les escarpements. Les couches atmosphériques de la plaine s'ébranlent et se dirigent vers les hauteurs avec d'autant plus d'impétuosité que les cimes ont été plus fortement chauffées par le soleil. Dans certaines vallées, notamment dans celle de la Stura et des autres rivières alpines qui vont arroser les campagnes du Piémont, le vent ascendant a tellement de force que la plupart des arbres sont uniformément inclinés dans le sens des montagnes. Des pollens, des restes de plantes, des insectes, des papillons sont emportés par le courant d'air et vont souiller de leurs débris la vaste blancheur des neiges. La nuit, des phénomènes d'un ordre inverse se produisent, mais avec moins d'intensité; les hautes montagnes, dont les pointes se dardent dans le ciel, perdent leur chaleur par le rayonnement nocturne plus rapidement que les vallées, les nappes d'air qui les entourent se refroidissent et redescendent en partie vers les campagnes d'où elles étaient montées quelques heures auparavant. Il s'établit ainsi un échange entre les deux zones, un flux et un reflux, une marée atmosphérique ascendante et descendante, réglée dans son intensité par les variations de la température : c'est encore, comme pour les brises côtières, le mouvement de roue signalé par Dove.
Comme exemple de ces brises, appelées dans les Alpes françaises ponlias, rehatSy aloups du vent^ on peut citer les trois fleuves aériens qui roulent incessamment dans les vallées de la Savoie, à moins que le système local des courants atmosphériques ne soit modifié par les tempêtes. Ces trois fleuves d'air sont ceux du Faucigny, de laTarentaise et de la Maurienne. Le premier parcourt la vallée de l'Arve, de Genève au mont Blanc; la deuxième se meut dans les vallées de l'Isère et de son affluent, le Doron ; le troisième remonte et descend alternativement toute la vallée de T Arc vers le mont Cenis et le col de riseran. D'ordinaire, le vent ascendant commence vers dix heures du matin dans les vallées de la Savoie, et le courant
descendant reflue vers les plaines à partir de 9 heures du soir; en certains endroits on l'appelle matinièrey parce qu'il se fait surtout sentir avant le lever du soleil. M. Fournet, qui a longtemps étudié ces phénomènes de marées atmosphériques, a constaté que le passage du flux au reflux est surtout rapide dans les défilés étroits, tandis que, dans les larges bassins, l'alternance se produit après une série d'oscillations aériennes et de bouffées de vent en sens inverse. Chaque vallée doit à sa forme particulière un régime atmosphérique particulier : dans l'une, les brises successives sont lentes, indécises d'allares; dans l'autre, elles alternent brusquement, avec violence, et produisent, en l'espace de quelques heures, des variations de température de 20, de 25 et même de 30 degrés. En général, les brises sont régulières dans les vallées régulières, et ne présentent de particularités remarquables qu'à leur issue dans la plaine ou bien au confluent de deux gorges. Parmi ces vents aux curieuses allures, on cite une brise du bassin rhénan, connue sous le nom de Wisper-wind. Sortant, en amont de Lorch, de l'étroite vallée de la Wisper, remplie de bois et très-bien située pour subir dans ses diverses parties tous les extrêmes de température, cette brise souffle en général jusqu'à 8, 9 ou 10 heures du matin, puis traverse le Rhin, frappe contre les rochers de la rive gauche et se divise en deux courants, dont l'un remonte au sud, vers Bingen, en s'accroissant en route de plusieurs petits vents tributaires, tandis que l'autre, plus faible, descend au nord vers Bacharach.
Même dans les plaines et dans les contrées faiblement accidentées, des brises journalières doivent se succéder régulièrement à cause des différences locales de chaleur et de froid que produit la marche du soleil. Le matin, dès que l'astre se lève, la température, qfui était tombée au plus bas, à cause de l'évaporation nocturne, s'accroît, l'air se dilate et s'épanche vers les espaces plus froids qui s'étendent du côté de l'ouest; il en résulte un petit vent d'est, qui devient graduellement vent du sud-est, à mesure que le soleil monte au-dessus de l'horizon. Quand l'astre est au midi, l'air dilaté s'épanche dans la direction du nord; enfin, vers le soir, c'est du côté de l'est,