LA SALINITÉ DES EAUX MAUINES
salinité relative à cause d'un excès de Tévaporation sur l'apport des eaux douces; inais le contraire a lieu dans le golfe de Saint- Laurent, dans la mer du Nord et surtout dans la Baltique et le Pont-Euxin. La salinité de la mer du Nord est, suivant les divers parages, de 30 à 35 millièmes, tandis que celle de la Baltique, mer peu profonde où viennent affluer tant de rivières et où le moindre vent modifie la teneur des eaux * , ne s'élève pas tout à fait à 5 millièmes ; dans le port de Gronstadt, elle n'est pas même de deux tiers de millièmes : c'est presque de l'eau douce. Quant à la mer Noire, elle garde beaucoup plus que la Baltique le caractère d'un golfe de l'Océan, car la salinité moyenne y est à.peu près la moitié de celle de l'Atlantique.
Ces différences de salinité entre le bassin central de l'Atlantique et ses mers latérales n'ont rien qui puisse étonner; mais, à moins que l'énorme quantité des glaces antarctiques n'explique cette différence, on ne peut encore savoir pourquoi la mer du Sud et l'océan des Indes contiennent dans leurs eaux moins de matières salines que l'Atlantique. Tandis que celui-ci offre une salinité d'environ 36 millièmes, l'eau du Pacifique est inférieure en teneur saline de près d'un millième, et l'océan Indien non plus n'a guère que 35 millièmes de substances chimiques. Cependant l'Atlantique reçoit une plus grande abondance d'eau douce que les autres océans et l'évaporalion n'y est probablement pas aussi forte en moyenne que dans la mer des Indes. Quoi qu'il en soit, les golfes de l'océan Indien offrent des phénomènes analogues à ceux des méditerranées de l'Atlantique. Ainsi la mer Rouge, dans laquelle il ne se jette pas un seul cours d'eau permanent et où l'évaporation se produit avec une grande intensité, présente l'énorme salinité de /i3 millièmes : pareille proportion ne se trouve que dans les lacs salés de l'intérieur des terres*.
Le chlorure de sodium ou sel de cuisine forme à lui seul» nous l'avons dit, les trois quarts de la salinité des eaux de la mer: c'est là vraiment le sel caractéristique de l'Océan, celui
4. Von Sass, ZeiUchrifl far die Erdkmde, XII, 4867. 2. Forchhammer, Philosophie TramactionSj part. I, 4863.
qui contribue le plus à lui donner sa saveur propre et cette odeur dont s'imprègne le vent marin chargé de la fine écume des vagues. L'air qui repose sur la mer contient lui-même du sel jusqu'à une hauteur considérable: & 600 mètres d'élévation au-dessus delà côte, sur les flancs de la montagne qui domine la ville péruvienne d'Iquique, M. BoUaert a constaté que lesétoffes lavées à Teau distillée se recouvraient en quelques jours d'une légère croûte de sel ^
L'épaisseur de la couche de chlorure de sodium cristalliséqui se formerait dans la haute mer serait en moyenne de ik millimètres par mètre d'eau, de sorte que si l'on pouvait s'imaginer l 'évapora tion des eaux de l'Océan, il resterait au fond de son lit, évalué à 5 kilomètres de profondeur, une assise de sel épaisse de 70 mètres en moyenne, ce qui représenterait pour toute la mer plus de 27 millions de kilomètres cubes. On comprend qu'avec des quantités aussi considérables de chlorure de sodium en solution les eaux aient pu suffire à former les énormes couches de sel gemme qui se trouvent dans la terre en diverses parties des continents, sans compter bien d'autres gisements qui restent encore à découvrir et qui, tôt ou tard, nous seront révélés par les travaux des mineurs ou les forages artésiens.
Du reste, on peut voir la mer à l'œuvre sur toutes ses côtes basses, où elle dépose des couches salines, destinées à devenir à la longue des masses de sel gemme, dès qu'elles seront enfouies dans l'intérieur de la terre par la formation de strates plus modernes. Lorsque, à la suite d'une tempête ou d'une forte marée, les eaux de l'Océan s'étalent en une mince nappe sur une plage horizontale ou dans quelque dépression peu profondèr cette faible couche liquide, épanchée sur une vaste surface, s'évapore rapidement sous les rayons du soleil et laisse à sa place une légère croûte blanche de cristaux salins ; d'autres nappes, poussées par la houle ou le flux dans le même bassin d'évaporation, disparaissent également en formant de nouvelles couches de cristaux; c'est ainsi que se forment graduellement, au bord