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LE FOEHN, LES TOURMENTES

quable sur les montagnes qui séparent le Valais du Piémont et de la Lombardie. Très-chaud à l'entrée des gorges italiennes des Alpes, le courant atmosphérique du sud se refroidit de 20 à 30 degrés, en passant sur le mont Rose ; il laisse tomber des pluies et des neiges en abondance, puis, après être redescendu sur les pentes opposées et s'y être condensé de nouveau, il apporte aux paysans de la Suisse quelque chose du climat brûlant des tropiques *. Les tempêtes de la Sibérie occidentale, ces bouranes qui soulèvent devant eux les neiges, le sable et les débris de végétation, sont aussi des vents chauds appelés des régions équatoriales.

Quant aux tourmentes si redoutables qui surprennent parfois le voyageur sur les hautes montagnes ou dans les plaines neigeuses, elles peuvent être déterminées par les vents les plus divers, soufflant de l'un ou de l'autre point de l'horizon. C'est chose terrible que d'être assailli par l'un de ces météores. Les masses blanches emportées par rafales cachent tous les objets environnants. Les malheureux perdus dans cet orage ne voient plus ni les pentes voisines, ni le ciel au-dessus de leurs têtes, ni même le sentier sous leurs pas; assourdis par le bruit de la tempête, aveuglés par les nuages poudreux qui leur fouettent le visage, glacés par la neige qui s'attache en stalactites à leur chevelure et change leurs vêtements en masses roides et pesantes, les voyageurs s'égarent bientôt et s'affaissent stupéfiés par le froid. Des centaines de cadavres d'hommes et de chevaux tombés çà et là sur certains cols du Karakorum et de l'Himalaya rappellent les terribles tourmentes de neige qui ont sévi sur ces montagnes. Les accidents du même genre sont également très-nombreux sur les plateaux des Andes du Chili, de la Bolivie, du Pérou. Quand on est loin d'un lieu d'abri et que le paramo « se met en fureur » {se porte bravô)^ suivant l'expression des montagnards de la Colombie, toute chance de salut est perdue et les caravanes sont bientôt ensevelies sous la neige. Même dans les Pyrénées et les Alpes, dont les cols les plus fréquentés sont pourvus d'hospices où peuvent

i. Helmholz, la Glacé et les Glaciers.

se réfugier les voyageurs surpris par les tourbillons de neige, plusieurs malheureux périssent chaque année.

Les contrées du midi de la France ont aussi à subir les effets d'un vent qui est un véritable fléau : c'est le vent du nord-ouest, auquel l'imagination populaire a donné le nom de « maître » (mistral^ magistraou, maestralé). H est causé, comme les vents alternatifs des montagnes, par la juxtaposition de deux surfaces inégalement échauffées. Ce courant aérien est malheureusement bien nommé, car sa vitesse, parfois comparable à celle des ouragans, suffit pour déraciner les arbres et raser les murailles. « Le melamboreas^ dit Strabon, est un vent impétueux et terrible qui déplace des rochers, précipite les hommes du haut de leurs chars et les dépouille de leurs vêtements et de leurs armes. » Les Gaulois de la vallée du Rhône voyaient en lui leur dieu le plus effrayant; ils lui dressaient des autels et lui offraient des sacrifices; les Cimbres, qu'attiraient pourtant les riches campagnes du littoral, s'enfuirent devant le terrible ennemi comme devant une armée; les Provençaux le considéraient, avec la Durance et le Parlement, comme une de leurs trois grandes calamités. Ce vent se fait surtout sentir en hiver et au printemps, quand les Cévennes, couvertes de neige, sont devenues relativement très-froides, et que les plages marines continuent d'être échauffées journellement par les rayons du soleil; alors les masses d'air roulent en toirn rents du haut des montagnes pour remplacer le courant ascendant d'atmosphère dilatée qui se forme au-dessus de la régioja du littoral. La nuit, il est vrai, les terres basses situées au pied des monts perdent de leur chaleur par le rayonnement, el l'afflux de Tair froid diminue, mais pour recommencer le lendemain lorsque le soleil réchauffe de nouveau l'atmosphère des plaine's. En été, la différence de température est moins grande entre les plages et les arides escarpements des Cér venues; aussi le mistral est moins fort durant cette saison, on même cesse complètement. En diverses parties du littoral de l'Espagne, de l'Italie, de la Grèce et de l'Asie Mineure, de» vents du même genre, connus sous d'autres noms, se précipitent aussi du sommet des montagnes riveraines.

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