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VUI

Zone des vents variables. — Lutte des vents opposés. — Direction moyenne des courants atmosphériques. — Loi de giration.

En dehors des limites changeantes où soufflent les alizés des deux hémisphères commencent les zones des vents variables. Là, les masses d*air s'écoulent tantôt dans un sens, tantôt dans un autre, et d'une façon très-irrégulîère en apparence; parfois un seul vent se dirige incessamment pendant des semaines entières vers un point de l'horizon; parfois les courants atmosphériques qui se succèdent font en quelques heures le tour du compas; en d'autres temps encore, l'air reste calme entre deux régions météorologiques où les vents se déplacent en sens inverse. Aussi le mot de girouette est-il devenu synonyme de tout ce qui est instable et versatile.

Ce qui contribue à ce désordre des airs en Europe et dans les autres terres qui se trouvent en dehors de la zone des alizés, ce sont les protubérances du relief continental. Les courants généraux qui passent au-dessus d'une chaîne de montagnes n'y soufflent point avec la même régularité que dans la plaine. En effet, les vents doivent être d'autant plus inégaux dans leurs bouffées successives, que la surface sur laquelle ils glissent est moins unie. La même nappe aérienne qni se meut au-dessus des mers avec l'uniformité d'un fleuve immense se départ de son allure régulière dès qu'elle est interrompue dans son cours par les inégalités du sol. Au pied des grandes montagnes de la Suisse, et notamment aux environs de Genève, où le relief terrestre est déjà très-accidenté, les alternatives qui se produisent dans la force du vent sont telles, qne l'anémomètre indique parfois une variation d'intensité du simple au triple. Dans les hautes gorges des Alpes, il arrive souvent, même durant les plus violentes tempêtes, que l'atmo-

sphère présente par intervalles le calme le plus parfait. A toutes les fureurs des airs déchaînés succèdent pour un instant le silence et le repos, puis l'ouragan recommence à souffler avec fracas. C'est que les courants atmosphériques, semblables en cela aux fleuves de FOcéan, ne se dirigent pas invariablement vers le même point de Thorizon et se déplacent par oscillations successives, tantôt à droite, tantôt à gauche, de l'axe de leur mouvement. Par conséquent, lorsqu'on se trouve placé dans les montagnes sur un point que dominent des cimes plus hautes, on doit, suivant les diverses directions que prend le courant aérien, être tour à tour exposé à la furie de la tempête et protégé par quelque grand sommet sur lequel vient se briser le vent ^ . Même dans les pays faiblement accidentés ou même dans les plaines parsemées de maisons et de bosquets, le vent ne progresse point d'un souffle égal comme l'alizé des mers ; il avance par une succession de bouffées et de rafales, dont chacune représente une victoire du courant atmosphérique sur un obstacle de la plaine. Au ras du sol, le vent est intermittent, tandis que, dans les hauteurs de l'air, il marche presque toujours d'un mouvement égal et majestueux comme le courant d'un fleuve.

Les brusques rafales des couches inférieures de l'Océan ne sont donc que des phénomènes secondaires, et dans toutes ces soudaines péripéties des vents, que l'on croirait volontiers s'opérer au hasard, le désordre est plus apparent que réel. Bien que le souffle se fasse tour à tour sentir de chaque partie de l'horizon, cependant il existe seulement deux courants atmosphériques dans chacune des zones tempérées : celui qui vient du pôle pour aller remplacer l'air dilaté des régions tropicales, et celui qui reflue de l'équateur après s'être élevé dans les hauteurs de l'espace au-dessus de la couche des vents alizés. Dans l'hémisphère septentrional, ces deux masses aériennes partent l'une du nord, l'autre du sud; mais, par suite du mouvement de rotation de la terre, leur direction se transforme peu à peu comme celle des alizés : le vent du nord

i . H. de Saussure, Voyages dam les Alpes.

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