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L'OEUVRE DE L'OCÉAN

si rhumidité marine ne se répandait avec les vents sur tous les points du globe. Ainsi TOcéan fond les contrastes des climats et fait de toutes les régions distinctes de la planète un ensemble harmonique ; il suscite et conserve la vie sur la terre, qu'il a déposée couche à couche, qu'il arrose de ses vapeurs et féconde par ses sources et ses fleuves.

Bassins océaniques. — Profondeur des mers. — Égalisation du niveau à la surface de

rOcéan.

Les mers, qui recouvrent la plus grande partie de la rondeur du globe, prennent leur origine dans le réservoir commun de l'océan Antarctique et communiquent les unes avec les autres par de larges détroits ou des nappes maritimes d'une importance secondaire. Cette absence partielle de limites dans l'énorme étendue des océans empêche la surface liquide d'avoir la même harmonie de formes que les masses continentales; cependant on peut dire que les mers offrent d'une manière générale une distribution inverse de celle des parties du monde. Au deux continents américains, unis par un isthme étroit, correspond le double bassin de TAtlantique avec son large évasement central, le Pacifique lui-même est divisé par son immense traînée d'archipels en deux grands océans distincts, et la mer des Indes contraste au sud avec la masse septentrionale de l'Asie *. En limitant de ses flots les rivages de la terre, l'Océan pénètre au loin dans l'intérieur des côtes, soit par de larges golfes arrondis comme ceux de la Guinée et du Bengale, soit par des mers bordées d'une chaîne d'îles et d'îlots comme la mer de Chine et celle des Antilles, soit par des

4. Voir, dans le premier volume, le chapitre intitulé les Harmonies et les Con-irastes.

réseaux de détroits comme ceux de la Sonde et de l'archipel polaire de l'Amérique. Enfin certaines mers sont presque complètement fermées et ne communiquent avec le reste de l'Océan que par des portes étroites : telles sont la Méditerranée et le golfe d'Arabie.

Le fond de toutes ces mers n'est point horizontal. Le lit marin a, comme les continents eux-mêmes, des plateaux, des vallées et des plaines. Les matelots touchent pour ainsi dire toutes ces inégalités; grâce à leurs instruments de sondage, gigantesques antennes, ils reconnaissent des cavités et des protubérances, des « sauts, » des creux et des saillies. On pourrait croire que le relief du sol sous-marin conserve encore toute sa rugosité, primitive et que les rochers, les précipices, les failles, offrent uniformément des arêtes vives et tranchantes, des escarres de fracture, fraîches comme au jour où se rompît la roche solide. En effet, dans les profondeurs marines, il n'y a point de gelées qui fassent éclater les pierres saillantes, d'éclairs qui les fendent, de glaciers qui les broient et les entraînent, de météores qui les rongent incessamment et finissent par les arrondir. Toutefois, dans son ensemble, le fond des abîmes océaniques est beaucoup moins inégal que la surface des continents; si dans le fond des mers il n'y a pas, comme sur nos continents, d'agents sans cesse à l'œuvre pour détruire les saillies, il en est d'autres qui travaillent à recouvrir les aspérités du sol : ce sont les matières terreuses apportées par les fleuves et les milliards innombrables de squelettes d'animalcules qui ont vécu sur le fond ou descendent en neige des couches supérieures de l'eau et comblent peu à peu les gorges sous-marines. Ces chaînes de montagnes fantastiques dessinées sur le lit de la mer par Buache et d'autres géographes ne peuvent avoir d'existence réelle, puisque les agents géologiques à l'œuvre dans les eaux diffèrent de ceux qui sur nos continents travaillent à sculpter les plateaux et les monts. Seulement si quelque immense remous empêchait les débris de se déposer sur les parties profondes de l'Océan, les roches et les fissures des abîmes garderaient leur forme première comme ces cratères

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