Robert Schomburgk, History of Barbadoes, p
breux. Dans le relevé des ouragans de rhémisphëre méridional, dressé par Piddington et complété par Bridet, il n'est pas fait mention d*un seul cyclone pour les mois de juillet et d'août; plus des trois cinquièmes de ces météores ont eu lieu pendant les trois premiers mois de Tannée. C'est à cette époque du changement des saisons que les puissantes masses aériennes, chargées d'électricité, se mettent en lutte pour la suprématie et font naître par leur rencontre ces grands remous qui se développent en spirales à travers les mers et les continents. Toutefois le tourbillon n'occupe jamais en hauteur qu'une faible partie de l'océan des airs. D'après Bridet, la hauteur moyenne des ouragans de la mer des Indes est d'environ 3,000 mètres ; suivant Redfield, il serait rare qu'un cyclone sévit à la fois au niveau de la mer et dans les couches atmosphériques supérieures à 1,800 mètres. D'ordinaire la couche tournoyante des airs est beaucoup moins épaisse ; parfois même elle est d'une telle minceur, que les matelots d'un navire tordu par un cyclone voient au-dessus de leurs têtes l'azur du ciel ou les étoiles. Au-dessus du météore, les vents suivent leur marche régulière.
Ces brusques mouvements de l'air sont peut-être, après les grandes éruptions volcaniques, les météores les plus effrayants de la planète, et l'on ne saurait s'étonner que, dans la mythologie des Indous, Rudra, le chef des vents et des orages, ait fini par devenir, sous le nom de Siva, le dieu de la destruction et de la mort. Quelques jours avant que le terrible ouragan se déchaîne, la nature, déjà morne et comme voilée, semble pressentir un désastre. Les pefîtes nuées blanches qui voyagent dans les hauteurs de l'air avec les contre-alizés se cachent sous une vapeur jaunâtre ou d'un blanc sale; les astres s'entourent de halos vaguement irisés, de lourdes assises de nuages qui, le soir, offrent les plus magnifiques nuances de pourpre et d'or, pèsent au loin sur l'horizon, l'air est étouffant comme s'il venait de passer sur la bouche de quelque grande fournaise. Le cyclone, qui tournoie déjà dans les régions supérieures, se rapproche graduellement de la surface du sol on des eaux. Des lambeaux déchirés de nuages rongea très ou
noirs sont entraînés avec furie par la tempête qui plonge, traverse l'espace et s'enfuit; la colonne de mercure s'agite affolée dans le baromètre et baisse rapidement; les oiseaux se réunissent en cercle comme pour se concerter, puis s'envolent à tirenl'alle afin d'échapper au météore qui les poursuit. Bientôt une masse obscure se montre dans la partie menaçante du ciel; cette masse grandit, s'étale peu à peu et recouvre l'azur d'un voile affreux de ténèbres ou d'un reflet sanglant. C'est le cyclone qui s'abat et qui prend possession de son empire en tordant ses immenses spirales autour de l'horizon. A un silence terrible succède le hurlement de la mer et des cieux.
La marche du vent éprouve beaucoup plus de résistance dans Tintérieur des continents que sur la rondeur unie des mers; mais les phénomènes qui s'y produisent pendant les ouragans n'en sont pas moins terribles. Les constructions qui se trouvent sur le chemin du météore sont arrachées de leurs fondements, les eaux des fleuves sont arrêtées et refluent vers leur source, les arbres isolés éclatent et labourent la terre de leurs racines, les forêts plient comme si elles ne formaient qu'une seule masse et livrent à la tempête leurs branches rompues et leurs feuilles déchirées. L'herbe même est déracinée et balayée du sol. Dans le sillage de l'ouragan volent d'innombrables débris, pareils aux épaves qu'emporte un courant fluml ou nQaritime^ D'ordinaire l'action de l'électricité s'ajoute à la violence de l'air en mouvement pour augmenter les ravages de la tempête. Parfois les éclairs sont tellement nombreux qu'ils descendent en nappes comme des cascades de feu; les nuages, les gouttes de pluie même émettent de la lumière; la tension électrique est tellement forte qu'on a vu, dit Reid, des étincelles jaillir spontanément du corps d'un nègre. Une forêt de l'île Saint- Vincent fut tuée tout entière sans que pourtant un seul tronc eût été renversé. De même, en Europe, sur les rivages du lac de Constance, un très-grand nombre d'arbres, restés debout malgré l'orage, furent complètement dépouillés de leur écorce.