LA VAPEUR D'EAU
l'échelle thermométrique ; mais au delà de âO degrés, la capacité de Tair pour la vapeur d'eau augmente d'une manière beaucoup plus rapide. A iOO degrés, l'atmosphère peut en absorber son propre volume ; la tension de l'eau devient égale à celle de l'air et le phénomène de l'ébullition se produit, c'està-dire que la vapeur en formation soulève toute la colonne atmosphérique située au-dessus.
C'est en raison de l'accroissement de la température que la vapeur augmente dans l'atmosphère : tel est le vrai sens de l'adage vulgaire qui attribue au soleil le pouvoir de « pomper les eaux de la mer » pour en former des nuages. Toutefois une même augmentation de chaleur atmosphérique sur deux nappes d'eau de température égale n'a point nécessairement pour conséquence la production d'une même quantité de vapeur : l'agitation des airs est aussi un élément des plus importants pour activer l'évaporation. En effet, que l'atmosphère soit parfaitement tranquille, et la partie qui repose sur les eaux, bientôt saturée d'humidité, ne pourra plus en absorber de nouvelle; mais que la couche aérienne, déjà remplie de vapeur, soit emportée par le vent et remplacée par une nouvelle couche d'air sec, celle-ci prendra également sa part d'humidité, puis celles qui suivront se satureront à leur tour, et le phénomène de l'évaporation marchera d'autant plus rapidement que le courant d'air lui-même sera plus violent. On sait avec quelle vitesse les vents secs durcissent les champs et les chemins humides : on dirait qu'ils lèchent le sol, tant l'eau des flaques disparaît promptement.
Après avoir ainsi facilité l'évaporation sur les nappes d'eau et les parties humides des continents, les vents transportent la vapeur dans les diverses contrées de la terre et la mélangent à l'air sec, de sorte que nulle part, même à des milliers de kilomètres de l'Océan, l'air n'est complètement dépourvu d'humidité; cependant, on le comprend, la quantité de vapeur n'est point, à température égale, distribuée d'une manière uniforme. En pleine mer, les masses aériennes sont toujours très-rapprochées du point de saturation, même lorsque les nuages ne menacent pas de déverser la pluie, et par
conséquent la vapeur contenue dans Fatmosphëre maritime diminue assez régulièrement de l'équateur vers les pôles suivant les courbes des isothermes *. Sur les rivages baignés par Tair humide des océans, la proportion de vapeur d*eau décroit également d'une manière normale des deux côtés de Téquateur; mais dans Tintérieur des continents, où la distribution des lacs, des rivières, des montagnes, offre une si grande diversité, et où les vents suivent des chemins si différents, la quantité de vapeur atmosphérique est aussi très-inégale. Tandis qu'au-dessus de l'Angleterre et de l'Irlande, l'air est presque toujours ou saturé de vapeur ou très-rapproché du point de saturation, dans les steppes de l'Asie centrale il est d'une très-grande sécheresse, et d'ordinaire il contient seulement 15 à 20 pour 100 de la vapeur qu'il pourrait absorber. En moyenne, l'atmosphère des continents renferme les trois cinquièmes de l'humidité qu'elle recevrait si elle était complètement saturée dans toute son étendue*. Cette proportion est celle que la superficie des océans ou bassins d'évaporation, comparée à celle des terres émergées, aurait fait admettre d'avance.
Lorsque l'atmosphère contient toute l'humidité que comporte sa température, la moindre molécule de vapeur supplémentaire suffit pour déterminer la précipitation, sous forme de gouttelettes, d^une partie de l'eau vaporisée ; il se produit alors soit un brouillard soit un nuage, et la pluie commence. D'ailleurs, le point de saturation variant dans tout pays et dans toute saison, suivant les oscillations du chaud et du froid, il en résulte qu'une même quantité de vapeur d'eau contenue dans l'atmosphère ne détermine point la formation de la pluie à deux températures différentes. La même proportion d'humidité qui, pendant l'hiver, sature complètement l'air froid et retombe en neige sur le sol, serait très-minime dans l'atmosphère échauffée de l'été, et la masse aérienne qui la contiendrait laisserait une impression de sécheresse; de même, tel