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LES NUAGES

mètre des premières molécules liquides est tellement faible qu'il n'en faudrait pas moins de 25 à 30 pour faire i millimètre d'épaisseur; mais des centaines, des milliers d'entre elles, poussées les unes contre les autres, s'agglomèrent en gouttes plus ou moiiis grandes, et quand la pluie atteint enfin le sol, on en trouve qui n'ont pas moins d'un demi-centimètre de large ou même davantage. Tant qu'elles sont encore aussi fines et moins lourdes que la poussière, elles sont le jouet des courants aériens qui les enlèvent, les reprennent dans leur chute et les emportent au loin : les nuages de vapeur sont portés dans l'espace comme le sont aussi très-souvent les tourbillons du sable siliceux ou argileux des plaines. Puis, quand les gouttes, grossissant incessamment par l'union des globules entre-choqués, sont devenues trop pesantes pour se laisser emporter comme poussière, elles tombent obliquement sur le sol : suivant la température, la force des vents, l'épaisseur des nuages, ce sont tantôt des pluies iSnes, tantôt des averses ou de véritables déluges.

Même quand l'atmosphère semble être parfaitement calme et qu'aucune brise ne souffle dans l'espace, il arrive souvent que les nuées ne s'en maintiennent pas moins à une grande hauteur, comme si elles étaient plus légères que l'air ambiant. C'est qu'il se produit alors dans l'épaisseur des nuages et dans les vapeurs invisibles situées au-dessous un jeu alternatif et continu de condensation et d'évaporation. Les gouttes de pluie déjà formées tombent réellement du nuage, mais dans les couches inférieures et non encore saturées, elles se vaporisent de nouveau ; si, pendant ce temps-là, d'autres courants d'air, latéraux ou ascensionnels et relativement chauds, apportent à la nue plus froide leur part d'humidité, celle-ci se condense et, à son tour, est entraînée par son poids dans le mouvement de descente- Un va-et-vient perpétuel de molécules de vapeur, visibles pendant leur chute, invisibles pendant leur ascension, s'établit ainsi autour du nuage, qui change lui-même de dimensions et de forme suivant les moindres variations de température. Que la chaleur augmente, et la nue se réduira peu à peu; que l'air devienne un peu plus froid, et la nébuleuse de goutte-

lettes s'accroîtra aussitôt de volume. Il est peu de spectacles qui dépassent en charme celui qu'offrent, par une belle et tranquille après-midi d'été, les nuages tour à tour formés et dissous dans Tazur du ciel. On voit d'abord un simple flocoa de vapeur semblable à un oiseau blanchâtre planant dans Tespace ; mais ce flocon grandit, s'étale, s'aivironne de traînées indécises : c'est maintenant une nue , encore & demi transpa* rente, laissant voir le bleu de Tair à travers ses trouées ; puis c'est un véritable nuage se développant en larges rouleaux sur la rondeur céleste. Mais qu'on y regarde quelques instants après, et déjà le nuage s'est défoitné ; peut-être s'est-il divisé en de nombreux fragments qui se rapetissent, s'effrangent, s'éparpillent, fondent et disparaissent : on croit les voir encore, mais ce n*est plus qu'une illusion, le ciel a repris son aznr. D'autres fois, au contraire, le premier nuage que l'on a vu naître ne reste pas isolé ; de nouveaux amas de vapeurs se condensent autour de lui, l'espace se peuple graduellement de nuées flottantes, qui se rapprochent, se rejoignent, s'agglomèrent, et bientôt le ciel, qui semblait complètement libre de vapeurs, offre de toutes parts une épaisse couche de nuages formée sur place par le refroidissement de l'atmosphère et la condensation des molécules d'humidité.

La hauteur à laquelle se forment et se soutiennent les nuages varie en toute saison et en tout pays suivant la température et la direction des vents. Il en est, surtout parmi les nues pourchassées des tempêtes, qui rasent les sommets des édifices et des arbres ; d'autres planent à plusieurs centaines de mètres d'élévation ; d'autres encore sont au niveau des plus hautes cimes de montagnes, et tous les aéronautes qui dans leurs ascensions ont dépassé les sommets des grands pics, ont encore vu des couches de nuages bien au-dessus de leurs têtes. M. Liais a trouvé une hauteur de ll,5ft0 mètres pour Tamasde vapeurs le plus élevé dont il ait pris astronomiquement les dimensions : c'est là une altitude dépassant de près de 3 kilomètres celle du mont le plus colossal de la planète, et sans doute beaucoup de nuages montent plus haut encore dans Tatmosphère. Quant à l'élévation moyeiine de la zone où se con-

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